thumb|right|Le lycée Louis-le-Grand, où sont nées les premières classes préparatoires littéraires.
Les classes préparatoires littéraires constituent en France une des trois filières des classes préparatoires aux grandes écoles — les deux autres étant la filière scientifique et la filière économique et commerciale.
Par une formation célèbre pour son exigence, elles préparent en deux ans aux très sélectifs concours littéraires d'admission aux Écoles normales supérieures, au concours de l'École nationale des chartesLa section A se prépare dans des classes préparatoires littéraires spécifiques, voir Classe préparatoire à l'École des chartes., de l'École du Louvre, par équivalence (L3) ou pour réussir le concours d'entrée en début de premier cycle, mais aussi aux concours des écoles supérieures de commerce et de gestion ou encore aux concours de certains Instituts d'études politiques ou du CELSA. En France, de nombreux écrivains, intellectuels, philosophes et personnalités politiques du ont suivi cette formation.
En argot scolaire, khâgne est le surnom qui fut donné au en raillerie à cette classe préparatoire, par les élèves préparant les écoles militaires. Le terme désigne plus précisément la seconde année qui était autrefois la seule qui existait (officiellement « première supérieure »). La première année (officiellement « lettres supérieures »), qui s'est intercalée entre la terminale et la première supérieure, fut baptisée hypokhâgne (du grec hypo (ὑπό), « en dessous »).
Il existe trois filières de CPGE littéraires : une filière entièrement tournée vers les humanités, appelée A/L, ou lorsqu'elle prépare au concours d'entrée à l'École normale supérieure de Paris, et LSH (Lettres et sciences humaines), ou lorsqu'elle prépare au concours d'entrée à l'École normale supérieure de Lyon ; une filière tournée vers les sciences humaines et sociales, préparant à la voie B/L du concours d'entrée à l'École normale supérieure de Paris et à la série SES du concours d'entrée à l'École normale supérieure de Lyon ; une filière dite tournée vers l'histoire et les langues anciennes, préparant au concours d'entrée à l'École nationale des chartes.
Qualifier la khâgne moderne de A/L est un abus de langage, puisque la voie A/L n'existe pas au concours d'entrée à l'ENS de Lyon. Les khâgnes A/L (Ulm) et LSH (Lyon) seront donc ici distinguées au sein des khâgnes lettres, de même que les khâgnes B/L (Ulm) et SES (Lyon) au sein des khâgnes sciences sociales.
Historique thumb|right|Le lycée Henri-IV, à l'origine de la répartition du cursus en deux ans. De 1830 jusque vers 1890, les bacheliers préparent le concours de l'École normale supérieure en retournant en classe de rhétorique (actuelle classe de première) avec les élèves non bacheliers, et les professeurs leur donnent des exercices plus difficiles qu'aux autres. C'est Numa Denis Fustel de Coulanges, directeur de l'École normale supérieure de 1880 à 1883, qui appelle à la création de classes autonomes. Il faut attendre plusieurs décennies pour cela dans certains lycées. Mais, dès le début des années 1890, le lycée Louis-le-Grand crée une classe spéciale de rhétorique supérieure (la Cagne Grand), puis une classe de « rhétorique-vétérans » ou hypocagne. En 1897, le lycée Henri-IV dispose aussi depuis plusieurs années d'une classe de rhétorique supérieure en deux sections qui permet de passer le concours au bout d'un an ou deux. Au lycée Ampère de Lyon, c'est en 1901 qu'est créée une classe de rhétorique supérieure autonome. En 1903, le nom de « première » remplace celui de « rhétorique » et peu à peu les rhétoriques supérieures deviennent des premières supérieures..
On ajouta ensuite la classe de « lettres supérieures » (lettres sup) avant la « première supérieure ». La classe de « lettres supérieures » puis celle de « première supérieure » constituaient désormais une préparation à l'ENS sous forme d'une prolongation en deux ans des études en lycée, après la classe de rhétorique (première) et la classe de philosophie (actuelle terminale). Ce système finit par devenir la règle au cours des années 1930.
Origine du nom khâgne Être cagneux, c'est avoir les genoux tournés en dedans (pieds écartés, genoux rapprochés). Dans la seconde moitié du , ce mot de cagneux a été utilisé pour se moquer des universitaires, répétiteurs, professeurs ou autres normaliens, férus d'études classiques, toujours plongés dans leurs livres. Par exemple, le , Edmond de Goncourt note : Je remarque que les fougueux célébrateurs du nu, des vieilles civilisations athlétiques et gymnastiques, sont en général de cagneux universitaires, au pauvre et étroit torse, enfermé dans un gilet de flanelle.
En 1869, dans Le testament d'un blagueur, Vallès écrit : Il y en a en tuniques à collets verts, ce sont les normaliens ; ils ont sur le crâne et au flanc un claque et une épée ! Une épée ! non, c'est sans doute dans ce fourreau de cuir qu'on place une plume d'oie à la barbe triste et au bec sale, la plume des cuistres ! Pourquoi une épée ? En voici un dans cet uniforme qui est cagneux, boiteux et tire la patte. Donnez-lui donc des béquilles plutôt !
