La tour Saint-Nicolas () est, avec la tour de la Chaîne et la tour de la Lanterne, l'une des trois tours du front de mer de La Rochelle, et l'une des deux tours emblématiques du Vieux-Port, dont elle constitue la majestueuse porte d'entrée. Elle a assuré pendant cinq siècles la défense de la passe et a servi de point d’attache à la chaîne, tendue depuis l’autre rive, et qui servait à interdire l'accès du port. Elle a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du .

Localisation La tour Saint-Nicolas est isolée sur la rive sud du Vieux-Port de La Rochelle et barre le goulet.

Historique Construction vignette|redresse|La tour est aujourd’hui encore inclinée.

La légende prête à la fée Mélusine, la construction de la tour Saint-Nicolas. La construction de la tour débute, suivant les sources, vers 1345 ou entre 1374 et 1394. En raison du terrain marécageux, il est décidé de mettre en place un radier, constitué de longs pieux de chêne enfoncés dans la vase et calés à l’aide de pierres, qui fait alors office de fondations. Cependant, en raison du poids de la construction et de la nature meuble du terrain, les fondations cèdent, ce qui a pour effet de faire s'incliner l'édifice, qui présente un important devers de plus de vingt centimètres en direction de l'est. Ne parvenant pas à la redresser, les ingénieurs décident de stabiliser les fondations.

vignette|gauche|La bataille de La Rochelle, par Jean Froissart.

En 1360, la signature du traité de Brétigny par le roi , qui cède de nombreux territoires à la couronne d’Angleterre, dont la ville de La Rochelle, interrompt le chantier. Ce dernier ne reprend qu'en 1372, symbolisant l’alliance entre , roi de France et la ville, après que les Anglais aient été vaincus lors de la bataille de La Rochelle et chassés de la ville par les rochelais lors du siège mené par le connétable Bertrand du Guesclin, sur ordre du roi, faisant de La Rochelle une ville définitivement française.

En 1376, après trente-et-un ans de travaux interrompus par la rupture des fondations dans les premières années de la construction et par l'occupation anglaise ensuite, et après un tour de force technique, les constructeurs étant parvenus à corriger la verticalité de la partie supérieure de l’édifice, la tour Saint-Nicolas est achevée.

Destinée à défendre la passe du Port, la tour héberge son premier capitaine ainsi que les soldats préposés à sa garde en 1384. En 1394, un budget est prévu pour l’ameublement de chacune des tours de la Chaîne, et le , il est fait obligation aux capitaines des tours d’habiter ces ouvrages avec leur famille. Le capitaine est nommé tous les ans par le maire de la ville et prête serment de ne jamais quitter la tour durant l’année où il en a la charge. Il est le représentant du roi et le chef des armées de la ville. Sa fonction consiste à surveiller le trafic du port, et à s’assurer du paiement des taxes. vignette|La tour de la Chaîne et la tour Saint-Nicolas à l'entrée du Vieux-Port de La Rochelle. Quelques années après la tour Saint-Nicolas, la tour de la Chaîne est édifiée sur l’autre rive. Elle est ainsi nommée en raison du fait qu’elle a pour fonction de tendre la chaîne fixée dans la tour Saint-Nicolas et fermant l’accès au port. Les deux tours deviennent emblématiques du Vieux-Port de La Rochelle, dont elles constituent la majestueuse porte d’entrée.

La Fronde En 1649, le comte du Daugnon (ou Doignon), gouverneur royal de l’Aunis et des îles, se range du côté des frondeurs. Le comte s'était constitué une petite armée grâce aux taxes sur le sel et rançonnait fermiers et marchands.

