La Cinémathèque québécoise est une cinémathèque dont le mandat est « de conserver, documenter et mettre en valeur le patrimoine cinématographique et télévisuel national et internationalCinémathèque québécoise, « La Cinémathèque. Bonjour », dans Cinémathèque québécoise, 2002, consulté le 31 décembre 2009 ». Elle est membre de la Fédération internationale des archives du film (FIAF) depuis 1966.
Historique
Genèse La Cinémathèque québécoise naît de deux initiatives montréalaises, s’inscrivant dans un contexte international opposant depuis 1960 la FIAF à la Cinémathèque française et son fondateur Henri Langlois.
Tout d’abord Guy L. Coté, scénariste-réalisateur à l’Office national du film (ONF), co-fonde en 1954 la Fédération canadienne des ciné-clubs (FCCC) avec Dorothy Burritt, présidente de la Toronto Film Society. Il commence à s’impliquer de manière informelle au sein de l’Institut Canadien du Film (ICF) dans le but de constituer des archives du film. et propose la même année un mémoire au gouvernement canadien dans lequel il suggère la création d’une cinémathèque – ce qui incitera en 1964 la création d’une section archive au sein de l’ICF. Entretenant des relations avec d'autres archives de film (notamment anglophones) et la FIAF, Guy L. Coté est élu en membre du premier Comité directeur du Bureau International de la Recherche Historique Cinématographique (BIRHC).
En , dans le cadre de la commission Parent, portant sur l’éducation au Québec, Guy L. Coté forme le « Comité des ciné-clubs » avec neuf autres personnes du milieu du cinéma : Avram Gavraise, Jean-Claude Pilon, Michel Patenaude, Jean Pierre Lefebvre, Duncan Shaddick, Talbot Johnson, John Rolland, Roland Brunet, Renée Coté. L’objectif de ce comité, qui deviendra rapidement le « Comité des 120 films », est de produire un document contre la censure et de réfléchir à l'éducation au cinéma et à la diffusion de la culture cinématographique. Le groupe intervient devant la commission Parent et soumet au Procureur général du Québec un mémoire qui souligne en particulier l’importance d’enseigner le cinéma aux élèves dès le primaire, et donc la nécessité pour les enseignants d’avoir accès à des films permettant de rendre compte de l’histoire et de l’esthétique cinématographique. L’ICF, alors membre provisoire de la FIAF depuis 1958, approuve le projet et se dit prêt à collaborer, mais souhaite que cela se fasse en relation avec la FIAF et de manière dissociée de la cinémathèque française.
Durant la même période Serge Losique, professeur de littérature à l’Université de Montréal, correspond régulièrement avec Henri Langlois, qu’il a connu à Paris durant ses études, et souhaite créer une cinémathèque sur le modèle français. En 1962, il devient professeur à l’Université Concordia en histoire et esthétique du cinéma et y rencontre Jean Antonin Billard, un chargé de cours français arrivé à Montréal à la fin des années 1950, responsable du ciné-club du Centre d’art de l’Élysée depuis 1960 et connaissant bien également Henri Langlois. Les deux s’allient pour esquisser le projet d’une cinémathèque, fortement soutenus par Langlois.
Fondation et débuts (1963-1965) Ces initiatives vont mener à la création, en l’espace de quelques mois, de deux organismes concurrents aux visions différentes, qui fusionneront en .
À l’automne 1962, Serge Losique, appuyé par Jean Antonin Billard, Arthur Lamothe, Guy Joussemet, Pierre Castonguay et Victor Désy, créé « La cinémathèque canadienne – le musée canadien du cinéma », dont les statuts deviennent officiels en . Se considérant comme le représentant d’Henri Langlois, il conçoit cet organisme comme la section canadienne de la cinémathèque française et tente d’obtenir l’aide du gouvernement québécois, en vain. Il bénéficie des copies de films fournies par Langlois pour ses projections, et constitue une collection d’archives pour les besoins de l’organisme.
