Soi est une notion qui, dans le domaine de la spiritualité, revêt plusieurs sens : réalité de ce qui est (la chose en soi en philosophie) ; l'image que l'on se fait de sa propre individualité (l'ego au regard du Moi) ; réalité individuelle à travers le self (psychanalyse) ; entièreté psychique de l'archétype du Soi (psychologie analytique) ; enfin, Être suprême, centre éternel de la conscience aux fondements essentiels et à l'appartenance commune dans la continuité du vivant. De nombreux auteurs et traducteurs d'ouvrages de spiritualité ont pris le parti d'utiliser une majuscule pour distinguer le sens fondamental, exploré notamment dans la philosophie indienne et qui renvoie vers la réalisation d'une unité d'un ordre supérieur dans lequel le soi individuel et le soi global se confondraient.

Soi avec un S majuscule (parfois appelé « vrai soi » ou « Soi supérieur », pour le distinguer de l'ego, ou « soi » avec un s minuscule), dans l'acception spirituelle du terme et particulièrement dans les courants issus du Védanta (par exemple l'Advaïta Védanta), désigne l'identité première et ultime de l'être « Le Soi qui observe toute chose est habituellement appelé Soi avec un S majuscule, ou le Témoin, ou la Pure Présence, ou la Pure Conscience ». Ken Wilber, A Brief History of Everything, 1996, ch. 12, .« Certains Bouddhistes sectaires se sont empressés de considérer que le texte de Bouddha niait l'existence du "grand Soi", créant ainsi une opposition doctrinale irréductible entre le Bouddhisme et l'Hindouisme ». Môhan Wijayaratna, Sermons du Bouddha, éditions du Cerf La Maïeutique TranscendantePaul Brunton « La finalité de l'univers, c'est le Soi ». In Ramana Maharshi, Immortelle Conscience. Propos réunis par P. Brunton, Paris, Les Deux Océans, 2000 (chap. « Le Soi et le monde manifesté »).

Qui suis-je ?

Le Soi constitue une réponse proposée par certaines traditions spirituelles à la question « Qui suis-je ? »Larry Culliford « Who am I, Self or self-less ? ». Dans ce contexte, le Soi n’est pas celui qui dit « moi » ou « je ». Le Soi serait la nature essentielle de l’être humain, au-delà de l’ego. Il serait aussi le pont entre l'homme et Dieu, « plus personnel que Dieu mais plus universel que l'homme »Wouter Hanegraaff, .

Cette distinction entre petit soi et grand Soi, entre nature profonde (parfois appelée « nature réelle ») et ego est un objectif fondamental des quêtes spirituelles traditionnelles issues de la philosophie indienne selon lesquelles nous ne serions pas que cette partie infime et souffrante que nous percevons de nous-mêmes : l’ego.

Mais le concept, couramment utilisé de nos jours, et absorbé par les courants du New Age «Le Soi est une autre part de moi-même, plus vaste que ma personnalité. C'est un Soi plus profond qui participe à l'éternité de la même manière que mon soi quotidien participe au temps » David Spangler dans "La renaissance du sacré" 1984 », a porté d’autres noms et se rapproche d’autres concepts philosophiques plus anciens.

Synonymes et concepts assimilés

L’Âme

L’Âme est un synonyme de Soi :

page 45, Roger Godel, Socrate et le Sage Indien, Éditions Belles Lettres, 1982, 216 p. .

La Conscience

La Conscience est un autre synonyme de Soi :

page 275, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. .

L’Être

L'Être est un autre synonyme de Soi :

page 60, Roger Godel, Socrate et le Sage Indien, Éditions Belles Lettres, 1982, 216 p. ..

Le Témoin

Expression fréquente dans les Yoga-sûtra, elle désigne le principe conscient au-delà de l’activité du mental.

page 96 : Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, Éditions Ariane, 2000, 240 p. ..

