thumb|upright=1.2|Tête colossale de San Lorenzo Tenochtitlan. Les Olmèques sont un ancien peuple précolombien de Mésoamérique dont la culture apparaît aujourd’hui comme un ensemble multiethnique et plurilinguistique qui s’étend à partir de 2500 av. J.-C. jusqu’à 500 av. J.-C... Elle s'est épanouie sous forme d'une société hiérarchisée d'environ 1500 av. J.-C. à 500 av. J.-C. ou, selon Pool & Wendt, 2025, d’environ 1450 à 400 av. J.-C. et numérisé . sur la côte du golfe du Mexique, dans le bassin de Mexico, et le long de la côte Pacifique (États du Guerrero, Oaxaca et Chiapas). Entre 2500 et 1500 av. J.-C. ces cultures sont nommées « pré-olmèques ». La culture olmèque est la plus ancienne civilisation connue de Mésoamérique, dont elle a été souvent considérée comme la « culture-mère », parce que la première ville olmèque, San Lorenzo, est la plus ancienne ville mésoaméricaine connue et parce que les cultures suivantes partagent plusieurs caractéristiques communes qui semblent héritées des Olmèques. Le terme « olmèque », issu du terme nahuatl olmeca, qui signifie « les gens du pays du caoutchouc », est lié à la découverte de la première tête colossale olmèque, en 1862, et a été officialisé en 1942 par les olmécologues.
Historiographie La culture olmèque demeure inconnue jusqu’à la deuxième moitié du . Les spécialistes s’accordent pour fixer les débuts de l’olmécologie en 1862 avec la découverte fortuite de la première tête colossale (Monument A) à Hueyapan, sur le site de Tres Zapotes (Veracruz), rapportée par José María Melgar y Serrano. Ce dernier écrit à propos de la sculpture : cité dans : Jacques Soustelle, Les Olmèques, Arthaud, 1979, p. 17..
En 1925, l'archéologue Frans Blom et l'ethnologue Olivier La Farge entreprirent d'explorer le Sud-Est du Mexique à la recherche de ruines mayas. En parcourant la région de Los Tuxtlas et le bassin du Río Tonalá, ils localisèrent de nombreuses sculptures olmèques, notamment à La Venta, où ils découvrirent la deuxième tête colossale. Dans l'ouvrage qu'ils écrivirent à la suite de leur expédition, Tribes and Temples (1926), la fascination que les Mayas exerçaient à l'époque leur fit tirer de leurs observations une conclusion erronée : Cité dans : Jacques Soustelle, op. cit., 1979, p. 21.. L'olmécologie n'était donc pas encore née.
L'ouvrage attira néanmoins l'attention de l'archéologue Hermann Beyer, qui porta le mot « olmèque » sur les fonts baptismaux dans ses écritsChristian Duverger, La Méso-Amérique, Flammarion, 1999, p. 136.. Il s'inspira des mots « Olman » et « Olmeca », que les Aztèques employaient au pour désigner la côte du Golfe du Mexique et ses habitants. Le mot fut repris par et George Vaillant, qui commencèrent à établir des liens entre les artéfacts découverts jusqu'alors (haches, monolithes…) et à les grouper sous la dénomination de « style olmèque ». Le choix de cette étiquette était malheureuxMary E. Pye & John E. Clark, Introducing olmec Archaeology in : John E. Clark & Mary E. Pye (sous la direction de), Olmec Art and Archaeology in Mesoamerica, Yale University Press, 2000, p. 12, d'abord parce qu'il induisait une confusion entre les créateurs des monuments qui venaient d'être découverts et les Olmèques du « Miguel Covarrubias, dans son ouvrage de 1957 Indian Art of Mexico and Central America, note avec pertinence que le terme olmeca recouvre indistinctement deux réalités différentes : les créateurs de l'art de La Venta et les Olmèques qui habitaient la Côte du Golfe au moment de la Conquête » ., mais aussi parce qu'il ancra de manière durable dans les esprits une identification entre un « style » et une aire géographique, que l'on appela le « cœur » de la civilisation olmèque (« heartland », dans la littérature anglophone), et que l'archéologue Ignacio Bernal baptisa plus tard « zone métropolitaine olmèque »« Depuis El Viejón au Nord jusqu'à La Venta au Sud-Est, la région qu'on définit souvent comme le « cœur » (heartland) de cette civilisation et qu'Ignacio Bernal appelle la « zone métropolitaine olmèque » s'étend approximativement sur kilomètres carrés. », Soustelle, 1979, 30.. Dès lors qu'au cours des années 1930, on découvrit de plus en plus d'artéfacts de style olmèque en dehors de cette zone, notamment à Tlatilco, dans le bassin de Mexico, se posa la question toujours ouverte de sa primauté sur les autres.
