La ligne du télégraphe Chappe de Paris à Toulon est une liaison du télégraphe Chappe reliant Paris à Toulon. Il s'agit d'une des plus importantes réalisations du réseau télégraphique optique français au . Elle constituait un axe stratégique majeur entre le gouvernement central et la principale base navale française de Méditerranée. Sous le Premier Empire, le réseau fut également étendu au-delà des Alpes afin de relier Paris aux territoires italiens contrôlés par Napoléon, jusqu’à Milan puis VeniseHistoire et formation du réseau : Le Consulat et l'Empire (1799-1815). Longue d’environ 1 200 kilomètres, cette ligne télégraphique entre Paris et Venise réduit considérablement les délais de transmission des informations entre Paris et l’ItalieHaute-Maurienne : sur les traces du télégraphe Chappe..
Contexte historique La ligne du midi À la suite des victoires de Napoléon Bonaparte lors de la Campagne d'Italie (1796-1797), la République française, favorise la création de républiques sœurs (cisalpine, ligure, etc.) de la France, tout en occupant militairement le PiémontAdriano Fogliasso, Il telegrafo ottico L’invenzione dell’ingegner Claude Chappe “Le télégraphe aérien”, 2008.
Afin de permettre à Paris de communiquer rapidement avec l'Italie, le Directoire décida de lancer en l'an VII, une ligne du midi, et chargea en 1799 Claude Chappe de tracer une ligne passant par Lyon. Deux itinéraires étaient envisagés : l'un par Chambéry et le Mont-Cenis, l'autre par la vallée du Rhône et la côte méditerranéenne, desservant également Toulon. Ce projet fut abandonné à la suite du Coup d'État du 18 Brumaire. La ligne ne fut effectuée que partiellement, et qui ne fut point mise en activitéIgnace Chappe, Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne, p. 131..
Quelques mois après le lancement des opérations de repérage des points culminants destinés à l'implantation des postes de la Ligne Paris-Brest, Claude Chappe fut rappelé d'urgence à Paris afin de participer à la mise en œuvre de cette ligne. La poursuite des travaux sur Paris-Brest fut alors confiée à plusieurs de ses adjoints, chargés d'en achever la réalisation sur le terrainAndré Muset, Les Stationnaires de la ligne Paris-Brest, Le Vieux-Marly, 52-56 (1992), Voir en ligne.
La ligne du midi partait alors des tours de l’église Saint Sulpice à Paris, traversait l’Yonne et arrivait en Côte d’Or à Viserny.On se dispose à utiliser les télégraphes qui depuis près d’un mois sont ici en dépôt. Toutes les montagnes qui nous avoisinent ont été parcourues pour trouver des points convenables à ce genre de correspondance. On paraît s’être décidé à en ériger un sur le mont Afrique. On fait à ce sujet des dispositions qui assurent un placement prochain. Journal de Carion,
Interruption des travaux Après examen des comptes, l’administration télégraphique se retrouve dans une situation financière extrêmement préoccupante. Soucieux de réduire les dépenses, le Premier Consul Napoléon Bonaparte engage alors une politique de rigueur budgétaire. Tandis que divers emplacements, parmi lesquels le Mont Afrique, font l'objet de prospections et que plusieurs postes sont déjà sortis de terre, les travaux de la ligne Paris–Lyon sont interrompusGuy de Saint-Denis, Télégraphie Chappe : direction Semur puis Dijon, Annales de Bourgogne (Dijon), Éditions universitaires de Dijon, 2004. Voir en ligne. La liaison Strasbourg–Huningue est supprimée dès 1800, suivie peu après par celle reliant Lille à Dunkerque. Face à un déficit persistant, ces mesures s’avèrent toutefois insuffisantes et Bonaparte décide finalement, en 1802, de mettre l’ensemble du réseau télégraphique à l’arrêt. Le , on sursoit à la continuation de la ligne qui s’arrête peu avant Dijon, à Corcelle-les-MontsLe télégraphe Chappe à Fleurey
Le financement Les frères Chappe refusent toutefois l’abandon définitif du réseau et recherchent de nouvelles sources de financement susceptibles d’assurer sa pérennité. Le télégraphe constituant un monopole de l'État, son exploitation commerciale auprès du public n'est alors pas envisageable. Ils proposent finalement de mettre le réseau au service de la diffusion rapide des résultats de la Loterie nationale à destination de la presse, offrant ainsi une justification économique à son maintien. Cette solution convainc le gouvernement qui, le , revient sur sa décision de fermeture. Le financement du réseau par les recettes liées à la transmission des résultats de la Loterie est autorisé, les lignes télégraphiques sont remises en activité et l'extension de la liaison de Lille vers Bruxelles est ordonnée.
