Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, né en 1408 à Saint-Exupéry-les-Roches et mort le à Paris, est un militaire français ayant servi successivement sous les règnes de , et . Bien que sa mémoire ait parfois été décriée par certains historiens, il reste l'un des plus brillants Compagnons d'armes de Jeanne d'Arc.

Simple chevalier né sans fortune et sans grade, Antoine de Chabannes cultiva toute sa vie une ambition prédatrice voire obsessionnelle, celle d'acquérir des titres afin de se constituer un patrimoine foncier digne de son rang. Cette impérieuse nécessité matérielle forgea toute l'existence de ce grand capitaine et serviteur royalUn grand capitaine du : Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, par Jean-Henri Taveau, 1978., souvent exposé aux pires intrigues politiques. Au gré des circonstances, véritable et extraordinaire caméléon politique, après d'éprouvantes périodes de disgrâce au revers de plusieurs condamnations, procès, emprisonnements ou d'exil ; Dammartin devint à nouveau un conseiller et un confident incontournable, véritable éminence grise des rois Charles VII et . L'habile et stratégique grand maître Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, devint un personnage central des plus redoutés, proche du pouvoir royal ; il fut l'un des derniers plus grands féodaux ayant servi admirablement la Couronne de France durant la seconde moitié du XVe siècle.

Biographie Famille Benjamin des trois fils de Robert de Chabannes, seigneur de Charlus-le-Pailloux, et d'Halix de Bort, dame de Peyrefitte, Antoine de Chabannes est âgé de sept ans à la mort de son père. Celui-ci, mort en 1415 à la bataille d'Azincourt, est un chevalier réputé maintes fois cité dans les œuvres d'Enguerrand de Monstrelet ou de . Le seigneur de CharlusPreuves pour servir à l'histoire de la maison de Chabannes, par le Comte Henri de Chabannes, tome , (Testament de Robert de Chabannes), Imprimerie Jobard, Dijon 1892. teste le , faisant de son fils aîné, Étienne de Chabannes, son héritier universel. Capitaine d'une compagnie de gendarmes, ce dernier meurt à la bataille de Cravant le . Selon les dispositions testamentaires, l'aîné des fils disparaissant sans héritier, la majeure partie de l'héritage familial revient en seconde volonté au cadet, : Philippe Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Étude sur les armées des rois de France 1337–1494, 2017..

Antoine de Chabannes se maria, le Comte Henri de Chabannes, Preuves pour servir à l'Histoire de la Maison de Chabannes. Tome – pages 13–19 (Contrat de mariage d'Anthoine de Chabanes et de Marguerite de Nanteuil. Archives du château de La Palice, sac C, cote 16. Original sur parchemin), Imprimerie Jobard, Dijon, 1893,où il conclut un contrat de mariage devant le prévôt de Paris messire Ambroise de Loré et les notaires du Châtelet de Paris, avec Marguerite de Nanteuil, unique fille et orpheline de feu Renaud de Nanteuil (Nanteuil-le-Haudouin), seigneur d'Acy, et de défunte Marie de Fayel son épouse, comtesse de Dammartin et vicomtesse de Breteuil.

Leur fils Jean de Chabannes, comte de Dammartin (v. 1462-1503) avait épousé : 1° v. 1484 Marguerite (morte en 1488), fille naturelle de Nicolas d'Anjou-Lorraine (1448–1473), d'où : Anne de Chabannes (1485–1501), x 1496 sans postérité de Coligny, sire de Coligny-le-Vieux, Andelot et Châtillon (mort en 1512 après la bataille de Ravenne), oncle de l'amiral ; puis 2° Suzanne de Bourbon-Roussillon, fille de Louis de Bourbon-Roussillon et de Jeanne de Valois (1466 ou 1473–1531 ; remariée v. 1510/1518 à Charles de Boulainvilliers ci-dessous), dont : Avoie/Avoye de Chabannes (v. 1493–v. 1543 ; fille cadette, semble-t-il), comtesse de Dammartin en 1503–1516, dame de Toucy, Courtenay, St-Maurice, Champignelles, Chantecoq, Piffonds, Montpensier, Villemomble, comtesse pour moitié de Roussillon (cédé en 1532 aux Tournon), sans postérité de ses trois unions (cf. l'article Dammartin) ; et Antoinette de Chabannes, dame de St-Fargeau (née v. 1489/1492 plutôt qu'en 1498 – 1519 plutôt qu'en 1527/1529 ; fille aînée, semble-t-il), x (av. 1506) René d'Anjou-Mézières (1483–v. 1521), d'où entre autres enfants : Françoise d'Anjou-Mézières (v. 1505/1510 – ap. 1547), comtesse de Dammartin et dame de Courtenay par le don de sa tante Avoye à l'occasion de son en , x 1° 1516 (encore enfant) de Boulainvilliers (mort en 1536 à Péronne ; fils aîné du de Charles de Boulainvilliers avec Catherine Havart, vicomtesse de Dreux ; cf. l'article Henri), et 2° 1538 de Rambures : Postérité des deux mariages (Charles de Rambures (1572–1633) et sa Renée de Boulainvilliers, épousée en 1620, réunissent les deux branches) ; Nicolas d'Anjou-Mézières (1518–ap. 1568), seigneur de Mézières et de St-Fargeau, comte pour moitié de Roussillon : Postérité et succession chez les Bourbon-Montpensier par le mariage de sa fille Renée d’Anjou (1550–av. 1586 ou 1597 ?) en 1566 avec .