À la fin des années 1930 et au début des années 1940, l'archéologue Matthew Stirling mena sur les sites de Tres Zapotes, La Venta, San Lorenzo des fouilles spectaculaires financées par la National Geographic Society et publia dans le National Geographic une série d'articles qui firent connaître largement la culture olmèque au grand public. En 1939, Stirling découvrit à Tres Zapotes une stèlela Stèle C, dont on sait maintenant qu'elle n'était pas olmèque mais épi-olmèque portant une date incomplète de ce que l'on appelle le Compte long de la civilisation maya classique. En concluant qu'elle datait de 31 av. J.-C., Stirling ouvrit le débat sur l'ancienneté de la culture olmèque. Cette datation provoqua une véritable tempête dans le monde des américanistes, les mayanistes se refusant à admettre que la culture olmèque puisse être plus ancienne que la civilisation maya classiqueIgnacio Bernal, The olmec World, University of California Press, 1969, p. 31..
En 1942, à la Mesa Redonda de la Sociedad Mexicana de Antropología, « Mayas y Olmecas », qui se tint à Tuxtla Gutiérrez au Mexique, les américanistes firent un premier point de la question. La dénomination « Olmèque » fut officialisée, mais les mayanistes, dont le très influent Eric Thompson, qui soutenaient l'antériorité de la civilisation maya« En effet, les mayanistes, Eric Thompson en chef de file, considèrent les Olmèques comme une culture tardive à la position chronologique incertaine au sein de l’histoire mexicaine. En somme, ils revendiquent l’antériorité des Mayas » ., se heurtèrent violemment à ceux qui, comme Alfonso Caso ou Miguel Covarrubias considéraient les Olmèques comme une « culture-mère ». Les participants à la conférence se séparèrent sur un constat de désaccord et le problème ne fut tranché qu'en 1955Soustelle, 1979, p. 28 grâce à la datation au carbone 14.. Il s'avéra alors que les sites olmèques étaient encore bien plus anciens que Stirling lui-même ne l'avait pensé.
En 2004, on débattait encore pour savoir si les Olmèques étaient une société à chefferie ou un État, Internet Archive de l’ouvrage en ligne depuis 2020 :.. En 2025 l’archéologue et anthropologue Christopher Pool possède suffisamment d’arguments pour pouvoir affirmer que San Lorenzo peut être considéré comme une ville.
Histoire
Origines vignette|Chronologie de la région de Soconusco (site de ), et des autres cultures de la Mésoamérique vignette|gauche|Sites de la période formative du sud-est de la Mésoamérique vignette|gauche|Quelques sites olmèques.
La culture olmèque apparaît aujourd'hui comme un ensemble multiethnique et plurilinguistique qui s’étend à partir de 1500 jusqu’à 300 sur une vaste partie de la Mésoamérique.. Leurs origines sont encore mal documentées. Une hypothèse pourrait se situer sur la côte de l'océan Pacifique, de l’autre côté de l’isthme de Tehuantepec, lequel a environ 200 km de large et moins de 200 m d’altitude : la côte du Chiapas et les cultures qui seraient pre-olmèques de la région de Soconusco, comme la culture Mokaya vers 1900 sur le site de .