Le prolongement impérial vers l’Italie
Le projet napoléonien Lorsqu’il devient roi d'Italie en 1805, Napoléon souhaite disposer d’un moyen de communication rapide entre Paris et les territoires italiens de l’Empire. Il lance alors l’extension du réseau Chappe à travers les Alpes. Devenu empereur des Français puis roi d’Italie en 1805, Napoléon Ier accorde une importance croissante aux communications rapides entre Paris et les territoires italiens placés sous son autorité. Le , il ordonne ainsi la construction d’une ligne télégraphique reliant Paris à Milan par Lyon et Turin, avec un prolongement ultérieur vers Mantoue afin de faciliter la transmission rapide des ordres militaires sur le front de l’Adige.
À la suite du décès de Claude Chappe, la réalisation de ce vaste projet est confiée à plusieurs hauts responsables de l’administration télégraphique, notamment Mathieu Xavier Durant, directeur de la ligne de Saint-Malo, Jean‑Pierre Rogelet, directeur de celle de Metz, ainsi qu’aux inspecteurs Jacques Jean Lair et Offroy. La ligne est rapidement terminée jusqu'à Lyon : en s’écartant de Dijon, un nouveau tracé supprime la station du Mont Afrique mais crée celle du Plain de Suzâne à FleureyLe télégraphe Chappe à Fleurey.
Les moyens Dans plusieurs localités, ingénieurs du télégraphe choisirent d’installer leurs appareils sur les toitures de bâtiments administratifs ou, plus exceptionnellement, au sommet de clochers d’églises nationalisées. Cette pratique, rendue possible par un décret de la Convention nationale, fut fréquemment mise en œuvre par l’administration télégraphique. L’Église catholique se montra notamment souvent hostile au développement du télégraphe optique. Certains y voyaient une atteinte symbolique à la médiation entre la terre et le ciel, dans un contexte où l’invention récente du paratonnerre avait déjà suscité de vives controverses. Cette opposition fut renforcée par le fait que de nombreux télégraphes étaient installés sur les clochers d’églises désaffectées pendant la Révolution française. Le Régime concordataire français ne contribua guère à apaiser les tensions, la coexistence entre le retour du culte dans les églises et le maintien des installations télégraphiques s’avérant souvent problématiquePierre Nicole, Remarques our les rapports conflictuels entre le télégraphe et l'Eglise, Concordat ou non, Le Vieux-Marly, 51 (1992), Voir en ligne. Dans plusieurs localités, il adapte des clochers d'église afin d'y installer les mécanismes télégraphiques.
Comme sur la ligne Paris-Lille-Saint-Omer, la mise en place de la ligne bénéficie alors de pouvoirs exceptionnels lui permettant d'occuper des bâtiments publics, des clochers et diverses hauteurs stratégiquesArrêté du Comité de salut public, daté du qui autorise le citoyen Chappe à placer les machines télégraphiques sur les tours, les clochers, les emplacements qu'il a choisis pour leur établissement..... De nombreuses stations sont installées sur des édifices existants afin de réduire les coûts et d'accélérer les travaux.
Le parcours L’axe principal suit approximativement le parcours : Paris → Lyon → Turin → Milan → VeniseLe trafic télégraphique sur la ligne aérienne Chappe, Paris-Turin-Milan-Venise. Cette réalisation représente alors l’un des plus ambitieux réseaux télégraphiques du monde.
