Les Abattoirs d’Anderlecht ou de Cureghem (en ) sont situés dans la Région bruxelloise. Quelque y sont abattus chaque année, soit environ 5 % de tous les animaux abattus en Belgique (2023). Ces bâtiments constituent un exemple remarquable de l’architecture industrielle du . Ils sont situés au 24 de la rue Ropsy Chaudron dans la commune d'Anderlecht.

Les abattoirs hébergent depuis leur création de nombreuses activités autour de la viande, de la mise à mort des animaux jusqu'à la vente de viande. Depuis les années 1980, le site diversifie ses activités commerciales en étant occupé par ses activités d'abattage, de découpe et de vente, mais aussi par des marchés généraliste et alimentaires, un espace horeca, une ferme hydroponique et une champignonnière.

Le marché du vendredi, samedi et dimanche attire chaque semaine. Mais sous pression des règles Européennes de plus en plus strictes, le marché au bétail des autres jours de la semaine a du fermer en 2008. La part des grands surfaces dans la vente de la viande ne cesse pas d'augmenter. Les petits bouchers disparaissent. La chaîne d'abattage des porcs étant déjà arrêtée, l'abattoir en tant que tel ne va pas être continu au-delà du prochain endurcissement des normes Européens en 2028, faute d'investisseurs.

Architecture vignette|redresse=1.1|Vue intérieure de la grande halle.

Le complexe des abattoirs est conçu par l’architecte Émile Tirou et s'inspire de la Grande halle de la Villette à Paris ainsi que de l'abattoir de Leipzig pour les échaudoirs (lieu d'abattage). La construction de cet ensemble, attribuée à l'entreprise a nécessité l'emploi de 218 tonnes de fonte et de 640 tonnes d'acier.

La grande halle métallique abrite le marché au bestiaux, et couvre une superficie d'un hectare. La charpente de la toiture est soutenue par une centaine de colonnes de fonte. Ce bâtiment est classé le , en même temps que les deux pavillons d'entrée du complexe.

L’entrée principale est ornée de deux taureaux de fonte bronzée, signés du sculpteur Isidore Bonheur (fonderie du Val d'Osne), copie de ceux des anciens abattoirs de Vaugirard, parc Georges-Brassens.

Histoire 1842-1887 : Prédécesseur Les premiers abattoirs du quartier sont implantés sur le territoire de la ville de Bruxelles à côté de la porte de Ninove, près de la porte d'Anderlecht, alors à l'extérieur de l'octroi. Conçus dans un style néoclassique par les architectes Antoine Payen puis P. Schmit, ils sont inaugurés en 1842. Cependant, le site des abattoirs cumule les inconvénients au fil du temps, en particulier en étant implanté dans un quartier en pleine urbanisation et éloigné des voies de chemin de fer, obligeant le bétail à circuler dans les rues pour rejoindre l'abattoir. L'installation est également trop petite et souffre de problèmes financiers.

1887-1920 : Abattoirs et Marchés publics d'Anderlecht S.A. vignette|gauche|redresse=1.1|Entrée principale des Abattoirs d'Anderlecht, rue Ropsy Chaudron, vers 1900.

La décision est prise de remplacer ces abattoirs communaux par une nouvelle structure. Un projet d'abattoir intercommunal est tout d'abord envisagé puis abandonné, avant d'être remplacé par la création d'un complexe d'abattage financé par la ville de Bruxelles, dans la commune d'Anderlecht, dans le hameau de Cureghem. La concession des nouveaux abattoirs se situe ainsi à Cureghem, sur une vingtaine d'hectares de terrains marécageux, mais proche de la nouvelle gare de l'Ouest. Cet emplacement présente l’avantage d’être longé par le canal Bruxelles-Charleroi et de pouvoir être relié au chemin de fer.

Une concession de 50 ans est accordée à la société Charlet et Pierret le . Elle devient en 1888 la société anonyme des Abattoirs et Marchés publics d’Anderlecht-Cureghem.

