Pierre Bérégovoy , né le à Déville-lès-Rouen (Seine-Inférieure) et mort le à Nevers, est un homme d'État français. Il est Premier ministre du au , sous la présidence de François Mitterrand.
Issu d'un milieu modeste, il commence son engagement politique auprès de Pierre Mendès France avant d'adhérer au Parti socialiste (PS). Après l'élection présidentielle de 1981, il est nommé secrétaire général de la présidence de la République par François Mitterrand.
Tout en étant élu dans la Nièvre, il est successivement ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale de 1982 à 1984 et ministre de l'Économie et des Finances de 1984 à 1986 puis entre 1988 et 1992, ainsi que ministre de la Défense en 1993.
Après la démission d'Édith Cresson, il est nommé Premier ministre par le président Mitterrand, devenant, à 66 ans, le chef du gouvernement de la le plus âgé lors de sa nomination (un record battu par Michel Barnier en 2024). À Matignon, il fait face à une situation économique dégradée. Alors qu'il se présente comme « le champion de la lutte contre la corruption » et permet le vote de la loi Sapin, il est visé par des soupçons de ce délit, ce qui met à mal son image d'intégrité.
Il quitte ses fonctions après la lourde défaite de la gauche aux élections législatives de 1993, lors desquelles il est néanmoins réélu député. Un mois plus tard, il se suicide d'une balle dans la tête avec l'arme de service de son garde du corps.
Famille et vie privée Origines familiales
Pierre Eugène Bérégovoy naît le à Déville-lès-Rouen.. Il est le fils d'Irène Baudelin et d' Adrien Bérégovoy, né Adrian Beregovoï (en , le nom signifiant « riverain », « homme de la berge »), sujet de l'Empire russe né en 1893 à Izioum, dans la région de Kharkiv en Ukraine actuelle.
Capitaine russe blanc et menchevik, Adrian Beregovoï émigre en 1920 après la révolution d'Octobre, vit un an en Pologne, puis deux ans en Allemagne, avant de s'installer en 1923 en France. Il devient ouvrier métallurgiste à Déville-lès-Rouen quand il y épouse, le , Irène Baudelin, puis tient un café-épicerie. Il obtient sa naturalisation française en 1930Doan Bui et Isabelle Monnin, Ils sont devenus français. Dans le secret des archives, Jean-Claude Lattès, 2010..
Le frère de Pierre, Michel Bérégovoy, s'est également engagé en politique. Ancien député socialiste de Seine-Maritime, il est vice-président du conseil général de la Seine-Maritime avant de décéder en 2011..
Jeannine Neveu, la sœur de Pierre, a elle aussi eu une carrière politique dans une moindre mesure. Elle a été, de 1995 à 2008, maire de Pougues-les-Eaux, une petite ville non loin de Nevers, dont Pierre a été maire de 1983 à sa mort. Elle décède en 2023..
Jean-Michel Bérégovoy, fils de Michel Bérégovoy, est un élu vert au conseil municipal de Rouen depuis 2014, adjoint au maire ; quant à Véronique Bérégovoy, l'ancienne épouse de Jean-Michel, elle est présidente du groupe Verts au conseil régional de Haute-Normandie jusqu'en 2015.
À l'âge de cinq ans, Pierre Bérégovoy est pris en charge par sa grand-mère maternelle.
Vie privée Il épouse Gilberte Bonnet (1920-2001) le à Rouen. Le couple a trois enfants : Catherine (née en 1945), Lise (née en 1960) et Pierre (né en 1963). Militante, notamment dans la vie associative, Gilberte Bérégovoy siège au Conseil économique et social après 1993.
Catherine Bérégovoy-Cottineau, leur fille aînée, est élue conseillère municipale de Clichy « Extrait du registre de délibérations du Conseil municipal », Mairie de Clichy-la-Garenne, séance du 8 juillet 2008, sur le site ville-clichy.fr, consulté le 3 mai 2009., sur la liste socialiste, en 2008 « La ville de Clichy rend hommage à la mémoire de Pierre Bérégovoy », communiqué de presse, 27 avril 2009, sur le site de la ville de Clichy, ville-clichy.fr, consulté le 3 mai 2009..
