L'attaque Sozine est une ouverture du jeu d'échecs. C'est une sous-variante de la défense sicilienne. Elle s'obtient après les coups 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 (ou 2...d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou 5...Cc6) 6. Fc4 (voir le premier diagramme). Elle porte le nom du joueur soviétique Veniamine Sozine.
Ce coup 6. Fc4 peut aussi être joué dans la variante Najdorf de la défense sicilienne: 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 a6 6. Fc4 (voir le second diagramme).
Avec les Blancs, Bobby Fischer avait l'habitude de jouer 6. Fc4 contre la variante Najdorf, sa défense préférée contre 1. e4. De ce fait, l'attaque Sozine était populaire à cette époque. Depuis qu'il n'y a plus de célébrité pour s'en faire le propagandiste, cette variante a beaucoup perdu en popularité.
Variante Sozine classique
Après les coups 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 (ou d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou Cc6) 6. Fc4, un choix s'offre aux noirs : ils peuvent jouer le coup 6... Fd7, qui prépare le développement du Ff8 en fianchetto (sur 6... g6 immédiatement suit 7. Cxc6 bxc6 8. e5 et 8... dxe5 perd alors sur 9. Fxf7+ gagnant la dame noire), ou encore le coup de contre-attaque 6... Db6, qui fut le thème de nombreuses parties entre Veseline Topalov et Vladimir Kramnik dans les années 1990. Toutefois le coup principal est 6... e6, afin de limiter l'action du Fc4, ce qui amène une structure de pions Scheveningue.
La variante principale de la Sozine classique continue alors par 7.Fb3 a6 8.Fe3 Fe7 9.f4 0-0 10.0-0 Cxd4 11.Fxd4 b5 12.e5, par exemple :
Short, N (2655) - Kasparov, G (2805) [B88] Championnat du monde PCA, Londres (14), 07.10.1993
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fc4 e6 7.Fb3 Cc6 8.Fe3 Fe7 9.f4 0-0 10.0-0 Cxd4 11.Fxd4 b5 12.e5 dxe5 13.fxe5 Cd7 14.Ce4 Fb7 15.Cd6 Fxd6 16.exd6 Dg5 17.De2 e5 18.Fc3 Dg6 19.Tad1 Rh8 20.Fd5 Fxd5 21.Txd5 De6 22.Tfd1 Tfc8 23.Fa5 Tc6 24.b3 Tac8 25.Fc7 Te8 26.c4 bxc4 27.bxc4 f5 28.h3 h6 29.Dc2 e4 30.Da4 Tc5 31.Txc5 Cxc5 32.Dc6 Cd7 33.Dd5 Dg6 34.Dd2 Te5 35.De3 De6 36.Tc1 Tc5 37.Tc2 Rg8 38.a4 Rf7 39.Df2 e3 ½-½
Attaque Velimirović
La partie à l'origine de l'idée du sacrifice de Velimirović (Velimirović - Ljubojević, 1972) est une variante Najdorf Francis Meinsohn, La révolution Sicilienne (1987), Hatier, p.49 . Dans les années 1960, les blancs cherchèrent une suite plus active encore que les variantes avec petit roque des variantes Sozine ou Najdorf; c'est ainsi que les joueurs yougoslaves, notamment Matulović et Dragoljub Velimirović, conçurent un nouveau plan de jeu impliquant le grand roque : cette variante sans compromis reçut le nom d'attaque Velimirović et constitue l'une des ouvertures les plus tranchantes de la théorie des échecs Mikhail Tal, The Life and Games of Mikhail Tal (1997), Everyman Chess, p.351. Dans l'attaque Velimirović de la variante Sozine, les blancs se développent suivant le schéma Fc4-b3, puis Fe3, De2, 0-0-0; par la suite, ils poussent leur pion g (au lieu du pion f dans la Sozine classique) avant d'entamer une violente attaque sur le roi noir, très souvent au moyen de sacrifices matériels :