Comme le précise Pierre Vidal-Naquet dans le premier tome de ses mémoires, c'est quand les premières classes de rhétorique supérieure (ancêtre de la première supérieure) sont créées que les cornichons, qui font de l'équitation et de l'escrime pour préparer l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, se mettent à utiliser cette moquerie à l'encontre des élèves de rhétosup, qui se consacrent à des activités intellectuelles et seront plus tard universitaires et professeurs. De là, les cagneux, puis la cagne. Les littéraires se mettent alors eux-mêmes à employer cette dénomination, mais vers les années 1910, élaborent l'orthographe pseudo-grecque khâgneux et khâgne (puis hypokhâgne), afin de la faire apparaître plus savante et d'occulter sa réelle signification..
Folklore et traditions Si la plupart des classes préparatoires françaises possèdent leurs traditions, la mythologie de la khâgne est sans doute une des plus richesUne bonne compilation des mythologies khâgnales est disponible sur le site de la khâgne du Parc : http://khagnalugdunensis.free.fr/. Le lycée du Parc est en effet un des derniers lycées de France à conserver un appareil de rites et traditions khâgnals réellement important, et un thirronage (sorte de bizutage khâgnal) organisé sur plus d'une semaine, avec l'aide des professeurs., même si l'ancienneté réelle de ces pratiques est sujette à débat et que les réformes successives ont fait disparaître un bon nombre de traditions.
Citons entre autres : la tendance à ajouter des racines pseudo-grecques ou pseudo-latines aux termes (khâgneux, khrâssage, khôlle, mestre, festival de khâgne… On retrouve déjà cette pratique chez l'ex-khâgneux Alfred Jarry ou la déesse fictive de la khâgne, Vara (ou Whara, de varus, a, um, « cagneux » en latin), nom donné à la chouette d'Athéna, symbole de sagesse, dont la figure orne les livres des éditions des Belles Lettres. Le bizutage, parfois appelé « intronisation » ou « thîronnage », varie d'un établissement à l'autre, et est en voie de disparition du fait de l'interdiction nationale.
Traditionnellement sont organisés des événements de fin d'année réunissant professeurs et élèves, autour d'un repas, d'un spectacle mettant en scène les professeurs caricaturés ou simple rencontre des parties tenantes de la CPGE dans un bar. Le Lycée Carnot à Dijon en maintient la forme sans doute la plus aboutie : le « Boulal » (mot dont l'origine demeure inconnue, plusieurs hypothèses explicatives sont avancées, toutes étant tirées par les cheveux, Bural prononcé avec un fort accent étranger, ou singulier du mot « Bureau» (ce qui donne Boulal-Bouleau, compal-compo, puis pale…) « Boulè » affublé du suffixe AL…), qui consiste en une pièce de théâtre écrite, montée et jouée par les élèves eux-mêmes mettant en scène les professeurs de khâgne (et parfois l'administration). Au Lycée Joffre de Montpellier, un « Festival de Khâgne » a été mis en place plusieurs années de suite, avec des courts-métrages et des sketches qui parodient la vie de la khâgne et les professeurs. Cette tradition montpelliéraine du Festival de Khâgne a notamment été exportée dans les Hauts-de-France au lycée Gambetta-Carnot d’Arras, sous l’impulsion d’une ancienne élève du lycée Joffre, aujourd’hui professeure. Le lycée Faidherbe de Lille a également connu son festival de khâgne, jusqu'à sa disparition à la suite de différends avec l'administration. Les khâgnes du lycée du Parc (Lyon) perpétuent un thirônnage centenaire issu des plus anciennes traditions khâgnales souvent oubliées dans les autres khâgnes de France.
Généralités Hypokhâgnes et khâgnes
Il existe deux types de classes préparatoires en première année : l'hypokhâgne A/L ou LSH, purement littéraire, proposant des enseignements diversifiés en lettres et sciences humaines, et se poursuivant l'année suivante par un passage en khâgne A/L ou LSH ; vue la porosité entre les deux concours que les khâgneux pourront présenter, l'enseignement de la géographie (obligatoire au concours LSH) et d'au moins une langue ancienne (obligatoire au concours A/L) est depuis 2007 obligatoire au cours de cette première année, à l'issue de laquelle l'hypokhâgneux peut éventuellement choisir le concours qu'il souhaite présenter, et dont la classe voire le lycée qui y prépare. l'hypokhâgne B/L, hybride, proposant des enseignements en lettres et sciences humaines auxquels s'ajoutent des mathématiques et des sciences sociales.
Il existe trois types de classes préparatoires en seconde année : la khâgne A/L classique, à laquelle on accède après une hypokhâgne A/L et qui prépare au concours de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (où l'étude d'au moins une langue ancienne est obligatoire) ; la khâgne A/L moderne (appelées aussi « Supérieure (Lyon – Lettres et sciences humaines) » ou LSH), à laquelle on accède après une hypokhâgne A/L et qui prépare au concours de l'École normale supérieure de Lyon (où l'étude de la géographie est obligatoire) ; la khâgne B/L, à laquelle on accède après une hypokhâgne B/L et qui prépare aux concours de l'ENS de Paris-Ulm section Sciences économiques et sociales, de l'ENS de Paris-Saclay section Sciences sociales et de l'ENS de Lyon section Sciences économiques et sociales.
La différence entre la khâgne classique et la khâgne moderne tient à l'emploi du temps (horaires hebdomadaires différents par discipline) et à l'obligation d'étudier une langue ancienne en khâgne classique et de la géographie en khâgne moderne.