vignette|La rosière de Nanterre 1908. Une rosière est une jeune fille qu'on récompense pour sa réputation vertueuse. Instituée, selon la légende, par saint Médard à la fin du , la fête de la Rosière est née à Salency (Oise). En effet, saint Médard, qui fut évêque de Noyon et seigneur de Salency, aurait instauré en 525 la tradition de la rosière en donnant chaque année une somme de 25 livres et une couronne de roses à la fille de sa terre qui aurait la plus grande réputation de vertu.
La tradition consiste donc, à l'origine, en la remise d'une couronne de roses (d'où le nom) à la jeune fille dont la conduite irréprochable, la vertu, la piété et la modestie ont marqué le village.
Histoire gauche|redresse|vignette|Le couronnement de la rosière d'Enghien le Faits divers, Le XIXe siècle, 28 juin 1876, p. 3, . Voir l'article reproduit sur la base Commons.. La première rosière de l’Histoire aurait été la propre sœur de saint Médard, sainte Médrine. La tradition s'est ensuite perpétuée tous les (ou autour de la PentecôteLéo Moulin, La Vie quotidienne des religieux au Moyen Âge, 1981.). Elle est très répandue au , disparaît lors de la Révolution française puis connaît un regain lors du siècle suivant« Suresnes : les rosières perpétuent la tradition depuis 210 ans », leparisien.fr, 10 mai 2015..
vignette|redresse|Grande célébration du mariage des seize rosières, filles de décorés de juillet (1831-1832). En 1769, Charles-Simon Favart fait représenter à Fontainebleau puis à la Comédie-Italienne La Rosière de Salency, opéra-comique suivi d’un ballet, dont la musique est due à Blaise, Philidor, Monsigny et Duni. Le thème sera repris en 1774 par André Grétry, sur un livret remanié par Masson de Pezay.
En 1779, le parlement de Metz autorise une fête de la Rosière à Réchicourt-le-Château à l’initiative du curé Joseph-Benoît Marquis.
En 1799, le comte de Provence en exil à Mittau couronne une rosière. Cet événement est immortalisé par un tableau de Jean-Charles Tardieu.
Au , pour fêter son accession au trône puis la victoire d’Austerlitz, Napoléon décrète que des jeunes filles pauvres et vertueuses seront dotées par l’État et mariées. En 1810, pour fêter ses noces avec Marie-Louise d'Autriche, l'empereur ordonne que, dans tout le pays, six mille militaires soient mariés avec ces jeunes filles de bonne moralitéCédric Istasse Les « mariages de la Rosière » dans le département de Sambre-et-Meuse Indices sur la réinsertion sociale des anciens soldats de Napoléon Ier, Napoleonica. La Revue 2009/1 ()..
Dans la seconde moitié du et la première moitié du , la commune de Carhaix (Finistère) élit chaque année sa rosière.
En 1887, Guy de Maupassant écrit Le Rosier de Madame Husson, nouvelle dans laquelle « rosier » s'entend comme l'équivalent masculin de « rosière ».
En 1891, quatre rosières sont élues à Paris.
La fête de la rosière de Nanterre était jadis célèbre en FranceDocumentaire filmé sur la fête de la rosière de Nanterre en 1920.. Elle a été à l'origine du défilé de la rosière du arrondissement de Paris en 1894.
En 1899, le journaliste Victor-Eugène Ardouin-Dumazet écrit dans son ouvrage intitulé Voyage en France, en évoquant son passage à Salency : ( série, Haute-Picardie, Champagne rémoise et Ardennes).