La ville est dépourvue de fortification depuis le grand siège, à l’exception du front de mer. Le comte décide de faire des tours son réduit de sûreté. Pour cela, il entreprend, à partir du , des travaux de renforcement de la tour Saint-Nicolas. Il fait couper, sur une largeur de , la muraille, qui reliait la tour à la première porte Saint-Nicolas, y compris le glacis. Il fait creuser un large fossé, allant du port à l'avant-port, de façon à laisser au pied de la tour un îlot triangulaire, une contrescarpe, flanquée de deux demi-bastions liés par une courtine, et bien fraisée de longs pieux à grandes pointes de fer. L'ensemble forme un ouvrage à corne entouré d’un profond fossé afin de se protéger de la ville. Puis, pour rendre plus difficiles les approches de la tour, dont il avait rasé les galeries à créneaux du sommet jusqu'à la plate-forme, il fit démolir jusqu'au quart de la muraille, le Bastion du Gabut. Il équipe la tour d’une douzaine de pièces de fonteCes ouvrages, désignés sous le nom de cavaliers par Eugène Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du (Dictionnaire raisonné de l’architecture française du - Tome 2, Cavalier), permettent de renforcer des points faibles ou de dominer des fronts, et ont occasionné de sérieux dommages aux assaillants des divers sièges qu’a eu à subir La Rochelle..

Le , à l’arrivée des troupes du roi menées par Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, il s’enfuit rejoindre le prince de Condé à Bordeaux, en laissant son lieutenant, de Besse, à la tête de quelques soldats réfugiés dans les tours. Pour les déloger, le marquis d'Estissac, lieutenant-général des armées du roi au pays d'Aunis, fait miner les tours et ouvre le feu au canon. Pour cela, il fait installer trois batteries. L'une sur la petite place voisine de la Grosse Horloge, l'autre sur le quai de la grande rive (au niveau de l'ancienne poterie) et la troisième devant l'église Saint-Nicolas à l'emplacement de l'ancienne porte de Vérité sur le port. Les insurgés, plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi, mettent le feu aux réserves de poudres entreposées dans la tour de la Chaîne. L'édifice s'effondre, le , sous une formidable explosion, les assiégés, sains et saufs, s'étant réfugiés dans la tour Saint-Nicolas.

Le , il ne reste plus aux troupes, de Besse, que la tour Saint-Nicolas. Celle-ci est bombardée par les royalistes. Bientôt le toit en poivrière et sa charpente qui, battue continuellement depuis plusieurs jours, fut percés à jour et une partie de ses galeries furent détruites.

Le comte d'Harcourt, appuyé de nouveaux renforts, à sommer à de Besse de se rendre, mais celui-ci lui avait répondu . Après un échange de tire nourri, un silence se fit et le comte d'Harcourt en profita . De Besse, voyant sa fin arrivée, menaça de mettre le feu aux poudres avant qu'un soldat suisse le frappe d'un coup d'épée. Il finit par se jeter du haut du réduit, se raccrochant à une échelle, il fut criblé de balles. Une fois le commandant mort, la garnison ouvrit aux troupes royales les portes de la tour. Les troupes de Condé, dont les avant-gardes approchées de Muron, en apprenant la nouvelle, décidèrent de retourner à Bordeaux.

On trouve dans l'ouvrage de poudre, et quantité d'approvisionnements. Bien que cela soit demandé par la ville, le roi refuse de faire démolir la tour et l’incorpore au domaine militaire..

À l'origine, la tour Saint-Nicolas était constituée de quatre grandes salles superposées et recouvertes d’un toit en poivrière, mais son dernier étage, ainsi que son toit fut détruit pendant cet épisode. Ni les aménagements de la nouvelle enceinte, ni les restaurations ne restitueront cet étage.

De 1652 à 1659, la tour héberge les compagnons charpentiers de marine de Hambourg, venus à La Rochelle pour monter un chantier naval.

Les guerres de religion et la Révolution À partir de 1569, et plus largement pendant le , la tour sert épisodiquement de dépôt d’armes, de poudrière et de prison pendant les guerres de Religion : des huguenots y sont enfermés entre 1682 et 1686, à l’époque de la révocation de l’Édit de Nantes. Lors de la Révolution française, la tour est utilisée (jusqu’en 1793) pour emprisonner des Chouans.

