La bataille du Grand-Couronné est une victoire française du début de la Première Guerre mondiale qui se déroule en Lorraine en même temps que la bataille de la Marne. Elle oppose, du 4 au , les et armées françaises des généraux Augustin Dubail et Édouard de Castelnau à un groupement composé de la armée bavaroise et de la armée allemande réunies sous le commandement du prince Rupprecht de Bavière. Les principaux combats se déroulent autour de Nancy que défend la armée française attaquée par la armée bavaroise.
Le contexte de cette bataille Après la déclaration de guerre à la France par l’empire allemand le , les armées françaises se déploient le long de la frontière avec l’Allemagne. Entre le 20 et le se déroule la bataille des frontières. Disposant d’une large supériorité numérique, les sept armées allemandes prennent le dessus sur les cinq armées françaises et sur le corps expéditionnaire britannique (British Expeditionnary Force). La armée du général Dubail est battue au Donon et à Sarrebourg, celle du général de Castelnau, la armée française, subit une large défaite à Morhange. Ces deux armées qui reculent vers Nancy et dans les Vosges se rétablissent victorieusement le lors de la bataille de la Trouée de Charmes ce qui leur permet de stabiliser la situation en Lorraine pendant que partout ailleurs, les autres armées françaises et l’armée britannique poursuivent leur repli qui les conduira jusqu’à la Marne au cours de la première semaine de septembre. vignette|456x456px|Position des et armées française en Lorraine. Du fait de la victoire de la Trouée de Charmes, Joffre, le généralissime français peut prélever des renforts sur les et armées et dissoudre l’armée dite « de Lorraine » afin d’affecter ces unités à la création de deux armées supplémentaires la et la à son aile gauche. Au contraire, le chef d’État-major allemand, le général von Moltke, inquiet de l’échec subi à la Trouée de Charmes, conserve un important dispositif en Lorraine et dans les VosgesDe ce fait, lorsque Joffre ordonnera la contre-attaque de la Marne, le , il disposera de la supériorité numérique – franco-britanniques contre 44 allemandes. AFGG 1/3 .. Il est persuadé que les et armées françaises cherchent à se replier vers le sud pour rester alignées avec les autres armées dont il prévoit un profond recul vers le centre de la France. Aussi, le , donne-t-il l’ordre au prince Rupprecht de Bavière de recommencer à attaquer les Français entre Nancy et les Vosges. Rupprecht est furieux de cette décision qu’il juge totalement utopique. C’est également l’opinion de ses subordonnés. En effet, quelques jours plus tôt, du fait de sa défaite face à Castelnau lors de la bataille de la trouée de Charmes, trois de ses huit corps d’armée ont été fortement ébranlésPour la armée bavaroise, le total des pertes de la campagne de Lorraine se monte à quatre-vingt mille hommes mis hors de combat. Karl Deuringer, Der Wettlauf um die Flanke in Nordfrankreich, 1914, 2 vol., herausgegeben vom Bayerischen Kriegsarchiv, München, M. Schick, 1936. et les autres sont épuisés. Dans ces conditions, Rupprecht décide de s’en tenir à ce qu’il pense être l’esprit de cette demande de l’Oberste Heeresleitung (OHL) : fixer un maximum d’effectifs français dans l’Est. Le meilleur moyen d’y arriver est d’attaquer Nancy. Il sait que les Français défendront la ville avec acharnement. De plus, un tel assaut s’apparente à une opération de guerre de siège qui repose avant tout sur l’emploi d’une puissante artillerie lourde. Or, dans ce domaine, les Allemands possèdent une très large supériorité sur les Français, d’autant que Rupprecht peut compter sur le renfort de pièces lourdes qui seront prises sur les trois places fortes de Metz, Strasbourg et Mayence.
Pour les Français, ce que feront leurs et armée dépend avant tout du sort des autres armées françaises qui sont partout en train de reculer. Or, Joffre et le Grand quartier général (GQG) hésitent entre deux options : s’arrêter sur la Marne et faire face à partir de cette position avec la armée, la BEF, les , , et armées ou poursuivre leur repli jusqu’à la vallée de la Seine et de l’Aube suivant une ligne Melun — Nogent jusqu’aux Vosges. Dans ce dernier cas, cela obligerait les et armées à se retirer derrière la Moselle pour rester alignées et par conséquent cela entrainerait l’abandon de Nancy.
Le quand commence l’offensive allemande contre Nancy, la décision concernant la contre-attaque sur la Marne ou le repli français des armées de l’aile gauche n’a toujours pas été prise. Elle ne l'est que le lendemain et Castelnau n’en est officiellement averti que le Armée française pendant la Grande Guerre (AFGG) 1/3/A1 : télégramme au général commandant la armée, , , ..
Les forces en présence Français et Allemands ont massé en Lorraine le tiers des forces déployées sur le front occidental, soit près d'un million d’hommes.
Les Français : environ Il n’y a pas de commandement unique français en Alsace-Lorraine.
vignette|163x163px|Le général Édouard de Curières de Castelnau armée, général de Castelnau groupe de divisions de réserve, général Léon Durand : division ; division ; renforcé par la division de réserve ; division de réserve du général Fayolle ; corps du général Balfourier comprenant la division et la division - renforcé par la division de réserve ; corps général Taverna : division et division — renforcé par la division de réserve ; une division de cavalerie : DC.
