Jacques Antoine Marie de Cazalès, né à Grenade (Haute-Garonne) et mort le à Engalin, près de Mauvezin (Gers), est un homme politique français, qui fut député de la noblesse des pays de Gaure, Verdun, bailliage de Rivière-Verdun aux États généraux de 1789.
Il est passé pour être le plus grand orateur de la droite parlementaire à l’Assemblée constituante, et émigré sous la Terreur et le Directoire, il a été l’un des agents secrets les plus actifs et le conseiller écouté du futur Louis XVIII.
Origines Issu d’une famille anoblie par le capitoulat, fils d’un conseiller au parlement de Toulouse, Jacques Antoine Marie Cazalès ou plus exactement « de Cazalès », seigneur de Lastours et de Saint-Martin d’Antéjac, est né le à Grenade-sur-Garonne, près de Montauban« La Jeunesse de Cazalès », Revue de l’Académie du Tarn et Garonne, 1983.. Son grand-père, conseiller du roi et capitoul de Toulouse, avait été anobli sous la Régence, et son père, Simon, avait épouséSaint-Jacques de Montauban, le 10 juin 1755 Françoise Maury, fille d’un conseiller du roi, chevalier de Saint-Louis, Prévôt général de la Maréchaussée et commissaire inspecteur des haras de Quercy. Riche héritière, elle acheta en 1773 la terre et le château de Lastours à Montet, où furent élevés son fils unique et ses deux fillesDont Marie-Louise, qui épousa M. de Castelbajac, et une autre sœur qui épousa M. Finot. La famille résidait l’hiver en son hôtel de la rue Sainte-Scarbe à Toulouse où le jeune Cazalès reçut une instruction militaire.
Le , le conseiller Simon de Cazalès obtint pour son jeune fils de quatorze ans un brevet de sous-lieutenant sans appointement dans les Dragons de JarnacEn 1779, il était capitaine « à la suite » dans le Régiment des dragons de Jarnac, en 1786 il était capitaine en second de la compagnie du chevalier de Lescure; en mai 1788, il acquit le commandement de la première compagnie du troisième escadron des chasseurs à cheval de Flandres. Voir J. de Saint Victor, Bulletin de l’Académie du Tarn et Garonne, 1985, 82.. Un de ses biographes, bienveillant par ailleurs, M. d’Enrouzet assure que le jeune homme, après avoir fait des études sérieuses, sembla , ajoutant que son existence de garnison se passait à travers les intrigues et les duels, mouvementée et pleine d’imprévus, bruyante et houleuse, émaillée d’aventures où souvent l’idylle se finit par le drame. En écho, le comte de Montlosier qui l’avait longuement fréquenté à Paris et à Londres, disait J’ai connu un grand nombre des officiers du régiment de Cazalès, ce qu’ils m’ont dit de paresse, de son insouciance, de son amour de la dissipation et des plaisirs est inimaginable. Il était atteint par la passion du jeu, dont il ne se défit jamais complètement – passion qui l’a conduit, assure son contemporain Dulaure, à vendre Nougarède de Fayet, dans le règne de Louis XVI, 141, donne la même information-, celle des femmes, mais cependant, son dilettantisme éclairé s’était nourri de lectures sérieuses - et en premier lieu Montesquieu qui inspira son « libéralisme aristocratique » -, et sa passion pour ce qu’il croyait être de justes causes s’est toujours conciliée avec ses goûts de libertin. Le rencontrant en émigration à Coblence, le chevalier de Moriolles l’entendit dire : Mon cher, vous m’avez vu autrefois en garnison à Stenay pendant le jour, mais vous ne m’y avez pas vu pendant la nuit, me livrant à l’étude avec plus d’ardeur encore que j’en mettais à jouir de certains plaisirs qui, je l’avoue, ne me faisaient guère d’honneur.
