Françoise Seligmann, née Claudine Renée Josette Jullien, le à Marseille et morte le à Neuilly-sur-Seine, est une résistante, journaliste et femme politique française.

Biographie Née à Marseille le ., Claudine Jullien fait ses études au lycée Montgrand à Marseille : baccalauréat de philosophie, puis deux années de classes préparatoires littéraires au lycée Thiers de Marseille puis à Bordeaux, où elle assiste à la défaite face à l'Allemagne nazie. Elle retourne alors à Marseille pour rejoindre sa mère. Elle a 21 ans au début de l'Occupation allemande. En 1940, le « statut des juifs » qui exclut sa mère, Laure Beddouckh, enseignante et journaliste, de l'enseignement comme de la presse, la conduit à interrompre ses études pour gagner sa vie. Son père, qui vit à Casablanca où il s'est remarié, lui propose de le rejoindre et de ne pas rester auprès de sa « juive de mère » (selon ses termes). Elle refuseChristiane Demontès, sénatrice du Rhône, présente Françoise Seligmann - Actes du colloque Femmes résistantes, organisé le 27 mai 2014 dans le cadre de la première commémoration, au Sénat, de la Journée nationale de la Résistance.

Elle entreprend une carrière d'assistante sociale, spécialisée dans l'enfance délinquante, d'abord auprès de Germaine Poinsot-Chapuis, au tribunal d'enfants de Marseille et au tribunal pour enfants de Marseille, ensuite auprès de la Mère supérieure du Bon Pasteur de Pau et de l'abbé Plaquevent, enfin au tribunal d'enfants de Lyon. où elle est chargée d'enquêter sur les cas soumis au tribunal et de présenter des rapports. Parallèlement, elle fait un stage d'infirmière à l'hôpital de Grange-Blanche.

Résistante sous l'Occupation Dans le courant de l'année 1941, elle entre en contact avec la Résistance. Très vite, elle reçoit pour mission de convoyer des familles juives jusqu'à la frontière suisse. En , elle crée avec le pasteur suisse Roland de Pury une chaîne d'évasion vers la Suisse, dont elle organise les conditions de séjour et de passage dans le village d'Archamps.

Durant l'année 1942, Françoise rencontre à Lyon, au temple de la rue Lanterne dont Roland de Pury, résistant, est le pasteur, Henri Frenay et Berty Albrecht, membres du mouvement Combat. Ils lui confient le soin de distribuer leur journal clandestin. Elle convoie personnellement de Lyon à Archamps une centaine de juifs et de réfugiés politiques (intellectuels, syndicalistes, parlementaires) fuyant l'Allemagne et l'Europe Centrale, et leur fait traverser la frontière.

Le , elle apprend l'arrestation de sa mère, Laure Beddoukh, à son domicile de Marseille et part à sa recherche dans les commissariats et prisons de la ville. Libérée par un commissaire de police, celle-ci regagne son domicile et y retrouve sa fille, puis elles se rendent toutes les deux à Lyon où sa mère trouve refuge chez des amis.

Elle cesse l'activité de convoi des familles juives sur ordre de ses chefs du mouvement Combat avant l'arrestation de Roland de Pury et son incarcération à la prison Montluc en 1943. Sur l'ordre de Claude Bourdet, elle quitte son poste au tribunal et entre dans la clandestinité. Le 11 novembre 1942, la zone libre est occupée.

En , elle organise un réseau d’accueil pour les évadés vendéens auprès des pasteurs de Fontenay-le-Comte, Moncoutant, Mouilleron. Elle y conduit notamment Christine, la secrétaire de François Morin-Forestier après son évasion des services de la Gestapo de l’Hôtel Dieu de Lyon.

Au cours de ces années de résistance, Françoise Seligmann rencontre Albert Camus, Claude Bourdet ou Pascal Pia, avec lesquels elle participe à l'aventure du journal Combat.

