François de Singly, né le à Dreux, est un sociologue français. Professeur émérite de sociologie à l'université Paris-Descartes, il est spécialisé en sociologie de la famille et du couple, de l'éducation, de l'enfance et de l'adolescence ainsi que des rapports de genre.
Éléments personnels Origine et formation Il est le dernier d'une fratrie de six enfants, de parents catholiques très engagés dans les milieux associatifs.
Après des études de psychologie, il travaille au CNRS en tant que psychologue expérimental. Il en démissionne en 1970 pour s’inscrire en thèse de troisième cycle en sociologie sur l’éducation morale dans la famille, sous la direction de Jean-Claude Passeron. Il la soutient en 1973, et devient assistant et maître assistant au département de sociologie de l'université de Nantes. À cette époque, il collabore avec Claude Thélot, alors administrateur de l'Insee chargé des études régionales, et réalise des exploitations secondaires d’enquêtes quantitatives.
Il soutient en 1984 une thèse d'État sous la direction d'Alain Girard, démographe à l'Institut national d'études démographiques et la publie aux Presses universitaires de France en 1988 sous le titre Fortune et infortune de la femme mariée.
Vie familiale François de Singly est marié et père de trois enfants. Son épouse, directrice de l’hôpital Laennec, de l’hôpital Trousseau, de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, ainsi que directrice de l'Agence régionale de santé Océan Indienhttp://www.ars.ocean-indien.sante.fr/ARS-Ocean-Indien.ocean-indien.0.html jusqu'à sa retraite., a aussi été de 2017 à 2019 directrice du cabinet de la ministre des Sports, Laura Flessel.
Parcours professionnel
Après son élection comme professeur à l'université Rennes-II, il met en place un laboratoire de sociologie de la famille et un réseau national CNRS de recherches sur les familles. Il cherche ainsi à donner forme au domaine de cette sociologie et un nouvel élan aux travaux empiriques sur le couple et la famille, en collaboration avec Jean-Claude Kaufmann. En 1989, il devient professeur de sociologie à la Sorbonne au sein de l'université Paris-Descartes, tandis que son épouse le suit dans un poste hospitalier parisien. Il crée alors son propre laboratoire, le centre de recherches en sociologie de la famille (CERSOF) qui est ensuite intégré dans le Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS) dont il devient le directeur.
Il est président de la commission de sociologie du CNRS pendant huit ans, membre du Comité national des universités, membre du jury d'agrégation de sciences sociales, membre du Conseil d’administration de l’université Paris-Descartes.
Dans le cadre de France Stratégie, il a présidé une commission qui a remis, au président de la République en , un rapport intitulé « Pour un développement complet de l’enfant et de l’adolescent ». Il a été institué chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur le http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000030008403. Depuis 2019, il est professeur émérite à la Faculté Sociétés et Humanités de l’université Paris-Cité. Il est chercheur au Centre de Recherches sur les liens sociaux (CNRS). Il est également directeur éditorial chez Armand Colin/Dunod. Il est membre du Conseil de la Famille (Haut Comité de la famille, de l’enfance et de l’âge). De 2019 à 2021, il a été chargé de cours en sociologie à l’Institut catholique de Paris. Depuis 2022, il est doyen du pôle « environnement judiciaire » à l’École nationale de la magistrature, et depuis 2023, il est membre du comité d'éthique de la Fédération hospitalière de France. Travaux François de Singly est spécialiste de la sociologie de la famille, et des transformations du lien social dans une société moderne où s'affirme le primat de l'individu. L'étude des rapports de couple et, en particulier, du destin de la femme au sein du couple (qui la conduit pour l'essentiel à se mettre au service de ses enfants, et à mettre en second sa carrière par rapport à celle de son mari ou de son compagnon) constitue le premier apport de ses travaux. Jusqu'à la fin des années 1980, Singly met en œuvre une sociologie « objective », sous l’influence notamment de Bourdieu ou Passeron. Cette première période culmine avec l'achèvement de sa thèse d'État, Fortune et infortune de la femme mariée. Son arrivée à l'université de Rennes marque un tournant dans ses travaux, et inaugure une seconde période désormais marquée par la sociologie compréhensive. Il élargit alors ses recherches aux mutations de la famille, à la place de chaque individu (petit et grand) dans la famille et dans la société, et travaille à expliquer comment le processus d'individualisation transforme l'ensemble des liens sociaux. Cette perspective d'une sociologie de l'individu le conduit à analyser en particulier deux temps forts du processus d'individualisation : l'entrée dans l'adolescence et la décision de se séparer de son conjoint.
Famille contemporaine Les caractéristiques de la famille moderne Première et seconde modernité Au Moyen Âge, l'amour est contradictoire avec le mariage. Le mariage est arrangé par les parents pour des raisons économiques. Il unit une "fille de" à un "fils de". L'amour est alors célébré par une autre personne que le mari : c'est l'amour courtois qui va mettre en valeur les qualités personnelles de l'épouse.
L’amour se rapproche de l'institution du mariage très progressivement de telle sorte que l'amour devient en partie compatible avec le mariage à la fin du . Pendant cette période qui correspond à la « première modernité », la famille peut être caractérisée par trois éléments principaux : l'amour entre les conjoints, une stricte répartition des rôles de l'homme et de la femme, et l'attention envers l'enfant, son éducation et sa santé. De la fin de la première guerre aux années 1960, la division du travail entre les conjoints devient une évidence sociale : l'homme doit travailler à "l’extérieur" pour ramener les revenus du ménage, il est « monsieur gagnepain » tandis que la femme doit rester à la maison pour s'occuper des tâches ménagères et des enfants. L'homme est donc du côté de la vie publique tandis que la femme reste confinée à la sphère privée.
