Le Santerre est une région naturelle de France situé au cœur de la Picardie, entre la Somme et l'Oise, dans l'actuelle région Hauts-de-France.

Situé entre Amiens et Saint-Quentin, le Santerre est un territoire couvrant une superficie d'environ , incluant et peuplée d'environ .

Encore couverte de forêts au début du Moyen Âge, cette région a ensuite été très largement déboisée pour l'agriculture. Éternelle zone de passage, à la fois proche de et région jusqu’en 1659, elle est dans l’histoire de la Picardie étroitement liée au destin de la France.

Le Santerre, , a subi les invasions des Romains, des Huns, des Francs, des Normands et des Flamands. La région a enduré les guerres de Cent Ans (1337-1453), de Religion (1562-1598), de Trente Ans (1618-1648), et fut le théâtre de combats décisifs durant la Première Guerre Mondiale.

Géographie Le Santerre est un plateau situé à l'est du département de la Somme (de manière schématique et simplifiée), entre les vallées de la Somme (limites nord et est), de la Luce (limite ouest) et de l'Avre (limite sud)« Le Petit Robert 2 - Dictionnaire universel des noms propres », , 1980 - .

L’Avre est une rivière qui prend sa source au sud de la Somme (au sud d’Amy, dans l’Oise) et conflue avec la Somme à Camon près d'Amiens. La Luce est une rivière qui prend sa source à Caix (Somme) et conflue avec l’Avre près de Berteaucourt-lès-Thennes, à Thézy-Glimont.

L'essentiel du Santerre est situé sur un plateau crayeux. La partie supérieure de cette craie a été déposée au Crétacé supérieur sénonien dans ce qui était une mer tropicale. Localement, le plateau crayeux est recouvert de sables, de marnes, de calcaires ou d'argiles déposées au cénozoïque ou encore d'une couche épaisse de limons déposés au quaternaire. Le Santerre est d'ailleurs réputé pour ses limons fertiles. L'eau de la nappe phréatique est contenue dans l'argile et la craie d'époque crétacée et « remonte » par capillarité dans le limon. L'épaisseur de la couche de craie du Santerre est évaluée à 300 à . Le limon, par nature ne s’effondre pas sur lui-même, mais se tasse et se transforme en boue lors d'inondations, la terre humide « collant aux chaussures et au corps », comme cela a été le cas pour les Poilus ou les Tommies de la Première Guerre mondiale.

Économie La région qui vit naître Antoine Parmentier (enfant de Montdidier) est réputée pour son agriculture intensive (céréales, betterave, pomme de terre). L'industrie agro-alimentaire y est particulièrement présente avec des sucreries, comme à Roye et Eppeville, des conserveries (Bonduelle) et le traitement du glucose à Nesle.

Les remembrements et concentrations de terres cultivées y ayant été plus précoces et plus intensifs (conséquences de la Première Guerre mondiale puis, bien plus tard, de l'ouverture de l'autoroute A1) que dans les autres régions du département ayant pu préserver plus longtemps un aspect de bocage, son image de morne plaine, monotone et ennuyeuse, est encore assez pesante.

Cette réputation négative de paysage plat, uniquement agricole et « bêtement » utilitaire (absence de beaux villages anciens pour cause des destructions totales de la Première Guerre mondiale) a encore été renforcée par la gare TGV Haute-Picardie, surnommée par dérision la gare des betteraves au milieu des années 1990, lors de la création de la ligne TGV-Nord ; néanmoins, cette gare située sur les communes d'Ablaincourt-Pressoir et d'Estrées-Deniécourt (canton de Chaulnes), dont l'activité ne cesse de s'amplifier, permet les liaisons de toute la zone située entre Amiens et Saint-Quentin avec Paris (Roissy), Lille, Bruxelles et l'ensemble de la France grâce au contournement de Paris via la gare de Marne-la-Vallée / Chessy ; une liaison avec Londres est également possible par Eurotunnel, après avoir rejoint Lille ou Paris.

Autour de cette gare et aussi en raison de la présence de deux autoroutes à proximité (axe nord-sud avec l'A1 et axe est-ouest avec l'A29), une zone d'activité agro-industrielle (e.g. Panavi, la Vermandoise) et de services (e.g. Maia-Sonnier pour les travaux publics, et Irisbus pour l'entretien de bus) s'est progressivement mise en place.

Il peut aussi être rappelé que le projet d'implantation d'un aéroport international (abusivement désigné le troisième aéroport parisien) fut vivement combattu dans les années 2001 et 2002 par des élus et la population concernée : les nuisances liées au trafic aérien intensif inquiétaient ; la perte de dizaines de milliers d'hectares de terres agricoles aussi fertiles était considérée comme un gâchis ; la suppression de « sites de mémoire » par le déplacement envisagé de nombreuses tombes de soldats ayant versé leur sang pour et sur cette terre choquait profondément (et a alerté les gouvernements australien, canadien et britannique, les concessions ayant été attribuées ad vitam aeternam) ; sans parler de problèmes de préservation de l'environnement car ce projet aurait imposé de doubler la ligne TGV avec Paris-Nord ; ni évoquer la probable décroissance du trafic aérien à terme, celui-ci s'appuyant uniquement sur une ressource énergétique fossile (le pétrole) dont l'épuisement total est très prochain (échéance 2050 ou 2070, à réévaluer en fonction de la réestimation permanente des réserves et de l'évolution de la consommation mondiale). On a ainsi vu pendant des mois des frontons de mairies décorés de larges banderoles et, quelques années plus tard, il n'était pas rare de trouver encore des panneaux restés fixés à l'entrée de quelques localités ou quelques slogans de protestation peints sur des murs.

