Les Trois Mousquetaires est le plus célèbre des romans d'Alexandre Dumas père, initialement publié en feuilleton dans le journal Le Siècle du 14 mars au 14 . Il est le premier volet de la trilogie romanesque dite « des mousquetaires », à laquelle il donne son nom, suivi par Vingt ans après (1845) et Le Vicomte de Bragelonne (1847).

L'histoire romance les aventures d'un Gascon impécunieux de , D'Artagnan, venu à Paris pour faire carrière dans le corps des mousquetaires. Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi Louis XIII. Ces quatre hommes vont s'opposer au Premier ministre, le cardinal de Richelieu, et à ses agents, dont le comte de Rochefort et Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France Anne d'Autriche, que le cardinal veut rabaisser en révélant son infidélité au roi.

Avec de nombreux combats et rebondissements romanesques, Les Trois Mousquetaires est l'exemple type du roman de cape et d'épée, et le succès a été tel que Dumas l'a adapté au théâtre et a repris les quatre héros dans la suite de la trilogie. Le roman a fait l'objet de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision.

Histoire du texte

Sources Divers éléments du roman Les Trois Mousquetaires sont inspirées des Mémoires de M. d'Artagnan de Gatien de Courtilz de Sandras publiés en 1700, après la mort de D'Artagnantexte disponible sur Gallica. Dumas y pioche des noms (ceux d'Athos, Porthos et Aramis y figurent) et quantité de détails qu'il réécrit. Ainsi ce passage de Courtilz :

devient dans le roman :vignette|redresse=1.5|Mémoires de Monsieur D'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première compagnie des Mousquetaires du roi, par Gatien de Courtilz de Sandras, chez Pierre Mortier, à Cologne, 1700.vignette|Alexandre Dumas rédigeant Les Trois Mousquetaires. Lavis d'encre de Maurice Leloir, 1894.La question de savoir si la trouvaille revient à Alexandre Dumas ou à son collaborateur Auguste Maquet n'est pas tranchée. Pour Albert ThibaudetAlbert Thibaudet, Histoire de la littérature française, Hærès, 2012, et Gustave Simon, c'est Maquet qui aurait déniché les Mémoires de M. d'Artagnan. Selon Dumas lui-même, dans la préface des Trois Mousquetaires, il aurait trouvé les Mémoires de M. d'Artagnan au cours de recherches pour son ouvrage Louis XIV et son siècle ; un témoignage publié plus tard par Robert Reboul rapporte une autre version :[A] succédé à M. Jauffret : Joseph Méry […] Il avait pour sous-bibliothécaire M. Louis Méry, son frère […] Pendant l'exercice du poète Méry, son frère le remplaçait provisoirement. Alexandre Dumas, se trouvant à Marseille, avait emprunté à la bibliothèque : les Mémoires de M. d'Artagnan, 1704, 4 volumes in-12, et le Tableau de la vie de Richelieu, de Colbert et de Mazarin, qu'il ne rendit pas. En vain M. Louis Méry écrivit plusieurs lettres au romancier pour le prier de rendre ces ouvrages.D'après Claude Schopp, spécialiste de Dumas, « la vraisemblance plaide en faveur de cette version : en effet, Dumas a débarqué le 21 juin 1843 à Marseille, en provenance de Gênes sur le Maria-Antonietta ; il a été accueilli par son vieil ami Méry […] Le séjour s'achève le 24 juin : c'est sans doute pendant ces trois jours que Dumas emprunte à la bibliothèque de Marseille les Mémoires de M. d'Artagnan ».

Dumas et Maquet piochent aussi à d'autres sources, notamment les journaux et mémoires du . Ainsi, l'épisode des ferrets de la reine se retrouve par exemple dans le premier chapitre des Mémoires de La Rochefoucauld Voir Mémoires de La Rochefoucauld. Il puise également aux Mémoires de Rochefort rédigés par Courtilz de Sandras, et aux Mémoires inédits de Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne, de François Barrière.

Écriture en collaboration Comme pour Le Chevalier d'Harmental, Dumas travaille avec Maquet pour Les Trois Mousquetaires. Si de nombreux éléments de cette collaboration restent inconnus, divers documents nous renseignent sur cette collaboration.

Dans trois lettres qu'il lui adresse en janvier et février 1844, Dumas prie Maquet de lui envoyer « ce [qu'il a] de travail préparé pour Athos », « le volume de d'Artagnan » puis « le premier volume de d'Artagnan ». Ledit premier volume, que Dumas remet au Siècle le 29 février, recouvre, dans sa version finalisée, les onze premiers chapitres.

Pour la seconde partie du roman, à partir du chapitre XLI « Le siège de La Rochelle », le manuscrit de la version telle qu'elle a été écrite par Maquet, avant l'intervention de Dumas, est parvenu jusqu'à nos jours. La comparaison avec le texte publié permet de mesurer le travail accompli par Dumas : la cinquantaine de pages du manuscrit de Maquet (dans l'édition de Claude Schopp, qui l'a publié intégralement) est multipliée par quatre une fois développée par Dumas, qui ne se contente pas d'amender le style mais ajoute de nombreux détails, notamment de mise en scène.

Titre Le titre prévu à l'origine était Athos, Porthos et Aramis, mais sur une proposition de Desnoyers, chargé du feuilleton au Siècle (selon qui ce titre évoquait aux lecteurs les trois Parques), d'adopter Les Trois Mousquetaires, Dumas a accepté ce dernier titre en notant que son absurdité (puisque les héros sont au nombre de quatre) contribuerait au succès de l'œuvreCorrespondance entre Dumas et Desnoyers citée dans un article de Dumas paru dans Le Dartagnan du 29 février 1868, reproduit dans Les Grands Romans d'Alexandre Dumas, I - Les Mousquetaires : Les Trois Mousquetaires et Vingt Ans après, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1991, p. 1338-1339.vignette|redresse=1.5|Bandeau extrait du journal Le Siècle daté du annonçant le début du feuilleton à ses lecteurs.

