Un crime d’amour est un roman de Paul Bourget () écrit d’ à et qui est un succès, dès sa sortie. Véritable étude de l'adultère., cette œuvre est « un diagnostic minutieux d’une maladie de l'âme »Dédicace à Gaston Gréhange, , cité dans . puisque l’écrivain étudie un mal intime et son contexte social en traitant le thème de la dépravation d'une honnête femme par son amant qui, lui, est un sceptique de l’amour.

Ce roman d’analyse, écrit par un analyste des désordres intérieurs, à la suite de Cruelle énigme (1885) qui traite du même sujet, s’interroge sur les passions humaines. En faisant référence à la psychologie expérimentale, Paul Bourget propose dans les derniers chapitres une morale aux cœurs exténués par des relations difficiles.

L’événement qui inspire au romancier Un crime d’amour et s’y trouve transposé trouve son origine dans la relation ombrageuse entre Paul Bourget et sa maîtresse, Marie Kann, et la crise sentimentale qui s’ensuit durant l’été 1885353, note 115 et 421. dans la villa des Kann à Houlgate.

Dédicace

Le roman est dédié à un ami de jeunesse de Paul Bourget, Gaston Créhange, né à Besançon en 1851 et Professeur agrégé d'histoire à l'École alsacienne de Paris.

Résumé

thumb|left|upright=0.9|alt=Jeune femme pleurant sur un grand canapé rouge bordeaux après l'adultère. Une écharpe en fourrure d'hermine gît parterre.|Après la faute, par Jean Béraud, 1885. Hélène Chazel, l'héroïne du roman dont l'histoire a pour cadre le Paris de la Belle Époque en 1883, entretient une liaison avec Armand de Querne, le meilleur ami de son mari, Alfred Chazel. Alors que l'épouse adultère est sincère dans la relation amoureuse avec son amant et fait un don total d'elle-même à Armand de Querne, ce dernier ne considère cette liaison que comme une aventure banale421.. Il a séduit Hélène Chazel car il en a, à tort, l'image d'une femme facile qui a eu d'autres amants, notamment monsieur de Varades qui a menti à Armand en se vantant d'avoir eu une liaison avec Hélène. Armand ne comprend pas l'amour profond qu'elle lui voue et dont il est le premier amant.

Redoutant que le mari bafoué ne finisse par découvrir leur liaison, le jeune baron de Querne prend ce prétexte pour rompre avec sa maîtresse. Lors de la scène de rupture, Armand de Querne laisse entendre à Hélène Chazel qu'il connaît son passé. La jeune femme réalise alors le malentendu sur lequel est basée leur liaison. Par désespoir, elle devient alors la maîtresse d'un second amant, monsieur de Varades. Désespérée, se sentant déshonorée par ces liaisons, Hélène, lors d'une dernière scène, tente de faire comprendre à Armand de Querne qu'il est la cause de sa déchéance et qu'il a commis un crime d'amour. :

Personnages

Marie Kann, source inspiratrice du personnage d'Hélène Chazel, l'épouse

thumb|left|alt=Femme habillée en noir assise sur un banc à gauche du tableau dans une grande pièce. Elle tient des lorgnons (?) et au fond deux imposantes cathèdres avec sur l'une d'elles une descente en tissu orangé.|Marie Kann dans la chapelle Sixtine, par Léon Bonnat. thumb|upright=0.4|alt=Jeune femme peinte en pied avec robe longue de couleur noire. Mains jointes devant, elle porte : long collier, boucles d'oreilles, diadème, gants.|Marie Kann, modèle d'Hélène Chazel, en 1882. Hélène Chazel a trouvé dans le mariage le moyen d'échapper à la tyrannie d'une marâtre72. et pense trouver, grâce à cette union, une vie idéale. Déçue par un mari distrait, gauche et qui ne sait rien de la vie, elle s'est donnée à Armand de Querne. Le personnage d'Hélène Chazel est directement inspiré par la jeune femme mariée que Paul Bourget fréquente à cette époque et avec qui il entretient une liaison, Marie Kann423 et 424, note 13..

