thumb|Le chevalement de la fosse 9 est le vestige le plus connu de la Compagnie, pourtant, il a été mis en place en 1975, bien après la Nationalisation, et est donc un vestige du Groupe de Douai. La Compagnie des mines de l'Escarpelle est une compagnie minière qui a exploité la houille à Roost-Warendin, Leforest, Pont-de-la-Deûle, Dorignies, Courcelles-les-Lens et Auby dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, à cheval dans le département du Nord et du Pas-de-Calais. M. Soyez établit un sondage le dans le hameau de l'Escarpelle à Roost-Warendin, dans le but de découvrir la houille au-delà de la concession d'Aniche. Le sondage étant un succès, une société est fondée le "Une chrétienté au XIXe siècle ?: La vie religieuse des populations du diocese d'Arras (1840-1914)" tome I et II, page 37, par Yves-Marie Hilaire, aux Presses Univ. Septentrion, 1973 , elle effectue sa demande en concession le et commence le fonçage de sa première fosse la même année à Roost-Warendin.

La fosse commence à produire en 1850. Le fonçage de la fosse 2 commence en mai à Leforest, dans le Pas-de-Calais. Un décret en date du accorde la concession de l'Escarpelle sur une étendue superficielle de . Les venues d'eau sont un problème majeur pour le fonçage des puits, ainsi, la fosse 2 n'est fonctionnelle qu'en . La fosse 3, commencée à Pont-de-la-Deûle, un hameau de Flers-en-Escrebieux, en , n'entre en exploitation qu'en . Il en va de même pour la fosse 4 - 4 bis, dont le fonçage commencé le à Dorignies, hameau de Douai, n'est rendu possible qu'avec la première utilisation dans le Nord du procédé Kind-Chaudron. L'exploitation n'y commence qu'en 1871 - 1872. La fosse 5, située à Dorignies comme la précédente, commencée en 1875, n'est productive qu'en 1879. En revanche, il faut moins de deux ans pour que la fosse 6, ouverte en 1884 à Leforest, soit productive.

En 1880, la Compagnie de l'Escarpelle rachète la Société de Courcelles-lez-Lens et sa fosse, commencée en . Elle devient la fosse 7. Un puits 7 bis y est adjoint en 1902 pour une mise en production en 1906. Le puits 8, commencé à Auby en , n'entre en production qu'en 1910. La fosse 9, commencée à Roost-Warendin en 1909 entre en service la même année. La Première Guerre mondiale entraîne la destruction de toutes les installations de surface, celles-ci sont reconstruites, dans un style parfois complètement différent, comme aux fosses 2 et 4 - 4 bis. La Compagnie commence son dernier siège en 1923 au nord de Leforest. À la mise en exploitation de la fosse 10, la fosse 6 assure l'aérage.

La Compagnie des mines de l'Escarpelle est nationalisée en 1946, et intègre, avec la Compagnie des mines d'Aniche, le Groupe de Douai. La fosse devient au fil des années la plus moderne de l'ancienne compagnie, et est la dernière à fermer dans le nord, et l'avant dernière du bassin minier. Les dernières berlines remontent le , quelques semaines avant celles des fosses 9, 9 bis et 10. Bien que la majorité des installations aient été complètement détruites, et les terrils exploités, il subsiste le chevalement du puits , sans son faux-carré, des bâtiments répartis sur les sites des anciennes fosses 3, 5, 7 - 7 bis, 8, 9 et 10. Des terrils, certains comme ceux de la fosse - 7 bis, et celui de la fosse , ont été entièrement exploités, mais les terrils des fosses 1 et 10 ont été préservés.

Historique

De la création à 1880

Sondage à l'Escarpelle par M. Soyez

Le , M. Soyez, de Cambrai, établit un sondage à l'Escarpelle, près de Douai, en vue de déterminer le prolongement du bassin houiller à l'ouest de la concession d'Aniche.

