Guglielmo Brutus Icilius Timeleone Libri-Carucci dalla Sommaja, dit en français Guillaume Libri ou le comte Libri, né le à Florence et mort le à Fiesole, est un mathématicien, historien et bibliophile italien ayant enseigné en France où il s'est rendu célèbre pour être l'auteur de vol de manuscrits originaux et de livres rares venant des collections publiques françaises.
Jeunesse Son père, le comte Libri Bagnano, s'était réfugié en France, mais il sera condamné en 1816 par la cour d’assises du Rhône à dix ans de travaux forcés et à la flétrissure, pour faux (en effets de commerce). Il avait encouru, par la suite de son évasion, de nouvelles condamnations le Journal de Lyon et du Département du Rhône N°55 du mercredi 23 juillet 1817 - Cour Royale - Le 19 de ce mois, la Cour Royale de Lyon a entériné les lettres patentes par lesquelles le Roi a commué en réclusion perpétuelle les peines auxquelles George Libry Bagnano avait été condamné par arrêt de la cour d'assises du Rhône du 23 mai 1816, et par un autre arrêt de la cour prévôtale du 3 mai 1817. George Libry Bagnano avait été condamné par l'arrêt de la cour d'assises du 23 mai 1816, à dix ans de travaux forcés et à la flétrissure, pour crime de faux; et par l'arrêt de la cour prévôtale du 3 mai 1817, aux travaux forcés à perpétuité et à la flétrissure, pour récidive en crime de faux., avant de devenir en Belgique, l’agent secret du roi des Pays-Bas , de 1826 à 1830.
Aristocrate florentin titré comte, comme son père, Guillaume Libri fréquente la faculté de droit de Pise à partir de 1816, et devient docteur en droit en 1820, mais se tourne rapidement vers les mathématiques. Il se fait remarquer dès ce moment par Charles Babbage, Augustin-Louis Cauchy et Carl Friedrich Gauss, par la publication d'une « Théorie des nombres », puis en 1823, par la publication d'un « Mémoire sur divers points d’analyse ». À ans, il est déjà professeur de physique mathématique à l'université de Pise. Il délaisse l'enseignement, et part l'année suivante en année sabbatique pour Paris, où il fréquente quelques-unes des sommités mathématiques du moment. De retour en Italie, il est compromis avec les Carbonari de Toscane, et doit s'exiler en France, où il est naturalisé français le .
Le contexte français Son nom aristocratique et sa fortune lui ouvrent bien des portes. Mathématicien, il est élu correspondant de l'Académie des sciences, le , (section de géométrie), puis élu membre de l'Académie, le , (section de géométrie).. Son amitié avec l'astronome et physicien François Arago, (secrétaire de l'Académie des sciences), lui permet d'obtenir certains postes prestigieux. En décembre 1834, après la mort de Legendre, il est nommé professeur-adjoint à la Faculté des sciences de Paris, responsable d'un cours de calcul des probabilités. Sa relation avec Arago tourne cependant au vinaigre en 1835. Ils deviennent des ennemis jurés et certaines réunions à l'Académie deviennent alors houleuses. Grâce à son amitié avec Guizot, il devient, en 1838, membre du bureau du Journal des savants. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1838Les professeurs des facultés des lettres et sciences, en France au (1808-1880) : Guillaume Libri, sur le site facultes19.ish-lyon.cnrs.fr, consulté le 13 mars 2015.
À la Faculté des sciences de Paris, il devient professeur titulaire de chaire en 1839. Il entre en 1843 au Collège de France comme titulaire de la chaire de mathématiques, évinçant Augustin Louis Cauchy et Jean-Marie Duhamel. Entre 1838 et 1841, il publie une « Histoire des sciences mathématiques en Italie de la Renaissance au », avec pour sources originales quelque manuscrites, lettres et livres de Galilée, Fermat et Descartes, qu'il dit avoir acquises au gré de ventes publiques. Il s'avérera plus tard que ces documents ont été dérobés à la bibliothèque Laurentienne. Bibliomane, il possédait également le livre d'heures de Laurent le Magnifique.
