Qianlong, Kien-long, K'ien-long ou Khian-loung ( ; Mandchou : , nom personnel Aisin Gioro Hongli) ( - ) est le sixième empereur de la dynastie Qing. Il règne officiellement sur la Chine du au Son règne de 61 ans est le plus long de l'histoire chinoise après celui de son grand-père Kangxi 康熙. Par égard pour la mémoire de celui-ci, il transmet son titre avant sa mort.. Son nom de naissance est Àixīnjuéluó Hónglì (愛新覺羅弘曆), aussi nommé « Prince Bǎo » () ; son nom de temple est Gāozōng () et son titre posthume Chúndì (). Qianlong est le fils de l'empereur Yongzheng () et de la concubine impériale Xiao Sheng Xian ().

Le règne de l'empereur Qianlong est considéré comme l'un des âges d'or de la civilisation chinoise, l'apogée de la dynastie Qing. L'empereur, homme d'État ambitieux et conscient de son devoir, élargit les frontières de l'empire chinois en direction de l'Asie centrale. Poète, peintre accompli et maître de la calligraphie, il promeut le développement de la culture chinoise dans tout l'empire. Collectionneur averti, il rassemble une des plus importantes collections d'art au monde. Il fonde la bibliothèque des quatre trésors, Siku Quanshu, afin d'établir la plus grande collection de livres de toute l’Histoire de la ChineNotons cependant que ce travail d'inventaire se double d'une censure ; le Siku Jinshu () est le catalogue de tous les livres interdits par l'empereur Qianlong.. C'est pour la Chine une période faste d'expansion territoriale et de stabilité intérieure. Cependant, à la fin de son règne, les premiers signes de faiblesse de la dynastie Qing apparaissent.

Jeunesse vignette|Figurines représentant le futur empereur Qianlong, âgé de 3 ans, lavé dans un bain. Qianlong naît en 1711 sous le nom de Hongli. Il est le quatrième fils du prince Yinzhen, lui-même quatrième fils de l'empereur Kangxi. Il n'est qu'un des petits-fils de l'empereur parmi plus d'une centaine d'autres, mais, lorsqu'il a dix ans environ, il attire l'attention de son grand-père lors d'une chasse à courre : alors qu'un ours l'attaque, Hongli ne recule pas mais enfonce un pieu dans le corps de l'animal. Kangxi le fait venir au palais et remarque alors ses capacités intellectuelles et physiques.vignette|Message de paix printanier, l'empereur Yongzheng et son fils Hongli.

En 1722, Kangxi meurt alors que Hongli a onze ans. Yinzhen, le père de Hongli, monte sur le trône et prend le nom de Yongzheng. Il fait immédiatement de Hongli le prince héritier, mais ne fait pas connaître cette résolution. Hongli est soumis à un programme d'études intensif, qui lui permettra d'être un des empereurs les mieux instruits de l'histoire chinoise. Il est un calligraphe, un poète et un peintre habile. Il parle chinois, mandchou, mongol et tibétain.

Montée sur le trône vignette|L'empereur Qianlong en 1736, par Giuseppe Castiglione. Lorsque son père Yongzheng meurt en 1735, le choix de Hongli comme successeur n'est guère une surprise. L'empereur défunt lui témoignait une profonde affection. Le prince avait souvent tenu le rôle de régent en l'absence de son père et était déjà impliqué dans de nombreuses décisions politiques. Ainsi la prise de pouvoir ne fut guère une nouveauté pour le nouvel empereur. Comme le voulait la tradition, Hongli abandonna son nom de naissance et choisit pour nom de règne, qián lóng, littéralement abondance céleste. En fait, Qianlong est non pas un nom propre mais plutôt la devise d'un règne ; il serait plus exact de parler d'Empereur Qiánlóng ().

Le quotidien de Qianlong était régulé par les traditions ; il menait une vie très disciplinée. De préférence il s'occupait de poésie, de la collection d'œuvres d'art et de la construction de jardins et de palais, voir par exemple l'Ancien palais d'été. Comme souverain, Qianlong travaillait activement à la bonne gestion de son empire et ne laissait que peu de détail sans supervision. Il avait l'habitude d'écrire régulièrement aussi bien des décrets que des ouvrages d'histoireAuteur, entre autres choses, d'un ouvrage sur l'histoire de la dynastie Ming, traduit en français par l'abbé Delamarre . Il aimait à prendre ses décisions rapidement mais restait attentif aux conseils de son entourage.

