vignette|320px|Ruines antiques à Gaza, représentées en 1874.

La situation géographique de Gaza, entre Égypte et Asie, en fait dans l'Antiquité un pôle stratégique majeur et un carrefour économique. Fondée sur une colline près de la mer Méditerranée, probablement entre 1500 et 1400 , la ville fut à maintes reprises convoitée, assiégée, gouvernée, détruite et repeuplée par diverses dynasties, empires et peuples.

La domination égyptienne La ville de Gaza a vraisemblablement été fondée entre 1500 et 1400 . Il est en effet impossible de fouiller le site de l'ancienne Gaza (Tell Haruba) qui se situe en dessous de la ville moderne actuelle. Mais des sondages effectués en 1992 ont révélé que le site était habité aux alentours de 1500 av. J.-C.Jacques Briend, "Entre l'Égypte et les royaumes du nord, une ville qui traverse l'Histoire", Le Monde de la Bible, 169, janvier-février 2006, 19-23.. La première référence historique à la ville de Gaza remonte au règne de : Gaza est alors le point de départ des expéditions du Pharaon pour s'assurer le contrôle de Canaan. La ville est également citée, sous le nom d’Hazattu dans les lettres d'AmarnaLettre codée EA 289.

Son intérêt principal réside dans sa position stratégique sur la route côtière reliant l'Égypte et le pays de Canaan. C'est un important centre commercial qui fournit à l'Égypte de l'huile et du vin, et un poste stratégique primordial. C'est à Gaza que réside le fonctionnaire égyptien chargé par le roi de surveiller le pays de Canaan.

Âge du fer vignette|Monnaie ou obole philistins en argent de Gaza, tête janiforme (v. 450-331 avant J.-C.). Vers 1190 , après avoir attaqué l'ÉgypteLes peuples de la mer sont repoussés la du règne du pharaon (-1184--1153), les Philistins, un des « peuples de la mer »originaires de Crète, s'installent sur la côte sud du pays de Canaan (de Gaza à Jaffa). La ville philistine de Gaza a été construite sur une colline environ 45 mètres au-dessus du niveau de la mer, à environ 2,4 kilomètres de la mer Méditerranée.

D'après la Bible, les Philistins fondent cinq principautés, chacune dirigée par un souverain : Gaza, Éqron, Ashdod, Ashkelon et GathLivre de Josué, 13, 3. Selon la perspective biblique, la ville appartient au territoire qui doit revenir à la tribu de Juda mais celle-ci ne peut s'en emparer. C'est à Gaza que l'Israélite Samson meurt en faisant s'effondrer le temple du dieu DagonLivre des Juges, 16, 1-31.

En 734 av. J.-C., le souverain assyrien Tiglath-Phalazar III lance une expédition militaire sur les cités philistines afin d'empêcher l'Égypte d'intervenir aux côtés de la coalition anti-assyrienne montée par le roi de Syrie. La ville de Gaza est prise tandis que son roi Hanunu fuit en Égypte. Hanunu finit par se soumettre et devient vassal de l'Assyrie. Son obéissance doit être toute relative car en 720 av. J.-C., le roi d'Assyrie le capture à la suite du siège de gaza et l'emmène captif à Assur après avoir battu une armée égyptienne venue à son aide. En 701 av. J.-C., le roi Çilli-Bel de Gaza doit payer un tribut important, afin de faire oublier son appartenance (sous la contrainte de la part du roi de Juda, Ézéchias) à une nouvelle coalition contre l'Assyrie. Mais après un voyage en Assyrie, il reçoit en dédommagement des territoires pris au royaume de Juda et se révèle par la suite un fidèle allié des Assyriens. Cette situation illustre à la fois la complexité de la situation géopolitique de Gaza, prise en tenaille entre l'Égypte, Juda et l'Assyrie, ainsi que le faible poids militaire de ce royaume.

vignette|Mosaïque de l'ancienne synagogue de Gaza, du , probablement détruite au . En 604 av. J.-C., Gaza est à nouveau prise par les Babyloniens de (605-562) puis reprise par le pharaon en 601 av. J.-C. après sa victoire de Magdolos. Mais lors d'une nouvelle expédition, en 598 av. J.-C., Nabuchodonosor II reprend le contrôle de la côte philistine, dont Gaza. Le dernier roi de la ville est exilé et Gaza devient une ville de garnison pour les Babyloniens.