Il se querelle à l'Académie des sciences, en 1843, avec son confrère mathématicien Joseph LiouvilleJoseph Liouville fut le premier à reconnaitre l'importance des travaux d'Évariste Galois, et cette controverse s'inscrivait alors, dans un contexte plus large de redéfinition de l’algèbre, à propos des travaux mathématiques inédits d'Évariste Galois...
La patrie d'adoption de Libri ouvre de nouveaux horizons à sa passion de bibliophile. Les préfectures des départements avaient hérité, sur ordre du Comité de salut public, des livres confisqués chez les aristocrates et les dignitaires de l'Ancien Régime, livres qui n'avaient pas été détruits lors des pillages de la Révolution française. Ces bibliothèques, mal connues, confiées depuis 1804 à la gestion des villes, disposaient rarement en 1840 d'inventaires complets ou d'un conservateur attitré. Elles étaient souvent peu ouvertes et réservées à un public restreint de notables, de « sociétés de savants » ou de personnes recommandées (souvent des étrangers)Voir le chapitre consacré à Libri par Alberto Manguel dans « Histoire de la Lecture », Arles, Actes Sud, 1998..
Travaux mathématiques thumb|Histoire des sciences mathématiques en Italie, 1838 Libri fit publier à ses frais, six mémoires de mathématiques en 1829 à Florence en un très petit nombre d'exemplairesMémoires de Mathématique et de Physique, par Guillaume Libri, sur le site books.google.fr, consulté le 13 mars 2015. Ces exemplaires difficilement trouvables furent par la suite réédités par le mathématicien allemand August Leopold Crelle, éditeur et fondateur du Journal für die reine und angewandte Mathematik, en différents volumes. En 1835, Crelle fit publier un volume compilant dix mémoires de Libri : les six mémoires qu'il avait précédemment publiés dans son journal, auxquels s'ajoutent quatre inédits que Libri lui fournit.
Ces mémoires portent les titres suivants : Mémoire sur quelques formules générales d'analyse. Mémoire sur la théorie de la chaleur Mémoire sur les fonctions discontinues Mémoire sur la théorie des nombres Mémoire sur la résolution de quelques équations indéterminées Mémoire sur la résolution des équations indéterminées à l'aide des séries Mémoire sur la résolution des équations algébriques dont les racines ont entre elles un rapport donné, et sur l'intégration des équations différentielles linéaires dont les intégrales particulières peuvent s'exprimer les unes par les autres (1830) Mémoire sur les fonctions discontinues (1832) Mémoire sur les intégrales définies aux différences finies (1833) Mémoire sur l'intégration des équations linéaires aux différences de tous les ordres (1833)
Entre 1838 et 1841, Guillaume Libri publia quatre volumes intitulés Histoire des sciences mathématiques en Italie, depuis la renaissance des lettres jusqu'à la fin du dix-septième siècle et qui lui valent d'être encore connu pour autre chose que ses vols : Tome 1 Texte en ligneTome 2 Texte en ligneTome 3 Texte en ligneTome 4 Texte en ligne.
Il traitera en particulier des travaux sur les nombres du mathématicien italien Léonard de Pise (« Leonardo Pisano »), plus connu sous le nom de Leonardo Fibonacci. Il n'a jamais porté ce nom, qui lui a été attribué de manière posthume par Libri. La Suite de Fibonacci s'exprime ainsi : tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents, par exemple : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34 etc. Dans la suite (infinie) de Fibonacci, on peut déduire les nombres, par la règle de construction, par propagation, sans avoir besoin de les mémoriser (exemple de processus récursif)Jean-Pierre Escofier - Toute l'algèbre de la Licence, sur le site books.google.fr, consulté le 14 mars 2015.
