L'expédition de Salonique, aussi nommée Front d'Orient, Front de Salonique ou Front de Macédoine, est une opération menée par les armées alliées à partir du port grec macédonien de Salonique pendant la Première Guerre mondiale. Elle est destinée, dans un premier temps, à soutenir l'armée serbe lors de l'invasion de la Serbie par des unités germano-austro-hongroises et bulgares, à l'aide, notamment, des troupes évacuées des Dardanelles ; dans un deuxième temps, à reconstituer cette armée après sa déroute à travers l'Albanie et son évacuation par les ports de la côte Adriatique ; dans un troisième temps, à fixer les troupes des empires centraux et des Bulgares, en particulier après la capitulation de la Russie à Brest-Litovsk et dans un quatrième temps, à ouvrir un front en Macédoine pour soulager la pression sur le front occidental et reconquérir les territoires perdus.

Déroulement Elle se déroule de 1915 à 1918Michel Mourre P 4603. L'opération est un peu oubliée par les opinions publiques des puissances belligérantes. Toutefois, son intérêt stratégique dans le cadre de la lutte contre les puissances centrales n'est plus à démontrer.

Pour l'armée française, les opérations sur le front de Macédoine se décomposent ainsi : OpérationsBataillesCombats Opérations du Vardaret retraite sur Salonique(octobre à décembre 1915) Aucune bataille mais des combats Stroumitza (octobre 1915)Kosturino (octobre 1915)Krivolak-Gradsko (octobre et novembre 1915)Cicevo (novembre 1915)Demir-Kapou (décembre 1915)Merzenci (décembre 1915)Doiran (Anglais) (décembre 1915) Organisation du camp retranché de Salonique (décembre (1915-1916) Déploiement des armées alliées après la reconstitution et le transport de l’armée serbe.(mai à août 1916) Bataille de Doiran(Français - Anglais)(août 1916) Manœuvre bulgare sur les deux ailes(août 1916) La Strouma (Français)(18-20 août 1916)Ostrovo (Serbes) Contre-offensive alliéeManœuvre de Monastir(septembre à novembre 1916) Bataille du Kaîmaktchalan-Florina(Français-Serbes-Russes)(septembre 1916)Bataille de la Cerna-Monastir(Français-Serbes-Russes, puis Italiens)(octobre et novembre 1916) Extension du front vers l’Albanie(décembre 1916 à mars 1917) Tentative pour dégager Monastir(mars 1917) Bataille du Lac Prespa(mars 1917)Bataille de la cote 1248(mars 1917) Offensives d’ensemble (mai 1917) Bataille de la Boucle de la Cerna(Français-Italiens-Russes-Serbes)(mai 1917)Bataille du Vardar(Français - Anglais)(mai 1917) Opérations de Pogradec(septembre - octobre 1917) Devoli (septembre 1917)Cerava (septembre 1917)Kamia-est (septembre 1917)Golik (octobre 1917) Opérations du Skra di Legen Bataille du Skra di Legen(Français-Grecs)(31 mai 1918) Opérations d’Albanie(mai à juillet 1918) 1. Ostrovitza (mai 1918)2. Kamia-ouest (juin 1918)3. Bofnia (juillet 1918) Opérations sur la Strouma(Anglais - Grecs)(juin – juillet 1918) Rupture du front ennemi de Macédoine(15-30 septembre 1918) Bataille du Dopbropolje(Français - Serbes)(15 - 16 septembre 1918) Bataille de Monastir-Doiran(Français-Anglais-Italiens-Grecs)(18 au 24 septembre 1918) Lac Doiran (18-19 septembre 1918)La Dzena (18-20 septembre 1918)La Cerna (19-20 septembre 1918)La Semnica (22-24 septembre 1918) Manœuvre d'Uskub(Français)(24 - 30 septembre 1918) Armistice avec la Bulgarie30 septembre 1918 Opération des deux Armées serbes(octobre - novembre 1918) Leskovats (Artillerie française) NichKraguievatz Opérations de l’A.F.O. et de l’Armée du Danube(Français - Italiens -Grecs)(octobre - novembre 1918) Kajanic (octobre 1918)Engagement sur le Danube Opération d’Albanie(Français - Serbes)(octobre - novembre 1918)

Tentative de soutien à l'armée serbe

thumb|upright=1.2|left|L'invasion de la Serbie et les tentatives alliées pour la soutenir, 1915. À la suite de l'invasion par les armées austro-allemandes et bulgares de la Serbie, les alliés débarquent à Salonique avec des troupes repliées de l'expédition des Dardanelles. L'idée politique est de se porter au secours des troupes serbes qui se replient vers le sud et de maintenir ainsi le deuxième front que Winston Churchill a tenté de faire ouvrir sur les Détroits, sans succès.