De son côté, le « Comité des 120 films » élit son conseil de direction le : celui-ci comprend Guy L. Coté comme président, Michel Patenaude en tant que secrétaire, Avram Garnaise comme trésorier, les sept autres membres du groupe ainsi que Roy Little, directeur général de l’ICF. Le , le comité abandonne l’idée initiale d’établir une liste de 120 films majeurs de l’histoire du cinéma pour élargir sa mission et ses activités. Il se renomme alors « Connaissance du cinéma » et se constitue en association à but non lucratif dont les statuts deviennent officiels le . Ses objectifs sont de projeter des films et de promouvoir la culture cinématographique dans un but pédagogique, historique et artistique, mais également désormais de créer des archives de cinéma, d’acquérir et de conserver des films et la documentation s’y rattachant. En , Guy Joussemet les rejoint tandis que John Rolland démissionne.
L’organisme fait d’abord venir des copies de films de l’ICF pour les présenter dans des ciné-clubs, à l’ONF, à l’Université de Montréal ou autres institutions montréalaises. Il tente ensuite d’obtenir des copies des autres centres d’archives de films étrangers, pour se rendre rapidement compte que les conflits entre la FIAF et les institutions soutenant la Cinémathèque française rendent la tâche difficile. Connaissance du Cinéma fait alors dès 1963 une demande d’adhésion à la FIAF, pour y être reconnue officiellement comme une archive de films, mais son admission sera reportée à la suite de confusions de la FIAF entre Connaissance du Cinéma et l’ICF.
Si Serge Losique semble vouloir collaborer avec Connaissance du Cinéma au cours de l’année 1963, ce n’est pas réciproque en raison notamment des différends entre Langlois et la FIAF qui risquent de compromettre les relations des deux institutions montréalaises avec celles des autres pays. Cependant, l’organisation d’une rétrospective consacrée à Jean Renoir va obliger les deux parties à négocier ensemble avec Langlois. Première manifestation organisée par Connaissance du Cinéma, cette rétrospective se tient du 18 au et est mise en place en collaboration avec Unifrance Film et la Cinémathèque française, qui prête ses copies pour l’occasion. Guy L. Coté y invite Langlois, qui une fois sur place convainc la Cinémathèque canadienne et Connaissance du cinéma de se rassembler en une seule institution. C’est ainsi que les deux associations fusionnent dès .
Bien que le nom « Connaissance du Cinéma » cède sa place à « Cinémathèque canadienne » officiellement le , la structure administrative reste celle fondée par Guy-L. Coté. Celui-ci continue d’en être le président de même que Michel Patenaude et Avram Garmaise restent respectivement secrétaire et trésorier, même si Serge Losique, Jean-Antonin Billard et Arthur Lamothe intègrent le comité directeur. Les conflits entre Langlois et la FIAF se reflètent au sein de la nouvelle équipe. Souhaitant toujours être membre de la fédération, Guy L. Coté entre discrètement en contact avec elle et accepte en que la candidature de la cinémathèque canadienne y soit maintenue, ce qui représente pour Losique et Billard une trahison envers Langlois.
Devenant à la fois membre provisoire de la FIAF en et adhérent à l’Union mondiale des musées de cinéma, dont le vice-président est Henri Langlois, la Cinémathèque canadienne choisit de rester neutre face au procès que vient tout juste d’intenter la FIAF contre Langlois. Elle décide en août de ne plus communiquer avec la FIAF, la Cinémathèque française ou toute autre archive étrangère durant quelques mois, le temps de clarifier sa position. L’annulation de cette résolution le , à la suite du vote du comité directeur, provoque les démissions de Billard et Losique le mois suivant. Leur loyauté envers la cinémathèque française, leur vision d’une cinémathèque publique plutôt que non privée, nationaliste plutôt qu'universaliste, les éloigne de la vision de Guy L. Coté. Dès lors la Cinémathèque canadienne décide de se développer aux côtés de la FIAF.
De la Cinémathèque canadienne à la Cinémathèque québécoise (1966-1971) Un premier employé, André Pâquet, est recruté en 1966 dans le but de préparer une rétrospective sur le cinéma canadien.