Le complexe des abattoirs, conçu par l’architecte Émile Tirou, est inauguré en 1890, alors même qu'il est encore inachevé. Le site qui s'étend sur vingt hectares et comprend un lieu de vente de bétail, d'abattage, mais aussi une halle abritant un marché couvert, tout en étant desservi par le chemin de fer. Le marché couvert aux bestiaux s'étend sur une surface d'un hectare. L'avenue Clemenceau (alors rue d'Allemagne) est prolongée jusqu'à l'entrée principale des abattoirs, ainsi que la rue Heyvaert et trois autres rues. Les travaux de remblais sous l'étendue de la halle couverte donnent naissance à des caves, qui sont exploitées comme champignonnières dans les années 1950.

L'ancien abattoir bruxellois sur la petite ceinture n'est finalement pas fermé, il continue encore, en parallèle, jusqu'en 1943. Par contre, ceux d'Ixelles, Saint-Josse-ten-Node et Molenbeek-Saint-Jean ferment. Sur le nouveau site, en 1910, 250 têtes sont abattues chaque jour. Tout est récupéré : les graisses pour les huiles alimentaires, le suif et le savon, les carcasses pour la colle et les engrais, la peau pour les tanneries et la maroquinerie - une multitude d’activités productives s’installent dans le quartier. Le site même rassemble à côté de l'abattoir lui-même un marché de bestiaux destinés à l’abattage, un marché de veaux et moutons et un marché de fruits et légumes.

1920-1982 : Régie de l'abattoir et marchés (RAM) de la Commune d'Anderlecht thumb|redresse=1.1|Les abattoirs en 1910, dessin par Eckert & Pflug

Un arrêté royal de 1920 transfère l'exploitation du site à la Régie de l'Abattoir et Marchés de la commune. La régie assure la direction, la logistique, l'entretien, le contrôle des taxes et la garantie sanitaire, tandis que l'abattage, le nourrissage, l'achat et la vente du bétail et de la viande sont assurés par des exploitants titulaires d'une concession. En 1934, ces abattoirs connaissent leur apogée, ils s'occupent de 14 % des abattages en Belgique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la gestion des abattoirs passe brièvement sous contrôle allemand. L'accès ferroviaire à l'abattoir est supprimé en 1953, à la suite des dommages subis par le pont au-dessus du canal pendant la guerre. Les bêtes arrivant en camion maintenant, les activités continuent. L’avènement des camions frigorifiques, par contre, rend possible de déménager des abattoirs de la ville à la campagne, de la proximité des consommateurs vers la proximité des producteurs. Ce qui se fait un peu partout. Les ganteries, tanneries et autres fabriques de bougies suivent l'exode.

Il est envisagé en 1955 de remplacer le site des abattoirs par des logements sociaux, cependant, les profits générés par les abattoirs sont trop importants et le projet ne voit jamais le jour.

Néanmoins, à Anderlecht, on décide de moderniser. La première chaîne d’abattage de porc fait son entrée en 1955 et celle pour le gros bétail est décidée en 1958. En 1963, les maîtres-abatteurs de gros bovins se constituent en coopérative, ABACO, qui dirige encore aujourd’hui la ligne d’abattage des bovins. Mais la modernisation reste trop limitée, trop lente - en 1966, les infrastructures ne correspondent plus aux règles d'hygiène, les abattoirs d'Anderlecht perdent leur cachet (licence Européenne) d'exportation, ce qui provoque un tassement de ses activités.

Pour renflouer ses caisses, la Commune cède, en 1965, du terrain pour la construction de l'Erasmushogeschool Brussel. Les abattoirs deviennent quand même déficitaires et, en 1982, la commune opte pour la faillite sa régie et la cessation de l'exploitation. Ça aurait pu être la fin, un grand processus de concentration est ainsi lancé: en 1986, la Belgique compte encore 66 abattoirs publics, contre 4 en 2025.

Depuis 1983 : SA Abatan, puis SA Abattoir Mais, tout déclin étant relatif, les abattoirs et leur marché continuent de faire vivre tout un quartier. Leur chiffre d’affaires hebdomadaire flirte encore avec le milliard de francs belges. 38 % des entreprises situées dans les rues adjacentes appartiennent au secteur de la viande et 39 % appartiennent à des secteurs connexes. 790 emplois sont toujours liés directement ou indirectement aux abattoirs.