Politique intérieure

Renforcement du contrôle local Parmi les nombreuses mesures prises par Qianlong pour renforcer les institutions de l'empire, on peut distinguer l'extension du Système Baojia. C'est la plus petite entité de contrôle social qui garantit l'application des lois et décrets au niveau local. C'est la base du système administratif pyramidal. Les familles sont regroupées et tour à tour chacune prend le rôle de responsable du groupe vis-à-vis de l'administration. Ce système remonte aux réformes de Wang Anshi pendant la dynastie Song et permet à moindre frais d'assurer l'ordre et la police. En parallèle, un système similaire fut mis en place pour la collecte des impôts, le système lijia. Lors de la prise de pouvoir par la dynastie Qing, ces deux systèmes furent étendus de façon systématique à tout l'empire.

Qianlong décida de recenser non seulement les hommes en âge d'effectuer leur service pour l'État mais l'ensemble des membres d'un foyer et de faire payer des impôts correspondants. Les conseillers de Qianlong objectèrent qu'il serait presque impossible de réaliser un recensement de cette ampleur. Mais l'empereur était d'un autre avis et imposa la modification du fonctionnement du baojia selon ses directives.

Heshen Au début de son règne, Qianlong fut séduit par un jeune membre de sa cour, Heshen, qui ressemblait étrangement à une concubine qui s'était pendue à la suite d'une infraction au protocole causée par Qianlong, alors adolescent. Celle-ci avait giflé le jeune garçon qui lui avait fait peur. Cet incident perturba la psychologie de Qianlong. Heshen, qui gagna par ses capacités et par son charme les faveurs de l'empereur, fut l'un de ces personnages publics qui organisa la corruption et la spoliation par l'impôt, à grande échelle. Jiaqinq imposa à Heshen de se suicider après la mort de Qianlong.

Économie Une crise économique commença au milieu de son règne. Vers 1770, la crise économique s'aggrava et le pouvoir se vit contraint d'augmenter considérablement les taxes, mettant ainsi un frein à la prospérité des campagnes. Ayant régné pendant soixante ans, Qianlong abdiqua par respect pour son grand-père, l'empereur Kangxi, afin de ne pas régner plus longtemps que lui. Son fils préféré deviendra l'empereur Jiaqing, mais Qianlong conservera la totalité du pouvoir jusqu'à sa mort.

Jésuites Grâce aux efforts de Matteo Ricci qui avait su conquérir la confiance de l'Empereur par ses compétences scientifiques, les jésuites étaient acceptés dans l'Empire du Milieu traditionnellement hostile aux étrangers. Lors de la querelle des rites, Qianlong prend le parti de ses jésuites contre les papes qui veulent condamner leurs pratiques prétendues idolâtres. Clément XI irrité de l'intervention de l’empereur de Chine dans le domaine religieux, interdit aux chrétiens chinois de participer aux rites en l'honneur de Confucius. , lors de son entrevue avec le légat du Pape (Charles-Thomas Maillard de Tournon), l'empereur Qianlong s'avise que l'interprète, le vicaire apostolique Maigrot ne maîtrise pas le chinois et ne connaît même pas les œuvres de Matteo Ricci. Mécontent, il éloigne l'interprète et fait emprisonner le légat . En 1715, le Pape condamne définitivement le rite chinois par la bulle Ex Illa Die.