Restaurations vignette|Le Vieux-Port de La Rochelle en 1907. Intégrées définitivement au domaine militaire, Ferry, ingénieur du génie, établit les premiers projets à partir de 1685. De 1695 à 1698, les travaux de la nouvelle enceinte s'attache à la restauration des fortifications du secteur du quartier Saint-Nicolas.. L'extérieur de l’édifice est sommairement restauré et un accès direct au est aménagé sous forme d'une rampe prenant appui sur la courtine.

En 1813, lors des travaux d’aménagement du port, visant à limiter l'envasement et à établir les quais maçonnés, on procéda à la démolition de l'ouvrage à corne situé au pied de la tour. On ne conserve de cette structure que la partie côté mer, reliée au mur d'enceinte.

Le , la tour Saint-Nicolas est classée au titre des monuments historiques par arrêté. Laissé à l'abandonÉlévation sud de la tour, photographie de 1878 - Dossier inventaire., il faut attendre l'autorisation du ministère de la Guerre pour entreprendre les travaux de restauration. L’architecte Juste Lisch restaure extérieurement la tour et lui redonne ses créneaux et mâchicoulis entre 1884 et 1888.

De 1901 à 1904, Albert Ballu procède à sa restauration intérieure.. En 1905, le ministère de la guerre abandonne définitivement la tour à celui des Beaux-Arts.

Entre 1952 et 1956, on procède à des travaux de consolidation des fondations de la tour.

De nos jours Bien que la proposition de Juste Lisch d'utiliser les salles de la tour comme musée d'archéologie ait été repoussée par le génie militaire, la tour est visitable toute l'année. Les trois tours de la Rochelle ont accueilli en 2011 près de .

none|vignette| none|vignette|upright none|vignette|upright Séries du championnat du monde 2010 de plongeon extrême à La Rochelle, France.

La tour a accueilli à six reprises (2009, 2010, 2011, 2013, 2015 et 2016) une compétition de plongeonVidéo de présentation de l'étape de la Rochelle, 2009.| Red Bull Cliff Diving World Series.. L'évènement a rassemblé plus de au pied de l’édifice en 2009. La compétition consiste à réaliser des plongeons depuis la tour à marée haute représentant un saut d'une hauteur de .

vignette|redresse|La terrasse submersible installée au pied de la tour depuis 1856 afin d'y procéder à des tests de vieillissement de différents types de bétons.

Depuis 1856, une terrasse submersible a été installée sur un flanc au pied de la tour, elle permet notamment de procéder à des tests de vieillissement en milieu marin de différents types de bétons, chacun sous la forme de cubes ou plots. Occasionnellement d'autres matériaux y sont testés (poutres, etc.) ou des expériences menées (éprouvettes, etc.).

Description Fondations vignette|redresse|Pieu de chêne ayant servi à réaliser les fondations de la tour et en ayant été retiré en 1956 à l'occasion de travaux de consolidation.

En raison du terrain marécageux, la tour repose sur un radier. Ce dernier est constitué de longs pieux de chêne de six mètres à sabot métallique enfoncés dans la vase et calés à l’aide de pierres, l’ensemble étant recouvert d’un quadrillage de poutres horizontales et faisant office de fondations.

Cependant, le poids de la tour et la nature meuble du terrain entraînèrent lors de sa construction une déstabilisation des fondations, et un important devers de l’édifice, de plus de vingt centimètres, en direction de l’est. Cette inclinaison sera conservée lors de la restauration de la tour, de sorte que le sol présente aujourd’hui encore une inclinaison de l’ordre de 2 %, bien qu’il ait été surélevé de par rapport au sol originel. En d’autres termes, elle penche (visible à l’œil nu).

Caractéristiques De plan circulaire, la tour mesure de hauteur pour un diamètre variant de .

Elle est fortifiée par quatre tourelles semi-cylindriques engagées, décalées à 70° environ, et d’une tourelle rectangulaire, plus élevée que le reste du bâtiment et surmontée d’une tour carrée plus haute. Ces tourelles placées régulièrement à sa périphérie lui donnent une forme pentagonale.