Les travaux débutent par la remise en état des stations déjà établies, puis se poursuivent vers Lyon avant de franchir les Alpes en direction du Piémont et de la Lombardie. L’avancement du chantier permet d’établir une liaison opérationnelle entre Paris et Turin dès 1807. Le réseau est ensuite étendu jusqu’à Milan en 1809, puis jusqu’à Venise en 1810. Exploitation Entre l'ouverture de la ligne de Milan (1807-1809) et les débuts de celle de Toulon en 1823, la liaison Paris-Lyon fonctionna sans direction intermédiaire entre Paris et Lyon. Cette organisation favorisait les retards, les pannes locales ou les erreurs de transmission pouvant affecter la ligne. La situation était aggravée par les fréquents brouillards présent sur la ligne qui interrompaient parfois les communications durant plusieurs jours. L'un des points les plus vulnérables de la ligne Paris–Lyon, provient des perturbations causées par les brumes fréquentes au niveau de la Côte-d'Or. Le tracé initial de 1799 sera modifié par la suite dès 1807, puis dans la suite du , par la redirection vers Semur-en-Auxois en 1823, puis Dijon en 1835. Journal de Carion, , « On prépare dans la cour de l’Hôtel de Ville plusieurs machines télégraphiques destinées à être placées ces jours-ci sur le coteau de Sézanne, près de la solitude de Notre Dame d'Étang. Il remplacera celui qu'on avait installé sur le Mont Afrique et qui n'offrait pas un point convenable à la correspondance. Un autre sera placé au Mantuan sur le territoire de ReulleIl s'agit de Concoeur »
Système centralisé depuis Paris (1806) Face aux difficultés logistiques engendrées par l’existence de quatre têtes de ligne télégraphiques vers Lille, Strasbourg, Brest et Milan, réparties sur trois sites distincts, l’administration décide de centraliser les opérations. L'Hôtel Villeroy, est choisi pour accueillir ce poste central. Occupé depuis septembre 1794 par les ateliers, magasins et le domicile de Claude Chappe, le bâtiment est équipé sur ses toits et terrasses des installations nécessaires aux transmissions. Chaque ligne est exploitée par deux stationnaires. Le système centralisé entre en service en 1806Le cœur du réseau : Paris.
Vers Toulon Le projet initial Le projet de raccorder Toulon au réseau télégraphique Chappe remonte au Directoire, mais il demeura sans suite. Sous le Premier Empire, Napoléon Ier relança cette ambition dans le cadre d'un vaste programme visant à relier télégraphiquement les principaux ports de l'Empire. Malgré l'intérêt stratégique d'une telle liaison, notamment pour la mise en œuvre du blocus continental, le projet n'aboutit pas.
Le projet
Après la chute du Premier Empire, les frères Chappe militèrent activement pour la création d’une grande ligne reliant Paris à la Méditerranée. Le , Ignace et Pierre François Chappe présentent au nouveau ministre de la Guerre un état des lieux du réseau télégraphique. À cette occasion, ils soumettent un projet visant à prolonger la ligne Paris–Lyon jusqu’à Marseille et Toulon, afin d’assurer une liaison rapide avec les principaux ports militaires de la MéditerranéeHistoire et formation du réseau : La Restauration (1815-1830). Cette proposition n’est toutefois pas retenue par le gouvernement de la Restauration, qui choisit de ne pas engager les travaux envisagés.
Face à la faiblesse persistante du trafic télégraphique, les frères Chappe cherchent à élargir les débouchés du réseau en plaidant pour son extension vers les grands ports commerciaux et militaires. Ils soumettent à plusieurs reprises des projets prévoyant le prolongement de la ligne de Lyon vers la Méditerranée ainsi que la création de nouvelles liaisons reliant Paris aux principaux ports de la façade atlantique, notamment Bordeaux. Toutefois, les décisions gouvernementales tardent à être prises et ces projets demeurent longtemps sans suite.
La décision