Gilles Uriel Bernheim, né le à Aix-les-Bains, est un rabbin français.
Rabbin des étudiants, aumônier des hôpitaux puis rabbin de la grande synagogue de Paris, il devient grand-rabbin de France le . Forcé de reconnaître que son œuvre comprend des plagiats et qu’il n’a pas, comme il l'avait laissé entendre, obtenu l'agrégation de philosophie, Gilles Bernheim annonce sa « mise en congé » le .
Adepte d’un judaïsme orthodoxe ouvert sur le monde moderne, auteur prolifique, il obtient un important écho au sein de sa communauté et en dehors, participant à des débats de société, comme la question de l’abattage rituel en France et le mariage pour tous.
À la fin de l'année 2020, il annonce faire son alyah, c'est-à-dire émigrer vers Israël..
Éléments biographiques
Jeunesse Gilles Bernheim naît à Aix-les-Bains dans une famille juive alsacienne originaire d'Europe de l'Est. Enfant, il veut être coureur cycliste. Il enfourche son vélo de course tous les soirs après l'école et part s'époumoner sur les routes de Savoie. Ses parents lui disent : « Coureur cycliste, ce n'est pas un métier pour un juif, tu n'auras pas le temps de lire. ! »
Ses parents se fiancent en à Strasbourg, le mariage ayant lieu en , dans la même villeVoir, l'Unité, semaine religieuse israélite, Lyon, 14 juin 1946, p. 23, et 20 septembre 1946, p. 23.. Son père est Pierre Bernheim, né le à Colmar et mort le à Aix-les-Bains d'un cancer du colon., commerçant en bois. Sa mère est Berthe (Blime), née Klein, née le à Strasbourg et morte le à Strasbourg., professeur de mathématiques. Elle est une ancienne condisciple d'Antoinette Gluck..
Il perd son père, Pierre Bernheim, à l'âge de quatorze ans. À Aix-les-Bains, Gilles Bernheim et son frère sont scolarisés dans l'enseignement public. Il y suit les cours le samedi, les bras croisés afin de respecter le chabbat. La Loi juive interdit d'écrire ou de transporter des objets en ce jour. À la fin de la classe de seconde, il part en Israël, où il étudie dans une yeshiva de Netivot, dans le Néguev. Il étudie ensuite, à l'âge de , dans un kollel (école talmudique pour hommes mariés) à Jérusalem.. Après la mort de son père, la famille s’installe à Strasbourg. C’est un bon élève : il est « excellent mais rêveur et timide en classe », se souvient son professeur de philosophie Armand Abécassis.
Gilles monte à Paris. Il se plonge dans ses livres à en rater les stations de métro, fera à la fois l'école rabbinique de la rue Vauquelin et philosophie à la Sorbonne. Son objectif est de devenir rabbin et d’obtenir l'agrégation de philosophie, parce que ce mélange religieux et laïc correspond à ses convictions. Avant de devenir rabbin (diplômé du Séminaire israélite de France, et complété sa formation en Israël auprès d'un grand maître orthodoxe de tradition lituanienne), Gilles Bernheim participe activement au mouvement de jeunesse Yechouroun (où il est moniteur et animateur de séjours de vacancesVoir, Gilles Bernheim moniteur dans les colonies de vacances Yechouroun. ), sous la direction de Henri Ackermann et de Liliane Ackermann. Il y fréquente aussi Théo et Edith Klein..
Famille Il rencontre d'abord une jeune fille, Tania, amie d'enfance dont la jeune sœur s'était noyée en 1968, deux ans après la mort du père de Gilles. Ils sont prêts à se fiancer, mais Tania meurt dix jours avant la cérémonie avec ses parents dans un accident de voiture en 1973.. Le frère de Tania sera tué la même année en Israël pendant la guerre de Kippour. La dernière sœur de Tania, seule survivante de la famille, est atteinte d'une leucémie incurable en 1976. Gilles l'apprendra deux jours avant l'ultime oral de son concours d'agrégation de philosophie, où il échouera.
