La basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours de Lablachère est une église du située sur la commune de Lablachère dans le département de l'Ardèche.

Localisation vignette|redresse=1.0|gauche|Le hameau de Notre-Dame.

À deux kilomètres environ au sud-est de l'église de Lablachère, au nord du plateau des Gras, sur la route d'Alès, il s'est formé un village depuis la fondation du pèlerinage de Notre-Dame-de-Bon-Secours, et qui porte le même nom. Ce lieu, autrefois nommé La Raze, point culminant du pays, était désert et couvert de bois de chênes poussant entre les anfractuosités des rochers calcaires.

Toponymie vignette|redresse=1.2|Le hameau de Notre-Dame vu des Grads.

Le hameau de Notre-Dame est indissociable du sanctuaire de Notre-Dame-de-Bon-Secours, son histoire découlant du sanctuaire lui-même. Les termes « Bon Secours » et « Notre-Dame » dénomment indifféremment le hameau ou le sanctuaire. Néanmoins, au sens strict, « Notre-Dame » désigne le hameau et « Notre-Dame-de-Bon-Secours » désigne le sanctuaire.

Histoire La basilique a été construite à l'emplacement d'une chapelle, lieu de pèlerinage pratiqué depuis le .

Le vœu de Julien Gineste Julien Gineste, sieur de Lisle, né à Montredon, hameau de Lablachère, le , fils de Gaspard Gineste, gendarme de la garde du roi, demeurait à Paris où il avait épousé noble demoiselle Marie-Anne de Paulet. S'étant retiré du service, il vint habiter dans sa maison paternelle où il s'occupa de médecine.

Ces deux époux, fort pieux, avaient apporté une statue de la Sainte Vierge pour la placer et l'honorer dans leur demeure.

Un jour, le sieur de Lisle, allant voir un malade au quartier de La Raze, son cheval s'abattit et il fut pris dans les étriers, sans qu'il lui fût possible de se dégager, ni son cheval de se relever. Voyant tous ses efforts infructueux et la situation devenant critique, il fit le vœu d'élever dans cet endroit une chapelle et d'y placer sa statue. À l'instant, le cheval se releva et put continuer sa route. Une fois tiré du danger, le sieur de Lisle ne pensait plus à son vœu, lorsque l'année suivante, repassant au même endroit, son cheval s'abattit de nouveau dans une crevasse du rocher et il se trouva dans le même danger. Se rappelant alors son vœu, il le renouvela avec promesse de ne pas différer de l'accomplir et aussitôt il fut dégagé.

La chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours vignette|redresse=1.2|La croix datant de 1755 à Lablachère sur l'esplanade de la basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours.

En 1682, fidèle cette fois à sa promesse, il fit construire à l'endroit même une petite chapelle étroite et oblongue, éclairée par une lucarne, le tout ayant une superficie de seize mètres carrés. Il y transporta sa statue et mit la chapelle sous le vocable de Notre-Dame de Bon Secours.

L'acte de fondation fut passé deux ans après le premier vœu, le sieur de Lisle ayant alors , devant maître Rodilly, le . La permission de l'évêque est en date du précédent. Les fondateurs se réservent la nomination du chapelain, qui fut Léon Rodilly prieur-curé de Lablachère (d'après ).

La première pierre de la construction fut posée et bénie le jour des rameaux, , par ledit Rodilly, curé, et la chapelle achevée fut bénite par le même, délégué par l'évêque le de la même année.

Le , le sieur de Lisle étant veuf, il lui donna pour successeur , curé de Lablachère. Les curés de Lablachère administrèrent la chapelle de 1682 à 1777, n'y disant que trois messes par an. Après la mort du sieur de Lisle, le comte de Chanaleilles de la Saumès, obtint du fils de Lisle, le patronage et la clef de la chapelle.

