François-André Danican Philidor, surnommé « le Grand », né le à Dreux et mort le à Londres, est un compositeur et joueur d'échecs français.
Philidor « le Grand » est passé à la postérité pour avoir mené de front avec succès ses deux activités toute sa vie.
Biographie
alt=Maison natale de Philidor|vignette|Maison natale de Philidor dans le parc de la chapelle royale de Dreux.
Fils d'un second lit d'André Danican Philidor dit « l'Aîné », François-André Danican est issu d'une dynastie de musiciens célèbres au , qui portèrent tous le surnom de Philidor, et le frère d'Anne, également musicien.Le plus ancien d'entre eux, Michel, hautboïste virtuose, avait enthousiasmé Louis XIII qui, en l’entendant, s’était exclamé : . Toujours prêts à renchérir encore sur les éloges du souverain, les courtisans n’appelèrent plus Danican que Philidor..
Il épouse le en l'église Saint-Sulpice de Paris Elisabeth Richer (Riché), née à Versailles en 1741 d'une famille de musiciens (François Joseph Riché 1714-1757, musicien compositeur du duc de Chartres, et Marie Elisabeth Leroy). Cantatrice et claveciniste, son épouse s'est notamment distinguée par ses interprétations du Concert spirituel.
Les époux habitent successivement rue de Cléry, rue Montmartre (au coin de la rue des Jeûneurs), et, en 1783, rue de La Michodière, à l'angle de la rue Neuve-Saint-AugustinPhilidor et sa famille, étude de M. Rondier, publiée dans le journal L'Action républicaine, à compter du 16 septembre 1959..
Vivant des pensions du roi et partisan d'une monarchie constitutionnelle, il s'exile en Angleterre en 1792. Il est inscrit sur la liste des suspects et, malgré les efforts de sa femme et de son fils aîné, restés en France, un passeport pour rentrer lui est refusé après Thermidor. Il meurt le à son domicile londonien et est inhumé à l'église Saint-James de Piccadilly.. Son épouse meurt le , à Paris, au 139 rue Montmartre dans le quartier du Contrat social.
Musicien
À dix ans, Philidor est page à la Chapelle royale de Versailles où il est l'élève d'André Campra. Il compose son premier motet à l'âge de douze ans. À quatorze ans, il donne des leçons de musique à Paris et exerce le métier de copiste. Il rencontre Jean-Philippe Rameau pour lequel il a une grande admiration. Mais ce dernier lui reproche de dévoyer la musique française avec des formes italiennes. De son côté, Jean-Jacques Rousseau apprécie sa collaboration pour parachever les Muses galantes. À dix-huit ans, il a des démêlés avec la police pour des propos audacieux sur la liberté d'expression. Il est même incarcéré pendant deux semaines.
Échaudé, il accompagne une troupe de musiciens avec Francesco Geminiani et Lanza en Hollande, puis se rend à Londres (1745) où il se lie avec le comte de Brühl, ministre de Saxe à Londres, qui deviendra, avec Diderot, son ami le plus fidèle. Haendel se montre plus favorable à sa musique que Rameau. C'est à Londres qu'il est initié franc-maçon, il sera membre de la « Société Olympique » à Paris en 1786Le cosmopolitisme musical à Paris à la fin du par Pierre-François Pinaud chroniques d'histoire maçonnique .. Rentré en France en 1754, il ne peut pas obtenir le poste vacant à la Chapelle de Versailles.
Ses œuvres sacrées, teintées d'italianisme, sont fraîchement accueillies par le public français. Il se résout à diriger sa carrière vers les voies de la musique dramatique et devient l'un des créateurs de l'opéra-comique français. Il y fait preuve de réelles qualités musicales : écriture orchestrale soignée, souvent descriptive ; écriture vocale aisée et témoignant d'une verve légère, parodique, pouvant s'élever jusqu'à une expression déjà dramatique ; les chœurs sont abondants dans une écriture audacieuse. Ses nombreux opéras-comiques montrent de l'inventivité, et le premier d'entre eux, Blaise le Savetier, créé à l’Opéra-Comique de la Foire le , est un éclatant succès. L'opéra Ernelinde est son chef-d'œuvre et lui permet d'obtenir une pension de Louis XV.