Guerres à la périphérie

vignette|Costume militaire de l'Empereur Qianlong. Musée de l'Armée, Paris. Sous Qianlong, l'empire chinois s'étendit considérablement, en particulier en Asie centrale. Il atteignit les 12 millions de kilomètres carrés, taille qu'il n'avait encore jamais eue et qu'il ne retrouvera pas par la suite. Les campagnes militaires eurent une grande importance pour l'empereur. Il ne dirigea jamais lui-même le combat, mais il vint voir les troupes dans la steppe, accueillit les généraux vainqueurs et reçut la soumission des vaincus. Il fit construire un musée militaire à Pékin. En 1792, vers la fin de sa vie, il écrivit un texte sur les dix perfections, où il fait référence à dix de ses guerres victorieuses. Elles furent interprétés par des peintres chinois et missionnaires jésuites européens, puis gravées à la taille douce en Europe sous le nom de « Les Conquêtes de L'Empereur de la Chine ». Son père avait reconquis le Tibet et le territoire des Khalkhas de Mongolie-Intérieure aux Dzoungars, dirigés par Tsewang Rabdan, qui les avaient envahis quelques années plus tôt.

Les guerres furent aussi une entreprise très coûteuse : la Trésorerie impériale fut presque épuisée par les expéditions militaires, ce qui pourrait avoir été une cause du déclin ultérieur de la dynastie. En plus des Hans, les millions de non-Han intégrés dans l'empire - tels que les Ouïghours, Kazakhs, Kirghiz, Evenks, Mongols et Tibétains - étaient au moins potentiellement hostiles au pouvoir Mandchou.

Xinjiang

Les Dzoungars, des Mongols Oïrats comptaient sur les Russes pour reprendre les territoires d'abord conquis à la Chine puis perdus. Mais à la mort de Tsewang Rabdan en 1727, son fils, Galdan Tseren et élu nouveau Khan du Khanat dzoungar. Quelques mois plus tard, toujours en 1727, Qianlong signe le Traité de Kiakhta avec les Russes. À partir de 1729, la guerre éclate.

Aidé par les Mongols Khalkhas, Qianlong se lance à la conquête du Xinjiang pour neutraliser les Dzoungars.

En 1757, le territoire du Khanat dzoungar est incorporé à la dynastie de Qing au sein du Xinjiang. À l'ouest, la vallée de l'Ili est conquise et recevait une garnison. Les Qing ont aussi dominé la Mongolie extérieure après avoir infligé une défaite finale aux Dzoungars, dont furent exterminésIn the Eye of Power, Michael Edmund Clarke, see references p. 37..

En 1739, Qianlong signe un traité de paix avec Galdan Tseren. Il sera respecté jusqu'à la mort de ce dernier en 1745.

Birmanie L'armée mena quatre campagnes infructueuses contre les Birmans de la dynastie Konbaung (1765-1769) ; un traité de paix fut signé en 1770, les relations commerciales reprenant en 1788.

Tibet Après la reconquête de Lhassa en 1720 par Kangxi aux Dzoungars, les Qoshots du Qinghai continuaient de garder le contrôle militaire et le titre de Roi du Tibet. Qianlong installa un protectorat sur le Tibet le : le roi perdit son pouvoir au profit du dalaï-lama, accompagné de quatre ministres tibétains et de deux ambans (gouverneurs militaires) chinois Tibet sur Larousse.fr Great Events from History: The 18th Century - China Consolidates Control over Tibet sur salempress.com.

En 1788 et 1791, les Gurkhas (armées britanniques et de sa colonie indienne recrutés au Népal), envahissent le Tibet. Celui-ci, incapable de se libérer par lui-même, demanda l'aide de Qianlong, qui y envoya des armées pour rétablir le dalaï-lama, il lui associa alors un résident Qing et une garnison. En 1792, il émit un décret en 29 points qui resserrait le contrôle chinois sur le Tibet. La monnaie tibétaine jusqu'alors produite au Népal fut désormais produite en Chine.

Viêt Nam Au Viêt Nam, les choses tournèrent mal. En 1787, le dernier roi de la dynastie Lê avait été contraint de fuir Thăng Long (aujourd'hui Hanoï) devant les Tây Sơn. Il demanda de l'aide à la Chine pour restaurer son trône. Qianlong envoya une armée contre les Tay Son : elle prit Thanglong en 1788 mais fut vaincue durant le Tet de l'année suivante à la bataille de Đống Đa. La Chine se replia et n'intervint plus au Viêt Nam durant les 90 années suivantes.

Bilan vignette|L'Empereur Qianlong en costume de lama, Puning si, c. 1758, par un artiste anonyme. Thangka, couleur sur tissu. Musée du Palais, Pékin.