Celui-ci voyant qu'après plus de cent ans depuis la fondation, le concours des fidèles allait toujours en augmentant et que les miracles étaient plus fréquents, pria l'évêque d'accorder un prêtre pour desservir exclusivement la chapelle. Celui-ci envoya Jean-Pierre Richard pour chapelain en titre, qui prit possession le . Il avait été heureusement choisi, appartenant à une famille de Rosières (Ardèche), qui possédait le terrain sur lequel avait été bâtie la chapelle ainsi que tous les alentours. Il se mit aussitôt à défricher les terres et en céda quelques lopins où l'on bâtit des maisons.

La seconde chapelle vignette|redresse=1.2|Délibérations du directoire de l'Ardèche.

Ensuite il s'occupa de construire une église et un presbytère et pendant les travaux, il reçut l'hospitalité au château de la Saumès. Ces travaux débutèrent en 1783.

Cette nouvelle chapelle ou église, quoique très petite, était à trois nefs. Peut-être mal construite, fermée et promise à la destruction pendant la Révolution française, mal entretenue, soixante ans plus tard elle menaçait déjà ruine.

eut beaucoup à souffrir pendant la Révolution, obligé de se cacher, ayant été dénoncé par un de ses parents furieux de voir qu'il consacrait toute sa fortune à l'œuvre de Bon-Secours. Arrêté, conduit à Joyeuse, il fut rendu à la liberté par l'intervention de toute la population de la ville.

La construction de l'église remplace la chapelle En 1829, quoique âgé, il entreprit la construction d'une nouvelle église, sur un plan grandiose et digne d'un pèlerinage devenu célèbre, mais sa mort arrivée en laissa l'œuvre à peine commencée.

L'abbé Jean-Antoine Boisson, qui lui avait été donné comme coadjuteur, devint en 1830 le deuxième chapelain de Bon-Secours. Il continua son œuvre qu'il ne put voir achevée, étant mort le , âgé de .

Aussitôt après sa mort, l'abbé Deschanels, de la paroisse de Payzac devint le troisième et dernier chapelain, le pèlerinage ayant été par décision de Joseph Hippolyte Guibert, évêque de Viviers, confié aux Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, qui achevèrent l'église, firent un beau clocher et de nombreux embellissements. Sur le clocher ils dressent une statue de la Vierge, reproduction de l'Immaculée Conception, qui fait face à la montagne cévenole dans un paysage vallonné où vignes et oliviers lui rappellent sa Galilée natale. Dans son dos, s'étend la garrigue, véritable forêt de rochers et d'arbustes où se dressent d'antiques dolmens.

fit construire une maison proche de l'église où il mourut et fut inhumé à Payzac. Sous l'administration de ces divers curés et chapelains, le village s'agrandit et on y établit une institution de frères et une communauté de carmélites, mais pas sans de grandes difficultés.

En 1855, l'église est consacrée par Eugène de Mazenod, évêque de Marseille et fondateur des Oblats de Marie-Immaculée.

Il s'était écoulé deux siècles, le , depuis le jour de l'acte de fondation de la chapelle et le pèlerinage de plus en plus fréquenté.

L'évêque de Viviers, Joseph-Michel-Frédéric Bonnet, jugea que le moment était arrivé de consacrer le culte de la Sainte Vierge à Notre-Dame de Bon Secours d'une manière éclatante et pour ainsi dire officielle dans tout son diocèse. Par son mandement, il invitait tous les fidèles à prendre part à une souscription pour faire don à Notre-Dame d'une brillante couronne qui serait placée solennellement sur la tête de la statue en présence du cardinal Joseph Hippolyte Guibert, archevêque de Paris, ancien évêque de Viviers, assisté de nombreux prélats et au milieu des populations convoquées de tout le diocèse. Cette fête fut fixée aux et .

Les temps n'étaient pas cependant favorables, les esprits étaient agités et troublés par les décrets pourchassant les congrégations religieuses. L'évêque Bonnet jugea qu'il n'y avait pas lieu de reculer, que plus la foi courait de dangers plus il fallait que chacun pût librement et publiquement la confesser. La fête fut magnifique malgré les entraves de certains maires, entre autres ceux de Lablachère et Joyeuse. Trente mille personnes acclamèrent la gloire de la mère du Sauveur.

