Rudolf Berthold (né le à Maroldsweisach et mort le à Harbourg) est un as de l'aviation allemande de la Première Guerre mondiale. De à , il abat ennemis, dont 16 avec une seule main valide. La persévérance de Berthold, sa bravoure et sa volonté de retourner inlassablement au combat malgré ses multiples blessures ont fait de lui l'un des pilotes allemands les plus célèbres de la Première Guerre mondiale.

Berthold entre dans l'armée impériale allemande en et paie ses propres leçons de pilotage, obtenant son brevet en . Il est l'un des aviateurs pionniers de la Première Guerre mondiale, effectuant des missions de reconnaissance cruciales pendant l'invasion de la France en 1914. Ses observations influencent notamment les dispositions des troupes allemandes lors de la première bataille de l'Aisne. En 1915, il devient l'un des premiers as de l'aviation de l'histoire. Il prend le commandement de l'une des premières unités de chasseurs en août 1916, période durant laquelle il remporte cinq victoires avant d'être gravement blessé lors d'un accident. Il est alors hospitalisé pendant quatre mois et subit de lourds traitements aux stupéfiants. À sa sortie de l'hôpital, il reprend immédiatement le service actif et commande successivement deux des premières unités de chasse allemandes, alors qu'il ne s'est pas encore entièrement remis de ses blessures. Lorsqu'il est de nouveau blessé le , il a douze victoires à son actif, pour lesquelles il est décoré de la plus haute distinction allemande, la croix Pour le Mérite. Le , il se soustrait une fois de plus aux soins médicaux afin de pouvoir retourner au combat.

Au cours des semaines suivantes, il remporte seize autres victoires avant d'être estropié par une balle britannique le . Alors qu'il risque d'être amputé d'un bras, Berthold est sauvé par sa sœur Franziska, qui a les relations nécessaires pour le faire soigner par un spécialiste. Alité jusqu'en , Berthold reprend du service pour commander l'une des premières escadres de chasse du monde, le Jagdgeschwader II. Le , il recommence à se battre, et, bien que pilotant d'une seule main et sous l'influence de stupéfiants, il abat quatorze avions ennemis supplémentaires jusqu'au . Le , il abat ses deux dernières victimes avant d'être lui-même abattu. Après deux jours à l'hôpital, il s'enfuit une nouvelle fois pour retourner au combat. C'est seulement parce qu'il en reçoit l'ordre du Kaiser en personne qu'il accepte de rester en convalescence, situation dans laquelle il demeure jusqu'à la fin de la guerre.

Dans l'Allemagne d'après-guerre, Rudolf Berthold organise et commande un Freikorps avec lequel il prend part à l'écrasement de la République des conseils de Bavière et aux combats contre les Bolcheviks en Lettonie. De retour en Allemagne et toujours à la tête de son corps franc, l'ancien as est lynché et exécuté le à Harbourg en marge du putsch de Kapp, auquel il participe.

Jeunesse

Enfance et éducation alt=Photographie d'une femme de face, en robe, les cheveux tirés, assise et penchée vers la droite, les mains croisées sur les genoux.|vignette|upright|Helene Stief Berthold, la mère de Rudolf Berthold, à la fin de sa vie. Oskar Gustav Rudolf Berthold naît le , à Ditterswind, dans le royaume de Bavière. Il est le sixième enfant de l' (chef forestier) Oskar Berthold. Le jeune enfant, familièrement appelé Rudolf, est le premier né d'Helene Stief Berthold, la seconde épouse d'Oskar. La première épouse d'Oskar, Ida Anne Hoffmann Berthold, morte en couches, avait laissé derrière elle une fille et trois fils. Rudolf a eu en plus trois frères cadets, dont deux seulement ont atteint l'âge adulte.

Le père de Rudolf est employé par un noble local, Oskar Freiherr von Deuster, dont le parc sert à l'enfant de terrain de jeux. Au début du mois de , Rudolf commence sa scolarité, qui se poursuit dans la ville voisine de Bamberg à partir de ses . Il adopte dès ses jeunes années une devise tirée des textes du poète latin Horace : (Dulce et decorum est, pro patria mori). Rudolf entre au (école secondaire royale des sciences humaines) de Schweinfurt, en classe de sixième. Fin , il est transféré à l' pour mieux se préparer au service militaire. Il en sort diplômé le , avec la réputation d'être intrépide, joyeux et studieux.