Marie Kann, née Warchawsky ()252 et suivantes., mariée depuis 1881 sur un coup de tête à Édouard Kann, riche banquier juif d'origine viennoiseJacob Édouard Kann, le mari de Marie Warchawsky, ne doit pas être confondu avec le banquier et collectionneur Maurice Édouard Kann ni avec le fils de ce dernier, Édouard Jacques Kann., est une jeune femme ravissanteFrançois Tassart évoque dans . , au charme slave ravageur, coquette, intelligente, dépensière, perfide et ruinant son mari. Elle aime séduire sans se laisser prendre elle-même. C'est une amie de madame Pol Neveux, du peintre académique et portraitiste de la Troisième République Léon Bonnat, de la princesse Mathilde, de la comtesse Emmanuela Potocka, d'Elisabeth de Forceville (née Cahen d'Anvers) et de Fanny von Pfeiffer et de son mari Jules Ephrussi. Toxicomane. jusqu'à devoir subir des cures de désintoxication, elle n'hésite pas à mener plusieurs liaisons de front (Paul Bourget et Guy de Maupassant). et à partir en vacances dans sa villa à Houlgate, à Gérardmer ou à la Villa des Dunes située à Cannes avec son mari Édouard Kann, mais également accompagnée de Paul Bourget. Elle tient salon au 33, rue de Monceau à Paris et sa sœur, Loulia Warchawsky a épousé le frère de Louis Cahen d'Anvers, Albert Cahen qui est un ami proche de Paul Bourget depuis 1867. Elle est aussi la tante d'Ignace Legrand. À la fin de sa vie, Marie Kann habite 118, rue de Grenelle dans le petit hôtel de Villars, résidence des Cahen d'Anvers. thumb|left|upright|alt=Assemblée de personnes dans un salon très fourni en mobilier.|Édouard et Marie Kann au cercle des Macchabées en 1889Les membres du cercle des frères Macchabées (à l'origine, premier ordre secret d’étudiants au sein de l’Université libre de Bruxelles) sont recrutés parmi les étudiants de sexe masculin, selon le mode de la cooptation. On n’y est pas candidat, mais parrainé par des aînés. Il est procédé à une enquête dans le milieu estudiantin, à un interrogatoire du « profane » désigné comme vif par opposition aux Frères Macchabées réputés défunts. Un scrutin décide de l’admission ou du rejet de l’étudiant pressenti.. Marie Kann a aussi une grande influence sur le talent de Guy de Maupassant et certains de ses romans présentent une ressemblance troublante avec quelques œuvres de Paul Bourget qui, après sa rupture avec Marie Kann, accuse son ancienne maîtresse d'avoir donné à Maupassant le sujet de romans qu'il s'apprêtait à publierRome, Fondation Primoli, Pages intimes de Primoli sur Bourget, Paris, juin 1889 ; Carnaval, Rome, 1892 ; .. Cette accusation date de 1889 lorsque Paul Bourget pense que sa maîtresse l'a trahi ..

Selon quelques auteurs la jeune femme aurait également servi de modèle à l'héroïne inaccessible à la passion, Michèle de Burne, dans le roman de Maupassant, Notre cœur..