Il a également composé de la musique de chambre, un oratorio, Carmen seculare et un Te Deum, qui fut exécuté lors des funérailles de Rameau.
Champion d'échecs Carrière vignette|redresse=1.4|François-André Danican Philidor jouant en aveugle au Parsloe’s Chess Club de Londres, vers 1780.
Aujourd'hui, le nom de Philidor reste davantage associé au jeu d'échecs. Très jeune, il fréquente le Café de la Régence où il rencontre Jean-Jacques Rousseau. Dans Le Neveu de Rameau, Denis Diderot donne une description de ce café : .
Philidor montre une grande maîtrise dans la pratique (démonstration de jeu à l'aveugle) et se montre très en avance sur la théorisation du jeu. Il surclasse rapidement Legal, meilleur joueur du café de la Régence.
À Londres, il dispute un match en 1747 contre le Syrien Philippe Stamma fixé à Londres depuis 1742. Il le bat 8 à 2 et il est dès lors considéré comme le plus fort joueur du monde.
En 1771, il retourne à Londres, où il séjourne jusqu’en 1773. Il y fréquente le St. James Chess Club, gagnant sa vie en faisant des parties d'exhibition.
En 1783, il bat le fameux Turc mécaniqueD'après ...
L'analyse du jeu des Échecs vignette|gauche|redresse=.6|L'édition originale de L'Analyse.
En 1749, Philidor publie « L'Analyze des Échecs » à l'âge de , un des premiers traités d'échecs en langue française et un classique du genre. L'ouvrage sera édité une centaine de fois et traduit rapidement dans de nombreuses langues : anglais (Analysis of the Game of Chess, 1790), allemand, espagnol (Análisis del juego de ajedrez, 1827), russe, yiddish
Cet ouvrage est le seul témoignage des conceptions échiquéennes de Philidor, les parties qu'il a jouées à l'apogée de sa carrière n'ont pas été conservées.. Ne rencontrant jamais d'adversaires de son niveau, il pouvait battre les plus forts joueurs de son temps avec un handicap d'un pion et du traitJuraj Nikolac, L'héritage de Philidor, Montpellier, Olibris, 2006..
Le terme d'« analyse » marque d'entrée la rupture avec les conceptions antérieures. Alors que le jeu reposait essentiellement sur des qualités d'intuition et d'imagination, Philidor l'élève au statut de science et constitue un système rationnel dont il fournit le premier les lois essentielles. Il insiste sur l'importance des pions, et notamment des chaînes de pions. Richard Réti qualifie Philidor de Richard Réti, Les idées modernes aux échecs, Paris, Éditions Payot et Rivages, 1997 (première édition Vienne 1922), , note de bas de page..
On lui doit aussi la fameuse maxime et la « position de Philidor », très importante pour la fin de partie Tour et pion contre Tour.
Son analyse de la fin de partie Tour et Fou contre Tour fait encore autorité. Dans son ouvrage L'Analyse du Jeu des échecs, il étudie l'ouverture qui porte son nom (la défense Philidor) : 1. e4 e5 2. Cf3 d6.
Philidor et la théorie des ouvertures
L’Analyze des échecs n'est pas un livre étudiant les ouvertures. Contrairement à ses prédécesseurs italiens et à ses contemporains de l'École de Modène, qui cherchaient à obtenir un gain rapide en comptant sur une erreur de l'adversaire dans les complexités de la partie italienne et du gambit du roi, Philidor cherche à établir des règles générales sur la conduite d'une partie d'échecs :
Cependant, Philidor expose dans son livre des parties complètes. Les ouvertures de ces parties sont choisies pour illustrer ses conceptions stratégiques. Dans le Jeu ouvert il préfère à la sortie du Cavalier du Roi le début du fou, car .. Après 1. e4 e5 2. Cf3, au lieu de 2... Cc6 qui était considéré comme le meilleur coup depuis Damiano, il préconise 2... d6, la défense Philidor, qui est selon lui la réfutation de 2. Cf3 : Philidor, L'Analyse des échecs : contenant une nouvelle méthode pour apprendre en peu de temps à se perfectionner dans ce noble jeu, Londres, 1749, .. L'idée de Philidor était d'attaquer ensuite le pion e4 en jouant 3... f5, quel que soit le troisième coup des Blancs. Mais seule la variante 1. e4 e5 2. Cf3 d6 3. d4 f5 porte aujourd'hui le nom de « gambit Philidor », et elle est réfutéeReuben Fine dans Les idées cachées dans les ouvertures d'échecs (Éditions Payot, 1999 (première édition 1943), ) indique comme réfutation 4. Cc3! Cf6 5. dxe5 Cxe4 6. Cxe4 fxe4 7. Cg5 d5 8. e6 Fc5 9. Cxe4!., alors que contre les autres coups blancs que 3. d4, 3... f5 reste jouable selon Reuben FineLes idées cachées dans les ouvertures d'échecs, ..
