LÉtat des Slovènes, Croates et Serbes (en croate et serbe latin et serbe cyrillique , prononcé ; en slovène , abréviation SHS) est un ancien pays éphémère d'Europe formé pendant l'automne 1918 à la suite de la dissolution de l'Autriche-Hongrie lors du dénouement de la Première Guerre mondiale. Il rassemble les populations slovènes, croates et serbes des régions de Cisleithanie et de TransleithanieLes pays de la Couronne de Saint-Étienne regroupent le royaume de Hongrie, le royaume de Croatie-Slavonie et la principauté de Transylvanie. peuplées par les Slaves du Sud, auxquelles se sont joints les représentants de la Bosnie-HerzégovineAnnexée en 1908, la Bosnie-Herzégovine, administrée par la double monarchie depuis 1878, est gérée par le ministre commun des finances.. Le , conformément au vote des membres de l'exécutif de l'État des Slovènes, Croates et Serbes, le nouvel État s'unit au royaume de Serbie pour constituer le royaume des Serbes, Croates et Slovènes ; cependant, cette union ne concerne pas l'ensemble de son territoire, une partie du littoral revenant au royaume d'Italie.
Formation Origines
vignette|gauche|Répartition ethnique en Autriche-Hongrie (1910) et États proposés pour les États-Unis de Grande-Autriche (1906).
Rapidement après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le gouvernement serbe, membre de la coalition alliée, expose ses buts de guerre, rendant public son souhait de créer un État regroupant autour du royaume de Belgrade l'ensemble des Slaves du Sud, alors essentiellement placés sous le sceptre de François-Joseph, puis de Charles , son successeur à la tête de l'Autriche-Hongrie. Ainsi, dès le mois de , le gouvernement serbe planifie un accroissement territorial important aux dépens de la double monarchie.
Parallèlement à cette politique encouragée par les Serbes, les représentants slaves du Sud de la double monarchie se montrent, dans un premier temps, publiquement favorables à la réorganisation de la double monarchie en trois royaumes sous le sceptre des Habsbourg, notamment en organisant un comité yougoslave à partir du mois de autour du Croate Ante Trumbić.
Au début de l'année 1918, ces mêmes représentants, membres du comité, s'organisent au sein d'un comité national, prenant modèle sur le Comité national tchécoslovaque ; Ante Trumbić, animateur des deux comités yougoslaves qui se sont succédé depuis 1915, aspire à voir le Comité national yougoslave reconnu par les Alliés, en dépit de la double opposition du gouvernement serbe et du président du conseil italien, appuyé sur les termes du pacte de Londres de 1915Ce traité fixe les modalités de l'intervention italienne aux côtés des Alliés et précise les buts de guerre italiens reconnus par la France et le Royaume-Uni.. Ce comité est officiellement reconnu par les Alliés le , alors qu'une action de propagande à grande échelle est organisée par les Alliés en direction des troupes slaves de la double monarchie positionnées sur le front italien. Cette agitation en faveur du projet yougoslave rencontre un écho non négligeable au sein des populations slaves de la double monarchie, dont les représentants organisent, entre le 13 et le , de nombreuses réunions publiques en vue de populariser l'idée de l'indépendance des Slaves du Sud d'Autriche et de Hongrie.
vignette|gauche|La publication du manifeste de Charles n'a aucune conséquence sur le processus de l'État en formation.|alt=portrait d'homme
Enfin, durant le dernier trimestre de la Première Guerre mondiale, les représentants des populations slaves du Sud de Hongrie et d'Autriche considèrent la pérennité de la monarchie des Habsbourg comme une option de moins en moins certaine. Ainsi, les députés slaves du Sud de la double monarchie se constituent en comité national à Laybach le , alors que les tentatives de réforme de dernière minute, proposées par l'empereur-roi Charles, sont dépassées par l'évolution de la situation politique et militaire qu’affronte la double monarchie, et pour cette raison, apparaissant de plus en plus vaines ; elles ne suscitent donc aucune réaction de la part des représentants des Slaves du Sud, indifférents à ces initiatives mort-nées.
Dans ce contexte, entre le 5 et le , un conseil national regroupant des représentants des populations slaves du Sud d'Autriche-Hongrie se met progressivement en place, rapidement rejoint par les responsables politiques croates et serbes du royaume de Croatie-Slavonie, dont les représentants votent le leur adhésion à l'État en cours de formation ; rapidement, les autorités locales des provinces yougoslaves de la double monarchie reconnaissent l'autorité du nouveau conseil national. La publication du manifeste impérial, le , trouble alors à peine le processus d'émancipation des Slaves du Sud vis-à-vis de la tutelle des Habsbourg, les membres du conseil national n'accordant aucune attention au programme de réformes exposé par l'empereur-roi : ce projet de réformes de la monarchie danubienne, ambitieux pour ses promoteurs, apparaît trop tardif et trop timoré pour les représentants des nationalités, de plus en plus détachés de la dynastie ; le manifeste impérial est surtout rendu public trop tardivement pour mettre un terme à la décomposition de la monarchie des Habsbourg, alors minée par les initiatives émancipatrices des représentants des minorités, dont les députés élus par les Slaves du Sud de la double monarchie, déjà regroupés au sein d'un conseil national établi à Zagreb.
Indépendance
vignette|La session de la diète du royaume de Croatie-Slavonie du rompt les liens dynastiques entre le royaume de Croatie et le royaume de Hongrie existant depuis 1102.|alt=assemblée Le , le conseil national des Slaves du Sud, exerçant son autorité sur les territoires slaves du Sud de l'empire d'Autriche, proclame les droits à l'autodétermination des Slaves du Sud. Le même jour, la diète du royaume de Croatie proclame la rupture des liens existant avec le royaume de HongrieLes deux royaumes sont liés par une union personnelle depuis 1102..
