L'asile étant un lieu où une personne se sentant menacée peut se mettre en sécurité, le droit d'asile renvoie au fait que, dans différentes civilisations, les sociétés ont reconnu un droit à chaque être humain de trouver refuge face à des menaces et des persécutions. Ainsi, la Déclaration universelle des droits de l'homme énonce, en son article 14 : La Convention de Genève de 1951 a donné à cette protection une traduction en droit international public.

Terminologie Le terme asile vient du grec ancien (ásūlon, « qu'on ne peut piller ») et du latin asylum (« lieu inviolable, refuge »). En 1657, Scarron définit l'asile comme « tout lieu où l'on se met à l'abri d'un danger »Trésor de la Langue française informatisé (TLFi). Au , le mot devient aussi synonyme d'établissement pour infirmes, vieillards ou aliénés. La notion devient alors ambivalente, pouvant renvoyer à des concepts diamétralement opposées (hospitalité ou mise à l'écart, voire confinement).

Le droit d'asile ancien, suivant une tradition millénaire, était le droit d'une autorité (religieuse, politique...) ou d'un établissement (temple, église...) de pouvoir accueillir sur son territoire toute personne de son choix. Le droit d'asile moderne émerge lentement aux , et surtout s, comme une valeur éthique voire politique, parfois inscrite dans le droit, tendant à accorder aux personnes injustement menacées le bénéfice d'un refuge pour se protéger temporairement ou définitivement.

Le droit d'asile en tant que valeur est à distinguer du droit de l'asileAlland, Denis ; Teitgen-Colly, Catherine. Traité du droit de l’asile, Paris : PUF, 2002. (Collection « Droit fondamental ») en tant qu'ensemble de règles juridiques (internationales, nationales, jurisprudentielles…) qui mettent en œuvre l'idée d'asile telle qu'elle se conçoit à chaque époque et dans chaque pays.

Droit d'asile ancien (Antiquité, Moyen Âge) Contrairement à une idée reçue, le droit d'asile moderne a peu de liens avec celui de l'Antiquité et du Moyen ÂgeSchuster, Liza. « Asylum and the lessons of history », Race & Class, 2002, vol. 44 (2), pp. 40-56 : le droit d'asile ancien correspond à un privilège du protecteur et non du protégé ; il peut profiter aux criminels de droit commun alors que l'asile moderne les exclut de son champ de protection.

Antiquité : origines du droit d'asile Asile avant le de l'ère chrétienne/commune. Dans la Grèce antique, par référence explicite au grec « άσυλον », (de α- privatif + συλάω piller : « que l’on ne peut piller », où l’on ne peut prélever de butin, inviolable), on parle de droit d'asyle ou asylie pour différencier cette notion, vivace durant toute l'antiquité, du droit d'asile moderne. L'asylie est définie comme le droit d'échapper à la saisie violente. Durant la période des guerres incessantes entre cités, l’asylie des temples avait pour conséquence de mettre hors de portée des envahisseurs grecs prenant une autre cité grecque les bâtiments et biens dévolus aux cultes des dieux de l’Olympe. L’asylie est alors essentiellement le privilège d’une caste de prêtres qui construit idéologiquement son immunité au sein du monde grec par-delà les clivages politiques qui conduisent les cités à se faire la guerre. Le sanctuaire, espace consacré, était un lieu d'asyle et sa sacralité se communiquait à quiconque y pénétrait.

Les grands sanctuaires panhelléniques, et, en , la cité de Platées de Béotie firent l'objet d'une déclaration explicite d'asylie. Il est cependant arrivé que ce droit d'asyle fût enfreint, comme on le voit par le récit de la fin de Pausanias chez Thucydide, livre I, chap. CXXXIV.. Vers , on voit diverses cités grecques conclure des accords d'asylie avec la ligue étolienne pour échapper à la piraterie et au pillage. En Asie mineure, l'asylie fut octroyée aux cités de fondation séleucide, pour protéger le sanctuaire et par extension la cité tout entière qui l'abritait ; c'était aussi un titre dans la course aux honneurs entre citésRigsby, Kent J. Asylia. Territorial inviolability in the Hellenic World, Berkeley, University of California Press, 1996..

Dans la Rome antique, l'asile a pu apparaître comme l'origine et la raison d'être d'une cité nouvelle : un espace de refuge, à distance géographique, sociale ou politique d'une domination urbaine ; un espace de refuge et regroupement des parias poursuivis qui reconstruisent ailleurs une vie et une ville. Cette forme du droit d'asile apparaît essentiellement dans le mythe de la fondation de Rome : le Capitole aurait été édifié comme lieu d'asile par Romulus afin d'accélérer le peuplement de la nouvelle cité. Dans le sillage du sens grec, certains temples romains (surtout des temples situés en Grèce conquise qui conservaient leurs anciens privilèges), en raison de leur caractère sacré, ont rempli cette fonction initiale de refuge pour les esclaves, débiteurs, criminels et opposants recherchésCrépeau, François. Droit d’asile : de l’hospitalité aux contrôles migratoires, Bruxelles : Bruyland, 1995, 424 p.. Néanmoins, on constate que la République romaine puis l'Empire ont plutôt cherché à limiter grandement le nombre de ces lieux refuge, considérant que le droit d'asile était incompatible avec leur vision de la justice et du maintien de l'ordreTIMBAL Pierre, Le droit d'asile, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1939..