Sur un effectif théorique de deux cent vingt-cinq mille hommes, le nombre de combattants que Castelnau peut engager est sensiblement plus réduit. La armée souffre de graves problèmes sanitaires provoqués par la consommation d’eau non-potable au cours des journées de combat précédentes. Castelnau a placé le groupe de divisions de réserve sur le Grand Couronné de manière à lui faire bénéficier de la protection du relief. Le corps défend la partie de la plus exposée du dispositif français ; une étendue peu vallonnée qui s’étend de Réméréville à la Meurthe (Buissoncourt, Haraucourt, Flainval) avec des éléments avancés à Courbesseaux et Maixe. Le corps est déployé au sud de la Meurthe le long de la rive gauche de la Mortagne et fait la jonction avec la armée. La grande faiblesse de Castelnau est son artillerie lourde. Bien qu’il ait prélevé un maximum de canons sur la place forte de Toul, il ne dispose que d’une centaine de piècesAFGG 1/3, ..
vignette|172x172px|Le général Augustin DubailIre armée général Dubail corps, général de Castelli : division, division ; corps, général Alix : division, division ; corps, général Baret : division, division.
Elle est renforcée par la division, par le groupement des Vosges ( division, division Schlucht, 115 brigade), par le groupement sud ( division de réserve, brigade dragons) et par la division de cavalerie. Elle peut également compter sur la garnison de la place d’Épinal avec la division de réserve. L’ensemble représente treize divisions d’infanterie et une division de cavalerie, soit environ AFGG 1/3/ partie .. Elle est déployée sur un large arc de cercle depuis la Mortagne jusqu’à la région de Saint-Dié dans les Vosges. À l’instar de Castelnau, la grande faiblesse de Dubail est son artillerie qui a beaucoup souffert depuis le début de la campagne. Elle ne lui permet pas d’aligner plus de en état de tirer, et moins de trente canons lourds.
Les Allemands : environ Rupprecht de Bavière qui commande la armée bavaroise, assume également le commandement de l’ensemble des forces allemandes et bavaroises engagées en Alsace-Lorraine : soit deux armées renforcées par un corps d’ersatz et par la garnison de la place forte de Metz (équivalente à deux divisions) et par le corps de cavalerie : KD et KDAFGG 1/3/ partie ..
vignette|200x200px|Prince Rupprecht de Bavière.
armée, Prince Rupprecht de Bavière : Corps d’ersatz (, et divisions d’ersatz) ; corps bavarois à 2 divisions ; corps bavarois à 2 divisions ; corps à 2 divisions ; corps bavarois à 2 divisions ; corps bavarois de réserve à 2 divisions. armée, général von Heeringen : corps à 2 divisions ; corps à 2 divisions ; corps de réserve à 2 divisions.
Rupprecht a disposé devant Castelnau quatre corps d’armée : le corps d’ersatz, le corps bavarois, le corps bavarois, corps bavarois de réserve. Il a placé le corps allemand le long de la Mortagne et la armée allemande dans les Vosges avec le corps d’armée dans la région de Baccarat, le corps d’armée à Raon-l'Étape et le corps d’armée de réserve dans la région de Saint-Dié́. Mais surtout, Rupprecht aligne sept cents canons lourds, principalement devant Nancy, soit une puissance de feu considérable avec laquelle il entend bien venir rapidement à bout des Français.
La problématique de la défense de Nancy Depuis des temps immémoriaux, la défense de Nancy semble une gageure. En effet, la ligne de défense naturelle du territoire français passe plus au sud sur la rive gauche de la Moselle, suivant l’axe Belfort-Verdun. Le système de Séré de Rivières a suivi la même logique en plaçant les deux rideaux fortifiés et des places fortes en arrière de Nancy. La ligne de hauteurs située au nord-est de la ville, appelée le Grand-Couronné, constitue certes un gros obstacle et une belle position de défense, mais elle est très incomplète, car elle laisse un large espace libre au sud-est qui débouche sur la trouée de Charmes. Dans les faits, cette quasi-absence de fortifications rend illusoire l’idée d’une résistance prolongée devant Nancy. En cas d’offensive allemande, Castelnau et son état-major auraient tôt ou tard à prévoir son abandon pour utiliser les hauteurs situées derrière la ville, voire se replier sur la position naturelle de résistance derrière la Moselle. Cette dernière hypothèse semblait la plus probable aux yeux des Allemands. Comme le rappelle le général von Kühl, la Moselle est pratiquement infranchissable : Il faut donc démystifier les propos de ceux qui après-guerre et pour des raisons polémiques, présentent l’hypothèse d’un abandon de Nancy comme le prélude à une catastrophe stratégique.
Le plan d’attaque allemand Le plan de Rupprecht vise à prendre Nancy après avoir détruit les défenses françaises grâce à son écrasante supériorité en matière d’artillerie lourde. Mais les grosses pièces qu’il déploie sont également son talon d’Achille. Elles le contraignent à adopter un plan très simpliste. Cette artillerie le force à concentrer son offensive sur un front relativement étroit à l’est de la ville. Pour commencer, au lieu d’attaquer le , il perd deux jours à faire venir de Metz, Mayence et Strasbourg les plus gros calibres. Or, ces canons ne sont pas attelés. Ils doivent donc être placés au plus près des voies ferrées par où ils transitent. Cela oblige également Rupprecht à rester à proximité de ses lignes d’approvisionnement, car il a calculé une consommation d’obus pour ces gros calibres qui nécessite vingt-six trains munitionnaires pour mener cette bataille. Il est également limité par la portée maximale de ses canons (dix kilomètres au maximum). Or, sur une large portion du champ de bataille, la Moselle, les hauteurs de la forêt de Haye et le massif du Grand-Couronné créent une zone d’interdiction d’une quinzaine de kilomètres de profondeur au sud, à l’ouest et au nord de la ville qui dépasse la portée de son artillerie. Son plan est donc aisément prédictible et Castelnau n’aura aucun mal à l’anticiper.
Le plan du général de Castelnau vignette|423x423px|Position des troupes devant Nancy 4 septembre 1914.