Au sein du mouvement « Combat », elle s'occupe alors du service social, comme d'ailleurs de nombreuses résistantes, ce qui signifie qu'elle vient en aide aux résistants et à leurs familles, par exemple pour fournir de faux papiers et pour trouver des lieux d'hébergement et de repli pour les fugitifs. Elle travaille également pour le NAP (Noyautage des administrations publiques), organisation du mouvement « Combat » créée pour infiltrer les administrations de Vichy.

Elle travaille aussi, à partir de , pour les Mouvements Unis de la Résistance (MUR), qui résultent de la fusion des mouvements de la zone sud (Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur) en . Elle est recrutée par Marcel Peck, chef adjoint du N.A.P. (Noyautage des Administrations Publiques, dirigé par Claude Bourdet) et travaille jusqu’à la Libération conjointement pour le service social et pour le N.A.P., pour lequel elle effectue des missions de reconnaissances.

En , elle est envoyée en mission en Suisse pour le compte des M.U.R. Elle y séjourne un mois pour une tournée de conférences organisée par la délégation française de la Résistance à Genève afin de faire connaître l’action de la Résistance et de recueillir des fonds qui manquent alors cruellement.

Elle participe même à des évasions, armes à la main : elle fait en particulier partie, en , des résistants qui libèrent Yvette Bernard de la prison de la Gestapo de Blois à la faveur d’un transfert à l’hôpital, et convoie l’évadée jusqu’à un refuge, qui finira malheureusement par être découvert par la Gestapo.

En , elle est chargée par Claude Bourdet de retrouver la trace de Marcel Peck, disparu depuis son arrestation en . Elle recherche des contacts dans divers services de la Gestapo, parvient à lier connaissance avec une interprète alsacienne, Jeanne Kelbel, à laquelle elle soutire des renseignements sur les opérations prévues par le chef de la Gestapo de l’avenue Foch. Certains de ces renseignements seront utilisés. D’autres arriveront malheureusement trop tard pour éviter des arrestations.

En , pendant la semaine de la bataille de la Libération de Paris, elle sert d’agent de liaison et d’agent ravitailleur à Albert Camus et à l’équipe du journal Combat, retranchés à l’intérieur de l’immeuble de la rue Réaumur duquel ils publient les premiers numéros du Combat distribués librement.

Elle rencontre son futur mari, François-Gérard Seligmann, marchand d'art et résistant de sept ans son aîné, pendant l'Occupation.

En , elle est nommée Directrice nationale du Service social du Mouvement de libération nationale (MLN), et le restera jusqu’à la suppression des services du MLN.

Bien des années plus tard, elle écrira l'histoire de son engagement dans la Résistance sous le titre Liberté, quand tu nous tiens. « Je ne fais pas de passéisme, dira-t-elle, je soutiens que pour construire l'histoire de demain, il ne faut pas oublier celle d'hier ». Elle décrit dans ses mémoires la joie de la libération de Paris, son émotion en apercevant la haute silhouette du général de Gaulle qui « avait été l'âme de la résistance contre les Nazis ». Mais « l'Homme de Londres » se montre distant voire méprisant envers les jeunes résistants qui se pressent autour de lui, ce , afin de lui dire leur reconnaissance, leur attachement, dans l'espoir d'un regard ou d'un mot chaleureux.

Puis, c'est le retour des prisonniers de guerre et des déportés, que ses camarades et elle vont accueillir, à Paris, au cinéma Rex et à l'hôtel Lutetia. De là date sa première rencontre, au ministère des Prisonniers, avec François Mitterrand qui, en l'absence d'Henri Frenay devenu ministre, fait fonction de secrétaire d'État. Françoise Seligmann insiste sur « la fragilité des hommes et des femmes qui ont vécu l'enfer de la déportation », mais aussi sur l'attitude de François Mitterrand, qui « n'a manifestement aucune considération pour notre délégation, bien que nous ayons précisé que nous représentions l'ensemble des mouvements de Résistance ». Les membres de la délégation se retirent confondus devant l'inconscience et la morgue du jeune Mitterrand dont ils ne pouvaient guère soupçonner, à l'époque, quel avenir brillant l'attendait.