Fedorov, A (2595) - Kobalija, M (2500) [B89] Coupe des clubs de Russie Maikop (1), 03.06.1998
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 Cc6 6.Fc4 e6 7.Fe3 a6 8.De2 Dc7 9.0-0-0 Fe7 10.Fb3 0-0 11.Thg1 Cd7 12.g4 Cc5 13.Cf5 b5 14.Fd5 Fb7 (cf diagramme) 15.g5 Tfc8 16.Tg3 b4 17.Cxg7 Rxg7 18.Dh5 Tg8 19.Fxe6 bxc3 20.Fxf7 Da5 21.Th3 Rf8 22.Tf3 Ce5 23.Fd5+ Rg7 24.Tf7+ 1-0
Alexeï Shirov écrit à propos des coups 13. Cf5 et 14. Fd5 : « ces sacrifices sont bien connus de la théorie et il a été prouvé qu'aucune des deux pièces ne peut être prise » et attribue le coup 15... Tfc8 à Zigurds Lanka (A. Sokolov - Lanka, Riga 1987) Alexeï Shirov, Fire On Board (1997), Cadogan Chess, p.129. La partie A. Sokolov - Salov, suivant entièrement une analyse effectuée par Sokolov six ans auparavant, illustre bien le degré de préparation nécessaire dans de telles variantes :
Sokolov, A - Salov, V [B89] Nikolaïev, 1983
(quatorze premiers coups identiques) 15.g5 exf5 16.g6 hxg6 17.Txg6 Ce5 18.Txg7+ Rxg7 19.Tg1+ Cg6 20.exf5 Th8 21.Fd4+ Ff6 22.fxg6 fxg6 23.Dg4 Th6 24.Fxf6+ Rh7 25.Te1 Fxd5 26.Cxd5 Dc8 27.Te7+ Rg8 28.Tg7+ Rf8 29.Tg8+ Rxg8 30.Ce7+ 1-0
Dans Understanding chess move by move, John Nunn donne comme ligne principale de l'attaque Velimirović la variante 15. g5 Tfc8 16. Tg3 Ff8 17. Dh5 g6 18. Ch6+ Rh8 19. Dh4 b4 20. Cg4 bxc3 21. Th3 f5 22. Cf6 h6 23. Dxh6+ Fxh6 24. Txh6+ Rg7 25. Th7+ Rf8 26. Th8+ avec nulle par échec perpétuel (Rogers - Lanka, Linz 1997) John Nunn, Understanding chess move by move (2001), Gambit, p.88-96.
Attaque Fischer-Sozine : 6. Fc4 contre la Najdorf
Le Fc4 prenant contrôle de la diagonale a2/g8, le coup 6... e5, thématique de la Najdorf, devient peu attrayant pour les noirs. Ceux-ci préfèrent donc presque invariablement 6... e6, afin de limiter l'action du fou blanc. Les blancs répondent ensuite majoritairement 7. Fb3, un coup prophylactique typique ; c4 est un poste instable pour le fou : il peut être embarrassé par les poussées b5 ou d5 ou l'attaque par Dc7, et donne aux noirs la ressource tactique Cxe4 suivi de la fourchette d5. Les principes généraux recommandent donc en pareille situation de jouer en premier le coup qui s'avère de toute façon nécessaire, c'est-à-dire 7. Fb3. Certains auteurs remarquent cependant que 7. 0-0, bien que privant les blancs de plusieurs options intéressantes, empêche également les noirs de se développer comme ils l'entendent : le système avec 7... Cbd7 devient beaucoup plus risqué à jouer, la différence entre le développement noir et le développement blanc se faisant sentir John Nunn & Joe Gallagher, The Complete Najdorf : Modern Lines (1998), Batsford, p. 6 ;.
