vignette|Le biberon du bébé (The Baby's Bottle), toile du peintre américain Robert Vonnoh (1858-1933) Le biberon (du latin bibere, « boire ») est un petit récipient muni d'un bec ou tuyau, utilisé pour abreuver et nourrir les malades et employé surtout pour l'allaitement artificiel. Dans ce dernier cas, il se présente au sous la forme d'un flacon gradué (en verre ou en polycarbonate) muni d'une tétine (en caoutchouc ou en silicone). Depuis son invention, le biberon a connu une multitude d’améliorations, d’innovations, certaines malheureuses (les longs tuyaux), d’autres essentielles.

Dénominations

De la forme de l'objet découlent d'autres appellations : canard : cette appellation donnée aux biberons de malade qui évoquent la silhouette de cet animal est souvent utilisée pour désigner tous les biberons de malade ; bouteille : dans le Jura suissebouteille NB: L'usage est régionalisé. Les exemples cités par la base de données viennent du Jura et du Jura bernois. Dans les autres régions francophones de Suisse, on utilise le terme standard biberon..

Biberon de malade En métal, verre ou céramique, le biberon de malade est un .

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Le biberon de malade est toujours utilisé au sous forme d'un gobelet en plastique dont le couvercle est muni d'un court bec verseur.

Histoire du biberon d'allaitement vignette|Biberon zoomorphe datant de la fin de l'âge du bronze, trouvé à Regensburg-Harting, en Bavière, en Allemagne (ca. 1350–800 ) L'alimentation infantile au moment du sevrage est une période risquée pour l'enfant. Le lait animal, non pasteurisé, comporte en effet davantage de risques de contamination que le lait maternel. L'amélioration globale de l'alimentation lors de la révolution néolithique favorise l'utilisation du lait animal dans des biberons préhistoriques (poteries ayant cette fonction attestées dans des tombes d'enfants avant notre ère) et conduit à une hausse du taux de natalité.

De nombreux biberons antiques (récipients en verre ou en terre cuite présents dans bien des musées et quelques collections) n'en sont pas mais seraient plutôt des « tire-lait ». Le qualificatif de biberon pour ces objets découverts lors de fouilles archéologiques fait référence aux caractères morphologiques de ces vases (hauteur généralement de 8 à , capacité de 70 à ) et ne préjuge en rien de leur fonction, d'autant plus qu'il est difficile de déterminer si ces récipients sont utilisés pour la phase de l'allaitement ou celle du sevrage.

L'utilisation d'ustensiles pour l'allaitement artificiel à l'époque médiévale est quant à elle peu fréquente. On trouve essentiellement des réutilisations d'objets d'usage domestique (pots, cuillères...) et les cornes de vache percées pourraient être considérées à ce titre comme les premiers biberons.

Les périodes qui s'étendent du au sont toutes marquées par une évolution importante. Comme toute évolution historique, ces changements se font de manière progressive et la première moitié du voit ainsi se côtoyer les modèles les plus variés.

Évolution des définitions D'après E. Beaugrand, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Tome 9, Victor Masson et Fils, Paris, 1868 :

Cette définition du cadre bien le sujet. On doit, lorsque l’on parle de biberons, distinguer les divers ustensiles utilisés pour l’allaitement artificiels de ceux inventés dans le but d’imiter le sein maternel et qui peuvent, seuls, être qualifiés de biberons.

D'après l'Encyclopédie Hachette, édition 2005 :

Presque 150 ans séparent cette définition de la première. Les changements qui ont mené aux biberons d’aujourd’hui sont autant le fait des progrès scientifiques, qu’industriels et commerciaux.

Des premiers ustensiles au Antiquité vignette|« Biberon » grec antique. Les « biberons » romains, désigné par les termes latins , ou Danielle Gourevitch, « Biberons romains: formes et noms », in Guy Sabbah (éd.), Le latin médical. La constitution d'un langage scientifique, Saint-Étienne, 1991, 117-133, ressemblent à des vases au pied plat ou annulaire, à la panse globulaire légèrement surbaissée, au col assez large et un bec tubulaire conique et très étroit à mi-hauteur de la panse. Il est parfois muni d'une anse verticale. Certains .