Militante des droits de l'Homme En 1946 survient l'affaire Finaly, du nom d'enfants juifs dont les parents furent déportés et qui, confiés à une institution catholique, furent baptisés en dépit du judaïsme affirmé de leurs parents. Leur institutrice refuse ensuite de les remettre à leur famille légitime et se fait nommer « tutrice provisoire des enfants Finaly », allant même, avec la complicité de religieux, jusqu'à les dissimuler sous de fausses identités. La cause des enfants Finaly pousse Françoise à adhérer à la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen en 1949 où elle est élue Présidente de la section de Paris.

Elle crée et anime, en 1950, le Comité de défense de Ethel et Julius Rosenberg, couple de savants atomistes américains convaincus d'espionnage au profit de l'URSS et condamnés pour cela à la peine capitale.

Elle est élue en 1953 au Comité central de la Ligue des Droits de l’Homme, auquel elle siégera jusqu’en 2013.

Elle est aussi, en 1953, secrétaire du Comité de défense de Georges Guingouin - chef des maquis F.T.P. du Limousin, arrêté et inculpé pour assassinat - qui sera finalement innocenté, le tribunal ayant prononcé un « non-lieu ».

En 1954, elle est chargée par l’abbé Pierre de la création et de la direction du centre d’hébergement de la mairie du arrondissement, qui recueillera, pendant les grands froids de l’hiver, 60 « sans-abris » qui seront relogés et reclassés professionnellement avant la fermeture du centre.

Opposée catégoriquement au colonialisme, elle mène campagne contre la torture en Algérie et pour la défense de Djamila Boupacha et de Djamila Bouhired. Elle est membre du comité de défense constitué en vue d'organiser la défense et la libération de la journaliste Claude Gérard (qui a publié un article sur un maquis algérien, visité en 1956).

Et, jusqu’à la signature de la paix, elle participera à toutes les campagnes contre la guerre d’Algérie, avec la Ligue des Droits de l'homme. Ce combat, elle le partage avec d'autres anciennes résistantes comme Germaine Tillion et Marie-José Chombart de Lauwe.

En 1957, elle crée, pour la Ligue des droits de l'Homme, le journal Après-demain avec Philippe Bernard et Pierre Joxe. Elle en sera la directrice jusqu’en 2013. Après-Demain est un journal mensuel de documentation politique, non vendu dans les kiosques (son siège est situé rue Jean-Dolent, Paris ).

En 1994, elle devient Présidente d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, dont elle était une vice-présidente depuis 1970.

Cet engagement pour les droits de l'Homme a été le fil conducteur de toute la vie de Françoise Seligmann. Elle est à l'origine de la création en 2004 du prix Seligmann contre le racisme, en mémoire des combats qu'elle a menés contre le nazisme avec son mari, François-Gérard Seligmann (1912-1999). Le prix 2005 a été attribué à Fatima Besnaci-Lancou pour son livre Fille de harki. Le prix 2006 a été décerné à Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias pour l’ouvrage collectif Juifs et musulmans : Une histoire partagée, un dialogue à construire. Le prix 2008 a été remis le à Scholastique Mukasonga pour son ouvrage La femme aux pieds nus.

Elle a également créé la Fondation Seligmann, déclarée d'utilité publique en 2006, dont l'objet est : « œuvrer pour la victoire de la raison et de la tolérance, et promouvoir le rapprochement entre les citoyens et résidents étrangers de toutes origines rassemblés sur le sol français », essentiellement en soutenant des projets de jeunes d'écoles, de collèges et de lycées.

Elle est présidente d’honneur de la ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen à partir de 1994 et cofondatrice de la revue de la Ligue, créée en 1957, Après-demain.

Femme politique et de culture

Secrétaire nationale de l'UFD (Mendès France)