La Connaissance de soi

À l'instar du « Connais-toi toi-même ! » de Socrate, la Connaissance de soi est une connaissance d'un type particulier dans la mesure où le sujet connaissant et l'objet à connaître s'y confondent. Ainsi, l'expérimentateur établit son champ de recherches dans les profondeurs de sa propre psyché (psychologie) où il va entreprendre un travail de discernement (le terme "discrimination" est parfois employé abusivement) entre ce qu’il "est" réellement et ce qu’il croit être.

L'égo révolu, l'être libéré ne devient pas un superman, sa voie restant toujours une voie d'humilité : page 250, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

L’accompagnement

Cette approche spirituelle serait l'objet de convoitises et pourrait générer des abus. Pendant un temps, l'ami spirituelKalyana Mitra, terme du Bouddhisme, utilisé par exemple par Chögyam Trungpa, maître spirituel tibétain ou par Arnaud Desjardins. est celui qui permet au chercheur de s'appuyer sur son expérience pour éluder les leurres et divagations possibles. Son crédit serait fondé dans une pratique authentique et une humilité se caractérisant par l'absence de recherche de richesse, d'emprise en vue de manipulation, et toute autre forme de malhonnêteté qui appartiennent aux multiples "commerces de l'âme". Ainsi les amis spirituels authentiques seraient rares et discrets car fuyant le tapage de toute publicité.

L'ami spirituel

Certains fervents aspirants, tel Ramana Maharshi seraient parvenus seuls, par leurs propres moyens à cette révélation du Soi mais ils sont considérés comme rares. Cette ascèse demandant de remettre en cause des certitudes si puissamment ancrées, qu'un guide compétent serait nécessaire. De cette relation d’une qualité exceptionnelle, pourrait naître une petite lumière sur le chemin Traduction du titre d’un texte classique du yoga : Hatha yoga pradipika..page 54, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. .

Le guide intérieur Mais par quelle démarche l'homme peut-il s'extraire du cercle du devenir et à son incessante mobilité intellectuelle pour atteindre la paix du "Soi" ou le "Nouç grec" sans l'aide de quiconque ? Les étapes de la manifestation du Soi En raison de son caractère subjectif et incommunicable, le Soi ne pourrait fournir la preuve absolue de sa validité qu'à celui qui l'a expérimentée en lui-même..

Les plans de transcendance

Jean Klein, Ramana Maharshi, Jiddu Krishnamurti, Nisargadatta Maharaj, Adi Shankara, Swami Prajnanpad expriment que dans le champ de la pure conscience, les notions de temps, d'espace, d'énergie, de causalité n'auraient plus cours. Pour les mystiques, les scientifiques et les philosophes, cette notion est déroutante car le pan usuel de la réflexion intellectuelle nécessite du temps et de l’énergie, cette atemporalité remet en cause toute approche par le chemin de la pensée, sans pourtant l'exclure tout à fait.page 46, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

Le Soi, dont la nature n'est pas phénoménale, n'use pas d’énergies spatio-temporelles. Ainsi, même si le chercheur s'attend à percevoir des manifestations du Soi, ou croit pouvoir tenir la preuve d'une réalisation du Soi, il serait dérouté, car :page 39, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

Ne se situant pas sur plan matériel, rien ne peut "l'objectiver" : page 44, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

Quelle représentation de l'espace opérationnel du Soi serait alors possible, puisqu'il est hors du temps et de l'espace ? Pour les philosophes et les mathématiciens de notre époque, les notions de temps et d'espace peuvent être considérées comme des catégories mentales au même titre que toutes les expériences sensorielles et motrices inhérentes à la structure biologique humaine :

Les modalités perceptives, se traduisent par un certain mode de contact et d'enregistrement, qui nécessitent temps et espace. L’estimation de l'espace et celle de la durée varient sans cesse, se dilatent ou se contractent pendant le rêve, le sommeil profond, l'émotion forte, l'ennui, l’attente, mais aussi selon les exigences de nos spéculations intellectuelles. page 45, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

L'homme qui aurait connu l'éveil spirituel dépasserait donc le flux du monde phénoménal et impermanent, tout comme le physicien ferait évanouir les apparences de la matière.page 274, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

L’aboutissement

Dans la vie quotidienne, lorsque certains objectifs sont atteints, une paix provisoire et relative peut apparaître le temps qu’un autre objectif s’installe. Étant subordonnée aux événements de la vie, cette paix ne serait pas un attribut de la réalisation du Soi, lequel est par nature inconditionné.page 42, Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. ..