Armand de Querne, l'amant à qui Paul Bourget prête ses traits thumb|left|upright=0.5|alt=Paul Bourget, jeune homme, chapeau, cravate à carreaux, costume et gilet clair, est photographié mains dans les poches. Sur le côté gauche de son gilet, une montre est reliée à une poche par une chaine.|Paul Bourget, vers 1888. thumb|upright=0.5|right|alt=Portrait de Paul Bourget. Chevelure fournie. Signé par le peintre : L. Tanzi et daté sur la droite 77. En haut à droite est inscrit le nom du modèle : Paul Bourget|Paul Bourget en 1877Rare portrait de Paul Bourget jeune homme, par Léon Tanzi (). Élève de Jules Lefebvre, de William Bouguereau et de Jean-Joseph Benjamin-Constant, membre de l'Académie Julian en 1870, Léon Tanzi quitte parfois son atelier pour se rendre en Provence ou même dans les gorges du Tarn pour y travailler. Ce peintre est proche des amis de jeunesse de Bourget, Raoul Ponchon, Jean Richepin et Maurice Bouchor. Les paysages, parfois des scènes de genre, qu’il envoie régulièrement au Salon depuis 1877, le montrent un moment tenté par le symbolisme fin de siècle, sensible en tout cas aux impulsions du rêve et à la nostalgie que procurent les heures crépusculaires. L'Académie Julian accueille à la même époque le demi-frère de Paul Bourget, le peintre Camille Bourget.. Le jeune baron de Querne est un nihiliste viveur, un pessimiste à bonnes fortunes, un viveur désabusé qui cache la sécheresse de son cœur en collectionnant les aventures. Il a à peu près séduit la femme de son meilleur ami, un ancien condisciple, l'ingénieur Alfred Chazel.. Mais même s'il est blasé de l'amour, il n'est pas un homme irrévocablement corrompu et prend conscience qu'il a blessé à mort Hélène Chazel et qu'il a accompli un véritable crime d'amour. Un bouleversement s'opère dans son cœur et dans son esprit ; il se promet de tout mettre en œuvre pour racheter sa faute. Armand de Querne est, selon l'expression de Paul Bourget, 46.. Il est le symbole d'une espèce qui prolifère dans les sociétés déclinantes. Le romancier évoque d'ailleurs dans le livre des événements politiques et historiques dont il a été lui-même le témoin direct dans sa jeunesse et qui provoquent, dans le récit, le déséquilibre d'Armand : la guerre, la Semaine sanglante de 1871.

De nombreux éléments autobiographiques rappelant la jeunesse de Paul Bourget permettent au biographe de l'écrivain, Michel Mansuy, de penser que la ressemblance du personnage avec le romancier lui-même est sans équivoque : l'atmosphère étouffante de la maison familiale, le collège, les lectures précoces, la perte de la foi.

Édouard Kann, modèle supposé d'Alfred Chazel, le mari

thumb|left|upright=0.6|alt=Profil d'Édouard Kann, crane dégarni, regardant vers la droite, moustaches.|Édouard Kann, modèle d'André Chazel L'époux de Marie Kann, Édouard Kann est peint par l'ami de la famille, Léon Bonnat.. thumb|upright=0.5|alt=Page de titre d'un catalogue de vente aux enchères publiques d'une collection de livres anciens avec nom du commissaire-priseur et de l'expert. La page est décorée de motifs à angelots et chevaux.|Catalogue de la collection Kann.. Alfred Chazel, le mari, est un homme doux, plein de tendresse, d'une intelligence supérieure mais d'une niaiserie presque sans bornes et vivant dans le monde abstrait de la science. S'étant toujours gardé du plaisir, il n'a jamais songé à déchiffrer cette énigme terrible : la femme. Il est gauche dans son affection pour Hélène Chazel qu'il adore sincèrement et un peu ridicule dans ses vêtements. Il fait pitié auprès de son épouse étincelante à qui il n'a apporté que des déceptions d'amour :

Bourget décrit le personnage d'Alfred Chazel à l'image de l'époux de Marie Kann qu'il a « honte de bafouer » ; comme Armand de Querne vis-à-vis d'Alfred, Bourget éprouve une grande affection pour Édouard Kann à cause de l'immense tendresse que celui-ci témoigne à sa femme353, note 115.. Alors qu'Alfred Chazel est un homme de science, distrait, Édouard Kann est un bibliophile averti qui se passionne pour les éditions rares.

Roman d'analyse, thèmes abordés thumb|alt=Portrait d'un homme jeune mi-buste avec moustache.|Paul Bourget vers 1880, Eau-forte de Robert Kastor. Le « premier » Paul Bourget, celui d'avant sa conversion au catholicisme et qui excelle dans le roman d'analyse, est moraliste et un analyste des désordres du cœur qui étudie finement le mécanisme de l'adultère et ses conséquences ; faisant preuve d'un certain relativisme, il accorde moins d'importance aux mœurs qu'à la psychologie et considère ses romans comme , dédicace à monsieur Hippolyte Taine.. Il accuse une vision souvent pessimiste de la société à l'image du caractère du baron de Querne. Le narrateur recherche dans le style analytique, la précision de l'observation minutieuse et se réfère à la science médicale et anatomique de l'époque.

L'impuissance d'aimer