Expulsion des missionnaires oblats en 1880 Le , le préfet de l'Ardèche Edmond Robert (1879–1881), arrivait à Notre-Dame-de-Bon-Secours accompagné de plusieurs brigades de gendarmerie pour faire le siège de la maison des oblats de Marie-Immaculée et les en chasser, à la suite de la loi sur l'expulsion des congrégations.

Dès l'aube, le tocsin sonnait et les populations des alentours arrivèrent. Un certain nombre de notables s'enfermèrent avec les pères, la foule se massant aux abords du monastère. Elle accueille les gendarmes aux cris de , auxquels on témoigne de la sympathie car il suffit de voir leur attitude pour comprendre qu'ils obéissent à regret aux ordres qu'ils ont reçus.

Le commissaire de police somme les pères d'ouvrir et sur le refus formel qui lui est fait, il donne l'ordre aux nommés Lucien Jouve, serrurier à Largentière, François Lèbre et Théodore Vesseau, menuisiers à Joyeuse, de crocheter la serrure ou d'enfoncer la porte à coups de hache. La femme Lèbre accourt et forçant la ligne de gendarmes saisit son mari et l'entraîne aux applaudissements frénétiques de la foule. Théodore Vesseau poursuit seul sa besogne.

Le préfet, pendant ce temps reste enfermé dans sa voiture et voit défiler devant lui les pères portés en triomphe, aux cris de , ils reviendront. En effet, après quelques mois, les pères reconnus un peu trop tard faire le service d'une chapelle autorisée, reprirent peu à peu leur propriété et leurs fonctions. Entre-temps, le maire de Berrias est suspendu de ses fonctions par l'arrêté préfectoral, accusé d'avoir été

Expulsion des Missionnaires Oblats en 1903 vignette|redresse=1.2|gauche|Plan du couvent et de la basilique d'après une publication datée de 1903. vignette|redresse=1.2|Notre-Dame-de-Bon-Secours. vignette|redresse=1.2| maire de Lablachère en 1903. vignette|redresse=1.2|Basilique sur le territoire de la commune de Lablachère. vignette|redresse=1.2|Notre-Dame de Bon-Secours.

Les premières expulsions, celles de 1880, avaient eu un caractère d'injustice, mais en somme anodines quant à la continuité des œuvres ; l'église demeurait ouverte. Non seulement les concours annuels n'étaient pas interrompus mais leur importance augmentait chaque année. Émile Combes, le « persécuteur », le reconnaîtra lui-même à sa façon.

En 1903, toutes les écoles congréganistes ayant fait une demande d'autorisation en vertu de la loi du , ont vu cette autorisation refusée par le ministère de l'Intérieur et le ministère des Cultes. Le conseil général de l'Ardèche émit le vœu que toutes les congrégations du département fussent autorisées. Il y eut quelques abstentions mais personne n'osa voter contre. Le conseil municipal de Lablachère, sous la présidence du maire , à l'unanimité, s'est prononcé en faveur de leur maintien, peut-être plus pour des raisons économiques liées au pèlerinage de Notre-Dame-de-Bon-Secours que sur le dévouement et l'œuvre éducatrice accomplie.

La tension déjà forte qui règne entre les deux camps (républicain et réactionnaire) croîtra encore lorsque les mesures gouvernementales porteront atteinte à la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Les pères oblats sont chargés d'assurer un service régulier du sanctuaire de Notre-Dame et doivent en être en même temps des auxiliaires pour les curés et desservants qui feraient appel à eux, notamment pour les prédications extraordinaires. Grâce à leur action et à leurs nombreux déplacements dans les diocèses voisins et celui de Viviers, ils ont rendu très populaire le pèlerinage à Notre-Dame de Bon Secours : le nombre annuel de pèlerins est évalué à . Chacun d'eux dépensant au moins un franc pour l'achat de manuels de piété, images de la statue miraculeuse, médailles, le revenu du sanctuaire peut être estimé à une soixantaine de mille francs.