Charles Toussaint Védrines, dit « Jules », né à Saint-Denis (alors département de la Seine, actuelle Seine-Saint-Denis) le et mort le à Saint-Rambert-d'Albon (Drôme), est un aviateur français.
Le , aux commandes d'un Blériot, il remporte le premier combat aérien de l'histoire en réussissant à descendre un Etrich Taube au-dessus de Suippes.
Il est également connu pour avoir relevé le défi, le , d'un atterrissage sur le toit des Galeries Lafayette à Paris.
Biographie Belle Époque Charles Toussaint Védrines naît le à Saint-Denis..
Commençant à travailler dès l'adolescence, Jules Védrines fut d'abord ouvrier couvreur puis plombier zingueur avant de suivre des cours du soir à l'institut Catholique des Arts et Métiers de Lille (ICAM). Passionné par les exploits aéronautiques des pionniers de l'air, dès 1908, il n'a plus qu'un désir : voler ! Après avoir exercé plusieurs métiers le rapprochant de l'industrie aéronautique, il devient fin 1909 metteur au point aux usines Gnome.. Mécanicien de premier ordre au tempérament bien trempé, il se fait repérer à l'école Farman du camp de Châlons en 1910 par l'extravagant pilote-acteur britannique . Il profite de l'occasion pour mettre suffisamment d'argent de côté pour passer son brevet. Il passe son brevet de pilote à Pau à l'école Blériot fin novembre en seulement cinq leçons et dans sa réunion du l'Aéro-club de France lui décerne le brevet .
Le , il effectue à bord d'un Morane-Borel le vol Toulouse-Carcassonne et devient ainsi le premier aviateur de l'AudeIl-y-a-100-ans-Vedrines-se-pose-a-Carcassonne dans www.ladepeche.fr..
Le , il survole Paris et, à basse altitude, le cortège de la mi-Carême, sur lequel il lance une pluie de fleurs.
vignette|gauche|Départ de Jules Védrines sur Morane pour Paris-Madrid 1911. Embauché chez Morane, il gagne la course Paris-Madrid, course de à vol d'oiseau organisée par le journal Le Petit Parisien, le avec un monoplan Morane-Saulnier A à moteur rotatif Gnome de et empoche la coquette somme de pour cet exploit, soit la moitié de la dotation totale prévue pour cette course.. À cette occasion, il empoche la seconde prime de la Coupe Pommery en volant sur une distance de de Paris à Angoulême.
Avide de trophées, deux jours plus tard, le , il s'envole déjà pour cette fois tenter de remporter la course du Petit Journal Paris – Rome – Turin, soit une distance à parcourir de 2 095 kilomètresLe dans le ciel : Paris – Rome – Turin : début de la course du Petit Journal..
En , l'aviateur prend part au grand prix Deutsch, à cette occasion, le , il va avoir un accident : devant se poser d'urgence à la suite d'une panne moteur, il va endommager son aéroplane monoplanLE DANS LE CIEL : QUE DE DÉBOIRES POUR VÉDRINES !.
vignette|gauche|Jules Védrines sur son Blériot XLIII baptisé la vache, novembre 1914. D'origine auvergnate, Jules Védrines était marié à une Creusoise, née à Paris, Amélie Mélanie Noémie Lejeune, dont la famille réside au hameau dit « Le Mont », commune de Bussière-Dunoise. Il eut de cette union quatre enfants : Jeanne, Henri, Suzanne et Émile. En 1911, Jules Védrines a atterri à Bussière à bord de son Morane-Borel alors qu’il participait au rallye aérien Paris-Pau, en partie à cause du brouillard et en partie pour voir sa famille. Une stèle a été érigée à l’endroit même où Védrines a atterri. Celle-ci représente une aile du Morane et, en son centre, le visage stylisé et évidé de Védrines qui laisse voir au travers la bourgade de Bussière-Dunoise, une partie du moteur et une demi-hélice.
