Le Jotunheimen est un massif de montagnes situé dans le Sud-Ouest de la Norvège dans les Alpes scandinaves. Il constitue la région de plus haute altitude de cette chaîne de montagnes avec tous les sommets de plus de , y compris le Galdhøpiggen ( d'altitude), point culminant de la chaîne, de la Norvège et de l'Europe du Nord. Le massif s'étend sur à la limite entre les comtés d'Innlandet et de Vestland.
Le massif est principalement constitué de gabbros et roches similaires, datant du précambrien, mais charriés à leur position actuelle lors de l'orogenèse calédonienne. L'érosion fluvioglaciaire durant les glaciations quaternaires conjuguée à ces roches dures a laissé un des paysages les plus alpins de toute la chaîne. Bien qu'ayant fortement reculé depuis la dernière glaciation, les glaciers sont toujours omniprésents sur les montagnes, et sont les sources de plusieurs des principaux cours d'eau du Sud norvégien. Ces rivières glaciaires ont souvent une couleur turquoise caractéristique, en particulier visible dans les grands lacs de l'est du massif, tels que le célèbre Gjende.
Des traces humaines remontant jusqu'à ont été découvertes dans les montagnes, indiquant que le massif était un terrain de chasse aux rennes important à l'époque. Plus tard, Jotunheimen devient aussi un terrain de pâturage important pour le bétail en été, en lien avec des mouvements de transhumance. Le massif se fait connaître du grand public grâce à des explorations scientifiques, puis par le biais de nombreux artistes durant le . Ainsi, Jotunheimen devient immédiatement l'un des hauts lieux du tourisme de montagne qui naît à cette époque. Hurrungane, la section la plus alpine du massif, est aussi le berceau de l'alpinisme dans le pays. La pression industrielle accrue au début du , en particulier pour l'exploitation de l'énergie hydroélectrique, suscite un des premiers mouvements environnementalistes du pays. Il faut cependant attendre 1980 pour qu'une grande partie de la zone soit protégée dans le parc national de Jotunheimen.
Le massif est devenu un site touristique majeur, populaire en particulier pour la randonnée estivale, l'alpinisme, mais aussi les sports d'hiver.
Toponymie Jusqu'au , cette zone géographique de montagnes de formation glaciaire n'a pas de nom, mais le géologue Baltazar Mathias Keilhau, inspiré par le terme allemand , propose en 1823 (les « montagnes des géants »)... L'idée est ensuite reprise et le nom changé en par le poète Aasmund Olavsson Vinje en 1862, dans son ouvrage , inspiré par le Jötunheimr, le royaume des géants de la mythologie nordiquep. 34. Ce nom a, à son tour, inspiré plusieurs noms de massifs norvégiens, utilisés principalement à des fins touristiques, tels que Stølsheimen, Trollheimen et Skarvheimen...
Géographie Situation Le Jotunheimen est un massif de montagne des Alpes scandinaves situé au sud de la Norvège. Il n'existe pas de définition officielle des limites du massif, mais il peut être défini comme la région de haute montagne encadrée par les lacs Bygdin et Tyin au sud, la route 53 entre Tyin et Øvre Årdal, la route de montagne entre Øvre Årdal et Fortun, la route 55 à l'ouest, la route européenne 15 au nord et la route 51 à l'est. Avec cette définition, la surface du massif est d'approximativement répartis principalement entre les communes de Lom, Vågå et Vang dans le comté d'Innlandet et Årdal et Luster du comté de Vestland.
Le Jotunheimen est bordé à l'est par le massif de moyenne montagne de Langsua (aussi appelé Huldreheimen.), au sud par Skarvheimen et au nord et à l'ouest par le haut massif de Breheimen..
Topographie vignette|alt=Sommets escarpés enneigés sous une lumière rasante.|Les paysages alpins du massif Hurrungane. vignette|alt=Vallée étroite et boisée avec un torrent en son sein.|La vallée d'Utladalen. Les hauteurs visibles sur cette photo correspondent au niveau des vallées suspendues.