La Rosière du arrondissement de Paris 1894 Le , les étudiants parisiens font défiler à la Mi-Carême un « rosier » : la « rosière du arrondissement », un très grand jeune homme vêtu en mariée et flanqué d'un minuscule et caricatural maire marieurL'Intransigeant, 2 mars 1894, p. 3, colonne. Voir l'article de L'Intransigeant reproduit en entier sur la base Commons.. Champimont, dans le journal La Joie de la maison, raconte le défilé de la rosière du arrondissement à l'occasion de la Mi-Carême 1894 à ParisChampimont, extrait de la rubrique : Par-ci par-là, La Joie de la maison, journal hebdomadaire illustré, 8 mars 1894, pages 130-131. : right|130px|thumb|Mi-Carême 1894 : le maire et « la rosière du arrondissementDétail d'un dessin de Georges Redon illustrant la Mi-Carême 1894 à Paris, L'Univers illustré, 10 mars 1894. Voir le dessin en entier, reproduit sur la base Commons. ». Je vous prie de me donner acte que je rends compte de la cavalcade des étudiants, qui se joint au cortège des blanchisseuses, en ce jour de Mi-Carême, au moment précis où elle déroule ses mascarades sur nos boulevards. Est-ce de l'actualité, cela ?
Les membres du comitéLe comité étudiant organisateur du défilé des étudiants à la Mi-Carême 1893. avaient pu constater, l'an dernier, combien un cortège historique est difficile et coûteux à établir, et ils s'étaient promis de choisir, celte année, un sujet entièrement moderne. Après la fête de 1893, ils étaient restés liés, se voyaient souvent, causaient de leurs projets et, pendant l'été, faisaient de compagnie d'assez fréquentes excursions aux environs de Paris. Un dimanche, ils se rendirent par hasard à Nanterre, le jour du couronnement de la rosière. Ils assistèrent à ce spectacle avec admiration et, profondément humiliés de voir un simple village posséder une attraction qui manquait à Paris, ils résolurent de combler cette lacune : le sujet de la cavalcade de 1894 était trouvé.
Donc, la rosière du arrondissement marche au bras du maire. Mais quel maire ! et quelle rosière ! Plus de cinquante candidates à ce rôle en vedette ont été impitoyablement refusées par le comité. Son choix s'est fixé sur une personne qui mettra admirablement en valeur la robe blanche et les fleurs d'oranger ; sa taille est de 1 m. 85, et... elle tirera au sort l'an prochain pour être sans doute envoyée dans un régiment de cuirassiers, car cette rosière, d'une si troublante féminité, n'est autre qu'un jeune étudiant dans l'épanouissement de la vingtième année. Le maire microscopique sous l'énorme tromblon en poils de lapin, atteint, en se haussant sur la pointe des pieds à peu près la ceinture de sa gracieuse administrée. Une trentaine de couples suivent, ainsi qu'un bataillon de pompiers aux plumets menaçants, et une fanfare de quarante musiciens exécutant les airs populaires du quartier. Puis viennent les délégations des facultés avec leurs bannières dessinées par des élèves de l'École des beaux-arts apportant leurs hommages et leurs cadeaux à la rosière : la Ligue des inspecteurs de la vertu ; les Enfants du village ; les élèves d'Alfort qui, comme au fameux bal des Bêtes donné par Mme la princesse de Sagan, représentent tous les animaux de la création ; les élèves de l'École coloniale, dont les uns, en Annamites, escortent le Dragon de l'Annam, long de sept mètres, les autres accompagnent à cheval, en Mameluks, un de leurs camarades au profil napoléonien, vêtu de la redingote grise et coiffé du petit chapeau, d'autres enfin figurent des allusions aux principaux événements coloniaux de l'année. Sur un char colossal sculpté, de style gothique et traîné par des bœufs, le prince Carnaval, renaissant de ses cendres, trône sous un dais, entre le père Carême et le père Mardi-Gras, trois mannequins gigantesques qui seront brûlés le soir sur la place de la Sorbonne. Carnaval, costumé en roi fainéant, est entouré de ses conseillers et d'un harem — tout à fait décent — dont les odalisques, choisies à la suite d'un véritable concours de beauté, appartiennent à l'École des beaux-arts en qualité de modèles. Il y a trois autres chars, parmi lesquels nous citerons celui de l'école d'Alfort : l'Arche de Noé. Le service d'ordre est fait par un corps volant de gardes, chevauchant des montures en carton, et dont le casque est surmonté d'un balai de chiendent.