Poussé par ses amis, dont le journaliste sportif Jacques Mortane, il s'engage en politique début 1912 pour Donner des avions à la France afin de promouvoir le développement de l'arme aérienne, il est l'un des principaux acteurs de la souscription nationale en faveur de l'aviation, souscription sans égale à ce jour qui rapportera plus de à la nation entre 1912 et 1913.. C'est avec cette motivation, qu'il se présente aux élections législatives partielles de Limoux en . Sa campagne menée partiellement en se déplaçant de commune à commune en avion, fait sensation et ses partisans sont nombreux. Mais il doit s'incliner de quelques centaines de voix seulement devant Jean Bonnail, le représentant du candidat sortant. Devant ce qui apparaît comme un « vol » électoral aux yeux de ses partisans, de véritables émeutes éclatent nécessitant l'intervention d'un fort contingent militaire durant plusieurs jours. Il doit se résoudre à l'échec et il ne sera pas plus élu en lorsqu'il se représente dans la même circonscription. Cependant, il est adopté par la population locale qui avait mené tambour battant la première élection au son d'une chanson occitane toujours populaire aujourd'hui, créée pour l'occasion sur l'air de la Valse brune : La cançon de Vedrina [archive]. Il installe sa femme et ses enfants à Limoux qui résideront dans la ville audoise de 1913 à 1918..
Parallèlement, le , à Pau, il bat le record de vitesse pure en avion : sur un avion Deperdussin de type monoplan à moteur Gnome de et bougies Oléo, il atteint la vitesse de Le dans le ciel : Jules Védrines vole à plus de .. Le , il se joue une nouvelle fois de la vitesse, parvenant ainsi à couvrir en une heure avec un monoplan Deperdussin à moteur Gnome de ..
Mais le , il s'écrase rue de l'Yser, à proximité de la voie ferrée à Épinay-sur-Seine au cours d'un trajet Douai-Madrid qu'il comptait réaliser pour tenter de s'emparer de la Coupe Pommery. Il est grièvement blessé lors du crash de son monoplan Deperdussin, à la suite de la panne de son moteur de Le dans le ciel : Pas de chance pour Védrines !., mais il tiendra tout de même quelque temps après son propre rôle dans un film réalisé aux studios Éclair, intitulé Le Roman de Védrines. vignette|Jules Védrines au Caire, devant son avion avec Paillard (à g.), le journaliste Jules Munier (à d.) et Henri Mosseri (enfant). Deux ans plus tard, du au , il réalise la première liaison aérienne France-Égypte (avec escales) à bord de son monoplan Blériot. Il part de Nancy le et arrive au Caire le , devenant au passage le premier pilote à se poser à Beyrouth au Liban.
thumb|Védrines en , à Chicago (RM de vitesse). Le , son frère Émile se tue en avion à Reims.
Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé dans l'aviation, à l'âge de trente-deux ans, au sein de l’escadrille MS 3 (Escadrille n° 3 qui vole sur avion Morane-Saulnier), plus connue sous le nom d'Escadrille des Cigognes. Il signe ses avions d'une tête de vache ou de l'inscription « La Vache », sans doute en souvenir de ses origines limousines et aussi peut-être en guise de provocation. Il se spécialise dans des missions difficiles qui consistent à déposer des agents de renseignements dans les lignes ennemies. Au sein de l'escadrille MS.3, il accueille et forme au combat, en 1915, Georges Guynemer. Il est promu caporal le , sergent le et adjudant le .
