vignette|Rassemblement pro-israélien aux États-Unis. Le sionisme chrétien est un courant du christianisme évangélique selon lequel la création de l'État d'Israël en 1948 est en accord avec les prophéties bibliques et prépare le retour de Jésus comme Christ en gloire de l'Apocalypse.
Cette croyance se distingue du soutien apporté par d'autres chrétiens à Israël et au sionisme pour des raisons autres que religieuses. Par sa compréhension biblique littérale du sujet, elle se distingue également du caractère « non religieux » du sionisme. Les évangéliques considèrent que l'existence même de l'État d'Israël ramènera Jésus sur terre, le fera définitivement reconnaître comme Messie et assurera le triomphe de Dieu sur les forces du mal, pendant que les juifs convertis au christianisme seront sauvés.
Le sionisme chrétien s'est progressivement développé aux États-Unis, où il est devenu une composante de la droite évangélique et bénéficie de la bienveillance du conservatisme sociétal.
Histoire du sionisme chrétien Le restaurationnisme, début du sionisme chrétien Des théologiens protestants comme les Britanniques Joseph Mede (1586-1635) et Richard Baxter (1615-1691), interprétant les prophéties de l'Ancien Testament, commencèrent à prédire une conversion massive des Juifs au christianisme et leur restauration en Israël.
En 1621, Sir (1558-1625), membre du Parlement britannique affichant un protestantisme fervent, publia un ouvrage d'exégèse biblique intitulé The World's Great Restauration, or the Calling of the Jews dans lequel il prédisait le retour imminent des douze tribus d'Israël en Terre sainte.
Un écrivain et diplomate français, Isaac La Peyrère (1596-1676), secrétaire du prince de Condé, a exprimé à plusieurs reprises des points de vue théologiques en faveur d'un retour des Juifs en PalestineHistoire du sionisme chrétien..
Aux , un courant chrétien proto-sioniste s'installa progressivement au cœur de l'Angleterre : le restaurationnisme. Un certain nombre de théologiens et de penseurs s'en sont faits les hérauts, à l'image de Thomas Newton (1704-1782), évêque de Bristol, ou de Anthony Ashley Cooper (1801-1885), comte de Shaftesbury.
Durant le siège de Saint-Jean-d'Acre (1799), le Moniteur, journal officiel de la République, publie le 3 prairial an VII () un communiqué déclarant que Annonce dans le Moniteur du 3 prairial an VII (22 mai 1799) Commentaire de "France Diplomatie" énonçant que "cette proclamation... est donc considérée aujourd’hui comme un faux" (commentaire supprimé de son site). Paul Charles Merkley, The Politics of Christian Zionism, 1891-1948, Londres, Portland, Oregon, Frank Cass, 1988, 39..
Ernest Laharanne, conseiller de Napoléon III appelle en 1860 à la Reconstitution de la nationalité juive.
Au , le philosophe allemand Friedrich Nietzsche écrit : F. Nietzsche, Par delà le bien et le mal, Robert Laffont, 1993, 697-698/1750.
Le désir de restaurer les Juifs en Terre sainte s'accompagnait souvent du vœu de les convertir : au cœur des efforts missionnaires résidait l'idée que la conversion des Juifs était un préalable au retour du Christ et à l'avènement de la fin des temps. À la tête de la London Society for Promoting Christianity among the Jews, fondée en 1808, le révérend anglican Lewis Way a contribué à populariser, notamment à travers son magazine The Jewish Expositor, l'idée qu'un retour des Juifs en Palestine hâterait leur conversion et le retour sur terre du Christ.
Au , le proto-sionisme chrétien se répandit progressivement dans différentes confessions chrétiennes américaines. En 1891, le premier document américain en faveur du sionisme fut publié par un chrétien, sous la forme d'une pétition « en faveur de la restauration de la Palestine aux Juifs » et présenté au président des États-Unis Benjamin Harrison. Encouragé par les dirigeants sionistes Nathan Strauss et Louis Brandeis, l'auteur de la pétition, William Blackstone, parvint à présenter en 1917 au président Woodrow Wilson une nouvelle version de sa pétition qu'il accueillit favorablement.
