Les élections législatives sud-coréennes de 2024 ont lieu le afin de renouveler les 300 membres du parlement de la Corée du Sud, l'Assemblée nationale.

Le scrutin est dominé par le duel entre le Parti démocrate, majoritaire dans la législature sortante, et le Pouvoir au peuple du président Yoon Suk Yeol.

Le Parti démocrate remporte une large victoire, qui lui permet de conserver sa majorité absolue des sièges. Ce résultat est une sévère défaite pour Yoon Suk Yeol, qui se retrouve dans l'impossibilité de détenir une majorité favorable à ses projets pour le reste de son mandat, malgré l'arrivée de son parti en tête du scrutin proportionnel. Les élections marquent également l'émergence du parti Reconstruire la Corée.

Contexte Élections législatives de 2020

vignette|gauche|redresse|Moon Jae-in. Organisées dans le contexte de la pandémie de Covid-19, les élections législatives d'avril 2020 voient la victoire du Parti démocrate du président Moon Jae-in. Jusqu'alors empêtré dans des scandales d'abus de pouvoir aggravés par de mauvais résultats en matière économique et une politique étrangère vivement critiquée pour sa supposée complaisance envers le voisin nord coréen, le gouvernement sortant bénéficie de sa très bonne gestion de la pandémie, qui lui vaut un rebond de popularité à quelques mois du scrutin.. La Corée du Sud est alors l'un des seuls pays développé à avoir endigué la progression du coronavirus sans recourir à un confinement total de sa population, optant pour une stratégie de dépistage massif et de confinement sélectif des seules personnes entrées en contact avec les malades. De d'opinions favorables à la fin du mois de janvier, Moon Jae-in remonte ainsi à une semaine avant le scrutin. Outre la gestion de la pandémie en elle-même, reconnue à l'international, le président parvient à faire de celle-ci la base d'un programme économique en la présentant comme une occasion de restructurer l'économie coréenne autour des nouvelles technologies et de la biopharmacie.. La nette victoire du Parti démocrate lui permet ainsi de passer d'une majorité relative des sièges à l'Assemblée nationale à une majorité absolue. Le taux de participation de est par ailleurs le plus élevé depuis 1992, une performance d'autant plus remarquable que le scrutin se tient en pleine pandémie de Covid-19..

Le scrutin de 2020 est par ailleurs le premier organisé depuis une réforme électorale ayant d'une part abaissé de 19 à 18 ans l'âge d'obtention du droit de vote, et surtout modifié la répartition des sièges élus à la proportionnelle. Les deux tiers de ces derniers passent ainsi d'un système mixte parallèle à un système par compensation, qui attribue des sièges aux partis n'en ayant pas obtenus au scrutin majoritaire, au détriment des gros partis. La réforme suscite l'opposition farouche du Parti de la liberté de Corée et d'une partie du Bareunmiraedang, alors dans l'opposition. Ces derniers tentent d'empêcher son vote en recourant à l'obstruction parlementaire, puis pour certains en viennent même aux mains lors des débats, entrainant l'inculpation pour violences et troubles de l'ordre de plusieurs membres du parti de la liberté - dont son président Hwang Kyo-ahn et la cheffe de son groupe parlementaire, Na Kyung-won — ainsi que de quelques membres du Parti démocratique.... L'opposition est particulièrement affaiblie par la défaite de deux de ses dirigeants, l'ex-Premier ministre Hwang Kyo-ahn et l'ancien chef de file parlementaire Na Kyung-won ayant échoué à se faire réélire. Le président Moon Jae-in parvient quant à lui à devenir l'un des rares présidents sud-coréens à ne pas connaître de cohabitation au cours de son unique quinquennat.