Dans son édition du 20 février 2004, Le Monde publie un article traitant du sujet sous la plume de Patrick Martinat :

Son hypothèse théorique du tire-lait — « un instrument médical encore utilisé aujourd'hui pour dégorger un sein » — se conforte. Présentée à Libourne en 2000, l'idée d'une aspiration du lait par la mère elle-même est « plutôt bien accueillie ». Reste à l'expérimenter. « Une amie venait d'accoucher. Je lui ai demandé de pratiquer cette méthode d'auto-aspiration, qui a fonctionné », explique l'archéologue.

Moyen Âge

On trouve dans plusieurs tableaux et gravures de, ou d’après, Pieter Brueghel l'Ancien des représentations d’enfants avec ce qui peut être considéré comme un biberon et qui n’est autre qu’une corne. Cette version primitive dite « cornet » restera utilisée pendant fort longtemps dans les campagnes d’Europe. C’est sans aucun doute l’instrument le plus simple et le plus ancien ayant été utilisé pour nourrir les enfants à la main. La corne, une fois nettoyée, était percée au bout et le petit orifice ainsi créé, recouvert d’un pis de vache ou d’un tissu enroulé et maintenu par un fil ; ce second système dit du « drapeau » perdurera jusqu’au début du et coiffera une grande variété de modèles. Le lait le plus employé était celui de chèvre réputé plus digeste, d'où le nom de « chevrette » pour désigner la corne à allaiter des nourrissons ou le vase à goulot tubulaire (en terre cuite, en verre ou en étain) pour les enfants assez âgés pour savoir tenir cet objet.

Premiers biberons

Les premiers instruments « fabriqués » pour l’allaitement artificiel datent des . Ils sont vraisemblablement originaires de Russie, d’Allemagne, de Suisse ou encore de Hollande ou d’Angleterre et sont réservés aux couches aisées de la société.

Ils peuvent être des adaptations du cornet primitif façonnées en argent ou en verre, ou des ustensiles tournés en bois ou en étain. Les petites gens se contentent quant à eux du cornet médiéval, comme nous l’indique F. Ratier dans un article de 1830 qui aborde l’évolution de l’appareil :

« [...] à commencer par la corne de vache garnie à sa petite extrémité d’un trayon de l’animal, et que les paysans d’Ukraine présentent aux enfants… »

L’artisanat des

Un grand nombre d’ustensiles de formes, matières et natures différentes sont utilisées au cours des . Ces modèles trop variés pour être listés peuvent néanmoins être regroupés dans plusieurs grandes familles. Les spécimens abordés ont tous un point commun : adopter un système qui oblige l’enfant à exercer une succion. On écarte ainsi tous les instruments de type cuillère ou petit pot que les auteurs de l’époque différencient du biberon.

Biberons d’étain et de fer blanc

La plupart des biberons d'étain sont de type balustre à tétine vissée sur pied (ou piédouche). Il existe des « variantes », droits (non pansus) ou en forme de poire, mais dans tous les cas seule la tétine se dévisse. Ces modèles sont visibles dans les Musées de l'assistance publique à Paris et des Hospices civils de Lyon, ainsi que dans la collection Dufour.

Moins fréquents sont les balustres en trois parties qui se dévissent par le milieu. C’est pourtant un progrès indéniable en termes d’hygiène, preuve que cette préoccupation n’est pas encore d’actualité. Un exemplaire est répertorié dans le livre de l'abbé Bidault (sans marque) et un autre dans l'ouvrage de Michel Schonn. Ce dernier est signé du potier d'étain Salmon à Chartres.

Plus étonnant encore, plusieurs catalogues pharmaceutiques du début des années 1860 présentent des biberons en forme de sabot de la marque Guilbaut. Ce fabricant, qui propose néanmoins le classique sur pied, semble le seul à avoir tenté la commercialisation de cette rareté.