L'indépendance du nouvel État est confirmée, en pleine séance du Sabor de Zagreb, le parlement du royaume de Croatie-Slavonie : les représentants du royaume rejoignent officiellement le nouvel État, remettant ainsi en cause les liens l'unissant depuis 1102 au royaume de Hongrie. L'adhésion du royaume de Croatie-Slavonie ne suscite pas d'opposition de la part du gouvernement de Mihály Károlyi, dernier président du conseil du royaume de Hongrie désigné par le roi ; en effet, le nouveau président du conseil du royaume de Hongrie, souhaitant préserver l'indépendance de la Hongrie historique, est alors conscient de l'indépendance de fait de la Croatie, et de la rupture des liens juridiques et politiques unissant jusque là les deux royaumes.
Le , le nouvel État est officiellement proclamé indépendant de l'Autriche et de la Hongrie et commence à se doter de certains attributs de l'indépendance, notamment une marine de guerre. De plus, souhaitant rapidement affirmer cette indépendance par un acte politique fort, ses représentants ordonnent la rupture des communications entre l', le commandement austro-hongrois, et les unités austro-hongroises en retraite depuis les positions qu'elles occupent en Serbie, en Albanie et au Monténégro.
Un État éphémère vignette|gauche|Proclamation de l'indépendance de l'État des Slovènes, Croates et Serbes à Ljubljana le .|alt=manifestation
Constitué durant le mois d', le nouvel État est perçu par les vainqueurs comme une solution provisoire, prélude au partage, entre l'Italie et la Serbie, de la côte adriatique de la double monarchie.
Pour cette raison, principalement, l'État des Slovènes, Croates et Serbes ne jouit d'aucune reconnaissance internationale. Son nom même est le fruit d'un compromis vite remis en cause sous la pression des Serbes, jouissant alors du prestige des vainqueurs : lors de sa constitution, les élus qui ont proclamé son émancipation du sceptre des Habsbourg ont appelé le nouvel État l', mais, parmi ces élus, les représentants serbes, soutenus par le gouvernement de Belgrade, obtiennent son changement de nom, imposant la titulature d'.
Pour les Slovènes, ce nouvel État éphémère a néanmoins constitué le premier État national indépendant, jalon pour la construction d'une identité nationale propre.
Organisation intérieure Composition territoriale Le nouvel État regroupe l'ensemble des territoires peuplés par les populations slaves du Sud de la double monarchie danubienne. Les frontières englobent donc des territoires anciennement autrichiens, hongrois ainsi que le condominium de Bosnie-Herzégovine.
Durant la seconde moitié du mois d', se sont détachés de l'empire d'Autriche, le duché de Carniole et le royaume de Dalmatie ; le corpus separatum de Fiume et le royaume de Croatie-Slavonie, l'un comme l'autre issus de la Hongrie, rejoignent le nouvel État peu après.
De plus, la Convention de Belgrade, signée le entre les Alliés et les représentants du royaume de Hongrie, fixe une ligne de démarcation entre les territoires hongrois et les territoires serbes ou dévolus au nouvel État.
Forces armées vignette|Svetozar Boroevic von Bojna, feldmarshall austro-hongrois, ici en 1918, refuse de prendre le commandement des unités de l'armée commune composées de Slaves du Sud.|alt=portrait d'homme en uniforme
Le nouvel État tente de mettre sur pied une force armée afin de faire face aux ambitions italiennes en Adriatique et en Slovénie.
Ainsi, les membres du Conseil national croate se rapprochent de Svetozar Boroevic von Bojna, feld-maréchal austro-hongrois d'origine croate, pour tenter de le persuader, sans succès, de mettre à la disposition du nouvel État les unités austro-hongroises composées de Serbes, de Croates, de Slovènes et de Bosniaques.
En dépit de cet échec, les dirigeants rencontrent plus de succès avec la marine de guerre de la double monarchie, que l'empire agonisant a légué le au nouvel État. Charles avait en effet informé les représentants des Slaves du Sud des conditions spécifiques relatives à la flotte de guerre austro-hongroise contenues dans l'armistice signé avec l'Italie : l'armistice de Villa Giusti, conclu entre l'armée austro-hongroise et les Alliés, stipule la reddition de la marine de guerre austro-hongroise et son internement à Corfou, mais le manque d'équipages empêche l'entrée en vigueur de cette disposition, décidée alors que les hostilités avec le impérialEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est ; par commodité, cet État sera désigné par le terme de dans la suite du texte. ne sont pas encore suspendues. Cependant, Miklós Horthy, alors commandant de la flotte de guerre austro-hongroise, remet aux autorités de l'État en cours de constitution les unités positionnées à Pola, conformément aux ordres reçus de l'empereur-roi.
vignette|gauche|Le cuirassé SMS Viribus Unitis, après l'action de sabotage menée par les Italiens.
Les équipages, composés pour une majorité de Croates, n'obéissent en effet plus aux consignes de leurs commandants ; Miklós Horthy, dernier commandant en chef de la marine impériale et royale, quitte son navire amiral en emportant avec lui son pavillon, abandonnant de fait la flotte de guerre de la double monarchie à l'État des Slovènes, Croates et Serbe. Dans les jours qui suivent, la marine de guerre italienne s'empare de l'ensemble de la flotte du nouvel État. Dans la nuit suivant la cession de la flotte austro-hongroise au nouvel État, le , le SMS Viribus Unitis, un des trois cuirassés austro-hongrois de la classe Tegetthoff à avoir survécu à la guerre, est coulé lors d'une action de sabotage menée par un commando de la Regia Marina, entraînant la mort du commandant de la flotte.