Formation Nobliau déshérité et orphelin de père, la tutelle du jeune Antoine semble être confiée à la garde de son frère cadet Jacques de Chabannes de La Palice, qui lui dispense les premiers rudiments d'une éducation militaire. Dès lors, un puissant lien affectif unit les deux frèresChronique martiniène : Les Vies de Jacques et d'Antoine de Chabannes, par Duplessis, 1617. et des exploits ou des épreuves qui illustrent leurs vies chevaleresques respectives, leurs destinées militaires sont inséparables.

Après la disparition glorieuse de son père sur le champ de bataille d'Azincourt, Antoine devient à sept ans page du Vicomte de Ventadour, son parent, et entre à 13 ans comme page au service d'Étienne de Vignolles dit La Hire, qui l'initie au métier des armes. Ce rude guerrier devient son formateur et le prend sous sa protection. Au Moyen Âge, un page était l'intendant d'un chevalier pouvant devenir vers 14 ans écuyer d'écurie. Souvent issus de la haute noblesse, ces jeunes apprentis chevaliers, quelquefois sans titre et sans fortune, pouvaient espérer gravir peu à peu les échelons afin de s'assurer une destinée militaire et nobiliaire digne de leur extraction.

Compagnon d'armes de Jeanne d'Arc vignette|150px|Plan du château de Dourdan.

Devenu chevalier, Chabannes combat pour la première fois à 15 ans à la Bataille de Cravant le aux côtés de son frère aîné Étienne de Chabannes (), capitaine d'une compagnie d'infanterie, qui meurt dans cette bataille.

L'année d'après, Antoine est de nouveau aux côtés de La Hire et de Jean Poton de Xaintrailles, à la bataille de Verneuil le , où il est capturé par les Anglais, selon la Cronique Martiniane : Lors de cette bataille, Antoine jeune chevalier qui a perdu Charles de Ventadour son premier tuteur, aurait déclaré à la suite de la déroute de l'armée française :

Après quoi, frappé par sa jeunesse et sa belle conduite, Jean de Lancastre, duc de Bedford, le remit à son frère Jacques sans exiger de rançon. Peu après sa libération, Antoine entra au service du duc Charles de Bourbon. En 1428, lorsque commença le siège d'Orléans, Antoine de Chabannes, alors âgé de 20 ans, entreprit de faire quelques incursions en pays beauceron, où les troupes anglaises le firent prisonnier au Château de Dourdan en Hurepoix, et d'où il s'évada avec la complicité du prévôt de Paris Simon Morhier.

À nouveau capturé par l'ennemi, puis libéré, il se distingua au siège d'Orléans en 1429 comme compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, et fut présent sur de nombreux champs de bataille : Jargeau, Patay, Compiègne et Précy-sur-Oise.