1923 : les abeilles parisiennes En 1923, le Comité des fêtes de Paris annonce que dorénavant il ne récompensera plus la beauté mais la vertu et le travail. Un journal titre même son article de compte-rendu de la nouvelle orientation : « Paris renonce à la beautéSource : coupure de presse conservée dans les dossiers Actualités Carnaval à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. ». En réalité, chose bien peu originale, sous le nom d'abeilles le Comité « réinvente » la très classique rosière. À l'occasion de la Mi-Carême 1923, succédant aux vingt reines d'arrondissements et à la Reine des Reines de Paris de 1922, sont élues à Paris vingt « abeilles » et une « reine des abeilles » choisie parmi elles. Sont également élues une abeille des Corses et une abeille des Angevins de ParisLe récit de la journée de la Mi-Carême 1923 est fait dans l'article Il a la vie dure le Carnaval !, paru dans Le Petit Parisien du vendredi 9 mars 1923, pages 1 et 2. Le titre de l'article fait référence au temps exécrable de la journée et à l'interdiction des confettis et serpentins qui n'ont pas empêché la fête d'avoir lieu quand même..
L'influence de l'exemple parisien fait qu'on retrouve aux Fêtes de la Bonneterie 1925 à Troyes des reines baptisées « AbeillesVoir les Abeilles du quartier de Croncels. ». Cependant que dès 1924–1925, les titres de Reines et Reine des Reines de Paris reparaissent à la Mi-Carême à ParisFin 1923, le Comité des fêtes de Paris, organisme privé qui organise la Mi-Carême, se révèle incapable de verser les récompenses promises aux abeilles. L'avenir des festivités de la Mi-Carême paraît compromis. En 1924, le Comité des fêtes de Paris n'organise pas d'élections d'abeilles ou de Reine des abeilles, ni de Reines ou Reine des Reines. Et ne prévoit aucun cortège pour le jeudi de la Mi-Carême 27 mars. Le président du Comité des fêtes de Paris démissionne. En juin 1924, la presse annonce que Jeanne Champ a été élu Reine de Paris. Et à la Mi-Carême 1925, elle est présentée comme la Reine des Reines 1924, qui assiste à l'élection de la Reine des Reines 1925, Georgette Fraigneux.. La fête des Rosières à La Mothe Saint-Héray : le seul vrai mariage de rosière de France
vignette|alt=La Maison des Rosières.|La Maison des Rosières. thumb Le naît à La Mothe-Saint-Héray dans les Deux-Sèvres Charles Benjamin Chameau. Issu d'une riche famille bourgeoise, il fait des études de droit et devient avocat à Paris. Malgré la Révolution française, il acquiert une très grande fortune. Après avoir été déshérité par son frère et n'ayant pas de descendance, Benjamin Chameau décide de rédiger son testament où il lègue sa fortune à sa commune natale pour créer un établissement perpétuel de bienfaisance qui porte son nom, il s'agit de la Maison des Rosières. Cet établissement devra doter, chaque année, à l'occasion de leur mariage, trois rosières issus de la commune ou du canton. Ces rosières seront choisies par le bureau des Rosières composé de trois dames patronnesses (aujourd'hui d'anciennes rosières), du maire et de son adjoint et du curé. Les rosières sont choisies dans la classe la plus indigente de la commune et devront être « parmi les jeunes filles qui seront reconnues avoir, depuis leur première communion, donnée le plus de preuves par leurs actions, de l'accomplissement de leurs devoirs envers Dieu, la patrie et le Souverain » (extrait du testament du donateur) et elles devront être « sages et laborieuses ». Ces mariages seront célébrés à l'église le second lundi de juillet. Le jour de la cérémonie, les trois jeunes rosières, vêtues de blanc et la tête ornée d'une rose blanche, naturelle ou artificielle seront conduites à l'église par le maire. Après le mariage, les rosières recevront leur dot qui s'élevaient à 600 francs. Charles Benjamin Chameau décède le , mais le temps que le testament soit validé par ordonnance royale, les premières Rosières se sont mariées en 1821.
Aujourd'hui, la fête des Rosières continue d'exister. Elle dure trois jours, le premier week-end de septembre, mais seulement une rosière se marie.