Ceux qui le connaissaient mal éprouvèrent donc une certaine surprise lorsque, à la veille de la convocation des États généraux, il fut choisi par des nobles de Guyenne pour représenter la noblesse des pays et jugerie de Rivière-Verdun, Gaure, Léonac et Marestaing, circonscriptions de la Généralité d’Auch. Ses adversaires supposent que c’est . Il s’est en effet signalé comme le champion de la réaction, partageant le siège de la droite extrême de l’hémicycle avec son ami Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil qui finit guillotiné, et l’abbé Maury qui. pour sa part, nuança ses positions par la suite. Cazalès ne changea jamais : il fut le type même du parlementaire ultra, peu enclin au compromis, ne reniant jamais ses convictions, et mit son magnifique talent d’orateur à défendre sa cause, celle d’un gouvernement essentiellement monarchique avec un poids parlementaire assez faible. Car son positionnement politique que l’on pourrait croire logique ne l’a pas été. De nuance en nuance, Cazalès a varié au fil du temps - et particulièrement après la réunion des trois ordres - pour se trouver bien en deçà des idées réformatrices qu’il semblait vouloir défendre en 1788, notamment lors des troubles parlementaires qui avaient suivi l’assemblée des notables. Il avait ouvertement pris la défense de l’avocat général frondeur de Catellan emprisonné au château de Lourde, et lui-même fut prié de rejoindre son régiment en Alsace: souveraineté du peuple et liberté parlementaire (l’accès aux fonctions parlementaires étant réservée à une oligarchie foncière comme en Angleterre) ou monarchie de droit divin ? Il disait que, pour rajeunir une vieille monarchie, il suffisait de remettre en vigueur ses vieilles institutionsChare, Discours et opinions de Cazalès, Paris, 1821, . Pourtant, lors des débats à l’Assemblée constituante, les choses n’étaient pas claires aux yeux de ses contemporains tant Cazalès mettait d’énergie à défendre les prérogatives royales, et les « Monarchiens » - à savoir les frères Lameth et Antoine Barnave dont on aurait pu le croire proche - ont compté parmi ses plus virulents détracteurs.
Le député Avec Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil auprès de qui il siégea sans discontinuer sous la Constituante, il fut introduit dans le salon ultra conservateur de la duchesse de Polignac où, d’après le comte d’Espinchal, il fut fort bien reçu. Beau, élégant, plein d’esprit, rempli d’une conviction ardente, enthousiaste, il subit l’influence de l’entourage du comte d’Artois pour devenir dès le début de la Révolution le plus chevaleresque champion de la monarchie absolue. Devant la faiblesse de Louis XVI, il réaffirma souvent qu’il fallait sauver la monarchie malgré le monarque. Louis Blanc et d’autres ont souligné ses dispositions à l’art de parler en public, rappelant qu’il . Ses discours excitaient l’admiration et la surprise : un principe de vie anime tous ses discours, écrit son biographe Chare, son éloquence est véhémente et désordonnée, comme les événements qui se succédaient avec tant de fracas sur la scène politique; et l’on dirait que la force qui abandonnait la monarchie, s’écroulant de toutes parts, passait dans l’âme du plus éloquent de ses défenseursChare, op. cit.,
À peine les États étaient ils rassemblés à Versailles que Cazalès, dont le masque constitutionnel tomba assez vite, s’opposa à la vérification des pouvoirs, comme si son objectif était que la situation s’enlise, une attitude qui, mois après mois, devait se révéler une stratégie. Pour des raisons que l’on ignore, dans les derniers jours de juin alors qu’une partie de la noblesse s’était réunie au Tiers, il quitta discrètement Versailles et s’achemina vers son Languedoc natal. Il était sur le point d’arriver à Grenade lorsqu’il fut arrêté à Caussade où on lui remit un ordre de l’assemblée qui le rappelait. Ce mouvement d’humeur, du moins interprété comme tel, lui fut beaucoup reproché.