Finalement votée, la réforme amène les principaux partis à créer de petites formations satellites destinés à capter des sièges pourvus selon le nouveau système, dévoyant l'objectif de la réforme à leur profit. Le parti de la liberté, renommé Parti du futur uni, créé ainsi le Parti de la Corée future, tandis que le Parti démocratique en fait de même en créant le Parti des citoyens. Chacun des partis ne concourt ainsi qu'au scrutin majoritaire, tandis que leurs partis satellites ne concourent qu'au scrutin à la proportionnelle.. Cette stratégie se révèle un succès, les deux camps parvenant à cumuler un nombre élevé de sièges compensatoires, que leurs résultats au scrutin majoritaire ne leur auraient pas permis d'obtenir avec un seul parti.. Le dévoiement de la loi électorale par les deux principaux partis fait néanmoins l'objet de vives critiques. Celle-ci a en effet abouti à une concentration plus importante encore de leurs parts des sièges au détriment des petits partis, à l'inverse du résultat désiré qui était de favoriser la représentation de ces derniers afin de réduire la prépondérance du bipartisme. Quelques mois à peine après le scrutin, le Parti démocratique entreprend la fusion du Parti des citoyens ensemble en son sein. Le Parti du futur uni en fait de même avec le parti de la Corée future, avant de prendre le nom de Pouvoir au peuple. La loi électorale est par la suite remaniée afin d'attribuer l'ensemble des sièges à la proportionnelle au système par compensation.

Élection présidentielle de 2022

vignette|redresse|Yoon Suk Yeol. L'élection présidentielle sud-coréenne de 2022 conduit à une alternance avec la victoire de Yoon Suk Yeol, candidat du Pouvoir au peuple sur Lee Jae-myung, candidat du Parti démocrate.

La crise du logement est l'un des thèmes les plus abordés au cours de la campagne, les prix ayant presque doublé en quelques années. Alors qu'un ouvrier devait, en 2017, consacrer vingt ans de salaire pour s'acheter une maison, il lui en faut près de quarante en 2021. Cette crise contribue à la dette des ménages ; en hausse constante depuis les années 1960, elle s’élève en 2020 à plus de 200 % du revenu disponible. Yoon Suk Yeol promet de construire des logements tout en privilégiant une baisse drastique des impôts immobiliers pour faire baisser les prix..

Yoon Suk Yeol fait notamment campagne sur l'antiféminisme, promettant d’abolir le ministère de l’égalité des genres, dont il juge le budget de 24,5 milliards de dollars trop élevé.. Le candidat accuse également les féministes d’être responsables du faible taux de natalité. Ce discours trouve écho auprès d'une part importante de la jeunesse masculine sud-coréenne, alors que les mobilisations lors de la vague MeToo ou en faveur du droit à l'avortement et de l'égalité salariale ont été mal vécues dans une société encore jugée comme très patriarcale. En juin 2021, un sondage du journal Hankook Ilbo montrait que 83 % des hommes entre 20 et 39 ans estimaient souffrir de discriminations de genre. Ces derniers reprochent tout particulièrement au service militaire, qui impose près de deux années de service obligatoire aux coréens âgés de 18 à 28 ans, de ne concerner que les hommes.... Sont également visés les politiques de quota féminins dans les sphères politiques et économiques, une forme de discrimination basée sur le genre perçue comme injuste .

Bien que largement éclipsé de la campagne par rapport aux scrutins précédents, le sujet des relations avec la Corée du Nord voit nettement s'opposer les candidats. Si Lee Jae-myung se positionne pour une continuité de la politique de dialogue entamée par le président Moon Jae-in, Yoon Suk Yeol se déclare partisan d'une ligne de n'hésitant pas à menacer le voisin nord-coréen de frappes préventives en cas de danger imminent. Le candidat pousse également à un alignement sur la ligne dure du président américain Joe Biden vis à vis de la Chine, dont la popularité est alors en forte baisse en Corée du Sud, là ou le candidat démocrate se positionne pour une poursuite des relations amicales avec la Chine.