Le massif de Jotunheimen comprend les plus hauts sommets de Norvège et de Scandinavie : on y trouve tous les sommets des Alpes scandinaves dépassant les , vingt-trois au total. En particulier, le Galdhøpiggen, point culminant du pays du haut de ses d'altitude, se situe au cœur du massif. Par contraste, la marge du massif descend presque jusqu'au niveau de la mer au niveau du lac Årdalsvatnet ( d'altitude.), au sud, à l'embouchure de la vallée d'Utladalen, et à au nord, au niveau du lac Vågåvatnet..
Les dix plus hauts sommets du massif sont. : Galdhøpiggen, ; Glittertind, ; Storen, ; Store Styggedalstind, ; Skardstinden, ; Surtningssue, ; Vesle Galdhøpiggen, ; Memurutindene, ; Jervvasstind, ; Sentraltind, .
vignette|upright=1.6|centre|alt=Vallée au-dessus de la limite des arbres avec des sommets enneigés à l'arrière-plan.|Le massif Hurrungane et la vallée Helgedalen. Le massif compte plusieurs chaînons montagneux, séparés par des vallées glaciaires profondes. À l'ouest se trouve Hurrungane, culminant à , plus souvent appelé Storen ()p. 33-35. Le massif d'Hurrungane offre un des paysages les plus alpins de toute la Norvège, avec ses pics, ses arêtes acérées et ses profonds cirques glaciaires. Le massif est délimité à l'est par une des vallées les plus profondes et étroites de Norvège : Utladalen, caractérisée par les nombreuses vallées suspendues qui la rejoignent, donnant lieu à de nombreuses chutes d'eaup. 251-275. Les montagnes à l'est d'Utladalen sont moins hautes et découpées que celles d'Hurrungane ; elles sont caractérisées par plusieurs vallées selon une direction est-ouest, reliant Utladalen aux grands lacs à l'est, en particulier Koldedalen et Mjølkedalen, séparés par quelques pics. Plus au nord, délimité par les vallées de Briedsæterdalen/Bøverdalen, Leirdalen et Gravdalen, se trouve le chaînon de Smørstabbtindan (Storebjørn - ), dominé par ses grands glaciers.. Il fait face au chaînon de Galdhøpiggen, le plus haut du massif, et à la plus grande concentration de sommets de plus de de Norvègep. 231-248. Les sections de haute altitude ont un aspect de plateau assez marqué, surtout dans la partie nord. Plus à l'est, de l'autre côté de la vallée de Visdalen, se trouve le chaînon de Memurutindan-Veotinden (Surtningssue - .) et plus au nord celui de Glittertinden (.). Ce sont les derniers paysages alpins en direction du nord-est, qui laissent peu à peu place aux montagnes arrondies caractéristiques du sud-est norvégienp. 207. Enfin, au sud de ces massifs, de l'autre côté du lac Gjende se trouve une région parfois appelée les Alpes de Gjende ().. C'est avec Hurrungane l'une des zones les plus alpines du massif, qui culmine à Knutsholstinden ()p. 190.
Climat et pergélisol vignette|gauche|alt=Montagnes arrondies dans un paysage enneigé.|Paysage hivernal sur les montagnes Loftet et Veslfjelltinden, au nord-ouest de Jotunheimen.
Le climat du massif est, selon la classification de Köppen, un climat de toundra (ET). Il est principalement marqué par un gradient ouest-est, en particulier en ce qui concerne les précipitationsp. 90. Ceci est lié aux vents dominants, qui proviennent principalement du sud-ouest et apportent avec eux l'humidité océaniquep. 15. Les reliefs montagneux vont forcer ces masses d'air en altitude ce qui va les refroidir et les condenser, et provoquer d'importantes précipitations sur les versants occidentaux. Au contraire, les versants orientaux, situés dans l'ombre pluviométrique, connaissent un climat plus sec. Ainsi, à Vetti ( d'altitude) dans la vallée Utladalen à l'ouest, les précipitations annuelles avoisinent les , tandis qu'à Vågå () à l'est, les précipitations ne sont que de . Du fait des températures, les précipitations se font sous forme de neige durant une grande partie de l'annéep. 92. L'épaisseur de neige au sol est cependant fortement influencée par les forts vents d'altitude, ce qui fait que les sommets peuvent rester complètement libres de neige même en hiver. Cela favorise la formation et la conservation du pergélisol.