150 négociants et abatteurs se réunissent alors, et fondent, le , la Société Anonyme Abattoirs et Marchés d'Anderlecht (Abatan) et convainquent la commune de leur céder le site, l'année suivante, en bail emphytéotique pour 30 ans, plus tard prolongé jusqu'en 2050. Avec le temps, la société achète des propres terrains en plus.

La réorganisation qui suit, finit avec la séparation des différents fonctions (étables, échaudoirs, triperies) dans des bâtiments différents avec des rues et des places entre. Désormais, les carcasses circulent à travers les frigos et un couloir central dans un seul immeuble. En 1987, les abattoirs parviennent à récupérer leur cachet.

L'ARAU obtient le classement de la grande halle le . Abatan va à la recherche des revenus supplémentaires. En 1992 ils commencent à louer les énormes caves voûtes en brique de la halle du marché sous le nom Les Caves de Cureghem pour des évènements. Comme ça l'exposition Körperwelten attire à deux reprises, en 2001 et 2008, ensemble près d'un million de visiteurs à Cureghem et de 2008 à 2013, chaque année le Festival international de l'érotisme de Bruxelles aussi beaucoup. Des festivités pour plus que en sous-sol? Les pompiers se réveillent et limitent, en , le nombre de participants à 500, ce qui entraîne la fin de l'évènementiel aux "Caves"

vignette|Marché aux chevaux d'abattage, avril 2007.

Toujours à la recherche de diversification, l'abattoir loue son terrain de 1979 à 1993 chaque dimanche à une société qui organise la vente des voitures d'occasion de privé à privé, moyennant une commission. Très vite, les alentours du site sont investis par des acheteurs professionnels, qui abordent les vendeurs potentiels déjà avant d'arriver aux abattoirs. La société en question déménage à Beersel, les autres restent dans le quartier, mais plus sur le site de l'abattoir même. L'abattoir commence alors, depuis la fin des années 1990, d'organiser un marché généraliste, qui prend de plus en plus d'ampleur pour devenir le plus grand de sa sorte à Bruxelles, dans la halle ouverte et à l'extérieur, étalé sur trois jours, chaque vendredi, samedi et dimanche ; il rassemble 650 commerçants et plus de , ce qui veut dire que près d'un dixième de la population bruxelloise vient y chercher ses denrées alimentaires chaque semaine. Une nouvelle halle alimentaire ("Freshmarket") accueille en 2002 quelques poissonniers contraints de quitter le quartier Sainte-Catherine. À partir de 1998, le site accueille le marché aux chevaux, qui se tenait avant place de la Duchesse à Molenbeek. L'ouverture de deux stations métro directement à côté du site, Clemenceau d'abord, en 1993, Delacroix ensuite, en 2006, a fortement augmenté l'accessibilité du marché hebdomadaire.

En 2008 l’Afsca exige la mise aux normes de la halle centenaire. Les pavés disjoints du sol de la halle laissaient perler les déjections sur les plafonds voûtés des Caves de Cureghem. L'activité de marché aux bestiaux s'arrête donc, pour des questions financières et d'image.

Le projet global de 2011 En 2011 la société se dote d'un Projet de développement global Abattoir - “Le ventre de Bruxelles”. Physiquement, seul la grande halle et l'immeuble de direction resteront en place, les autres bâtiments seront remplacés par des nouvelles constructions en forme d'"entrepôts urbains", qui remplirent aussi une partie des espaces ouverts, où, jadis, roulaient les trains à bétail. Le projet s'appelle "Le ventre de Bruxelles", parce qu'on espère d'un côté, de pouvoir garder l'abattoir, la vente de viande en détail et le marché sur le site, et de l'autre de pouvoir attirer des nouvelles activités alimentaires. Mais pour le reste, une grande diversité de fonctions pourrait venir. Par l'ouverture du site dans plusieurs directions, notamment vers le square Albert et l'Erasmushogeschool le site devrait se transformer d'une site clos à contourner en une place publique.