La présence Olmèque est attestée à des niveaux d’occupation anciens sur la Côte du Golfe, dans le bassin de Mexico (les archéologues estiment que le site Olmèque le plus ancien de la zone, dans la région de La Venta, a été fondé entre 2350 et 2100 ) et le long de la côte Pacifique, dans les États mexicains du Guerrero, Oaxaca et de Chiapas (le site le plus ancien, Puerto Marqués, près d'Acapulco, a été fondé entre 2500 et 2300 )Ann Cyphers, « Los olmecas de San Lorenzo», Arqueología Mexicana, n°150, mars-avril 2018.. Au-delà des frontières mexicaines, on recense des objets olmèques au Guatemala et jusqu’au sud du Costa Rica. L’arrière-pays de San Lorenzo est occupé au cours de la période formative plus de 2000 ans , et durant les phases Ojochi et Bajío (1500-1200 ) : Chapitre 6: Résumé : Formative settlement in the San Lorenzo region.. Le premier centre d’habitat de La Venta est daté après 1450 : Chapitre 7: Résumé : Preclassic settlement in the La Venta Region..
Ce territoire se présente comme un véritable dédale de cours d'eau divaguant dans des marécages difficiles d'accès ; l'humidité ambiante et la chaleur font de ces terres basses, parsemées d'îles instables, un « enfer vert » que parcourent de nombreux rios, et où éclot, plutôt paradoxalement, une civilisation considérable, celle des Olmèques, ou « hommes du pays du caoutchouc », qui reste très mystérieuse, pourtant la « culture mère » du Mexique selon une ancienne représentation largement partagée. Les chercheurs considéraient jusqu'à la fin du que cet environnement était hostile et peu propice à l'éclosion d'une civilisation, mais les avancées archéologiques ont établi qu'au contraire, l'abondance d'eau et la diversité écologique constituaient des facteurs favorables. Au cours de la période formative, vers 1500-1200 , l’arrière-pays de San Lorenzo était composé de petits hameaux disposés autour des marais où ces populations pré-olmèques avaient une économie de subsistance basée sur la prédation des ressources aquatiques par la pêche et par la collecte de tortues et coquillages. le site de San Lorenzo, proprement dit, lieu de résidence des élites, est considéré comme la première capitale olmèque.
Parmi les sites majeurs, on peut citer : San Lorenzo (Veracruz), La Venta (Tabasco), Chalcatzingo (Morelos), Teopantecuanitlán (Guerrero), et au Guatemala le site d’Abaj Takalik (ou Takalik Abaj).
Déjà à apparaissent des effigies en terre cuite de « gros bébés », des poteries noires incisées de motifs abstraits, et des objets zoomorphes. Le milieu n'était malheureusement pas propice à leur conservation, de sorte que les meilleurs exemplaires de céramique proviennent surtout des hautes terres où s'est propagée la culture olmèque ainsi que son style si caractéristique.
Sur le site de La Venta, légèrement plus récent, Stirling arrache au sol alluvionnaire une série de monolithes, des stèles, des autels de sacrifice, de lourdes statues de personnages accroupis ou assis, des figurines en diorite ou en serpentine polies, des haches, des reliefs, etc., puis découvre, au centre de l'île, outre des tumuli, des terre-pleins, des enceintes, des tombes, des terrasses, un terrain de jeu de balle et des traces d'un urbanisme rigoureux, un monticule conique : la première pyramide mexicaine, datant de avant notre ère. Tous ces éléments convergent vers la constitution d'un centre cultuel qui voit déjà apparaître l'architecture, la sculpture, le bas-relief et le sport sacré du jeu de balle..
De nombreux amateurs d’histoire mystérieuse ont cependant voulu attribuer à la civilisation olmèque des origines diversesTrois théories se distinguent : L’hypothèse Jaredite, défendue par certains membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours pour qui les Olmèques seraient les descendants des Jaredites, peuple du Livre de Mormon. L’hypothèse africaine, qui trouve son origine dans l’interprétation de similitudes physiques et religieuses entre les Olmèques, tels que l’archéologie les connaît, et les Mandingues. L’hypothèse chinoise, qui défend l’idée selon laquelle l’origine des Olmèques remonterait à la Dynastie Shang. Ces hypothèses n’ont jamais trouvé d’écho et de crédibilité au sein de la communauté scientifique.. Une littérature relativement importante existe à ce sujet, mais, pour les spécialistes des civilisations précolombiennes, l’origine indigène des Olmèques ne fait aucun doute.
Société
Écriture et calendrier
L’écriture olmèque et plus largement l’écriture méso-américaine se lit en trois dimensions.