Naissance du droit d'asile chrétien C'est à la fin du , alors que le christianisme nicéen devient la religion officielle de l'Empire romain (à la suite de l'Édit de Thessalonique en 380), que le droit d'asile ancien se christianise. Il est tout d'abord un fait populaire : des individus se réfugient spontanément dans les églises chrétiennes et les cas se multiplientDucloux, Anne. Naissance du droit d'asile dans les églises : ad ecclesiam confugere : -milieu du , De Boccard, 1996.. Face à un phénomène qui s'amplifie et grâce à l'action des Pères de l'Église (qui élaborent une théorie du droit d'asile chrétien), le pouvoir séculier est conduit à officialiser ce nouveau droit, notamment par la Constitution du 21 novembre 419, puis par le Code Théodosien. La loi dispose alors que tout individu est admis à trouver refuge dans les églises chrétiennes s'il cherche à échapper à un quelconque poursuivant, qu'il s'agisse d'un particulier ou d'un agent de l'État. Néanmoins, rapidement, deux catégories de personnes sont exclues du droit d'asile : les esclaves, qui n'ont pas d'identité juridique, et les débiteurs du fisc, car l'État refuse de les laisser filer.

Moyen Âge : vers l'âge d'or du droit d'asile chrétien thumb|Anneau du droit d'asile sur une porte de la cathédrale Notre-Dame de Paris (France).

Époque romano-barbare Les grandes migrations germaniques ne font pas disparaître le droit d'asile chrétien. Qu'ils soient païens (Francs) ou ariens (Ostrogoths, Wisigoths, Burgondes), tous reconnaissent le droit d'asile chrétien, selon le principe de « personnalité des lois » : chaque peuple soumis conserve ses propres lois et continue de les appliquer. Ainsi, dans les différentes parties de l'ancien Empire romain d'Occident, les évêques romains continuent de faire appliquer le droit d'asile et le réaffirment régulièrement au sein des conciles (Concile d'Orléans, sous le Franc Clovis en 511 - Concile d'Épaone, sous le Burgonde Sigismond en 517 - concile de Tolède, en 638 - entre autres). Les peuples germaniques ne s'excluent eux-mêmes jamais de ce droit et leurs conversions progressives au catholicisme les incitent à faire entrer ce droit dans la législation civile.

Selon les trois premiers canons du Concile d'Orléans de 511, tout fugitif, meurtrier, adultère, voleur, qui se réfugie dans une église, ou ses dépendances, ou dans la maison d’un évêque, est protégé par le droit d’asile : on ne peut l’en faire sortir de force ; il peut négocier une indemnisation avec les personnes auxquelles il a nui ; ses poursuivants doivent jurer sur l’Évangile qu’ils ne tenteront pas d’obtenir une vengeance.

Ce droit concerne aussi le rapt, si la victime (homme ou femme) y consent. L’esclave en fuite ne sera rendu à son maître que si celui-ci jure sur l’Évangile de ne pas sévir. Le droit d’asile ménage ainsi toujours une possibilité d’échappatoire pour tous, même les criminels. Cet asile est inviolable : même s’il est quelquefois enfreint, ceux qui ne le respectent pas sont toujours l’objet de la réprobation.

Charlemagne et le droit d'asile Le règne de Charlemagne sur une partie de l'Europe occidentale marque une période de rigueur pour le droit d'asile chrétien. Le nouveau souverain n'entend pas être contrarié dans sa fonction de justicier. Ainsi, le droit d'asile des esclaves reste aussi restreint qu'aux époques précédentes. Mais Charlemagne considère également que les individus reconnus coupables d'un crime quelconque ne peuvent bénéficier du droit d'asile : seuls les innocents et les individus en attente de procès peuvent espérer pouvoir se réfugier légalement dans une église.

Moyen Âge classique Avec le morcellement de l'autorité royale dès la fin du , le droit d'asile tend à perdre son caractère systématique. L'idée d'une protection universelle conférée par n'importe quel édifice religieux perd du terrain. Le droit d'asile devient un privilège, conféré individuellement à tel ou tel établissement ecclésiastique par les souverains ou parfois par le Pape. L'asile dure tant qu'une promesse d'impunité n'a pas été fournie mais certains ne peuvent s'en prévaloir : brigand notoire, malfaiteur, puis progressivement les Juifs, les hérétiques et les excommuniésTimbal, Pierre. Le droit d 'asile, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1939, p. 229.

Dans le même temps, de nouvelles formes de refuge sacré voient le jour avec le mouvement de la Paix de Dieu, au . Parmi ces nouveaux espaces, les plus connus sont les sauvetés, apparues essentiellement en Gascogne. Le mouvement de la Paix de Dieu est l'occasion pour les évêques de réaffirmer, dans les conciles du , le principe du droit d'asile. Il est notamment peu à peu étendu aux socles des croix de carrefour et de chemin (canon du Concile de Clermont en 1095). Progressivement, une population d’« indésirables »Pernoud, Pernoud. Les Saints au Moyen Âge - La sainteté d’hier est-elle pour aujourd’hui ?, Plon, Paris, 1984, 367 p., p. 202-203 se constitue autour des sanctuaires.

Bas Moyen Âge Au Bas Moyen Âge, le droit d'asile est accordé par la ville de Valenciennes, qui compile alors des listes des bénéficiaires.

Déclin du droit d'asile chrétien dans le royaume de France à l'époque moderne où ce droit coutumier accordé aux églises a continué d'être respecté par l'État.

Droit d'asile moderne : un droit du réfugié Le droit d'asile comme droit du réfugié apparaît récemmentBettati, Mario. L’Asile politique en question : un statut pour le réfugiés, Paris : PUF, 1985., essentiellement au . Quelques formulations ambivalentes apparaissent aux s mais le droit d'asile reste encore l'apanage d'une puissance souveraine accueillant les personnes de son choix en fonction de ses intérêts notamment politiques et diplomatiques.

Droit improbable ()