Après la prise de Babylone par Cyrus II, les pays sous domination babylonienne passent sous suzeraineté perse. C'est le cas de Gaza dont , vers -525, fait la tête de pont de toutes ses campagnes vers l'Égypte.

Le siège d'Alexandre le Grand

vignette|Tétradrachme représentant Zeus assis sur un tabouret et tenant un sceptre, frappé sous Alexandre à Sidon et daté de la bataille de Gaza.

Sous l'empire des Achéménides, la ville retrouve une grande prospérité car elle se trouve aux débouchés des routes commerciales venant d'Arabie (commerce de l'encens) et à l'intersection du commerce entre l'Asie et l'Égypte. Ainsi, Hérodote en parle comme d'une ville de taille équivalente à celle de Sardes, la capitale de l'Anatolie perseHérodote, III, 5..

D'octobre à décembre 332 av. J.-C., Alexandre le Grand, alors en route vers l'Égypte, rencontre à Gaza une forte résistance conduite par l’eunuque Bétis. Lorsqu'il prend la ville, à l'issue d'un siège de deux mois au cours duquel il a été blessé à deux reprises, il fait massacrer la garnison et vendre la population comme esclaves.. Le conquérant retire aussi de sa victoire un énorme butin, surtout constitué d'aromatesPline, Histoire Naturelle, , 32, 62..

La période hellénistique

vignette|La bataille de Gaza en 312 avant J.C., gravure de 1881 La ville est repeuplée en partie avec des périèques. C'est devant Gaza en 312 av. J.-C. que Démétrios Poliorcète est vaincu lors de la bataille de Gaza par les troupes de Ptolémée contraignant son père à remettre son invasion de la Grèce. La ville appartient au royaume lagide jusqu'en 198 av. J.-C. et renoue avec la prospérité (exportations d'esclaves, de textiles et surtout d'encens).

Gaza est ensuite annexée par le roi séleucide en 198 av. J.-C. mais la décomposition rapide du royaume séleucide constitue une chance pour la cité qui parvient rapidement à l'indépendance et possède au un statut de cité-État alliée au royaume d'Égypte. Les relations restent tendues avec les Juifs et en 160 av. J.-C., Jonathan Maccabée, l'un des Hasmonéens devenu chef de son peuple et grand-prêtre, fait en vain le siège de Gaza 61-62. C'est la dernière fois que la ville est mentionnée dans la Bible. La ville échappe à l'invasion mais doit livrer des otages qui sont envoyés à Jérusalem.

La cité est devenue une de ces nombreuses cités de l'Orient méditerranéen profondément hellénisées. L'historien juif Flavius Josèphe indique que la cité est dirigée par une boulè, un conseil de 500 membres, et dispose de sa propre armée dirigée par un stratège. La ville a un temple d'Apollon et les monnaies représentent Zeus et la TychéThomas Bauzou, D'un empire l'autre ; Gaza d'Alexandre à Constantin, Le monde de la Bible, 169, janvier-février 2006, 29-33. Au cours de cette période, le port du nord-ouest de la ville, dont la population grecque n'a pas la même origine que celle de Gaza, se transforme lui aussi en cité indépendante sous le nom d'une cité de Béotie, Anthédon. L'indépendance est de brève durée. En 97 av. J.-C., le roi de Judée Alexandre Jannée, en conflit avec l'Égypte, s'empare et détruit la cité tandis que son territoire est incorporé au royaume hasmonéen. La route de l'encens passe désormais plus au sud vers Rhinocoloura (El-Arish) puis, avec le développement du commerce en mer Rouge, gagne directement l'Égypte.

La période romaine vignette|William Maitland Woods derrière l'inscription de la mosaïque Shellac à Gaza, avril 1917 L'intervention romaine du consul Pompée, qui met fin au royaume séleucide et prend Jérusalem en 63 av. J.-C., libère Gaza (en grande partie en ruines) et les autres cités syriennes et grecques annexées au royaume hasmonéen. Cependant, elles ne retrouvent pas une totale liberté mais restent dans l'orbite de Rome. Gaza est ainsi progressivement reconstruite mais les Romains en disposent au gré de leurs intérêts politiques. Elle est ainsi incorporée brièvement à la province de Syrie, puis au royaume d'Hérode Ier le Grand, à celui de avant de retourner à la province de Syrie après la défaite de la reine lagide et de Marc Antoine.