Leur fils Pierre est directeur général de l'Union bancaire pour le commerce et l'industrie, filiale du groupe BNP Paribas en Tunisie ; en 2014, sa petite-fille Anne Sol-Bérégovoy se présente aux élections municipales dans le de Paris, sur la liste socialiste.
Formation et carrière Études En 1937, Pierre Bérégovoy obtient son certificat d’études. En 1941, son père étant tombé gravement malade, il quitte le lycée, obtient un brevet d'enseignement industriel (BEI), un CAP d’ajusteur et un autre de dessinateur industriel.
Carrière professionnelle En 1941, à l'âge de seize ans, il travaille pendant neuf mois à l’usine de tissage Fraenckel en tant que fraiseur. L'année suivante, il entre sur concours à la SNCF. Il rencontre Roland Leroy. Il entre dans la Résistance via le groupe « Résistance-fer ».. Il s'engage également dans les jeunesses socialistes.
En , il participe à la libération de la banlieue rouennaise..
En 1949, il est nommé au cabinet de Christian Pineau, ministre des Travaux publics et des Transports dans le gouvernement Henri Queuille, en tant que chargé des relations avec les syndicats.
L'année suivante, en 1950, il entre à Gaz de France comme agent technico-commercial à Rouen, puis obtient en 1957 sa mutation pour Paris.
En 1972, il est promu chargé de mission à GDF. En 1978, il termine sa carrière comme directeur adjoint à GDF.
Parcours politique Débuts à la SFIO et au PSU En , il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).. Il crée ensuite une section syndicale tendance FO.
En 1949, il dirige l'hebdomadaire socialiste La République de Normandie.
En 1958, il quitte la SFIO pour participer à la fondation du futur PSU. En 1960, il devient collaborateur de Pierre Mendès France au sein du PSU, chargé des questions sociales.
En 1967, il quitte le PSU pour adhérer à l'Union des clubs pour le renouveau de la gauche, animée par Alain Savary.
Adhésion au Parti socialiste Il rejoint en 1969 le « nouveau Parti socialiste » au congrès d'Alfortville. Il participe deux ans plus tard au congrès d'Épinay, puis aux négociations en vue de la signature du programme commun.
En 1973, il devient secrétaire national chargé des affaires sociales puis, à partir de 1975, chargé des relations extérieures. Il le reste jusqu'en 1979.
Secrétaire général de l'Élysée Après l'élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, Pierre Bérégovoy dirige l'antenne présidentielle chargée d'organiser la passation de pouvoirs, fixée au 21 mai. Après l'investiture de Mitterrand, il est secrétaire général de la présidence de la République, de à .
Ministre et député à plusieurs reprises De à , il est ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale dans les . Par la suite, dans le gouvernement Fabius (1984-1986), il est ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.
Converti à l'économie de marché, Pierre Bérégovoy s'attache à stabiliser le franc (« politique du franc fort »), afin de faire baisser l'inflation, ainsi qu'à libéraliser les marchés financiers et à moderniser la Bourse.
Son ministère est marqué par la déréglementation des marchés financiers et boursiers.
Sous l'impulsion de son directeur de cabinet, Jean-Charles Naouri, il libéralise totalement les marchés financiers en France..
En 1984, il milite pour la création d'un groupement des cartes bancaires qui donnera le GIE CBhttps://www.lsa-conso.fr/date-cle-1967-la-carte-bleue-transforme-le-paiement,299301.
Il modernise les législations en matière de finance en allégeant le contrôle des changes et en supprimant l'encadrement du crédit.. Il nomme Jean-Yves Haberer président du Crédit lyonnais., dont les pertes abyssales ne seront révélées qu'en 1992.
Pierre Bérégovoy est élu député de la Nièvre, pour la première fois, le . À la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale consécutive à la réélection de François Mitterrand, il est réélu dans la circonscription de la Nièvre le .