Lorsque le Soi n’est plus entravé, une paix épisodique surgit lors d’épisodes imprévus de la vie, mais elle peut s’établir définitivement lors de l’étape finale ou réalisation (mokṣa, Éveil, Samādhi, Bodhi etc.)..

Terminologie de la philosophie indienne Le concept du Soi selon la philosophie hindoue

Les Upanishad expriment parfois la réalisation du Soi de manière poétique : Brihad Aranyaka Upanishad, cité par A. K. Coomaraswamy, Hindouisme et bouddhisme.

L'hindouisme partitionne le Soi, en soi non individualisé et Soi universel :

L'Âtman désigne le corrélat de brahman, principe immortel et libre dans l'homme. C'est le concept hindouiste de soi non individualisé à ne pas confondre avec le soi individualisé (jīva), l'âme individuelle ou encore l'être incarné (jīvātman)The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard HuetThe other side of death: Upaniṣadic eschatology. Numéro 2 de Studies in Indian tradition. William Borman. Éd. Sri Satguru Publications, 1990, page 72.

Le brahman est le Soi suprême de l'hindouisme. Il ne peut se définir qu'en énonçant ce qu'Il n'est pas (neti-neti, en sanskrit : ni ceci, ni ceci). Brahman est décrit comme la réalité infinie, omniprésente, omnipotente, incorporelle, transcendante et immanente qui est la base divine de toute existence. Il est vérité infinie, conscience infinie et bonheur infini.

La négation du concept du Soi selon la philosophie bouddhiste

Le concept du Soi n'est pas retenu dans le bouddhisme car il reviendrait à magnifier une manifestation égotique. Ceci se retrouve dans les deux concepts suivants :

Anātman, est le concept bouddhique d'impersonnalité, par opposition en la croyance hindouiste en l'ātman. Il n'existe selon cette vue aucune âme, aucune essence à trouver, mais une simple agrégation de phénomènes conditionnés (voir skandha).

Vijñāna pouvant se traduire par état de conscience, est le concept bouddhique de conscience. Il ne s'agit pas de la conscience comme caractéristique à un être, Vijñāna ne désigne pas la conscience en tant qu'essence : le bouddhisme refuse le concept d' « ātman », considérant au contraire tout phénomène comme impersonnel. Vijñāna désigne donc la conscience comme simple phénomène psychique.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Jean Monbourquette, De l'estime de soi à l'estime du Soi : De la psychologie à la spiritualité, Bayard, 2003. Roger Godel, Essais sur l'expérience libératrice, Éditions Présence, 1976, 275 p. . Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, Éditions Ariane, 2000, 240 p. . Arnaud Desjardins, : À la recherche du Soi. Vol. 1 sur 4, Adhyatma Yoga, Éditions de la Table Ronde . Stephen Jourdain, Voyage au centre de soi, Éditions Accarias - L'Originel, 2000 . Svâmi Shantânanda Puri, Soi. L'expérience de l'absolu selon l'Asthâvakra-Gîtâ suivi de Le saut quantique dans l'absolu, Accarias, 2004. Jean-Pierre Coutard, Le soi, le temps et l'autre. Autour de Husserl, Maine de Biran et Ricoeur'', L'Harmattan, 2013, 232 p.

Articles connexes Samadhi Bouddhisme Éveil spirituel Hindouisme Non-dualité Soufisme Taoïsme Transcendance

Catégorie:Spiritualité Catégorie:Concept de la philosophie indienne Catégorie:Identité