Capitaine des écorcheurs (1435–1439) Antoine de Chabannes quitta ensuite l'armée régulière pour s'enrôler dans une bande de routiers, c'est-à-dire de brigands, connus sous le nom d'écorcheurs, dont il devint en 1435 l'un des chefsPierre Jeauneau, Charny et ses racines, Yonne, terre de passion, 2003.. Antoine, capitaine mercenaire à la solde du roi, commandait le quotidien de ses soudards qui pratiquaient inlassablement rapines, sévices, meurtres et pillages qui étaient le lot ordinaire de ces hommes redoutés dans les campagnes, ravageant cruellement la Bourgogne, la Champagne et la Lorraine. Il cessa cette vie de rapine lorsqu'il devint comte de Dammartin par son mariage en 1439.

Comte de Dammartin vignette|Plan du château de Dammartin, considérablement fortifié au XVe siècle par Antoine de Chabannes.

En 1429, les troupes anglaises dirigées par Jean de Lancastre, duc de Bedford, qui s'étaient retranchées à Mitry, s'étaient emparées de Compiègne, de Crépy-en-Valois, de Dammartin-en-Goële et d'une partie du Valois. Sous la conduite de la Pucelle d'Orléans, l'armée royale dirigée par en personne décida aussitôt d'en découdre militairement, lors de la bataille de Montépilloy. Prêt à être confronté aux troupes anglaises, le roi de France, disposé à chasser de ses terres le , positionna son armée sur les hauteurs de Dammartin et s'empara de la cité.

À l'issue de ce conflit, la seigneurie de Dammartin, attribuée par le roi , le au sire Antoine de Vergy, fut reprise en 1430 après la victoire française, et le roi de France retransmit le comté de Dammartin à Renaud de Nanteuil, l'un de ses plus proches serviteurs. Antoine de Chabannes, par son mariage le avec Marguerite, fille de Renaud de Nanteuil d'Aci et de Marie de Fayel-Dammartin, reçut l'héritage de sa belle-mère.

Les historiographes du temps relatent ainsi les divers changements de propriété de la seigneurie de Dammartin-en-Goële :

Antoine de Chabannes, Écuyer d'écurie du roi, devenu nouveau Comte de Dammartin par ce mariage, est alors amené à quitter définitivement fin 1439 la fréquentation aventureuse et hasardeuse des écorcheurs, véritables pillards et bandits de grands chemins. Il retrouve peu à peu la sphère royale, puisque celui-ci, quelques semaines à peine après son mariage, rend foi et hommage auprès du roi des seigneuries d'Acy-en-Multien, de Try-le-Château,de Précy-sur-oise et d'Ormoy, hommage rendu par ledit chevalier le .

Au service du duc de Bourbon vignette|gauche|100px|.

En l'an 1440, Antoine se rapprocha du duc administrant le Duché de Bourbon, province où son frère possédait quelques seigneuries. Jeune noble sans seigneurie hormis celle de Dammartin apportée à son mariage par son épouse, Antoine de Chabannes, introduit par son frère auprès du duc de Bourbon, devint le seigneur engagiste de la Châtellenie ducale de Chaveroche (Chavroches) en Bourbonnais.

Deux jours avant le traité de Cusset qui mit fin à la Praguerie si familière au comte de Dammartin, celui-ci pourtant encore qu'un simple chevalier possédait déjà une relative aisance, puisqu'il négocia auprès du duc de Bourbonnais, un prêt de , en échange des revenus tirés de la capitainerie de la châtellenie ducale de Chaveroche (Chavroches), consenti par le duc : Cronique Martiniane, édition critique d'une interpolation, transcrite d'après le mémorialiste Jean Le Clerc par Pierre Champion, page 36, Paris, 1907 – Tîtres de la Maison ducale de Bourbon, , page 293, Édition Archives nationales, 1874

Dorénavant placé au service de la Maison du Prince, l'acquisition de cette châtellenie (en Bourbonnais au nombre de dix-sept) du duché de Bourbon, qui à la fin du relevait selon Michel de Marolles du Comté de NeversInventaire des Titres de Nevers de l'Abbé de Marolles, 1661, dut constituer pour Antoine de Chabannes un premier revenu foncier, seigneurial et domanial de très grande importance ? Ce fut cette même année que son frère de Chabannes, sénéchal du Bourbonnais, devint également le , capitaine du château et de la châtellenie de Chantelle.

Au service de vignette|Le roi .

Antoine de Chabannes participa a plusieurs combats contre les Anglais mais il gagna la reconnaissance du roi en découvrant la conjuration de la Praguerie de 1440, fomentée par le dauphin Louis (futur ), le comte de Clermont, d'Armagnac et le duc d'Alençon.