Du au , dans les , il est ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.
Alors qu'il entre au gouvernement, il cède son siège de député à son suppléant, Marcel Charmant.
Il est ensuite ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur dans le gouvernement Cresson à compter du .
Premier ministre
Formation du gouvernement et situation politique Le , après la défaite de la gauche aux élections régionales et cantonales du mois précédent, le président Mitterrand nomme Pierre Bérégovoy à la fonction de Premier ministre. Il succède ainsi à Édith Cresson, nommée dix mois plus tôt.
À 66 ans, il est alors le Premier ministre le plus âgé lors de sa nomination ; ce record n'est battu que 32 ans plus tard, en , par Michel Barnier, nommé Premier ministre à 73 ans.
Le gouvernement Bérégovoy est composé de 43 membres : 20 ministres et 23 secrétaires d'État ; 36 hommes et 7 femmes. Il compte des membres du Parti socialiste, des dissidents de l'Union du centre (par la suite réunis au sein du Mouvement des réformateurs) et des radicaux de gauche.
À Matignon, il doit affronter les attaques qui visent sa majorité, notamment en raison d'instructions judiciaires pour corruption touchant des proches du président de la République.
Lui-même mis en cause, il se voit confronté à la persistance des difficultés économiques et au mécontentement de la gauche, qui voit en lui le symbole du ralliement des socialistes au libéralisme économique.
Au-delà des affaires, le contexte est marqué par une récession économique et une déroute annoncée aux élections législatives de 1993François Mitterrand, que reste-t-il de nos amours ? (2015) où Raphaëlle Bacqué déclare ..
Une déclaration qu'il a faite à l'AFP peu avant sa nomination confirme un pressentiment face à la difficulté de la charge : ..
Pierre Bérégovoy cumule ses fonctions de Premier ministre avec celles de ministre de la Défense à compter du , succédant à Pierre Joxehttps://archives.assemblee-nationale.fr/gouv_parl/fiches_personnalites/Beregovoy.asp.
Sous la Cinquième République, il est l'une des rares personnalités politiques à avoir été chef du gouvernement et ministre d'un autre portefeuille de plein exercice.
Contexte économique et social En juin et , Bérégovoy et le gouvernement doivent faire face à des mouvements de grève et de barrages de conducteurs routiers hostiles au permis à points (instauré par la loi du puis entré en vigueur le ).
À la suite de ces contestations, une réforme du permis à points est instaurée le , le barème d'infraction donnant lieu à un retrait de points, initialement composé de six points est élargi à douze.
Le , le gouvernement Bérégovoy promulgue une loi créant le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.
Par ailleurs, la ratification du traité de Maastricht est approuvée par une courte majorité de Français (51,04 %) lors du référendum du 20 septembre 1992.
Comme pour les gouvernements Rocard et Cresson, la responsabilité du gouvernement n'est pas engagée à la suite de la déclaration de politique générale.
En revanche, comme Michel Rocard, il engage la responsabilité sur un autre texte : le , le Premier ministre a recours à l'article 49 alinéa 1 de la Constitution sur les négociations du GATT.
Pierre Bérégovoy a également recours à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution sur trois textes concernant les médecins et l'assurance maladie, le projet finances pour 1993 et le fonds de solidarité vieillesse.
Sur fond de dépenses publiques non contrôlées, la gravité de la crise de 1993, privant l'État d'importantes recettes fiscales, affaiblit Pierre Bérégovoy.
La dégradation du budget est en complet désaccord avec les prévisions : « Les mécomptes du Pinay de gauche », Corinne Lhaik, L'Express, 6 mai 1993..
Le déficit cumulé de la Sécurité sociale atteint de francs (soit environ 15 milliards d'euros) fin 1993.
Rapport à la corruption Nommé Premier ministre, Pierre Bérégovoy se présente comme .
Lors du discours de politique générale du , qu'il prononce devant l'Assemblée nationale après la formation de son gouvernement, il déclare notamment :