La région attend en revanche beaucoup du projet de canal à grand gabarit Seine-Nord Europe, destiné à relier à compter de la fin des années 2010 les bassins de la Seine et de l'Escaut puis du Rhin, pour lequel les travaux de creusement ont débuté à compter de 2012 ; ce canal devrait suivre un itinéraire proche de l'actuel canal du Nord ; deux plates-formes portuaires multimodales sont prévues dans le Santerre : celles de Nesle et de Péronne Haute-Picardie, lesquelles plates-formes devraient aussi drainer une activité industrielle liée à l'agriculture ou, comme envisagé, à la production d'énergie issue de l'exploitation de la biomasse (plantes ou débris d'origines agricole ou sylvicole).

Mais, en 2012-2013, le projet est en cours de réévaluation en liaison avec la Commission européenne, le financement complet du projet par la France s'avérant difficile.

Toponymie Certains historiensMonographie communale de Roye aux archives départementales de la Somme pensent que le nom de Santerre – de Sanguinis Terra – aurait été donné à cette région après le carnage, l'effusion de sang (« sang qui s'est abondamment écoulé sur la terre »), qu'il y eut entre les troupes de Mérovée et les Huns d'Attila en 451, dans les plaines situées au nord de Rosières-en-Santerre, à l'est de LihonsAbbé Paul Decagny, L'arrondissement de Péronne, 1844 , pages 265-266 (article sur Lihons-en-Santerre).

D'autres historiens pensent que le nom de Santerre signifie Sana Terra (terre saine), car il s'agit d'une des terres (limons) les plus fertiles de France.

Histoire du Santerre Antiquité Avant la colonisation romaine, la région est une plaine partiellement occupée par des marais où vivent deux tribus gauloises, les Ambiani (d'Amiens) et les Veromandui (de Vermand) au Nord du territoire peuplé par les Bellovaques (de Beauvais).

Les Romains aménagent, depuis Amiens et en direction de Saint-Quentin, une voie romaine, rectiligne (assez à l'écart au Sud et sur la rive gauche de la Somme, jusqu'au niveau de Péronne).

En 451, les Huns d'Attila envahissent la Gaule romaine.

Moyen Âge Après 500, l'invasion des Francs et la conversion de Clovis au christianisme, son fils Clotaire, époux vers 538 de Radegonde, princesse de Thuringe, offre à celle-ci une résidence à Athies, à une dizaine de kilomètres de Péronne, ville où est enseveli saint Fursy, moine irlandais venu évangéliser la régionpage 30, « (Résumé de) l'histoire de la Picardie », P. Lami, 326 pages (1825, reprint Les Éditions du Bastion 1998).

En 929, le roi Charles III le Simple, en captivité depuis 6 ans au château de Péronne, y meurtpage 52, « (Résumé de) l'histoire de la Picardie », P. Lami, 326 pages (1825, reprint Les Éditions du Bastion 1998) et y est inhumé, dans l'église St-Fursy.

En 1435, Charles VII cède à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, les villes de Péronne, Roye et Montdidierpage 190, « (Résumé de) l'histoire de la Picardie », P. Lami, 326 pages (1825, reprint Les Éditions du Bastion 1998).

En 1468, Louis XI est retenu prisonnier dans le château de Péronne par Charles le Téméraire, le célèbre duc de Bourgogne, dans le but d'extorquer au roi de France un traité désavantageux et de le faire participer à une campagne contre la ville de Liège, mais Louis XI dénoncera ce traité deux ans plus tard.

Dans la deuxième moitié du , les villes de Nesle et Roye sont le théâtre d'affrontements répétés entre Louis XI et les Bourguignons, ainsi que Montdidier qui est incendié par ces dernierspages 195 et 199, « (Résumé de) l'histoire de la Picardie », P. Lami, 326 pages (1825, reprint Les Éditions du Bastion 1998).

Époque moderne Dans la première moitié du , si Péronne réussit à résister au siège de l'armée de Charles Quint menée par le comte de Nassau, prince d'Orange, Nesle et Roye sont cette fois incendiées à leur tourpages 212-213 et 221, « (Résumé de) l'histoire de la Picardie », P. Lami, 326 pages (1825, reprint Les Éditions du Bastion 1998).

En 1576, Jacques d'Humières, gouverneur de Péronne, refuse de remettre la ville aux protestants et, avec l'appui de seigneurs des environs (selon un manifeste qu'ils préparent en commun au château d'Happlaincourt et qu'ils signent ensuite à Péronne en ), lance un appel aux princes et prélats du royaume, afin de rétablir la religion catholique et « l’obéissance de Sa Majesté » : il s'agit de l'acte de création de la première Ligue, ou Sainte Ligue, aussi appelée Ligue Catholique). Le château d'Happlaincourt, en ruines depuis la Première Guerre mondiale, est situé sur la commune de Villers-Carbonnel, en bordure du Canal du Nord de nos jours, aux confins de la commune de Brie.

En 1641, et ce depuis 1524, la seigneurie puis principauté (en 1612) de Monaco est soumise à l'Espagne (cette dernière étant en guerre contre la France depuis 1635) mais souhaiterait revenir dans le camp français. Pour favoriser cette sécession, le cardinal de Richelieu, en résidence à Péronne, élabore le le traité de Péronne faisant de Monaco une principauté sous protectorat français et, avec l'accord de Louis XIII, le fait remettre à Honoré II Grimaldi. Honoré II le lui retourne dûment revêtu de son accord, devenant de la sorte le premier prince souverain de Monaco sous protectorat français.

Époque contemporaine