De retour à l’Assemblée, il se fit remarquer puis critiquer pour ses discours enflammés et ses interventions habilement provocantes sur tous les sujets hautement politiques, particulièrement ce qui touchait à la réduction des pouvoirs et à l’image du monarque. En certaines occasions, les affrontements dégénérèrent, en particulier avec les députés qui, les mois qui suivirent, formèrent le groupe des Feuillants qu’il exaspérait par ses prises de positions outrées, notamment le débat sur la place de la religion catholique le S. Lacroix, Actes de la Commune, V, ; Courrier de Gorsas, , le 22 avril 1790. C’est à lui que Germaine de Staël pensait lorsqu’elle écrivait : Les opinions extrêmes fatiguent mon esprit comme une folie monotoneBaron Malouet, Mémoires, . Ce à quoi il répondait: La raison, la modération, sont le partage des pauvres gensMalouet, op. cit. .
Il s’était battu en duel au mois d’, avec le duc d'Aiguillon qui avait raillé le groupe ultra dit des « Noirs ». dont les propositions, disaient certains députés, ne pouvaient qu’être renvoyées au « comité d’aliénation ». Blessé, Cazalès se battit néanmoins encore l’année suivante, le avec Charles de Lameth qui le blessa lui aussi d’un coup d’épée. Et à nouveau la même année, cette fois avec Antoine Barnave qu’il affronta au pistolet le , et qui le blessa encore. Diverses fois, avec ses amis, ils furent pris à partie à la sortie de l’assemblée, et une fois, notamment, où ils venaient de mettre en cause l’utilité de la garde nationale... grâce à laquelle ils échappèrent au lynchage. vignette|Duel entre Barnave et Cazalès
Il fut au centre de plusieurs séances houleuses, notamment au cours du débat précédant le vote de la loi sur la résidence des fonctionnaires publics, et le premier d’entre eux, Louis XVI dont il voulait faire une exception : Si vous rendez le roi justiciable, vous le rendez dépendant ; s’il est dépendant, le pouvoir exécutif est asservi. Il ne voulait rien céder et employa tous les moyens directs ou indirects pour empêcher le vote de cette loi: Si par une ivresse de pouvoir qui l’a souvent égarée, l’assemblée voulait s’occuper de cette question, je lui déclare que je ne prendrai nulle part à cette délibération; je jure de lui désobéir, je jure de rester constamment fidèle au sang de Henri IV et de saint LouisChare, op. cit. 21.. Dans les semaines qui suivirent, il s’opposa constamment à l’empiètement du corps législatif sur le pouvoir exécutif, et il intervint bruyamment dans la discussion relative à l’exercice du droit de la guerre et de la paix, à la nomination des juges, etc.
Il fut membre du club des Amis de la Constitution monarchique, le club rassemblant le plus grand nombre de représentants de la vieille noblesse qui considéraient, pour certains d’entre eux, que l’émigration n’était pas le meilleur moyen de défendre le trône. Mais Cazalès, surtout après l’épisode de Varennes, changea ouvertement d’attitude et il fut accusé à l’Assemblée de lancer des appels à l’étranger pour rétablir l’ordre ancien en France.
Depuis 1789, il fréquentait le salon de Duval d'Eprémesnil, née Sentuary, et il y rencontra la sœur de cette dame, Madame de Bonneuil, qu’il séduisit et qui s’attacha à lui. Il était également très lié avec le baron Jean-Pierre de Batz qui venait chez lui pour partager de somptueux repas et des parties de whist. À l’époque où il logeait quai des ThéatinsChez d’Asnières née Richetot des Granges, veuve en premières noces du marquis d’Asnières et épouse ensuite du marquis de Ferrières-Sauvebeuf, le comte de Ferrières-Sauvebeuf, qui logeait dans le même immeuble que Cazalès, apercevait non seulement Batz mais aussi Madame de Bonneuil « encore plus aristocrate », disait-il, que Duval d'Eprémesnil sa sœur, et qui fut AN, F/7/4608 (rapports de Ferrières-Sauvebebeuf au Comité de sûreté générale.
Premier voyage en Allemagne et à Londres