Dans un mémoire à l'appui d'une demande, qu'il adresse en 1861 au Gouvernement, d'une récompense pour avoir découvert le prolongement du bassin houiller au-delà de Douai, M. Soyez explique les considérations qui l'ont conduit à entreprendre cette recherche. Il a, dit-il, depuis longtemps étudié et suivi les travaux de recherches exécutés précédemment, qui ont constaté l'existence du terrain dévonien au sud de Douai, à Esquerchin, et le calcaire carbonifère, au nord, à Vred, et il en a conclu que le bassin houiller, s'il se prolonge au-delà des exploitations d'Aniche, doit nécessairement passer entre Esquerchin et Vred.

M. Soyez, avec un compas, partageant par égale portion le terrain compris entre ces deux points, détermina l'axe ou le point de centre, qui a été l'Escarpelle au nord-ouest de Douai. Cette simple opération suffit pour démontrer que le bassin houiller dévie de sa direction et continue de l'est à l'ouest, en se portant de 30 à 40° plus au nord. Cette déviation a causé l'erreur dans laquelle sont tombés tous les explorateurs qui croyaient toujours à la direction de l'est à l'ouest.

La demande et le mémoire de M. Soyez ont été renvoyés aux Ingénieurs des Mines, qui ont conclu qu'il n'y avait pas lieu d'y donner suite. Ils ont eu connaissance de la proposition soumise en 1845 au conseil d'administration des mines de Vicoigne, dont M. Soyez est membre, d'entreprendre des recherches pour trouver le prolongement du bassin houiller au-delà de Douai.

Il a été attesté officiellement, par les Administrateurs de la Compagnie de Vicoigne, que M. de Braquemont a fait connaître au conseil d'administration de la Compagnie que, dans son opinion, le bassin houiller du Nord ne finit point à Douai, et qu'il y a lieu, dans l'intérêt de la Compagnie de Vicoigne, ne possédant que des charbons maigres, de faire des recherches sur le prolongement du bassin houiller ; que cette indication a été donnée par M. dé Braquemont à une époque qui remonte à 1845, ainsi qu'il est rappelé dans un rapport de ce directeur. en date du ; qu'en effet, à la date du , il a été posé au Conseil la question de savoir si ce n'est pas le cas de procéder aux recherches conseillées par son ingénieur, proposition qui a été ajournée, reprise plus tard et enfin mise à exécution, ce qui a donné lieu à la concession de Nœux, obtenue par la Compagnie de Vicoigne.

Quoi qu'il en soit, M. Soyez, qui a été l'un des fondateurs de la Société d'Esquerchin en 1837, qui a pris une part active aux recherches de Vicoigne en 1838, et est devenu l'un des Administrateurs de la Société ayant obtenu la concession de ce nom, M. Soyez, après s'être démis de ses fonctions, a installé, au milieu de l'année 1846, un sondage à l'Escarpelle. Ce sondage atteint le terrain houiller à , puis traverse deux couches de houille qui ont été constatées officiellement par les Ingénieurs de l'État les et .

Premier sondage ayant découvert la houille au-delà de Douai

Le sondage de l'Escarpelle est certainement le premier travail où la découverte de la houille au-delà de Douai a été constatée officiellement. Le sondage de Madame Declercq dans son parc d'Oignies a sans doute pénétré dans le terrain houiller depuis plusieurs années, mais la découverte de la houille ne paraît pas y avoir précédé de beaucoup celle faite à l'Escarpelle, ou du moins elle n'y a pas été constatée par les Ingénieurs de l'État.

Il ne paraît pas probable non plus qu'en 1845 et 1846, MM. de Braquemont et Soyez aient eu connaissance de la rencontre du terrain houiller à Oignies. Madame Declercq et M. Mulot ont tenu secrète cette rencontre, et à moins de quelques indiscrétions d'ouvriers, auxquelles on ne devrait ajouter que peu de foi, la nouvelle ne s'en est pas répandue. L'idée première de rechercher la houille au-delà de Douai, là où elle a été réellement découverte, appartient à la Compagnie des Canonniers de Lille qui, dès 1835, a établi un sondage sur Flers, non loin du fort de Scarpe. Ce sondage est arrivé à de profondeur, dans le tourtia, lorsqu'un éboulement est survenu. Le travail a été abandonné, et la Compagnie, renonçant à ses recherches des environs de Douai, les reporte à Marchiennes où elle n'obtient pas plus de succès. En 1850, la Compagnie de Marchiennes, qui a repris la suite des recherches de la Compagnie des Canonniers, vient s'établir de nouveau près du fort de Scarpe. Le sondage qu'elle a commencé a été arrêté à , à la suite de l'établissement de la concession de l'Escarpelle.