Sous la « seconde modernité » qui commence dans les années 1960, la famille se transforme profondément, notamment du fait des changements de la condition des femmes. En effet les femmes deviennent plus autonomes : Par une maîtrise plus grande de son corps, avec la contraception et le droit à l’avortement, obtenue sous la pression du mouvement des femmes Par la possibilité du divorce par consentement mutuel Par l’extension du travail salarié des mères Grâce à la massification scolaire qui permet aux femmes l'accès à une plus longue scolarisation générale. Grâce à la tertiarisation du travail. Grâce à des politiques de conciliation entre le travail et la famille, de soutien aux familles monoparentales. Cette coïncidence entre l'amour et le mariage entraîne une instabilité intrinsèque de ce dernier, et une augmentation du nombre des séparations et des divorces. En effet, l'union conjugale devient par définition élective, et cesse lorsqu'un des deux conjoints est déçu ou que l'autre ne correspond plus à ses attentes.
La famille conjugale Les trois caractéristiques de la "famille conjugale", terme proposé par Émile Durkheim« La famille conjugale. », Emile Durkheim, 1892, ou de la famille sous la première modernité, à la fin du , sont, selon François de SinglyFrançois de Singly, Sociologie de la famille contemporaine, A. Colin, Paris, 2010, : une famille relationnelle : les liens entre les membres de la famille sont choisis. Le couple doit se réinventer chaque jour pour avoir du sens. La relation entre les membres de la famille est désormais plus élective, et les attentes et les rôles de chacun sont en constante négociation, une famille individualiste : les individus sont indépendants et autonomes, et veulent exister pour eux-mêmes, Une famille privée/publique : l’État intervient dans la vie domestique, il devient un facteur.
À la fin du , les hommes détiennent un rôle instrumentaire (breadwinner). Ils gagnent l'argent du foyer tandis que les femmes ont un rôle expressif (caregiver) et s'occupent de la maison. Puis, durant la seconde modernité, le taux d'activité féminine augmente massivement.
La période allant de la fin du au début des années 1960 se nomme "la première modernité". Avec les années 1960 émerge "la seconde modernité". Depuis le début du , se dessine les contours de familles de "la troisième modernité", avec un désenchantement du couple hétérosexuel, du fait de la domination masculine, avec une ouverture de la famille à de nouveaux membres (amis, animaux familiers), avec une dissociation plus grande de la vie conjugale et de la vie parentale.
Le conjoint, agent socialisateur de premier plan dans la socialisation secondaire La famille est le cadre privilégié de la socialisation. Mais François de Singly insiste, non seulement sur la socialisation primaire pour les enfants, mais aussi sur la socialisation secondaire qui concerne les conjoints. Ainsi pour un adulte, vivre en couple demande, selon le modèle contemporain de la vie conjugale : de tenir compte de l'autre, des intérêts de chacun avant d'agir, de partager des tâches afin d'avoir une socialisation réciproque, de "faire ensemble" des activités (vacances, divertissements).
Mais cela demande aussi : de respecter une certaine vie personnelle, de ne pas être trop fusionnel afin d’être « libres ensemble »François de Singly, Libres ensemble, Nathan, Paris, 2000. de redéfinir en partie son identité, du fait de la vie commune.
En se plaçant du point de vue des transformations de l’identité, François de Singly distingue plusieurs types de conjoints et de vies conjugalesFrançois de Singly, Le Soi, Le Couple et la Famille, 1995, Nathan : le conjoint-Pygmalion, qui comme dans le mythe de Pygmalion et Galatée, va aider son épouse à se construire et à s'épanouir, notamment sur le plan professionnel, le conjoint-Gentleman, qui est davantage soucieux de sa propre réussite professionnelle et pour lequel son épouse doit d'abord assurer un rôle d'épouse et de mère, le conjoint-Mari, qui a du mal à accepter que son épouse joue un rôle professionnel, ou alors seulement comme complément de revenu pour le coupleFrançois de Singly, Le Soi, le couple et la famille, Gojard Séverine, Genèses, année 1997, volume 27, numéro 27, .
Pour François de Singly, la socialisation secondaire au sein du couple peut se comprendre comme une "socialisation par frottement", une sorte de formation permanente ! C’est une socialisation durable et transférable qui est cependant instable puisque l'individu n'adhère pas nécessairement aux actions qu'il accepte de faire avec telle personne considéréeFrançois de Singly, Libres ensembles : l'individualisme dans la vie commune, Armand Colin, 2005..
Selon la théorie de Peter Berger et Hans KellnerPeter Berger, Hans Kellner, « Le mariage et la construction sociale de la réalité », in Peter Berger, La Construction sociale de la réalité, A. Colin, Paris, 2006, ., cette socialisation se produit au cours d’une conversation conjugale continue. Par de tels échanges, les deux conjoints élaborent un monde commun et valident aussi le monde personnel de chacun.
En, effet, les adultes n'ont pas fini de se construire ; ils sont en quelque sorte en « formation permanente ». Voici quelques exemples qui le démontrent : Accepter la religion de l'autre (ou bien se convertir à cette religion), Dans l'éducation des enfants, prendre en compte l'avis ou l'opinion de l'autre afin de bien éduquer ses enfants, ou se concerter afin de trouver la meilleure solution (si l'enfant joue trop à l'ordinateur ou aux jeux vidéo par exemple),