Sa femme, Joëlle Bollack, psychanalyste, est originaire de Mulhouse. Ils se rencontrent en Israël. et se marient en 1977. Comme lui, elle est élevée dans la tradition d'implication du judaïsme dans la cité. Ils pratiquent un judaïsme orthodoxe moderne. Elle milite, avec son soutien, pour le droit des femmes à enseigner le Talmud aux femmes. Elle porte la perruque. Elle dirige l'association Études juives au féminin. Leur couple est très uni et sort même renforcé de l'affaire des plagiats (voir infra), selon leur fils Eliya Bernheim, qui a été le chef de cabinet de son père. Ils ont un fils et trois filles établies en Israël.
Carrière Il devient rabbin des étudiants en 1977, puis des universitaires (jusqu'en 1996). Il dirige le département Torah et Société du Consistoire de Paris où il poursuit une tâche d'accueil, d'échanges, d'enseignements et de publications centrée sur les grands problèmes de société. Il préside aussi la commission d’éthique médicale au Consistoire de Paris et est vice-président de l’amitié judéo-chrétienne de France.
En 1997, il est nommé à la tête de la synagogue de la Victoire.
En , il publie un ouvrage d'entretiens avec le cardinal Barbarin intitulé Le Rabbin et le Cardinal. Il y met en exergue « la richesse d'un dialogue inter-religieux vigilant et respectueux des identités historiques et contemporaines de chacun ». L'initiative est accueillie favorablement dans les milieux catholiques, alors qu'une voix de rabbin exprime une réaction de réserve dans le judaïsme orthodoxeVoir ..
Comme dirigeant spirituel de la communauté juive de France, le grand-rabbin Gilles Bernheim se dit ouvert au monde extérieur : . Par le biais de plaquettes éditées par le département Torah et Société du Consistoire de Paris, il donne son avis sur les questions les plus diverses : la pauvreté, le sida, les handicapés ou, dans un tout autre registre, la relation avec l’islam ou la laïcité.
Grand-rabbin de France Lorsqu'il se présente en 1994 à l'élection au grand-rabbinat de France contre le grand-rabbin sortant Joseph Haïm Sitruk, Gilles Bernheim, dans le judaïsme orthodoxe, représente une alternative face au courant ultra-conservateur de la communauté. Après une campagne dure, il échoue en recueillant malgré tout 38 % des voix.
Concernant sa position sur Israël, Gilles Bernheim déclare être depuis toujours un fervent partisan de l'unité du peuple juif(voir un article datant de 2005 sur le site de La paix maintenant) et déplore tout ce qui peut nuire à cette unité comme dans sa déclaration de candidature au grand-rabbinat de France.
Le dimanche , en déplacement à Toulouse pour donner une conférence, il se porte une deuxième fois candidat au poste de grand-rabbin de France... contre le grand-rabbin sortant Joseph Sitruk.
Le dimanche , Gilles Bernheim est élu grand-rabbin de France pour un mandat de sept ans prenant effet le .. La cérémonie d'investiture de Gilles Bernheim a eu lieu à la Grande Synagogue de Paris, le dimanche . Le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, y assiste, au nom du cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France. Gilles Bernheim envisage de faire de l'école rabbinique « un pôle de rayonnement du judaïsme orthodoxe en France ». Il préconise de limiter la durée de fonction de grand-rabbin de France à deux mandats de sept ans ou à un mandat de 10 ans..
Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le ... Lors de l'assemblée générale du Consistoire central de France, en , le grand-rabbin de France présente les membres de son cabinet : son fils, chef de cabinet, Eliya Bernheim (qui démissionne en Voir, Serge Golan. Départs au cabinet du Grand rabbin de France. No. 25 mai 2011. Hamodia.fr) ; le grand-rabbin Bruno Fiszon chargé de la Cacherout et de l'Éducation ; le grand-rabbin Haïm Korsia chargé des affaires de société ; le rabbin Betzalel Lévy, chargé des Affaires familiales et religieuses ; le rabbin Moché Lewin, porte-parole chargé de la communication, des médias et des relations internationales ; le grand-rabbin Claude Maman, chargé des derniers devoirs et Dorothy Bénichou Katz, conseillère spéciale chargée des grands événements. (qui démissionne en ).