La cinémathèque canadienne se renomme Cinémathèque québécoise le .
Vers un statut de cinémathèque nationale (1972-1978) Le est signée une entente-cadre avec le gouvernement québécois, qui reconnaît le mandat de l'institution en tant que cinémathèque nationale.
Statut et organisation
Mission La Cinémathèque québécoise est un organisme à but non lucratif consacré au patrimoine cinématographique, télévisuel et audiovisuel québécois, ainsi qu’au cinéma d’animation international.
Pour ces deux champs d’expertises, cette institution se donne pour mission d’acquérir, de documenter, de sauvegarder et de mettre en valeur les œuvres audiovisuelles en elles-mêmes, mais aussi tous les éléments s’y rapportant ou éclairant leurs contextes artistique, esthétique, sociologique, économique et technique (documents de production, scénarios, photographies, articles de presse, documentation scientifique et historique)..
La Cinémathèque québécoise se donne d’autre part pour mandat de collectionner des œuvres significatives du cinéma canadien et mondial afin de les rendre accessibles dans un but culturel et éducatif.
Conseil d'administration La Cinémathèque québécoise est administrée par un conseil d’administration comprenant neuf membres. Cinq d’entre eux sont élus par l’assemblée générale, trois autres sont élus par l’assemblée générale sur recommandation du conseil d’administration, et enfin l’un des membres est nommé par le Gouvernement du Québec après consultation de la Cinémathèque.
Claude Joli-Cœur est l'actuel président depuis 2025. Ses prédécesseurs furent :
1963-1968 : Guy L. Coté 1968-1970 : Guy Joussemet 1970-1971 : Avram Garmaise 1971-1972 : Robert Daudelin 1972-1974 : René Boissay 1974-1976 : John A Verge 1976-1978 : Jean-Claude Labrecque 1978-1980 : Pierre Garneau 1980-1982 : Rock Demers 1982-1983 : Bernard Gosselin 1983-1984 : Marcia Couelle 1984-1985 : André Collette 1985-1986 : Iolande Cadrin-Rossignol 1987-1989 : Robert Favreau 1989-1990 : Bruno Bégin 1990-1992 : Anne Claire Poirier 1992-1995 : Pierre Hébert 1995-1997 : Michel Houle 1997-1999 : Denise Robert 1999-2001 : Jean Beaudry 2001-2003 : Monique Simard 2003-2006 : Kevin Tierney 2006-2008 : Jacques Bensimon 2008-2009 : Suzanne Hénaut 2009-2010 : Robert Roy 2010-2011 : David Reckziegel 2011-2011 : Iolande Cadrin-Rossignol 2012-2013 : Charles David 2013-2017 : Louis-Philippe Rochon 2017-2021 : Christian Pitchen 2021-2025 : Manon Barbeau
Direction générale et directions Marcel Jean est directeur général depuis le .. Ce poste créé en 1968 a été successivement occupé par : 1968-1972 : Françoise Jaubert 1972-1973 : Louise Beaudet. 1973-2002 : Robert Daudelin 2002-2004 : Robert Boivin 2005-2011 : Yolande Racine 2011-2015 : Iolande Cadrin-Rossignol (par intérim)
Les services de la Cinémathèque québécoise sont répartis en quatre directions : La direction de la préservation et du développement des collections acquiert, traite, documente, conserve les collections de la Cinémathèque et en assure les services d’accès au public. La direction de la programmation et de la diffusion est chargée de la mise en valeur du patrimoine, de la programmation de films en salle, de la conception et mise en place des expositions, et des résidences d’artistes. La direction de la commercialisation et des partenariats d’affaires s’occupe des membres, de l’équipe d’accueil, des communications et de la coordination d’événements partenaires. La direction de l’administration et des finances prend en charge la gestion des immeubles, la comptabilité et le département de la technique.
Personnel interne La Cinémathèque compte en 2018 une soixantaine d’employés.
Un syndicat des employés de la Cinémathèque québécoise, affilié à la Fédération nationale des communications et de la culture (CSN), a été créé en 1982.