Yoon Suk Yeol l'emporte d'une courte tête, et Lee Jae-myung reconnaît sa défaite le soir même avant de féliciter Yoon... La passation de pouvoir intervient le 10 mai 2022.. Le nouveau président est confronté à une assemblée nationale dominée par le Parti démocratique, hostile à ses projets, et ne peut ainsi gouverner que par l'utilisation de décrets et de son veto présidentiel, en attendant une victoire espérée aux élections législatives de 2024..

Tentative d'assassinat de Lee Jae-myung

vignette|redresse|Lee Jae-myung, peu avant l'attaque. Le , le chef de file du Parti démocrate, Lee Jae-myung, est poignardé au cou par un homme lors d'un déplacement politique à Busan.. L'agresseur, un agent immobilier en difficultés financières, venait de l'approcher en demandant un autographe alors qu'il déambulait dans les rues accompagné de journalistes et partisans.

Gravement blessé à la veine jugulaire interne, Lee Jae-myung est transporté à l'hôpital de Busan, puis à Séoul, où il est opéré pendant deux heures ; selon les médecins, un coup à l'artère carotide lui aurait été fatal.. Cette tentative d'assassinat s'inscrit dans le cadre d'une brutalisation de la vie politique sud-coréenne contemporaine : ont notamment été attaqués le président du Parti démocrate Song Young-gil en 2022 et la dirigeante du parti conservateur Park Geun-hye en 2006.

Système électoral

La Corée du Sud est dotée d'un parlement unicaméral, l'Assemblée nationale, composé de pourvus pour quatre ans selon un système mixte. Sur ce total, sont ainsi pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions. Les restants sont pourvus au scrutin proportionnel plurinominal avec listes fermées et seuil électoral de dans une unique circonscription nationale.. Après décomptes des voix, les sièges à la proportionnelle sont répartis en appliquant le quota de Hare et au plus fort reste entre tous les partis ayant franchi le seuil électoral ou obtenu au moins cinq sièges majoritaire. La répartition est faite selon un système par compensation priorisant les partis dont la part des sièges au scrutin majoritaire est inférieure à sa part des voix à la proportionnelle... Le nombre de sièges pourvu par chaque système peut varier d'un scrutin à l'autre. Il était ainsi de 253 sièges majoritaires et 47 proportionnels en 2020.

Le système par compensation utilisé pour la part élue à la proportionnelle permet d'attribuer en priorité les sièges aux partis dont la part des sièges obtenus au scrutin majoritaire est inférieure à leurs part des voix à la proportionnelle, de manière à s'en rapprocher le plus possible. Ce système tend vers davantage de représentativité en attribuant des sièges aux formations sous-représentées par le scrutin majoritaire..

Forces en présences Les résultats en sièges cumulent ceux obtenus par le Parti démocratique de Corée avec ceux du Parti des citoyens ensemble, et ceux du Pouvoir au peuple avec ceux du Parti de la Corée future, avant leur fusions respectives. +Principales forces politiques PartiIdéologieChef de fileRésultat en 2020 Parti démocrateDeobureominjudang Centre à centre gaucheSocial-libéralisme, libéralisme, progressisme Lee Jae-myung 49,91 % des voix Pouvoir au peupleMiraetong-hap dang Droite à extrême droiteNational-conservatisme, conservatisme social, anticommunisme Hwang Kyo-ahn41,45 % des voix Parti de la justiceJeonguidangGaucheSocial-démocratie, réformisme, progressisme Sim Sang-jung 1,69 % des voix Parti pour la subsistance du peupleMinsaeng-dangCentre à centre droitLibéral-conservatisme, conservatisme sociétal Kim Jung-hwa 1,44 % des voix Reconstruire la CoréeCentre gaucheRéformisme, progressisme Cho Kuk Nouveau

Sondages center|vignette|1000x1000px|Moyenne lissée des sondages pour le scrutin majoritaire. center|vignette|1000x1000px|Moyenne lissée des sondages pour le scrutin proportionnel. Campagne vignette|redresse=0.7|Université de médecine de Séoul