Ferdinand Walsin Esterhazy, né le à Paris et mort le à Harpenden en Angleterre, est un officier français.
Commandant au d'infanterie de ligne, sa trahison a été à l'origine de l'affaire Dreyfus.
Biographie Avant l'affaire Dreyfus vignette|redresse|gauche|Esterhazy vers 1885. Marie Charles Ferdinand Walsin Esterhazy est le fils du général Louis Joseph Ferdinand Walsin-Esterhazy (1807–1857), qui s’est distingué en commandant une division durant la guerre de Crimée, et de son épouse Marie Thérèse Zélie Dequeux de Beauval. Son grand-père paternel, Jean Marie Auguste Walsin-Esterhazy, né à Valleraugue dans le Gard, était le fils naturel de la comtesse hongroise Marie Anne Esterházy de GalánthaUne branche de la famille Esterházy avait fait souche au Vigan sous le règne de Louis XV. Leur hôtel particulier existe toujours. qui eut une liaison avec Jean André César de Ginestous, maire de la ville du Vigan. Il a été adopté par le , le médecin français de la famille princière austro-hongroiseSur les origines voir : Péter Esterházy : « J'accuse », en anglais dans The Hungarian Quarterly, , printemps 1999.. Il a utilisé le nom d'Esterházy sans l'accord de la famille qui lui a intenté un procès, mais le tribunal lui a uniquement interdit de porter le titre de comte.
Né à Paris, Ferdinand Esterhazy est élevé en France et fréquente le lycée Bonaparte (devenu par la suite lycée Condorcet). Sans doute inspiré par une famille militaire (son oncle et son père étant généraux), il tente et échoue au concours de Saint-Cyr..
Il rejoint ensuite la Légion d’Antibes où il se mêle aux défenseurs de la papauté. Rapidement il est sous-lieutenant à titre provisoire.. Il obtient ce grade de sous-lieutenant sans avoir été ni sous-officier ni être passé par une école militaire, « à titre étranger » avec ce grade dans la Légion étrangèreLa nomination parut au Journal militaire officiel, : « , par décret impérial du 24 juin 1870, Régiment étranger, tour, au titre étranger, en remplacement de M. Martin, décédé, Walsin-Esterhazy (Marie-Charles-Ferdinand), ancien officier au service du Gouvernement pontifical. ».
Il prend part à la guerre de 1870Joseph Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, 1901.. En 1874, il est nommé officier d'ordonnance du général Grenier, à Paris, où il s'illustre par ses spéculations boursières et par ses nombreuses liaisons. En 1877, il est affecté au Deuxième Bureau, chargé des renseignements sur les troupes ennemies. Il y fait la connaissance du capitaine Hubert-Joseph Henry et du capitaine Maurice Weil.
C'est à partir de 1894 qu'il commence ses activités d'espion à la solde des Allemands. Lié à l'attaché militaire allemand von Schwartzkoppen, il lui fournit des renseignements, vraisemblablement pour éponger ses dettes..
Famille
Le , à Paris, Esterhazy épouse Anne-Marie de Nettancourt-VaubécourtInhumée avec ses filles au cimetière de L'Haÿ-les-Roses., avec qui il a deux filles : Claire Marie Évérilda Walsin Esterhazy (1887-1963), actrice, connue sous le nom d'Hilda Robesca ; Marie-Alice Armande Valentine Walsin Esterhazy (1889-1976), professeur de piano.
Procès et exil vignette|redresse|left|Caricature de Esterhazy par Jean-Baptiste Guth dans le Vanity Fair du 26 mai 1898. vignette|redresse|Le « bordereau » rédigé par Esterhazy.
En 1895, succédant au colonel Jean Sandherr, le colonel Marie-Georges Picquart découvre qu'Esterhazy est l'auteur du bordereau de l'affaire Dreyfus. La hiérarchie militaire tente d'étouffer l'affaire. Quelques mois plus tard, Le Figaro publie des extraits de lettres d'Esterhazy à une ancienne maîtresse, Gabrielle de Boulancy. Dans l'une d'elles, il écrit : Le Figaro du 28 novembre 1897 ..
vignette|redresse|Expressions d'Esterhazy lors du procès Zola, par Paul Renouard, 1899.