William Hechler., chrétien restaurationniste germano-britannique, rencontra le à Vienne Théodore Herzl, théoricien du sionisme juif moderne. Une amitié et une collaboration entre les deux hommes s'ensuivit. Hechler étant tuteur du prince héritier du grand-duc de Bade, il réussit à organiser en 1898 deux rencontres entre Théodore Herzl et Guillaume II qui contribuèrent à crédibiliser le sionisme.
Les dirigeants sionistes surent faire jouer la fibre religieuse des dirigeants chrétiens qu'ils rencontraient. Ainsi, Chaïm Weizmann connaissait les influences familiales philosémites et restaurationnistes de David Lloyd George, ministre des Finances puis Premier ministre britannique de 1916 à 1918. De même, Arthur Balfour, homme pieux, était profondément séduit par la perspective du rétablissement d'un pouvoir juif en PalestineMehrdad Kia, The Ottoman Empire: A Historical Encyclopedia, ABC-CLIO, USA, 2017, p. 226.
Le sionisme chrétien et l'État d'Israël depuis 1948 La naissance d'Israël a ému de nombreux chrétiens évangéliques dans le monde entier. De nombreux militants chrétiens sionistes présentent les événements de 1948 comme fondateurs de leur activité, comme David Allen Lewis, qui, à quinze ans, était déjà sensibilisé à la question par une série de prêches donnés dans son église des Assemblées de Dieu, à Britton, dans le Dakota du SudDavid Allen Lewis, Can Israel Survive in a Hostile World?, Green Forest, Arizona, New Leaf Press, 1994, 170..
Les évangéliques dressèrent un parallèle entre la proclamation officielle de la création d'Israël et les versets d'Ésaïe 66 : 7-8 affirmant qu'un pays ne peut naître en un jour, si ce n'est celui du peuple éluÉsaïe 66 : 7-8 : ..
Selon un de ses collaborateurs, Clark Clifford, le président Harry Truman était très pieux et récitait souvent ce dernier verset, ce qui le conduisit à reconnaître, contre les recommandations du département d'État, l'État d'Israël, seulement onze minutes après qu'il eut été proclamé. À la suite de ce soutien, le président Harry Truman, ovationné par le Jewish Theological Seminary de New York, affirma : , référence au roi perse qui autorisa les Juifs à rentrer à Jérusalem et donna l'ordre de reconstruire le Temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor II.
Après la création d'Israël en 1948, des protestants libéraux ont soutenu le mouvement, mais s’en sont officiellement distancé en 1967 après la Guerre des Six Jours en raison de l’utilisation de forces arméesPaul Charles Merkley, Christian Attitudes towards the State of Israel, McGill-Queen's Press - MQUP, Canada, 2001, p. 161-162.
La guerre des Six Jours a été le déclencheur qui a permis à nombre de chrétiens évangéliques de passer d'un soutien spirituel fondé sur la prière à des actions pratiques en faveur de la restauration juive en Palestine. L'unification de Jérusalem et la prise par Israël de terres faisant partie de l'Israël biblique a réjoui des chrétiens sionistes comme le pasteur américain et télévangéliste Jerry Falwell ou Cheryl MorrisonCheryl Morrisson, A Bible Study on Israel. What the Bible Says About Israel and the Jewish People, Arvada, Colorado, Faith Bible Chapel International, 2004, 29.. À partir de 1967, les chrétiens sionistes créèrent des organisations d'aide humanitaire ambitieuses pour fournir une assistance financière aux Israéliens et aux Juifs du monde entier.
En 1968, Martin Luther King Jr. compare l’anti-sionisme à l’antisémitismeSundquist, Eric J. (2005). Strangers in the land: Blacks, Jews, post-Holocaust America. Cambridge, MA: Harvard University Press, p. 109-110..
Cependant, bien que diffus dans la société américaine, le sionisme chrétien moderne est resté confiné aux débats théologiques de la communauté évangélique jusque dans les années 1970.