Publication La publication en feuilleton dans le quotidien Le Siècle commence le et s'achève le . Selon les jours, le feuilleton s'étend sur deux, trois ou quatre pages du journal.

La première édition est publiée en huit volumes (chacun comptant entre huit et douze chapitres) par Baudry entre juin et septembre 1844. Le roman est réédité en 1846 chez J. B. Fellens et L. P. Dufour avec des illustrations, p.386 de Vivant Beaucé.

Trois traductions en anglais sont publiées dès 1846, deux sous le titre The Three Guardsmen en Angleterre (London, G. Vickers) et aux États-Unis (Baltimore, Taylor, Wilde and Company, l'autre sous le titre The Three Musketeers (London, Bruce and Wyld).

Résumé L'arrivée à Paris L'intrigue débute par la description d'un jeune homme de , ridicule sur son cheval jaune mais qui fait taire les rires avec sa mine farouche et sa longue rapière. Il monte à Paris de sa province avec l'épée et le cheval de son père, un baume médicinal de sa mère et une lettre de recommandation pour le Comte de Tréville (M. de Tréville), le capitaine des Mousquetaires du roi Louis XIII.

Le premier lundi du mois d', le jeune d'Artagnan, c'est le nom de ce gentilhomme, un Gascon, arrive au bourg de Meung où trois hommes, dont un en particulier, se moquent de son cheval du haut de la fenêtre d'une auberge. Cela amène d'Artagnan à provoquer cet homme et à lui intimer de descendre se moquer de lui en face. D'Artagnan tire son épée mais avant que le duel n'ait pu commencer, les laquais et le patron de l'auberge lui tombent dessus à coup de bâtons, brisent son épée et le blessent gravement. À son réveil, d'Artagnan aperçoit l'homme de Meung parler avec une femme qu'il appelle Milady et il le provoque à nouveau. Cependant, l'homme s'enfuit sur l'injonction de Milady, qui lui rappelle qu'il est investi d'une mission dont les intérêts surpassent les siens. Il découvre aussi que sa lettre pour le Comte de Tréville, son bien le plus précieux, a disparu. Elle a été volée par « l'homme de Meung » dont on apprendra plus tard le nom : c'est le comte de Rochefort, l'« âme damnée » du cardinal de Richelieu.

À Paris, d'Artagnan vend son cheval et fait remettre une lame à son épée. Le lendemain il se présente quand même à l'hôtel de M. de Tréville, où il est impressionné par l'attitude des mousquetaires qui se battent dans l'antichambre pour s'amuser et critiquent le cardinal. Il obtient une entrevue avec M. de Tréville qui ne peut lui promettre une place dans sa compagnie et se méfie de lui. En outre durant son entrevue, M. de Tréville appelle trois mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis et les réprimande pour avoir perdu une altercation contre les gardes du cardinal la veille. Avant la fin de son entrevue, D'Artagnan apercevant par la fenêtre l'homme de Meung se lance à sa poursuite. Alors qu'il cherche à le rattraper, d'Artagnan enchaîne les maladresses avec trois mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis, ce qui lui vaut trois provocations en duel, à avec Athos, à avec Porthos et à avec Aramis.

D'Artagnan a donc rendez-vous au couvent des Carmes-Deschaux (un lieu isolé car les duels sont interdits par le cardinal Richelieu) avec Athos, qui s'excuse de ne pas l'avoir prévenu qu'il combattrait de la main gauche car cela peut-être gênant pour un adversaire non prévenu, et lui propose d'attendre ses deux témoins. Les deux témoins arrivent : ce sont Aramis et Porthos.

Athos et d'Artagnan dégainent mais un groupe de gardes du cardinal arrive alors qu'ils s'apprêtaient à combattre. Trop heureux de prendre en défaut les mousquetaires du roi, les gardes du cardinal interviennent alors que d'Artagnan s'apprête à croiser le fer. Les mousquetaires refusent de rendre les armes et d'Artagnan se range alors du côté de ses anciens adversaires pour leur prêter main-forte. Le combat reste néanmoins déséquilibré malgré ce renfort car il y a quatre mousquetaires dont un blessé (Athos) et un tout jeune homme (d'Artagnan) contre cinq gardes du cardinal. D'Artagnan hérite de Jussac, une des plus fines lames de l'époque dont il finit par se débarrasser et vole alors au secours d'Athos qui se trouvait en difficulté de par son bras blessé.

Après un rude combat où les gardes du cardinal sont défaits, les quatre jeunes gens se jurent amitié. Tréville raconte leur aventure au roi qui veut les recevoir le lendemain mais entre-temps, après une insulte au jeu de Paume, d'Artagnan blesse gravement Bernajoux un autre garde du cardinal et leur altercation dégénère en émeute entre les gardes du cardinal et les mousquetaires. Reçu par , d'Artagnan se voit offrir 40 pistoles de la main du roi ; il entre comme cadet dans la compagnie des Essarts du régiment des Gardes françaises et prend pour laquais un dénommé Planchet.

Les ferrets de la reine vignette|redresse=1.5|Un bal à la cour. et Anne d'Autriche sont assis sous le dais royal fleurdelisé. Le cardinal de Richelieu se tient debout à la droite du souverain.Illustration de Maurice Leloir, 1901.