En , Mathieu, le frère d'Alfred Dreyfus, écrit au ministre de la Guerre pour dénoncer Esterhazy comme l'auteur du bordereau. En effet, le coulissier Jacques de Castro a reconnu l'écriture de son client, le commandant Esterhazy.
Esterhazy demande alors lui-même à être jugé. Défendu par M Maurice Tézenas, il comparaît devant un tribunal militaire, le , à huis clos. Le conseil de guerre prononce à l'unanimité son acquittement. Émile Zola riposte à cet affront en publiant alors son fameux J'accuse… !
Remis en liberté le , et réformé quelques jours plus tard, après la découverte du « faux Henry », Esterhazy s'exile à LondresJean-Denis Bredin, L'Affaire, Paris, Juillard, 1983 .. La presse et les caricaturistes d'alors s'acharnent sur son cas.
La grande chancellerie de la légion d'honneur l'exclut de l'ordre le et il est donc rayé des matricules. Il avait été fait chevalier de la légion d'honneur en 1882..
Dans son récit publié par le quotidien Le Matin en 1899, il affirme avoir écrit le bordereau « sous la dictée », en obéissant aux ordres de ses chefsLe Matin du 18 juillet 1899 ., précisément Le Matin du 3 juin 1899 ..
En , le procès de Rennes s'ouvre, qui condamnera Dreyfus à dix ans de prison avec « circonstances atténuantes ». De 1903 à 1906, Esterhazy est le correspondant en Angleterre du journal antidreyfusard et antisémite La Libre Parole. En 1908, il est exilé dans la ville de Harpenden, dans l'est de l'Angleterre, et dissimule son identité sous le nom du comte Jean de Voilemont. De 1911 à 1917, il rédige des articles pour le journal L'Éclair.
Il meurt en 1923 à Harpenden, où il est enterré au cimetière de l'église St Nicholas, sous sa fausse identité de comte de Voilemont et avec une fausse année de naissance (1849), sans avoir été condamné.
Débats sur la trahison d'Esterhazy
Les principaux auteurs spécialistes de l'affaire Dreyfus, Marcel Thomas, Jean-Denis Bredin, Vincent Duclert et Philippe Oriol, soutiennent qu'Esterhazy a trahi contre de l'argent.
L'historien militaire français Jean Doise soutient qu'Esterhazy était en fait un agent double utilisé par les services français pour « intoxiquer » les Allemands afin de détourner leur attention au moment précis de la création ultra-secrète du futur canon de 75 mm modèle 1897..
L'écrivain Henri Guillemin a fait l'hypothèse qu'Esterhazy aurait rédigé le bordereau à la demande de Jean Sandherr, directeur du contre-espionnage militaire français, le « Bureau de statistique », pour alerter indirectement le général Félix Gustave Saussier, qui aurait été la source des informations transmises...
Publications
Bordereau de l’affaire Dreyfus. La Vérité sur l'affaire Dreyfus gallica. Les Dessous de l'affaire Dreyfus gallica.
Dans les arts et la culture populaire Cinéma Dans J'accuse (2019) de Roman Polanski, son rôle est joué par Laurent NatrellaJ'accuse - Distribution et équipe technique..
Télévision
1978 : Émile Zola ou la Conscience humaine, mini-série de Stellio Lorenzi : interprété par Charles Millot. 1991 : Une affaire d'honneur, téléfilm de Ken Russell : interprété par Patrick Ryecart. 1995 : L'Affaire Dreyfus, téléfilm d'Yves Boisset sur un scénario de Jorge Semprún d'après le livre L'Affaire de Jean-Denis Bredin, grand prix du scénario au festival de télévision de Monte-Carlo : interprété par Pierre Arditi.
Bande dessinée L'histoire du tome 7 de la série L'Homme de l'année, intitulé 1894 - L'Homme à l'origine de l'affaire Dreyfus (2014), se concentre sur Esterhazy.
Caricatures
Décorations
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes
Famille Esterhazy Affaire Dreyfus Chronologie de l'affaire Dreyfus J'accuse… ! Ladislas Walsin-Esterhazy
Liens externes
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