La Société de Douai et Hasnon a aussi, en 1838, établi un sondage à Auby. Il a été abandonné à , dans la craie, à la suite d'un accident. Cette Société reporte ses recherches à Hasnon, où elle découvre la houille et obtint une concession qui ne lui a guère été profitable. Sans les accidents survenus pendant l'exécution des sondages de Flers et d'Auby, les Compagnies des Canonniers, de Douai et Hasnon auraient certainement découvert la houille, et, par suite, le nouveau bassin du Pas-de-Calais, dix ans avant la date à laquelle il a été réellement découvert.

Formation de la Société de la Scarpe

Le sondage de l'Escarpelle n'est encore arrivé qu'à , et est encore dans la craie, lorsque, le , M. Soyez constitue, avec divers propriétaires de Cambrai, une Société ayant pour objet la recherche et, s'il y a lieu, l'exploitation des mines de charbon de terre dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, et spécialement sur le territoire des communes désignées dans la déclaration faite, par ledit M. Soyez, à la Préfecture du Nord.

Cette Société prend la dénomination de Compagnie charbonnière de la Scarpe, titre qu'elle change pour prendre celui de la concession qu'elle espère obtenir. Elle était purement civile. Son siège est à Cambrai. M. Soyez fait apport, sauf remboursement de frais, des droits pouvant résulter du sondage qu'il a entrepris, du matériel dudit sondage et des droits de priorité découlant de ses déclarations à la Préfecture du Nord.

Le capital est fixé à , représenté par de . Tout actionnaire a le droit de quitter la Société après versement de et en abandonnant ses mises et ses droits. Les statuts renferment les autres dispositions suivantes : les actions sont nominatives, les actions 1 à sont dès actuellement souscrites. Sur ces actions, 800 (1 à 800) sont affranchies de tous appels de fonds et inaliénables jusqu'au moment où la Société aura obtenu la concession ; mais après cette obtention, elles sont passibles des appels de fonds.

Le Conseil d'administration a le droit de retraire les actions cédées, moyennant le remboursement en principal et accessoires du prix porté en l'acte de vente. Lorsque la Société aura obtenu une concession, l'Assemblée générale se réunira, chaque année, à Cambrai. Pour en faire partie, il faudra être propriétaire de dix actions. Les attributions de l'assemblée générale sont d'entendre les comptes, de nommer les administrateurs, etc. La Société sera gérée par un conseil d'administration composé de six membres nommés pour huit ans, et possesseurs d'au moins dix actions. Leur remplacement a lieu par un vote de l'assemblée générale. Les pouvoirs du Conseil d'administration sont très étendus. Il est institué, pour vérifier les comptes, un comité de surveillance composé de trois membres, nommés pour huit ans par l'assemblée générale. Le de chaque année, les écritures seront arrêtées et l'inventaire dressé par les soins de l'administration. Elle fixera le chiffre des dividendes.

Doublement du capital

Le capital primitif d'un million et demi a été insuffisant pour amener l'entreprise de l'Escarpelle à une marche régulière et productive. L'exploitation des charbons secs des deux premières fosses est peu fructueuse, et il faut, de toute nécessité, en ouvrir une troisième sur le gisement de charbon gras nouvellement découvert à Dorignies.

On songe en 1855 à se procurer un nouveau capital par un emprunt ; mais le crédit de la Compagnie ne lui permet de le réaliser que jusqu'à concurrence de . Alors le conseil d'administration, d'accord avec les membres du Conseil de surveillance et les délégués désignés dans la dernière Assemblée générale, propose aux actionnaires de doubler le capital social en émettant nouvelles de . L'Assemblée générale du adopte cette proposition et porte le capital de la Société à trois millions, représenté par de .