Vol de livres En 1841, Libri, connu pour son érudition et sa connaissance de l'histoire des livres, parvient à se faire nommer secrétaire de la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Abusant de ses fonctions et feignant une mauvaise santé (toussotant, vêtu d'une grande cape par tous les temps, il exigeait de se retrouver seul dans les archives des bibliothèques), il parcourt le pays et, un « emprunt » en entraînant un autre, il complète petit à petit sa collection de livres rares et d'autographes. Grâce à la confiance aveugle du chanoine Hyacinthe Olivier-Vitalis, il s'empare à la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras de nombreux documents tels que les « Œuvres de Théocrite et d'Hésiode » (Venise, Alde, 1495), 72 des 75 lettres de Descartes au Père Mersenne (entre 1837 et 1847). Il n'hésitait pas parfois à mutiler certains manuscrits : cinq volumes du fonds Peiresc et au moins deux mille feuillets disparurent ainsi. La Bibliothèque Royale n'est pas épargnée, ni celle de L'Arsenal.
La chute Les déclarations de vols (dès 1842) n'attirent l'attention des autorités qu'au bout de plusieurs années. En 1846, deux dénonciations (anonymes et sous le pseudonyme d'Henri de Baisne) parviennent au procureur du roi, concernant en particulier les vols de livres à la bibliothèque Inguimbertine de CarpentrasCarpentras - L'Inguimbertine à l'Hôtel-Dieu, sur le site livre-paca.org, consulté le 20 mars 2015. Un rapport secret fut rédigé en 1847 par Félix Boucly, procureur du roi, et déposé sur le bureau du ministre des Affaires étrangères, François Guizot : on estimait alors à la valeur des objets soustraits par Libri depuis 1842. Mais Guizot avait affaires plus pressantes à gérer : la révolution grondait, laquelle en éclatant priva Libri de tous ses appuis. Le le procureur général, résuma les griefs contre Libri, dans un long rapport adressé au garde des Sceaux, Michel Hébert. Le gouvernement arrêta le document et il fallut, pour qu’il vît le jour, attendre la chute de la monarchie de Juillet le .
Peu de temps après, Libri est informé par un rédacteur du journal Le National, qu'un mandat d'arrêt à son encontre est sur le point d'être délivré sur des soupçons de vol de livres précieux, en lui faisant passer un billet portant ces simples mots : « Vous ignorez sans doute la découverte qui a été faite du rapport judiciaire concernant vos inspections dans les bibliothèques publiques. Croyez-moi, épargnez à la société nouvelle des réactions qui lui répugnent. Ne venez plus à l’Institut. ».
Libri n'a pas attendu d'être arrêté, il s'enfuit à Londres, le , avec la complicité de son collègue de la commission des Monuments historiques, Prosper Mérimée. Avant de fuir la France, il s'est cependant arrangé pour que de ses livres et manuscrits contenus dans malles lui soient envoyés en Angleterre. Six seulement de ces malles seront confisquées par la douane. Il obtient à Londres, sous prétexte d'être un réfugié politique de la Révolution française, la protection d'un compatriote italien, Antonio Panizzi, directeur de la Bibliothèque du British Museum (Libri obtiendra la nationalité anglaise à la fin de sa vie).
Le scandale éclate finalement sous la Deuxième République, quand le rapport Boucly est publié dans Le Moniteur du : une enquête minutieuse est alors diligentée. Lors d'une perquisition effectuée le , dans son logement à la Sorbonne, on retrouve quelques liasses, restituées ultérieurement à la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras, une partie de la correspondance de l'astronome polonais Johannes Hevelius, soustraite par Libri à la bibliothèque de l'ObservatoireChantal Grell & Patricia Radelet de Grave : Un projet : L'édition de la correspondance d'Hevelius (1611 -1687), sur le site aihs-iahs.org, consulté le 13 mars 2015. Les documents retrouvés par les enquêteurs ont fait l'objet d'une étude approfondie pendant 3 ans par les chartistes Henri Léonard Bordier, Ludovic Lalanne et Félix BourquelotBNF - Archives et Manuscrits : Correspondance et papiers divers de Guillaume Libri, saisis à son domicile, sur le site archivesetmanuscrits.bnf.fr, consulté le 10 mars 2015.