Les noirs ont le choix du développement à adopter après 7. Fb3 : le traitement typique de la Najdorf est de se développer par b5, Fb7, Fe7 et 0-0, souvent en différant le coup Cbd7 (la conjonction de Fe7 et Cbd7 provoque en effet le sacrifice thématique Fxe6, le pion g7 se retrouvant "en l'air" sur échec après fxe6 Cxe6; les blancs obtiendront alors trois pions pour la pièce et une dangereuse attaque contre un roi noir au centre et affaibli Tony Kosten, Easy Guide to the Najdorf (1999), Everyman Chess, p.46-48). Ce plan commence en général par 7... b5 et est considéré comme la variante principale de la Najdorf 6. Fc4. il est possible de transposer dans des variantes de l'attaque Sozine par un Cc6 ultérieur. Cela est spécialement intéressant lorsque les blancs ont joué un petit roque rapide (par exemple 7. Fb3 Fe7 8. 0-0 Cc6, ou 7. 0-0 Cc6), car les noirs ont alors évité la dangereuse attaque Velimirović. jouer immédiatement 7... Cbd7, avec l'idée de placer le cavalier à c5, d'où il exerce plusieurs tâches utiles : il fait pression sur le pion e4, contrôle la case sensible e6, et peut s'échanger contre le dangereux Fb3. Une problématique en découle : les deux temps dévolus au placement du cavalier à c5 ne constituent-ils pas une concession trop importante et, en particulier, le pion e4 peut-il être pris être dans de bonnes conditions si les blancs le sacrifient en poursuivant leur développement ? Deux parties jumelles jouées au tournoi d'Amsterdam 1996 exposent bien les ressources réciproques :
Topalov, V (2700) - Kasparov, G (2775) [B86] Tournoi VSB Amsterdam (1), 1996
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fc4 e6 7.Fb3 Cbd7 8.f4 Cc5 9.0-0 (cf diagramme) Ccxe4 10.Cxe4 Cxe4 11.f5 e5 12.Dh5 De7? 13.Df3 Cc5 14.Cc6 Dc7 15.Fd5 a5 16.Fg5 Ta6 17.Cd8 f6 18.Cf7 Tg8 19.Fe3 g6 20.Cg5 Tg7 21.fxg6 Txg6 22.Ff7+ Dxf7 23.Cxf7 Rxf7 24.Fxc5 dxc5 25.Tad1 Fe7 26.Td5 Fg4 27.De4 Rg7 28.Tfd1 Fxd1 29.Txd1 Te6 30.Df5 Rf7 31.Te1 b6 32.h4 Tg7 33.Rf1 Fd6 34.Rf2 Fc7 35.Rf3 Re7 36.Te4 Rf7 37.Tg4 Te7 38.Re4 Txg4+ 39.Dxg4 Fd8 40.a4 Rf8 41.c3 Tg7 42.Dc8 Re8 43.De6+ Rf8 44.g4 Tf7 45.h5 Tg7 46.h6 Tg6 47.Dd5 Fe7 48.Rf5 Txh6 49.Db7 e4 50.Db8+ Rf7 51.Dxb6 e3 52.De6+ Re8 53.Dxe3 Tg6 54.De4 Tg5+ 55.Rf4 Rd7 56.Db7+ Re6 57.Dc8+ Rf7 58.Dc7 h5 59.gxh5 Txh5 60.Dxa5 Fd6+ 61.Re4 f5+ 62.Rd5 Fe7 63.Dc7 Th6 64.a5 Td6+ 65.Re5 Tf6 66.Dc8 1-0
Topalov, V (2700) - Short, N (2665) [B86] Tournoi VSB Amsterdam (3), 1996
(douze premiers coups identiques) 12... d5! 13.Te1 Fc5 14.Txe4 Fxd4+ 15.Fe3 0-0 16.Txd4 exd4 17.Fxd4 f6 18.Fc5 Te8 19.Td1 Rh8 20.Txd5 Fd7 21.h3 Te5 22.Txe5 fxe5 23.Ff7 Fe8 24.Fg6 h6 25.Fxe8 Dxe8 26.Dxe8+ Txe8 27.Fd6 Td8 28.Fxe5 Td5 29.Fc3 Txf5 30.Fd4 b5 31.c3 h5 32.Ff2 Rg8 33.Rf1 Rf7 34.Re2 Re6 35.Fd4 g6 36.Fb6 Rd5 37.Fc7 Re4 38.Fd8 Td5 39.Fh4 Td3 40.Ff2 a5 41.Fe1 a4 42.Fd2 Td7 43.Fh6 Td5 44.Fc1 Tc5 45.Fe3 a3 46.Fc1 b4 0-1
En dépit d'une vingtaine d'années de recherches théoriques et pratiques, la théorie n'a pas encore franchement déterminé quelle est la meilleure attitude à adopter pour les blancs, d'où l'emploi d'une profusion de variantes différentes; après 8. f4 Cc5 (8. Fg5 est aussi populaire), les blancs n'ont pas moins de quatre systèmes à disposition : 9. 0-0, 9. f5, 9. e5 et 9. Df3.