Dès le , les troupes françaises et britanniques débarquent sous le commandement du général Maurice Sarrail avec l'accord du premier ministre grec Elefthérios Venizélos, mais violant aussi la neutralité de la Grèce. L'idée stratégique est de se porter sur Niš pour prendre les troupes bulgares de flanc et arrêter ainsi leur progression en Serbie. En fait, avec l'évolution de la situation, les objectifs sont revus à la baisse. Il s'agit de conserver le contrôle de la voie ferrée qui remonte la vallée du Vardar pour garder ouverte la seule voie de communication des Serbes vers l'extérieur qui sert de ravitaillement depuis des mois (munitions, vivres, équipements).

Opérations du Vardar thumb|left|Combats de la Babouna, décembre 1915, extrême avance des Alliés vers le nord. Dès le , les troupes du général Bailloud se portent donc vers le Nord par la voie ferrée, pour tenter de faire leur jonction avec les troupes serbes. Elles font leur baptême du feu le avec les flanc-gardes bulgares à la gare de Stroumitza. Le les éléments de la d'infanterie et du régiment d'infanterie ainsi que du régiment de Marche d'Afrique continuent à progresser le long de la vallée de la Tcherna jusqu'à Gradsko. L'idée est de retrouver les troupes serbes à Veles. Mais le plan initial échoue. Les Bulgares coupent la ligne de retraite des Serbes vers le sud. L'armée serbe doit se replier vers l'ouest sous leur pression.

Les 122 et 57 divisions d'infanterie françaises s'arrêtent donc devant Gradsko, le , se fortifient dans le triangle de Kavadartsi, formé à l'ouest par la Tcherna et à l'est par le Vardar ; les points extrêmes de l'avancée alliée lors de cette phase étant Mrzen sur la rive gauche de la Tcherna et la cote 850 entre Kosturino et Ormanli sur la frontière bulgare occupée par les Anglais du corps du général Charles Monro, la 156 division s'appuyant autour de la gare de Stroumitsa.

Retraite sur Salonique thumb|upright=1.2|left|L'armée serbe durant la retraite d'Albanie. Du au , faute d'avoir pu progresser, les troupes alliées se replient sur Salonique dans des conditions climatiques difficilesDeux mois avec l'armée d'Orient, Ferri Pisani, des chutes de neige et des températures négatives ( ?)Makédonia, Souvenirs d'un officier de liaison en Orient, Jean-José Frappa, Ernest Flammarion, Paris, 1921, . Afin de permettre le retrait de tous les moyens engagés pour la bataille, des combats retardateurs (Krivolak, Demir-Kapou, Gradek) ont lieu sur des lignes prédéterminées jusqu'à la frontière grecque que les Bulgares refusent de franchir à la demande expresse des Allemands. En effet, la Grèce n'a toujours pas choisi son camp, c'est pourquoi la Quadruplice cherche à la ménager.

Pendant ce temps, l'armée serbe subit une cruelle retraite à travers les montagnes du Monténégro et de l'Albanie et doit être évacuée par les ports de Medua, Durrazzo et Valona, puis amenée par les navires alliés via Corfou à Salonique, où elle se reconstitue.

