Marie Jeanne Bertin dite Rose Bertin ou Mademoiselle BertinDe son temps, elle est connue comme Mademoiselle Bertin. Le prénom de Rose est une invention posthume. Voir Sapori, 2003, ., née à Abbeville le et morte à Épinay-sur-Seine le , est une marchande de modes.
Biographie Rose Bertin est la fille de Nicolas Bertin, cavalier de la maréchaussée d'origine picarde, et de Marie-Marguerite Méquignon, garde-maladeActe de baptême, registres de la paroisse Saint-Gilles d'Abbeville : « l'an 1747 sur les neuf heures du soir est née du légitime mariage une fille de Nicolas Bertin cavalier de la maréchaussée et marié à Marguerite Méquignon son épouse, le lendemain a été baptisée, par moi curé soussigné sous le nom de Marie Jeanne » - Archives départementales de la Somme, registre des baptêmes de Saint-Gilles d'Abbeville.. Elle aurait débuté comme à la manufacture de drap fin des van Robais - fondée à Abbeville en 1665 - puis part pour Paris dès ses seize ans pour travailler comme modiste au sous les ordres de Pagelle, maison qui fournissait Marguerite de Rancurel de la Saune, maîtresse d'un prince du sang, le comte de Charolais et mère de ses deux filles.
Comme cette dernière passe commande au de leurs robes de mariage, Mademoiselle Bertin, chargée de la livraison, rencontre à cette occasion la princesse douairière de Conti, elle aussi princesse du sang, qui devint sa première protectriceMémoires de Bertin, où elle raconte cette rencontre en détail..
Le magasin Le Grand Mogol En 1770, elle ouvre son propre magasin de modes à l'enseigne Le Grand Mogol, dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris (ultérieurement transféré au de la rue de Richelieu — rue de la Loi de 1793 à 1806 — à Paris, immeuble dont elle se porte acquéreur le et qu'elle conservera jusqu'à sa mort).
Sa créativité et son sens des affaires font que son activité se développe rapidement et emploie bientôt trente salariées et cent vingt fournisseurs. Elle allège les silhouettes, avec des paniers plus légers et moins encombrants, lance la mode champêtre, les robes de mousseline et les robes de grossesse ; sa clientèle est essentiellement aristocratique.
La Ministre des modes
Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres, la présente à celle qui est depuis un jour reine, le , à Marly, alors que Louis XV vient d'expirerMadame la duchesse de Chartres... introduisit dans l'intérieur de la reine mademoiselle Bertin, marchande de modes, devenue fameuse à cette époque par le changement total qu'elle introduisit dans la parure des dames françaises (in Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, chapitre IV). . Elle jouit de la faveur de la reine de France Marie-Antoinette qui trouve en elle sa « Ministre des modes » ; elle est d'ailleurs jalousée pour sa proximité avec la souveraine. Cette jeune femme qui vient du peuple peut être considérée comme une entrepreneuse avant l'heure, ne devant sa réussite qu'à son talent ; en outre, les métiers de conception de mode sont surtout à l'époque une affaire d'hommes : Mademoiselle Bertin inaugure avant l'heure ainsi l'ère des créatrices de mode, qui prendra son essor le siècle suivantDans une conférence à l'Institut français de la mode, Michelle Sapori regrette le choix du terme de couturière et non de modiste par son éditeur..
Elle achève la révolution opérée dans les modes par Madame de Pompadour et Madame du Barry. Elle se voit bientôt réclamée dans toutes les cours d’EuropeElle faisait alors envoyer tous les mois à Saint-Pétersbourg un mannequin revêtu de ses dernières créations afin que la Cour russe soit constamment au fait de la dernière mode versaillaise. Ce fait est d'ailleurs rapporté par Delille dans les vers qu'il consacre à Rose Bertin dans son poème l'Imagination (chant III):... Ainsi, de la parure aimable souveraine, Par la Mode, du moins, la France est encor reine; Et, jusqu'au fond du Nord portant nos goûts divers Le mannequin despote asservit l'univers. (Le mot Nord rappelle ici le titre de comte du Nord, porté par le futur empereur , lors de son voyage en France, en 1782, et fait donc référence à Saint-Pétersbourg).. Les modes explosent de diversité et d’invention (coiffure , pouf , chapeau , ou …)Cet engouement pour les créations les plus excentriques de est rapporté et critiqué par Madame Campan dans ses mémoires, qui en fait une des raisons de la détestation du peuple à l'égard de Marie-Antoinette : (in Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, chapitre IV)..
