thumb|Groupe du Laocoon, œuvre des Rhodiens Agésandros, Athanadoros et Polydoros, , musée Pio-Clementino, Vatican L’art de l'époque hellénistique correspond à la période qui s'étend approximativement de la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., jusqu'à la défaite de Cléopâtre VII à la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. Cet art, pour une grande partie sous forme de sculpture hellénistique, a longtemps été la victime du relatif dédain attaché à la période. « Cessavit deinde ars » (« puis l'art disparut ») résume Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle (XXXIV, 52), après avoir décrit la sculpture grecque classique. Pourtant, nombre des œuvres les plus connues de l'art grec appartiennent à cette période : le Laocoon du Vatican, la Vénus de Milo ou encore la Victoire de Samothrace.
Le renouvellement de l'approche historiographique ainsi que des découvertes récentes, comme celle des tombes de Vergina, ont permis de mieux appréhender la richesse artistique de cette époque. La période hellénistisque se faisait connaitre pour son mélange de styles, incorporant plusieurs éléments de l'art grec classique ainsi que des influences orientales.
Architecture
Naissance d'un nouvel urbanisme thumb|left|upright=1.2|Grand Autel de Pergame, Pergamon Museum, Staatliche Museen de Berlin
L'une des caractéristiques de l'époque hellénistique est la division de l'empire d'Alexandre le Grand en principautés personnelles fondés par les Diadoques, les principaux généraux du conquérant : Lagides en Égypte, Séleucides en Asie, Attalides autour de Pergame, etc. Chacune de ces dynasties pratique un mécénat royal qui diffère de celui des cités grecques. Dans le domaine architectural, cela se traduit par de vastes plans d'urbanisme et de grands complexes dont les cités ont perdu l'habitude depuis le Cet urbanisme est assez novateur pour le monde grec, puisqu'au lieu de contraindre le lieu et de corriger ses défauts, il met en valeur la nature et s'y adapte. On note l'apparition de nombreux lieux de loisir, notamment une multiplication des théâtres et des lieux de promenade. Les monarchies hellénistiques bénéficient du fait de pouvoir disposer de vastes espaces où peuvent être construites des villes « nouvelles », comme Alexandrie, Pergame, Antioche et Séleucie du Tigre.
Pergame en particulier constitue un exemple caractéristique de l'architecture hellénistique. À partir d'une simple forteresse située sur l'acropole, les rois attalides érigent un complexe architectural colossal. Les bâtiments sont déployés en éventail autour de l'acropole pour tenir compte de la nature du terrain. L'agora, située au sud, sur la terrasse la plus basse, est bordée de galeries à colonnades ou stoai. Elle est le point de départ d'une rue qui traverse toute l'acropole : elle sépare d'une part les bâtiments administratifs, politiques et militaires, à l'est et au sommet du rocher ; d'autre part les sanctuaires à l'ouest, à mi-hauteur. Parmi ces derniers, le plus important est celui qui abrite le grand autel monumental, dit « des douze dieux » ou « des dieux et des géants », constitue l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture grecque. Un gigantesque théâtre, pouvant contenir près de 10 000 spectateurs, déploie ses gradins sur les flancs de la colline.
Renouveau de l'architecture religieuse C'est l'époque du gigantisme : ainsi du second temple d'Apollon à Didymes, situé à une vingtaine de kilomètres de Milet, en Ionie. Il est conçu à la fin du par Daphnis de Milet et Paionios d'Éphèse mais les travaux, jamais achevés, se poursuivront jusqu'au Le sanctuaire est l'un des plus grands jamais construits dans la zone méditerranéenne : à l'intérieur d'une vaste cour (21 mètres 70 sur 53 mètres 60), la cella est entourée par une double colonnade de 108 colonnes ioniques hautes de près de 20 mètres, dont les bases et les chapiteaux sont richement sculptés.
Les grands espaces communautaires
Sculpture
thumb|upright|right|Faune Barberini, copie en marbre d'un original en bronze, v. 200 av. J.-C., Glyptothèque de Munich
Au IVe siècle la sculpture hellénistique, tout comme l'art, n'est qu'un germe, qui se développe surtout au IIIe, IIe, et Ier siècles, grâce au réel déplacement du centre de gravité politique du monde grec vers l’Orient avec les royaumes attalide d’Asie Mineure, séleucide du Proche-Orient et lagide d’Égypte. Avec ce déplacement géographique apparaissent alors des centres artistiques purement grecs à Pergame, à Antioche, à Alexandrie et la diffusion de l’art grec, mêlé à des influences locales, se retrouve jusqu’à Aï Khanoum dans l’Afghanistan actuel.
La sculpture hellénistique reprend les innovations du second classicisme : ronde-bosse parfaite, permettant d'admirer la statue sous tous les angles ; étude des drapés et effets de transparence des vêtements ; souplesse des attitudes. L'imitation de la nature et de l'homme va jusqu'à l'illusion du mouvement réel : il s'agit de représenter l'homme dans tous ses détails (barbe, muscles, os, traits du visage, drapés...) pour se rapprocher au plus près du réel, en donnant vie à la statue. Les sculpteurs cherchent à se dégager des contraintes architecturales, de la loi de la pesanteur : ils préfèrent les contrastes plutôt que l'harmonie que l'on trouve dans l'époque classique. De nouvelles formes et de nouveaux styles ont été ajoutés au répertoire sculptural, sans pour autant que les anciennes formes ne soient abandonnées. Il s’agirait ici, non pas d’un style associé à une époque, mais plutôt d’un langage artistique qui se serait élargi pour être en mesure de répondre à de nouveaux besoins, à de nouvelles exigences et à de nouvelles catégories de sujets.