Dans L'analyse des échecs, sont aussi présentées d'autres ouvertures, plusieurs variantes du gambit du roi, dont une défense moderne (3... d5) que Philidor considère comme fausse, une défense sicilienne et un gambit dame, qu'il dit avoir le premier étudié sérieusement : Philidor, L'Analyse des échecs : contenant une nouvelle méthode pour apprendre en peu de temps à se perfectionner dans ce noble jeu, Londres, 1749, préface p. XXI..
Cependant les variantes données dans L'analyse ne sont plus jouées au haut niveau, et ont été la plupart du temps réfutées par les progrès de la théorie des ouvertures dès l'époque de la Pléiade berlinoise.
Dans le Début du fou, les coups 1. e4 e5 2. Fc4 Fc5 3. c3 caractérisent la « variante Philidor », 1. e4 e5 2. Fc4 c6 la « contre-attaque Philidor ». Dans le gambit du roi, le « gambit Philidor » s'obtient après les coups : 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Cf3 g5 4. Fc4 Fg7 5. h4 h6 ou 3... h6 4. Fc4 g5 5. h4 Fg7.
Les études de finales
Dans son Analyse du Jeu des échecs, Philidor fait l'étude de plusieurs positions de finales. L'une de ces positions, une finale de tour et pion contre tour est appelée position de Philidor. Les finales de tours étant les plus fréquentes aux échecs, la position de Philidor est avec la position de Lucena une notion fondamentale de la maîtrise des fins de parties.
Philidor expose ce qui est toujours considéré comme la technique la plus simpleJeremy Silman, Comment mûrir son style aux échecs : cours complet jusqu'à la maîtrise échiquéenne, Montréal, éditions Échecs et Maths, 1998, . pour annuler une finale de tour et pion contre tour. Le défenseur place son roi sur la case de promotion du pion et sa tour sur la sixième rangée pour empêcher le roi de son adversaire de passer devant son pion. Pour tenter de progresser, celui-ci est forcé d'avancer son pion sur la sixième rangée. Le défenseur place alors sa tour sur la première rangée et obtient l'annulation de la partie par des échecs successifs sur le roi de son adversaire.
Une autre position étudiée par Philidor est la finale , et est également parfois qualifiée de position de Philidor. Ce type de finale est théoriquement nulle, cependant, malgré les progrès des techniques défensivesGlenn Flear, En finale, Volume 1, Montpellier, Olibris, 2008, ., et le fait Nicolas Giffard, Le Guide des échecs : traité complet, Paris, éditions Robert Laffont, 1993, .. La position étudiée par Philidor est gagnante, son analyse montre la profondeur de la compréhension du jeu par son auteur. Xavier Tartakover parle à ce sujet de Xavier Tartakover, Bréviaire des échecs, Paris, Stock, 1933, ..
Les conceptions stratégiques de Philidor
Si Philidor était en avance sur son temps, Cary Utterberg l'inclut dans la des échecs.. Il date la fin de cette pré-histoire de 1821. En effet, le Français Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais a été considéré comme le champion du monde d'échecs officieux (il n'y avait pas de titre officiel à l'époque) en 1821, date à laquelle il put battre son professeur Alexandre Deschapelles. Cependant, tant Philidor que La Bourdonnais appartiennent à l'École française d'échecs.
Exemples de parties Sheldon - Philidor, Londres, 1790 (Philidor joue à l'aveugle) :