Engagement dans l'armée allemande La carrière militaire de Berthold commence lorsqu'il rejoint le à Wittemberg. Il suit une formation d'un an et demi en tant que Fähnrich (élève officier) avant d'être promu Leutnant.

Le , l'Armée impériale allemande se dote officiellement d'une composante aérienne. Berthold apprend à voler à ses propres frais en 1913 et obtient son brevet de pilote en septembre. Il s'entraîne à la Halberstädter Flugzeugwerke (usine d'aviation de Halberstadt) sur des appareils Bristol à double commande : parmi ses camarades de formation, Berthold côtoie le futur as Oswald Boelcke. Après avoir informé sa famille qu'il a obtenu une dans une école de pilotage, Berthold suit une formation de pilotage militaire au cours du mois de juillet 1914.

Première Guerre Mondiale

Pilote de reconnaissance upright|alt=Photographie noir et blanc montrant le père de Rudolf Berthold est assis dans un fauteuil, tandis que son fils, en uniforme, est assis sur l'accoudoir droit. |vignette|Rudolf Berthold et son père en 1914. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale perturbe la progression du jeune aviateur. Le , Berthold est rappelé de sa formation pour rejoindre son régiment d'infanterie. Après une quinzaine de jours de remise à niveau, il est renvoyé à son entraînement de pilote, qu'il doit reprendre à zéro. Ce n'est finalement que le qu'il est officiellement transféré dans la Lufstreitkräfte. Son cours de remise à niveau d'infanterie ayant interrompu sa formation de pilote, il doit se contenter d'un poste d'observateur aérien. Le , il est affecté à la base aérienne de Großenhain.

Le , Berthold est affecté au (FFA 23), qui soutient la armée allemande. Le , le FFA 23 campe à Monschau, près de la frontière belge. Le , Berthold est choisi pour effectuer la première mission de reconnaissance de son unité. Deux jours plus tard, au cours d'une autre mission, son pilote se perd et les deux hommes doivent atterrir dans la zone du front pour pouvoir s'orienter. Ils sont repérés par des cavaliers français mais réussissent à récupérer leur biplan DFW pour s'enfuir. Dans son journal, Berthold note sa décision d'achever sa formation de pilote.

Berthold est également l'observateur des vols des et , lors desquels il voit des troupes françaises battant en retraite. Plus tard dans le mois, après la bataille de la Marne, il parvient à identifier des mouvements des troupes françaises et britanniques entre les et armées allemandes, préludes à une contre-offensive. L'incrédulité des officiers d'état-major conduit Berthold à informer personnellement le Generaloberst Karl von Bülow de la situation. Ce dernier déplace ses troupes sur un terrain plus élevé et engage la première bataille de l'Aisne. Le général Bülow décerne personnellement la Croix de fer de deuxième classe à Rudolf le .

Le , Rudolf est décoré de la croix de Fer de première classe par le général Bülow, peu de temps après l'enraiement de la contre-offensive alliée, permis par les observations de l'aviateur. Le temps hivernal de novembre limitant les missions aériennes, Berthold s'arrange pour poursuivre sa formation de pilote dans un parc d'aviation non loin de son unité. Il se lie d'amitié avec un camarade de formation, Hans-Joachim Buddecke.upright|alt=Josef Grüner, ami de Rudolf Berthold, debout, en uniforme, les mains dans les poches. L'arrière-plan est une forêt|gauche|vignette|Josef Grüner. Rudolf Berthold obtient finalement son brevet de pilote le et organise dans la foulée le transfert de Buddecke dans le FFA 23. Berthold se voit également attribuer un observateur, le Josef Grüner (avec qui il devient rapidement ami), pour effectuer des sorties de reconnaissance. En juin, les Allemands dotent leurs unités aériennes de mitrailleuses, ce qui permet le début de véritables combats aériens entre les belligérants, tandis que Rudolf est immobilisé pendant une quinzaine de jours pour cause de dysenterie. Le FFA 23 est rééquipé de bombardiers AEG G.II en août. Ce bimoteur géant est armé de deux mitrailleuses pivotantes et manœuvré par un pilote et deux artilleurs.. Dans le même temps, l'unité reçoit également son premier chasseur monoplace équipé d'un canon à tir synchronisé, un Fokker Eindekker.