Constitution et défense du camp retranché thumb|left|l'emprise du camp retranché de Salonique (carte Le Pays de France, 1915). Salonique devient ainsi une ville refuge encerclée de loin par les troupes de l'Alliance et avec l'armée grecque en interposition le long de la frontièreMarcelle Tinayre, « Un Été à Salonique » in Balkans en Feu à l'Aube du , Edition Omnibus, 2004. Transformée en camp retranché solidement tenu à l'est, le long de la Strouma, et, à l'ouest, sur le Vardar, elle accueille, mi-1916, près de (Français, Britanniques, Serbes, Italiens et Russes). Les troupes se fortifient autour de la ville dans ce que les Britanniques appellent la cage aux oiseaux (the birdcage). Les Serbes arrivent de l’Adriatique pour être équipés et formés à la française, casques, canons, uniformes, et ravitaillés.

La présence des troupes alliées à Salonique est âprement discutée au niveau politique. Les Britanniques, dirigés par le général Monro, souhaiteraient se retirerGénéral Sarrail, Mon commandement en Orient (1916-1918), Flammarion, 1920, 49 pour disposer de plus de troupes au profit de la Palestine et de l'Irak, sources vitales de ravitaillement en hydrocarbure et cibles prioritaires des troupes de l'Entente. Aristide Briand, président du Conseil, intervient personnellement pour la maintenir en vue de soutenir une entrée en guerre de la Roumanie hésitante, ceci contre l'avis même du général Joffre. La situation est difficile avec le ravitaillement. La Provence II est coulée le . Les dissensions politiques en Grèce et le manque de coordination entre les Alliés causent beaucoup de soucis…

thumb|Le 30 décembre 1916, un Aviatik allemand bombarde Salonique, tuant et .

La ville fait l'objet d'une série d'attaques aériennes. Un Aviatik allemand la bombarde le , tuant et , mais la bombe tombe près d'une troupe grecque en manœuvre sous les ordres du prince Alexandre et explose à du général Emmanuel Zymvrakakis. Profitant de cette première agression bulgare sur la ville, Sarrail fait arrêter les consuls de la Quadruplice et les expédie par bateau le jour même20 Autrichiens, 17 Turcs, 12 Bulgares, 5 Allemands sont arrêtés à 16 heures. Il s'ensuit d'autres incursions, cette fois-ci de nuit : le , le et le , les magasins de l'armée française sont gravement atteints par des bombes. Ces nouveaux bombardements provoquent l'incendie d'une partie de la ville et des pillages durement réprimés. Le , le Zeppelin est touché par les canons du , ancré dans la rade de Salonique. Il est alors contraint de se poser dans le delta du Vardar, avant d'être finalement détruit par son équipage.

thumb|left|Soldats français au bivouac à Thessalonique, 1915.

Pendant que les instances politiques prennent leur temps pour décider du niveau d'intervention de chaque allié, de nombreuses incertitudes demeurent. Les Grecs hésitent à prendre parti pour les empires centraux ou pour l'Entente. Les Anglais menacent de se retirer pour renforcer leurs troupes en Palestine. Joffre hésite à envoyer des troupes françaises en renfort. Les Roumains hésitent à entrer en guerre. Par ailleurs, la troupe subit les affres de la région, grands froid l'hiver, forte chaleur l'été et une importante attaque du paludismeJacques Ancel, Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921. Les routes ne sont pas adaptées au nombre croissant de troupes et à l'activité d'un front en temps de guerre. Les armées alliées passent donc un grand temps en préparation avec la construction de routes, de puits, de points d'eau, et la reconstruction d'une voie de chemin de fer pour aller vers Flórina.

Fixation des armées des empires centraux (1916-1917) Malgré des effectifs militaires importants, le front de Salonique ne joue qu'un rôle mineur pendant les années 1916 et 1917.

Élargissement du front thumb|left|Transport de munitions des forces germano-bulgares sur le front de Macédoine, octobre 1916 thumb|Les combats le long de la frontière grecque, 1916 thumb|left|Soldats français et serbes autour d'un canon "Eva" pris aux Allemands à Monastir, 1916. thumb|left|Avion britannique abattu par les Bulgares à Guevgueliya, 1918. À partir de , le général Sarrail s'aperçoit que les forces d'interposition grecques se dégarnissent, vraisemblablement à la suite d'accords entre les Grecs, les Allemands et les Bulgares. Le , il fait envoyer un fort détachement sur Flórina en direction de Monastir pour prévenir tout débordement des troupes germano-bulgares vers l'ouest.