Ainsi, la Vénus de Milo, tout en copiant un type classique, se distingue par la torsion de ses hanches. On recherche avant tout l'expressivité et l'atmosphère. Cette recherche est particulièrement flagrante dans les portraits : plus que l'exactitude des traits représentés, l'artiste veut rendre le caractère de son modèle. Dans la grande statuaire, l'artiste explore des thèmes comme la souffrance, le sommeil ou la vieillesse. Ainsi le Faune Barberini de Munich représente un satyre endormi, à la pose relâchée et au visage anxieux, peut-être en proie aux cauchemars. La Femme ivre, également à Munich, montre sans détour une vieille femme, maigre, hagarde, serrant contre elle sa jarre de vin.
Les sources littéraires de la sculpture hellénistique Parmi les écrivains dont les œuvres nous sont parvenus, Pline l'Ancien et Pausanias sont les plus importants. Pline l'Ancien, malgré son silence sur la période 296-156 av. J.-C., reste précieux pour le bref aperçu qu’il donne de la sculpture de la fin du au début du , où il parle de Praxitèle, de Lysippe, de leurs élèves, et des statues réalisées pour Alexandre et les Diadoques. Il fait aussi mention des sculpteurs de la cour des Attalides et du néoclassicisme de la fin du IIe siècle. Si Pline a ignoré une si longue période de la sculpture grecque c'est parce que pour lui la sculpture avait atteint son apogée au IVe siècle et que l’art hellénistique n’était d’abord qu’une nécessaire décadence après la perfection classique.
La vision de Pline en matière d’histoire de l’art correspond à la doctrine transmise par les maîtres du classicisme. Pausanias dans Le Guide de la Grèce, se démarque de la tradition d’histoire de l’art de Pline, il décrit les statues d’un point de vue plus antiquisant et archéologique.
La veine réaliste La notion de réalisme est employée afin de définir le genre des portraits qui devient très important à l'époque hellénistique. Le portrait hellénistique se définit par la ressemblance avec son modèle. Cependant, selon Roland Barthes, les Grecs recherchaient non pas le réalisme, mais un « effet de réel » et aussi une plus grande mise en mouvement de la sculpture.
La veine baroque vignette|246x246px|Groupe du Laocoon, œuvre des Rhodiens Agésandre, Athénodore et Polydore, musée Pio-Clementino, Vatican Les groupes historiques et mythologiques sont un trait nouveau de la sculpture hellénistique et ces groupes constituaient sans doute les plus grands monuments votifs de leur époque. C’est probablement dans le contexte de ces groupes que le baroque hellénistique est élaboré, c'est un style destiné à la caractérisation générale de l’univers sublime et tumultueux des héros épiques. Les compositions sont dynamiques et montrent des actions violentes où les sentiments sont exprimés dans des scènes pathétiques et expressives, les formes sont variées, les effets de tissus bouillonnants et les musculatures extrêmement puissantes et tendues. On donne le plus souvent comme exemple Laocoon le prêtre troyen et ses deux enfants se faisant attaquer par des serpents, scène décrite à la fois dans l'Odyssée et l'Énéide. Cette scène comme prise sur le vif, où la tension dramatique est traduite sur les visages des personnages, où l'expressivité est rendue par des yeux exorbités, désespérés et éperdus montre la réelle détresse des personnages. Laocoon, sans accorder un regard à ses fils mourants, les muscles tendus, le corps tordu, tente de se débarrasser des serpents qui l'enserrent. Dans cette statue, contrairement aux piliers d'appui très voyants dans l'art classique, les sculpteurs hellénistiques veulent au contraire les incruster, les camoufler. Ainsi les serpents servent à soutenir les statues tout en faisant partie de l’œuvre. Cette œuvre représente toute la veine baroque qu'on donne à l'époque hellénistique, ce goût du pathétique, du "pathos".
gauche|vignette|273x273px|La Victoire de Samothrace, vers 190 av. J.-C., Département des antiquités grecques, musée du Louvre, Paris
La Victoire de Samothrace est elle aussi une figure qui s'inscrit dans le nouveau style baroque hellénistique. Elle représente une femme au corps ailé, Niké, déesse messagère de la victoire. On la voit se posant sur la proue d'un navire victorieux, le vent plaquant le tissu de ses vêtements contre son corps laissant apparaître par transparence la torsion de son corps. Cette statue avec son drapé et son impression de mouvement représente elle aussi le style baroque.
Les ateliers pergaméniens thumb|left|upright|Galate blessé, v. 100 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes
Pergame ne se distingue pas seulement pour son architecture : elle est également le siège d'une école de sculpture brillante, dite du « baroque pergaménien ». Les sculpteurs, tout en citant les siècles précédents, mettent en scène des moments douloureux qu'ils rendent expressifs par des compositions tridimensionnelles, souvent en « V », et un hyperréalisme anatomique. Attale I (269‑197 av. J.-C.), pour commémorer à sa victoire du Caïque (237 av. J.-C.) contre les Celtes de Galatie — appelés « Galates » par les Grecs —, fait sculpter deux séries de groupes votifs : le premier, consacré sur l'acropole de Pergame, comprend les célèbres Galate mourant et Gaulois se suicidant avec sa femme, dont l'original est perdu (la meilleure copie se trouve au palais Massimo alle Terme de Rome) ; le second groupe, offert à Athènes, est constitué de petits bronzes de Grecs, d'Amazones, de dieux et de Géants, de Perses et de Gaulois. L'Artémis Rospigliosi du Louvre est probablement une copie de l'un d'entre eux ; quant aux copies de « Gaulois blessés », elles sont très nombreuses à l'époque romaine. L'expression des sentiments, la force des détails — ici, les chevelures et moustaches broussailleuses — et la violence des mouvements sont les caractéristiques du style pergaménien.