Berthold sait qu'il peut traverser les lignes à la recherche d'adversaires avec l'AEG G.II, tandis que l'Eindekker se limite aux patrouilles derrière les lignes. Il choisit donc le commandement d'un gros bombardier, tandis que son ami Buddecke passe sur Eindekker. Cette décision permet à Buddecke de faire partie de la première vague d'as allemands, avec Oswald Boelcke, Max Immelmann et Kurt Wintgens. Dans le même temps, Berthold rencontre moins de succès, puisqu'il endommage son G.II lors d'un accident à l'atterrissage le , et doit revenir au pilotage d'un vieux biplace.

Peu de temps après, il retourne en Allemagne pour prendre un G.II de remplacement, qu'il utilise comme avion de combat pour des missions de défense aérienne et de bombardement. Le , l'une de ces missions s'avère fatale : un artilleur britannique volant sur un Vickers F.B.5 blesse mortellement Josef Grüner. Berthold, déprimé par la mort de son ami, est envoyé en permission en Allemagne. Début décembre, Buddecke est détaché auprès de l'Armée de l'air turque et Berthold hérite de son Eindekker. Devenu pilote de chasse, il accompagne Ernst von Althaus lors de ses sorties des 5 et .

upright|alt=Rudolf Berthold, de face, en uniforme, avec une casquette et des lunettes d'aviateur sur la tête.|vignette|Carte postale à l'effigie de Rudolf Berthold, publiée au début de l'année 1916, qui contribua à le faire connaître. Il y apparaît avec son badge d'observateur et ses Croix de Fer de et classes. Les Allemands sont les premiers à utiliser des avions équipés de mitrailleuses à tir synchronisé, capables de tirer entre les pales de l'hélice. La Luftstreitkräfte regroupe donc au début de 1916 les chasseurs dotés de cette nouvelle technologie en petites unités, baptisées (détachement de chasseurs monoplaces), chargées de protéger les avions de reconnaissance et de bombardement. Le , le (KEK Vaux) est formé au sein de la FFA 23 à partir des quelques avions de chasse qui y sont intégrés et placé sous le commandement de Berthold, qui dispose de pilotes comme Ernst von Althaus. Parallèlement, les Britanniques créent des unités similaires au sein du Royal Flying Corps.

Le , Berthold et Althaus abattent chacun un Voisin LA français.. Après cette première victoire aérienne, Berthold en remporte une autre trois jours plus tard. Puis, le , il est lui-même abattu, après que son réservoir de carburant a été percé. Il s'en sort avec une blessure légère à la main gauche. Ces hauts faits lui valent l'un des douze ordres du Mérite Militaire décernés à des aviateurs pendant la guerre.

Berthold alterne les missions de bombardements dont il avait l'habitude en 1915 et les missions de patrouille qui lui sont désormais dévolues en tant que commandant du KEK Vaux. Après avoir remporté une nouvelle victoire, il se voit décerner la Croix de Chevalier de l'ordre militaire de Saint-Henri le . alt=Photo noir et blanc d'une carcasse d'avion|gauche|vignette|Carcasse du Pfalz E.IV de Rudolf Berthold, crashé le 25 avril 1916.

Le , Berthold fait un atterrissage d'urgence après que des balles ennemies ont endommagé le moteur de son Fokker. Il redécolle immédiatement dans un Pfalz E.IV, une copie du Morane-Saunier Type H français. Berthold raconte la suite dans son journal : alt=Rudolf Berthold lors de sa convalescence. Assis dans un fauteuil avec une jambe dans le plâtre, il est entouré d'officiers|vignette|Rudolf Berthold lors de sa convalescence.