Le , Védrines se laisse photographier par Carlo Verbessem, un pilote de chasse belge. Très fier, il est aux commandes d'un triplan Astoux sur le terrain de la base « belge » de Villesauvage. En remerciement de la dédicace accordée par Védrines, Verbessem lui accorde un chapitre dans son journal de guerre (publié en 1999 par Robert Sainte). Plusieurs photos de cet avion conçu par l'ingénieur Astoux (publiées dans le journal de guerre de Carlo Verbessem), considéré par les Français comme une arme secrète et d'avenir, furent réalisées par Verbessem, mais les essais de celui-ci ne furent pas concluants. Cet avion était équipé d'un mécanisme actionnant les ailes, trop tortueux à utiliser ; et il n'avait pas non plus de freins, comme sur les premiers modèles d'avionRobert Sainte, L'Épi mûr, page p. 80. Après son premier vol d'essai du , terminé par son capotage dans les champs, « Julot » Védrines - contusionné - a déjà compris que l'appareil (dont il détient conjointement avec Astoux plusieurs brevets) n'était pas fiable. Néanmoins, le , il laisse Verbessem photographier le triplan et tente un essai sans aucune manœuvre hardie. Le lendemain, il effectue encore un nouvel essai où l'appareil se comporte comme s'il était piloté par un novice en panique. À sa descente d'avion, il déclare aux autorités que « cette machine est aussi capable de voler qu'un tracteur agricole... ». Les responsables sont très choqués par ses propos. Malheureusement, ils n'en tiendront pas compte, ce qui provoqua le la mort du jeune pilote André-Ernest Simon (1895-1916)L'Abeille d'Étampes, Le Vaillant aviateur Simon et Mémoire d'Étampes - Nécrologie : André-Ernest Simon et photo des funérailles. qui ne prit hélas, secret oblige en période de guerre, aucun contact avec Védrines avant de monter dans cet avion. À titre posthume, il reçut une quatrième palme pour sa croix de guerre. Il fut enterré à Étampes (division C7).
Décoré de la Croix de guerre 1914-1918, ayant été cité deux fois à l'ordre de l'armée (2 palmes) au cours du conflit, il est nommé sous-lieutenant le .
Entre-deux-guerres et décès vignette|Jules Védrines atterrit sur le toit des Galeries Lafayette.
Le , il se pose à bord d'un « Caudron G III » sur le toit des galeries Lafayette du boulevard Haussmann (une terrasse de 28 mètres sur 12), malgré l'interdiction de la préfecture de Paris. Le défi a été lancé par les grands magasins. Il empoche ainsi le prix de offert pour cet exploit, mais est verbalisé par la police par une amende de . Une stèle commémore l’événementFranck Ferrand, « 19 janvier 1919, Jules Védrines pose son avion sur le toit des Galeries Lafayette », europe1.fr, 19 janvier 2016..
Le , lors du vol d'inauguration de la ligne Paris-Rome à bord d’un bimoteur Caudron C-23, un des deux moteurs de l'avion tombe en panne et celui-ci s'écrase à Saint-Rambert-d'Albon. Jules Védrines et son mécanicien Guillain ne survivent pas. Il est enterré au cimetière parisien de Pantin en grande pompe.
Son fils, Henri Védrines, sera député de l'Allier, au Parti communiste français (PCF).
Distinctions Jules Védrines a obtenu la Croix de Guerre 1914-1918 avec deux citations à l'ordre de l'armée (2 palmes).
Citation à l'ordre de l'armée du avec attribution de la Légion d'honneur à titre militaire : « Adjudant pilote à l’escadrille M.S.3, pilote adroit et courageux, ayant accompli plus de cent heures de vol depuis le début de la campagne. Toujours volontaire pour les opérations les plus périlleuses, a réussi en particulier, avec un plein succès, une mission particulièrement dangereuse et difficile. Depuis son arrivée à l’escadrille n’a cessé de réclamer pour lui l’honneur d’exécuter les vols les plus périlleux. A notamment en mai et rempli brillamment cinq missions spéciales particulièrement dangereuses et difficiles. S’est particulièrement distingué aux opérations du 5 au ».
Citation à l'ordre de l'armée du avec attribution de la Médaille militaire : « Adjudant pilote aviateur à l’escadrille M.S.3 aussi énergique qu’habile. A accompli comme volontaire sept missions spéciales exigeant le mépris le plus absolu du danger, un sang-froid et une adresse remarquables ». (à titre civil le , à titre militaire le ). (2 palmes). (1915).
Notes et références
Voir aussi Filmographie 1910 : Dans les airs, de Jean Durand 1912 : L'Enlèvement en hydroaéroplane de Max Linder 1913 : Les Fiancés de l'air, de Léonce Perret 1916 : Max dans les airs, de René Leprince et Max Linder
Bibliographie Jacques Mortane, Bibliothèque de l’Aviation Populaire, Édition Baudiniere. . . Robert Sainte, L'épi mûr, d'après le journal de guerre de Carlo Verbessem, pilote de chasse (belge), - , éd. Racine, Bruxelles , 1999.
Articles connexes Début de l'aviation dans la Creuse
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