, plus connu sous son nom de plume , né le à , est un mangaka célèbre au Japon.
Auteur de plus de 360 titres de ces bandes dessinées japonaises, il a participé, avec son studio Dynamic Planning, pour le compte de Toei Animation, à la œuvre à grand succès en France de ce studio, Goldorak (1975). Pourvoyeur de nombreuses esquisses de machines et personnages servant, quand elles étaient validées par Tôei, de bases de travail pour les charadesigners, il a longtemps été confondu avec le créateur de la série. Il est en réalité l'auteur du 1er Manga UFO Robo Grendizer conçu pour accompagner la diffusion de la série originale dans le cadre du système dit Media Mix que décrit le sociologue italien des medias Marco Pellitteri.
Ses trois œuvres les plus importantes sont, selon l'opinion japonaise : Devilman (1972), Mazinger Z (1972), et Cutie Honey (1973). Mais il est également l'auteur de (1971), Violence Jack (1973), Kekkō Kamen (1974), Shutendōji (1976), (1979), de l'œuvre qui l'a rendu célèbre, L'École impudique (1968), ou, dans le même registre érotico-comique, de (1969).
Il fonde en , presque dès le début de sa carrière, sa propre société, Dynamic Productions, qu'il associe avec Toei Animation pour produire ses séries en manga et en dessin-animé en même temps. Ce type de développement parallèle, inauguré en 1972 avec Devilman, provoque cependant au début de considérables écarts esthétiques et scénaristiques. Une autre société, Popy, aujourd'hui absorbée par Bandai, est mise à contribution pour produire des jouets à l'effigie des personnages de ses histoires.
Ayant considérablement influencé les genres mecha et ecchi, entre autres, Gō Nagai fait partie de ces mangakas qui s'efforçaient de s'essayer à tous les styles possibles (humour, fantastique, science-fiction, policier, horreur, érotique, romance, dessin de presse), tout comme Osamu Tezuka et Shōtarō Ishinomori (auprès duquel il a appris le métier), à la différence des auteurs d'aujourd'hui préférant se consacrer à une unique série-fleuve.
Le , il devient Chevalier de l'ordre des arts et des lettres, la remise de son étoile a été faite ce jour durant Japan Expo au Parc des expositions de Paris-Nord Villepinte en France.
Biographie
Enfance
Il est le quatrième d'une fratrie de cinq garçonsAnimeland hors-série . Un mois avant sa naissance, la bombe atomique américaine est lâchée sur Hiroshima. Inconsciemment, cet événement aura une résonance dans certains de ses scénarios. Tout jeune, Gō rêve de créatures et monstres médiévaux qui influencent sa vie et ses jeux avec ses frères. Des êtres velus et griffus qui, selon lui, sont la base de Devilman ou Oni. Le déclic du manga se produit à 4 ans quand son aîné, Baku, lui lit le d'. Son esprit s'emplit d'une foule d'images qui ne le quittent pas, même lors de son entrée à l'école primaire en 1952. Son univers intérieur lui suffit et il ne se mêle pas forcément aux autres enfants. La lecture des illustrés entretient son goût du dessin et celui grandissant des personnages féminins forts.
Les Nagai déménagent au nord de Tokyo, dans le quartier de Toshima, et Gō poursuit ses études élémentaires à Otsukagai. Sa passion du crayon finit par insupporter sa famille. Tout support de papier blanc y passe, même les cahiers de ses frères. Il imite les mangas de l'époque, notamment ceux basés sur Godzilla. Ce n'est pas pour rien qu'il en dessinera un pastiche, Enoshima Dozilla, en 1971. Ses dessins s'affirment mais ses idées et pensées sont trop confuses pour donner un scénario. Il profite de sa nouvelle vie dans la capitale pour lire un maximum de romans et de BD. Et sa fréquentation des salles de cinéma fait de lui un cinéphile. Les films l'inspirent pour ses histoires et, surtout, l'aident à les structurer. Ses goûts vont des longs métrages de SF, Uchû senso (La Guerre de l'Espace) à ceux en costumes, Shichinin no samurai (Les 7 samouraïs), chanbara de 1954 d'Akira Kurosawa. Lorsqu'il atteint l'adolescence, Gō Nagai voit environ 150 films par an. Ses parents souvent occupés, le jeune garçon est livré à lui-même. Quand il n'est pas dans les salles obscures, il lit le Kinema Junpō, le Studio Ciné Live local. Il est insatiable de livres de science-fiction, de détectives et d'aventures, japonais ou étrangers. Gō souligne qu'il était devenu un otaku. Limité par l'argent, il consulte sur place bouquins et revues sous le regard désapprobateur des libraires. Mais la radio NHK diffuse des feuilletons de SF qui nourrissent son imaginaire…
Adolescence Gō Nagai entre au collège. Son père meurt. Cela l'affecte jusqu'au mutisme, se réfugiant dans son monde illusoire. Il revient à la réalité grâce à la sagesse et la patience de son deuxième frère mais les choses ne seront plus comme avant. À l'école, Gō n'obtient de bonnes notes que quand il le veut. Au grand désespoir de sa mère et de ses professeurs, conscients de ses possibilités. Le manga reste sa priorité et il continue de perfectionner ses scénarios.
Fan d'Osamu Tezuka et Shotaro Ishinomori, il découvre un autre dessinateur, Mitsuteru Yokoyama, notamment ses robots comme Tetsujin 28 Go. Au même moment, Ishinomori sort Dynamic Trois (1959-60) qui marque Nagai au point de baptiser son studio Dynamic Productions. La BD japonaise connaît alors une mutation avec Sampei Shirato qui s'adresse à un public moins enfantin. Il a du succès avec ses histoires violentes et sexy comme Ninja Bugeisho (Le Livre des Techniciens de Combat Ninja), stimulant de plus belle l'imagination de Gō. Il fait ainsi le rêve étrange d'une ballerine irréelle au milieu des flammes, retranscrit au début de Susano Oh en 1979.