De même, à partir de 7. Fb3 b5 (cf diagramme), la pratique a vu plusieurs conceptions se succéder quant à la façon de poursuivre pour les blancs :
Le traitement classique, populaire à l'époque de Fischer, consiste à pousser f2-f4 dès le , et ensuite de percer rapidement au centre par f4-f5 ou e4-e5.
Par f4-f5 les blancs font pression sur le pion e6. Si les noirs sont forcés de jouer e6-e5, alors l'action du fou blanc à b3 s'en trouve élargie et les noirs ont une case faible à d5 - un modèle de cette stratégie est fourni par la partie classique suivante, où les blancs réussissent à conquérir l'avant-poste d5 pour leur cavalier :
Fischer, R - Gadia, O [B87] Mar del Plata (3), 31.03.1960
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fc4 e6 7.Fb3 b5 8.0-0 Fb7 9.f4 Cc6 10.Cxc6 Fxc6 11.f5 e5 12.Dd3 Fe7 13.Fg5 Db6+ 14.Rh1 0-0 15.Fxf6 Fxf6 16.Fd5 Tac8 17.Fxc6 Txc6 18.Tad1 Tfc8 19.Cd5 Dd8 20.c3 Fe7 21.Ta1 f6 22.a4 Tb8 23.Cxe7+ 1-0 Tony Kosten, Easy Guide to the Najdorf (1999), Everyman Chess, p.46 ;
Toutefois, la théorie montre que certaines des positions où les noirs concèdent e6-e5 restent néanmoins parfaitement jouables pour eux Tony Kosten, Easy Guide to the Najdorf (1999), Everyman Chess, p.60-63.
Par e4-e5, les blancs ouvrent la colonne f et chassent le Cf6, principal défenseur du roque. Cette possibilité donne un jeu beaucoup plus aigu que f4-f5, néanmoins les ressources noires semblent plus qu'adéquates John Nunn & Joe Gallagher, The Complete Najdorf: Modern Lines (1998), Batsford, p. 22-28 Tony Kosten, Easy Guide to the Najdorf (1999), Everyman Chess, p.55-60. Un exemple de ce genre de jeu sur le fil du rasoir est fourni par la partie ("composée" ) suivante :
Short, N (2690) - Kasparov, G (2795) [B87] Novgorod (10), 23.06.1997
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fc4 e6 7.0-0 Fe7 8.Fb3 0-0 9.f4 b5 10.e5 dxe5 11.fxe5 Cfd7 12.Fe3 Cxe5 13.Dh5 Cbc6 14.Cxc6 Cxc6 15.Tf3 b4 16.Th3 h6 17.Td1 Da5 18.Cd5 exd5 19.Tg3 d4 20.Fd5 Fg5 21.Fxg5 Dxd5 22.Ff6 Dxh5 23.Txg7+ Rh8 24.Tg6+ Rh7 25.Tg7+ ½-½
Quant à la capture immédiate du pion e4 par 8. f4 b4 9. Ca4 Cxe4, elle s'avère très risquée pour les noirs, comme en témoigne cette partie classique :
Fischer, R - Tal, M [B87] Tournoi des Candidats Bled/Zagreb/Belgrade (27), 26.10.1959