De conseillère vestimentaire, elle devient une proche de la reine Marie-Antoinette à qui elle conseille notamment, quand celle-ci ne parvient pas à concevoir d'enfant, d'effectuer le pèlerinage de Notre-Dame de Monflières, petit hameau dépendant du village de Bellancourt, près de sa ville natale d'Abbeville.
La Révolution et l'Empire
Pendant la Révolution française, le destin de Mademoiselle Bertin et de Marie-Antoinette suivent des routes parallèles, se rejoignent à Versailles et se séparent sur la place de la Révolution, en .
Elle est accusée d'entretenir les passions dispendieuses de l'ancienne souveraine ; pendant la Terreur, Bertin continue à travailler et n'émigre qu'au dernier moment en Angleterre.
De retour en 1795, elle vient à Paris et récupère ses biens, dont ses ateliers du 26 rue de Richelieu (renommée rue de la Loi) ainsi que sa maison d'Épinay-sur-Seine (qu'elle surnomme le « pavillon Béatus »Il est classé aux monuments historiques en 1933 ; ) où elle décide de rester un an plus tard, mais le Premier Empire ne lui permet pas de retrouver son succès d'antan. Située au bord du fleuve à Épinay-sur-Seine, la maison peut être aperçue depuis l'île Saint-Denis, à la droite de la mairie d'Épinay.
Elle meurt en 1813, restée célibataire.
Œuvres Mémoires de Bertin sur la reine Marie-Antoinette, avec des notes et des éclaircissementsLe réel rédacteur serait l'avocat parisien Jacques Peuchet (1758-1830)., Bossange Frères, Paris, 1824.
Filmographie Si Paris nous était conté de Sacha Guitry (1955), Rose Bertin est interprétée par Sophie Desmarets. Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot (2012), Rose Bertin est interprétée par Anne Benoît. Les Favoris de Marie-Antoinette dans Secrets d'histoire, Rose Bertin est interprétée par Lou Gala.
Dans la littérature alt=Maison de Rose Bertin à Epinay-sur-Seine (parc des Beatus).|gauche|vignette|Maison de Rose Bertin à Épinay-sur-Seine (parc des Beatus). Catherine Gennec lui a consacré un roman, publié chez Lattès en 2004 : La Modiste de la reine. Plus récemment,en 2016, Sophie Guillou a publié le roman Rose Bertin chez l'éditeur de livres pour la jeunesse Les petites moustaches. Le personnage est également connu au Japon, où un seinen de la mangaka lui est consacré.
Postérité Le Dictionnaire Bouillet indique qu’elle substitua, au .
Une rue porte son nom dans sa ville natale, une école à Bellancourt, ainsi qu'une station de la ligne T8 du tramway à Épinay-sur-Seine, où elle est morte.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Mademoiselle Alexandre Madame Eloffe Bibliographie . . . . Michelle Sapori : Rose Bertin : Ministre des modes de Marie-Antoinette, Paris, Institut français de la mode et Éditions du Regard (distribution Seuil), , 318 pages Rose Bertin, la couturière de Marie Antoinette, Paris, Perrin, 2010 . Clare H. Crowston, « La Reine et sa "ministre des modes". Genre, crédit et politique dans la France pré-révolutionnaire », Travail, genre et sociétés, , Paris, La Découverte, 2005, . . . . . Catherine ORMEN. BERTIN ROSE (1747-1813) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Elizabeth McMahon and Lourdes Font, Bertin, Rose [Marie-Jeanne] [en ligne].Grove Art Online
Liens externes
Bertin Catégorie:Modiste Catégorie:Personnalité française du monde des affaires du XVIIIe siècle Catégorie:Naissance en juillet 1747 Catégorie:Naissance à Abbeville Catégorie:Décès en septembre 1813 Catégorie:Décès à 66 ans Catégorie:Marie-Antoinette d'Autriche
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