Distinctions
Prises de position
Orthodoxie et libéralisme
Gilles Bernheim, une fois élu, rejette la qualification de libéral, en notant que : Il souligne que son épouse, une psychanalyste, tout aussi pratiquante que lui, « porte une perruque du matin au soir. ».
Gilles Berheim portait jean et pull, la tête coiffée d'une discrète calotte tricotée lorsqu'il était rabbin des étudiants. Depuis 2008, il s'aligne sur ses collègues orthodoxes affichant des tenues sombres et, souvent, un large feutre noir..
Égalité homme femme
Gilles Bernheim milite pour le droit des femmes juives à l'éducation. Son soutien aux travaux de sa femme Joëlle et à son association est critiqué par ses opposants, notamment les partisans de son prédécesseur Joseph Sitruk.
En 2012, il annonce l'ouverture d'un Bet Hamidrash LaNashim, lieu d'étude où les femmes entre elles peuvent suivre des cours de Talmud, d'exégèse biblique et d'analyse des textes sacrés..
Même grand-rabbin, il a du mal à imposer ce point de vue. Ainsi, en 2012, le jeune rabbin de Neuilly-sur-Seine, Michaël Azoulay, est tancé par le Grand-rabbin de Paris, Michel Gugenheim, puis placé sous surveillance, soupçonné de défaut d'orthodoxie, pour avoir confié un rouleau de la Torah à une assemblée de femmes pieuses désireuses de lire le texte sacré. Gilles Bernheim ne peut protéger Azoulay. Après sa démission, ses avancées risquent d'être remises en cause. dit Raphy Marciano, son « directeur de campagne » en 2008.
Il souhaite aussi améliorer l'égalité homme-femme après un divorce juif. Le mariage juif se termine en divorce une fois sur trois comme dans le reste de la France. Il est même plus élevé chez les ultra orthodoxes où existe la pratique du mariage arrangé par les rabbins et les parents. Le divorce arrive alors souvent dès la première année. Or c'est l'homme qui autorise unilatéralement son ex-femme à se remarier : on appelle cela accorder le guett (acte de divorce). Or bon nombre d'époux ultra orthodoxes attendent plusieurs mois voire plusieurs années avant de l'accorder. Les démarches sont d'autant plus difficiles que certains quittent la France pour les États-Unis ou Israël. En 2012, Gilles Bernheim préside un symposium et propose des pénalités journalières tant que l'ex-époux n'a pas accordé le guett, proposition loin de faire l'unanimité..
Vote Front national Gilles Bernheim pense qu’un juif ne peut voter Front national. (FN).
Conflit israélo-palestinien
Peu après sa prise de fonctions, il accorde une entrevue au Figaro dans laquelle il déclare à propos de la guerre de Gaza : .
Relation avec le catholicisme
Selon le journal Le Monde,
Cette ouverture au catholicisme demeure limitée. En 2007 pour un colloque inter-religieux, un groupe composé de personnalités juives, catholiques, protestantes, orthodoxes et musulmanes doit se rendre à la Grande synagogue de Paris puis à la Grande Mosquée de Paris et ensuite à l’église Saint-Sulpice de Paris. Gilles Bernheim accepte dans un premier temps d’entrer dans la mosquée (avant de changer d’avis) mais il refuse de se rendre à l’église , dit-il aux organisateurs, qui sont déçus..
Shoah
En , il effectue sa première visite pastorale à Toulouse. Il inaugure en compagnie de monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, une plaque commémorative à la synagogue Palaprat. Cette plaque rend hommage à monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse en 1942, opposé à la déportation des Juifs et ayant initié un vaste mouvement de sauvetage des Juifs et permis l'organisation d'un réseau où de nombreux enfants furent cachés dans des couvents ou institutions religieuses.
En , il condamne la proclamation de Pie XII comme vénérable de l'Église catholique par Benoît XVI :
Le , il est le premier grand-rabbin de France à se rendre à Vichy pour rendre hommage aux déportés et aux Justes. Il dépose une gerbe devant l'hôtel du Parc, siège du régime collaborationniste du maréchal Pétain...
Tunisie
Le , Gilles Bernheim se rend en pèlerinage à la synagogue de la Ghriba à Djerba..
Opposition au PACS et au mariage homosexuel