Les biberons de fer blanc sont des petits pots à longs bec, réductions d’ustensiles ménagers de l’époque. Aujourd’hui, très peu fréquents par la nature altérable du matériau employé, ils n’en demeurent pas moins forts représentatifs.

Poteries régionales

Si les étains sont facilement identifiables, il n’en va pas de même des multiples poteries issues du Moyen Âge et dont l’apparence et l’utilisation ne sont pas toujours très évidentes. Ces pots présentent néanmoins plusieurs points communs sur lesquels on peut s’appuyer pour les identifier : un bec, court ou long, qu’on recouvre le plus souvent du drapeau, un trou de remplissage et une contenance qui varie en moyenne de 120 à .

Faïences de Quimper

Le « Pod bronnek » ne laisse quant à lui aucun doute quant à son utilisation. Ce vase ovoïde sur piédouche est pourvu d'une ouverture supérieure à petit goulot droit, d’une anse latérale et d’un bec en forme de mamelon.

Il semble établi que ces cruches furent employées comme biberons. Les cartes postales anciennes bretonnes sur le thème sont répandues et de nombreux articles de la fin du et du début du l'évoque : dessin dans un ouvrage de 1889, ou encore illustration dans le Fureteur breton qui montre ce type de biberon utilisé avec tuyau. Si cette utilisation est évidemment fantaisiste, elle prouve néanmoins sans équivoque que ce type d’objet fut utilisé pour l’allaitement des enfants. Enfin une huile sur toile de Gauguin datée de 1889 en montre un bel exemple.

Verre soufflé

C’est à la fin du , mais surtout au début du que le verre se généralise dans le domaine de l’allaitement artificiel. Après plusieurs tentatives non concluantes avec le caoutchouc, les essais vont se recentrer sur le verre. Les qualités de transparence et d’inaltérabilité liés à cette matière en étant la principale raison. On peut ainsi lire dans plusieurs ouvrages de médecine du début du des propos allant dans ce sens :

« Autant que possible, on choisit des biberons en verre ; ceux en métal, en bois ou en caoutchouc, contenant toujours à la longue une odeur plus ou moins forte, plus ou moins fétide, désagréable, repoussante pour l’enfant. »

Parmi les différents modèles en verre, la plupart seront de simples bouteilles mais une forme va se généraliser et perdurer pendant plus d’un siècle, c’est la limande. Elle apparaît au début du et on en trouve encore en 1910 dans le catalogue Robert. Les caractéristiques de ce biberon n’évolueront que très peu pendant tout ce temps. Le biberon présente un corps oblong avec un bec soudé au corps principal par l'intermédiaire d'une collerette rapportée à chaud lors de la fabrication. Il comporte un trou de remplissage dans sa partie supérieure. Certains modèles, plus rares, sont sans collerette.

Le verre du au début du

vignette|Biberon Vosgien Hygiénique Grandjean, début siècle, collection musées départementaux de la Haute-Saône

Parallèlement à ces flacons de verre soufflé, limandes ou non, vont apparaître plusieurs modèles qui auront en commun, outre d’adopter pour la plupart un système à tube interne et une tétine fort complexe, de porter le nom de leur inventeur. La grande nouveauté de ces biberons est donc de ne plus être anonymes. C’est l’arrivée des marques. Auparavant seuls quelques poinçons, peu fréquents on l’a vu, indiquaient l’origine.

Les premières marques

Loin d’être anodin, ce changement est probablement à l’origine du biberon moderne, qui va ainsi passer de l’artisanat à une production de fabrique avec commerce et publicité associée. On commence ainsi à trouver, au milieu du , des encarts qui ressemblent fort à de la publicité :

« Breton, sage-femme, vient de transférer sa fabrique de biberons, bouts de sein, dans sa propriété rue Saint-sébastien, 40 boulevard des Filles-du-Calvaire, où elle reçoit des dames enceintes à tous termes de la grossesse, à des prix modérés. »

C’est le début de la concurrence entre les inventeurs, qu’ils soient médecins, sages-femmes ou industriels.