Ému par l'aventure israélienne, sioniste passionné, le pasteur, théologien et docteur en linguistique sémitique G. Douglas Young a beaucoup contribué au rapprochement entre évangéliques et IsraéliensPaul Charles Merkley, Christian Attitudes Towards the State of Israel, Montréal, McGill-Queen's Press, 2001, 163.. Il fonda en 1957 un institut rebaptisé Jerusalem University College qui, en 1971, organisa une conférence à laquelle participèrent plus de délégués venus de 30 pays qui célébra l'unité de Jérusalem sous contrôle juif. G. Douglas Young a également créé en 1976 l'organisation Bridges for Peace (BFP), conçue dans l'objectif de bénir le peuple juif. Pour Jerry Falwell, militant de la droite évangélique :
Le Premier ministre israélien de 1977 à 1983, Menahem Begin, encouragea les croyances des sionistes chrétiens. Il cultiva ses liens avec un certain nombre de dirigeants évangéliques fondamentalistes comme Jerry Falwell, David Allen Lewis, Hal Lindsey, Pat Robertson Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, page 1309.. Menahem Begin entretint d'ailleurs une véritable amitié avec Jerry Falwell, qui reçut le prix Jabotinsky, témoignage d'une grande reconnaissance des milieux nationalistes israéliens.
En 1978, le pasteur pentecôtiste américain David Allen Lewis, fonda avec d'autres dirigeants protestants, dont le professeur méthodiste Franklin Litell, la National Christian Leadership Conference for Israel (NCLCI), qui avait vocation à fédérer les chrétiens sionistes au-delà de leurs dénominations.
En 1980, un groupe d'évangéliques résidant à Jérusalem mené par le théologien néerlandais Jan Willem van der Hoever a fondé l'International Christian Embassy Jerusalem (ICEJ), un « acte de solidarité » à la suite du vote de la Knesset établissant Jérusalem comme la capitale « une et indivisible » d'Israël. L'ICEJ s'est beaucoup développé, multipliant ses activités de la publication de bulletins d'information à des programmes d'aide aux entreprises et aux immigrants juifs, notamment originaires d'Union soviétique.
Depuis 1981, le pasteur évangélique John Hagee, à la tête d'une mégachurch, l'église Cornerstone de San Antonio au Texas, organise chaque année dans son église une « Nuit pour honorer Israël », sorte de soirée de gala au cours de laquelle il célèbre la nation israélienne et les liens unissant juifs et chrétiensLe concept de « Nuit pour honorer Israël » est né de l'indignation du pasteur John Hagee après la condamnation américaine de l'attaque israélienne contre le réacteur nucléaire irakien d'Osirak.. Passionné d'interprétation biblique et prophétique, le pasteur a publié de nombreux ouvrages apocalyptiques dans la ligne de la pensée chrétienne sioniste qui s'est largement diffusée depuis le début des années 1980.
Dans les années 1990, les chrétiens sionistes ont renforcé leurs relations avec le mouvement néoconservateur américain et avec la droite israélienne, bien que le développement du processus de paix, devant aboutir contre leur souhait à une division de la terre donnée par Dieu aux Juifs, leur ait fait perdre de l'importance. Certains dirigeants évangéliques modérés, tels Billy Graham, ont également soutenu le mouvement.
L'élection d'un président républicain dont la diplomatie était orientée par les néoconservateurs très favorables à Israël et hostiles aux États arabes antisionistes et le traumatisme provoqué par les attentats du 11 septembre 2001 ont donné aux chrétiens sionistes l'occasion de peser davantage politiquement. Les références à un combat commun aux États-Unis et à Israël se sont multipliées dans le discours politique américain.
En 2006, John Hagee fonda la Christians United for Israel (CUFI), un groupe de pression qui est rapidement devenu le plus gros réseau de chrétiens favorables à Israël.
Les chrétiens sionistes ont relayé les options néoconservatrices en faveur d'Israël et hostiles à toutes décisions allant dans le sens d'un abandon de la terre promise par Dieu au peuple juif.