Nagai a 16 ans, il est au lycée d'Itabashi et prend 2 résolutions, se faire des amis et être assidu aux cours. Il s'entend bien avec son professeur d'art. Celui-ci sera d'autant plus déçu des envies de manga de son élève. Dessiner est assez physique et Gō s'inscrit à des cours de Tai chi qu'il pratiquera quelques années. Cette gymnastique lui évitera de gros problèmes de santé. Pendant l'été, par un de ses amis, il rencontre un responsable d'une importante maison d'édition, Shōgakukan. Le contact n'est pas concluant. Sa famille commence à s'inquiéter pour son avenir. Mais Gō Nagai ne baisse pas les bras facilement.
Pas vraiment passionné par les études, Il échoue à tous les concours d'entrée à l'université. Avec ses amis, il suit donc les cours de rattrapage. Contrairement aux autres, Gō crayonne et finit par abandonner ces séances. Comble de malheur, il contracte une colite ulcéreuse, une maladie intestinale, qui fait craindre le pire à sa famille. Passagère, cette affection le motive pour réaliser son souhait : devenir mangaka. Pour rassurer sa mère et ses frères, peu enthousiastes, il occupe des petits boulots, comme serveur de restaurant.
Ses débuts
Durant sa convalescence, il esquisse une histoire de samouraï indestructible venu du futur, 19 ans avant Terminator, et le publie sous le nom de Kuro no shishi (Le Lion Noir). Il est remarqué à 20 ans par le Shonen Sunday, revue de prépublication de Shōgakukan, qui lui propose un poste d'assistant. Il est présenté au staff de Mushi Productions, malheureusement, son président Tezuka est absent. Son autre idole, par contre, Shotaro Ishinomori, est là. Impressionné par ses qualités d'auteur, il le choisit pour le suppléer. Travailler pour un maître du manga n'est pas une sinécure. Ni vacances ni week-end, dessinant jusqu'à vingt heures par jour, il est chez lui une semaine par mois. Les planches s'accumulent qu'il en oublie de manger ou d'aller aux toilettes. Un rythme qui, en trois mois, décourage plus d'un employé ; Nagai se retrouve seul. De nouveaux assistants sont embauchés mais abandonnent vite. Gō effectue le « gros » de la production pendant presque 2 ans. Amaigri et les traits tirés, Il a du mal à se reconnaître dans le miroir. Il s'impose un jour de repos par semaine. Ce qui lui permet de développer ses projets, essentiellement de courtes histoires comiques. Collégien, lycéen ou assistant, son dessin est influencé par Tezuka et Ishinomori, les vedettes du moment. Il reprendra certains de ses travaux pour en faire des œuvres complètes (Kuro no shishi, Super Saiyuki, Oni).
Après deux ans comme assistant de Shotaro Ishinomori, et avoir formé lui-même quatre employés fiables, Gō Nagai obtient un mois de vacances. Il en profite pour lancer une histoire humoristique pour le magazine Bokura des éditions Kōdansha, les péripéties d'un petit policier à l'époque d'Edo, Meakashi Polikichi (1967). Il devient mangaka à part entière et les lecteurs suivent. Il enchaîne, pour les mêmes employeurs, avec Chibikko kaijû Yadamon, fantaisie autour d'un jeune garçon, Tarō, et son petit dragon, Yadamon.
Ses BD ont du succès et Gō peut mettre en images des scénarios plus à son goût dans le Shônen Magazine toujours chez Kōdansha. Le semblant d'humour noir de Jintaro Sandogasa est très critiqué. Le dessinateur comique de l'époque, Fujio Akatsuka, ne se prive pas pour fustiger ce style trop libre. Nagai apprécie peu le formatage. Sexe et violence sont interdits, il pratique donc un rire amer. Les éditeurs publient déjà des mangas plutôt rudes comme Muyo no Suke de Takaho Saito, auteur de Golgo 13 mais ils sont sérieux. Gō Nagai produira d'ailleurs des parodies de ce dernier, Golgo Heighteen, et des œuvres de Sampei Shirato.
Censure et indépendance Fin des années 60, le western spaghetti est à son apogée avec notamment Il était une fois dans l'ouest. Gō s'en inspire pour développer ce qu'il aime. L'esprit du mythe revisité l'intéresse et l'applique à la période médiévale avec Yubi no Kenman dans Shônen Magazine. L'héroïne porte une sorte de maillot de bain. Ce qui attire l’œil d'autres maisons d'édition... dont Shûeisha qui crée, en 1968, Shônen Jump. Elle recherche de nombreux talents et les laissent pratiquement libres dans leurs sujets. Nagai en profite pour essayer ses concepts comiques. Il ne sait pas comment nommer sa nouvelle histoire. L'affiche d'un film vaguement pornographique, Sei no Harenchi(Le sexe impudique), lui fournit en partie le titre. Il trouve normal de baptiser son école perverse Harenchi Gakuen et devient vite une vedette. Caricaturaux au possible, ces personnages sont un régal pour Gō Nagai. Il atteint 80 % de lecteurs favorables. Sauf que son audace ne plait pas à tout le monde et la PTA (Parental and Teacher Association), commission de censure et de vertu s'en prendra régulièrement à Gō. Plus tard, Masakazu Katsura, avec Video Girl Ai connaîtra le même traitement. Comme un paradoxe, le manga du jeune dessinateur est plébiscité par les enfants. La série sauvée, il devait assurer la cadence. De plus, les médias le sollicitent fréquemment. Avec son équipe, il s'isole alors dans un hôtel de Tokyo pour travailler.