C’est de cette époque que date le point de départ de l'« ère de Gaza », qui servait à la datation des actes : le jour de départ de cette ère semble être le 28 octobre 61 av. J.-CCharles Clermont-Ganneau, « Les inscriptions et les monuments de la ville de Gaza », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1893, 37-2 (mars-avril), 71-72.. Le calendrier, copié sur le calendrier égyptien, fonctionnait avec des jours épagomènes fin aoûtDans ce premier article, il est mentionné du 22 au 28 : Charles Clermont-Ganneau, «Lettre du R.P. Prosper sur une inscription grecque de la région de Bersabée, le calendrier de Gaza et celui dit "des arabes" », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1904 48-1 64.Dans cet article, les dates estimées sont du 23 au 29 : Charles Clermont-Ganneau, « Trois inscriptions grecques de Gaza (Palestine) déterminant le point de départ de l'ère de Gaza », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1903, 47-3, 251..

Il semble que la prospérité revienne au premier siècle de l'ère chrétienne et Gaza redevient le terminus des caravanes d'encens des Nabatéens. Mais au début de la première révolte juive, vers 66, la ville est de nouveau pillée par les Juifs révoltés contre la domination romaine de la Judée. vignette|Monnaie en bronze de Gaza en Judée, frappée sous l'empereur romain Commode (180-192). C'est sous le règne d'Hadrien que la cité entre dans une nouvelle époque de développement. En 127, la ville est visitée par l'empereur et adopte les Panégyries Hadriennes (compétitions musicales et sportives)Elles seront célébrées jusqu'au . L'hostilité de la ville aux Juifs, et son soutien à la répression romaine de la révolte de Bar Kokhba menée par Shimon bar Kokhba, font accorder à la cité le privilège d'organiser la vente comme esclaves d'une partie des Juifs prisonniers. Bien qu'il soit difficile d'en dresser le plan avec précision, la ville n'ayant pas été fouillée, il semble qu'elle ne se distingue guère des autres cités de l'Orient romain. La ville est entourée d'un rempart et se structure autour de deux axes perpendiculaires, le cardo et le decumanus. Elle possède un hippodrome (en dehors de l'enceinte) et un théâtre, sans doute du , mais rien ne permet de localiser leurs emplacements de nos jours. Le chrétien Marc le Diacre recense, au début du , huit temples dédiés à Hécate, à Coré, à la Tyché, à Marnas (le plus important car divinité philistine assimilée à Zeus« Marnas » signifie « Notre Seigneur » en araméen), au Soleil, à Apollon, aux Héros et à Aphrodite.

Au , Gaza est une cité florissante avec, outre son commerce traditionnel d'encens, le développement de la viticulture. Le vin de Gaza (vinum Gazetum) et d'Ashkelon devient un produit de luxe, réputé pour ses vertus médicinales et recherché dans l'empire romain. Si le port d'Anthédon, détruit avec Gaza en 66, ne retrouve pas son lustre d'antan, un nouveau port est construit à environ 4 kilomètres au sud de la ville et sert aux exportations de vin et sans doute d'autres produits. On retrouve les amphores gaziotes, à fond rond, dans tout le monde méditerranéen, surtout pour la période dite de l'Antiquité tardive. À Alexandrie, la proportion d'amphores de Gaza passe de 15 % au début de l'empire à 45 % vers le . De nombreux Égyptiens s'installent à Gaza, particulièrement des chrétiens, pour le commerce du vin.

Comme d'autres cités d’Orient, Gaza devient une ville sainte avec le sanctuaire du dieu Marnas, dernier dieu païen à recevoir le culte d'une cité entière. « Au , une inscription de Portus Augusti, près d’Ostie, donne sa titulature officielle : « la cité des Gazéens, sainte, inviolable (asylos), autonome, fidèle et pieuse, illustre et grande » ».

Gaza chrétienne et byzantine