L'autre important gradient climatique est le gradient d'altitude. En effet, la pression atmosphérique, et avec elle la température, diminue avec l'altitude, créant un gradient d'approximativement pour . Les contrastes de température au cours de la journée sont aussi, en général, plus importants en altitudep. 87-89. Cependant, ces tendances sont surtout vraies pour les températures estivales, le soleil ayant essentiellement aucune influence sur les températures en hiver. En hiver, au contraire, les températures les plus basses sont souvent au fond des vallées. L'altitude affecte aussi les précipitations, comme expliqué plus haut, avec des précipitations atteignant par exemple à Fanaråken, à d'altitude.
vignette|upright=1.5|Carte topographique des régions de Jotunheimen et Dovre Rondane. Un pergélisol alpin étendu à l'isotherme moyen annuel de (rouge) est théoriquement attendu ; la limite de glaciation (en bleu) montre la tendance inverse.
La température annuelle moyenne de l'air à Fannaråki est de . Cette valeur est extrapolée à partir d'un plus grand nombre de stations météorologiques norvégiennes officielles.. D'après l'expérience d'autres régions alpines et polaires, cette température annuelle moyenne indique que le pergélisol doit être répandu et s'étendre probablement jusqu'à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Dans le cadre du projet PACE (), financé par l'Union européenne, un forage vertical de de profondeur dans le substrat rocheux a été effectué en août 1999 sur Juvvasshøi à une altitude de .. La température stable du sol à de profondeur est toujours de . Le gradient géothermique mesuré dans le forage de / permet de calculer une épaisseur de pergélisol de , preuve que des occurrences de pergélisol généralisées doivent exister dans la région de Jotunheimen à ces altitudes.
Juvvasshøi est entouré de plusieurs autres montagnes remarquables de Jotunheimen, notamment Glittertinden à l'est, Galdhøi et Galdhøpiggen au sud-ouest. Ils sont même plusieurs centaines de mètres plus haut. La température annuelle moyenne de l'air attendue à ces sommets les plus élevés est de l'ordre de , une valeur caractéristique des zones à pergélisol continu et d'une épaisseur de pergélisol considérable.. Pour de nombreux scientifiques scandinaves, cela était surprenant et n'a été accepté qu'à la cinquième conférence internationale sur le pergélisol (ICOP) en 1988 à Trondheim, suivie d'excursions sur le terrain en Norvège et en Suède avec des experts internationaux du périglaciaire. Cependant, les premières découvertes de pergélisol remontent aux années 1970 et au début des années 1980, lorsque des occurrences de pergélisol épais ont été prouvées par des sondages géophysiques..
Hydrographie vignette|upright=0.8|alt=Haute chute d'eau le long d'une falaise rocheuse.|La cascade Vettisfossen dans la vallée Utladalen.
Le massif est divisé par la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de l'est et de l'ouest du Sud norvégienp. 68. Cette ligne passe entre les lacs Tyin et Bygdin au sud puis continue vers le nord où elle correspond essentiellement à la frontière entre le comté d'Oppland et de Sogn og Fjordane. À l'est, plusieurs rivières notables ont leur source dans le massif ; dans le sens horaire figurent la Bøvra, la Leira et la Visa, la Smådøla, la Veo, la Sjoa et la Vinstra. Ces rivières rejoindront la Gudbrandsdalslågen, qui fait partie du bassin versant du fleuve Glomma. À l'ouest, la principale rivière est Utla, qui achève sa course non loin de là dans le Sognefjord. Les principaux affluents de l'Utla forment souvent de grandes chutes d'eau alors qu'ils rejoignent la vallée d'Utladalen depuis leurs vallées suspendues. La plus importante de ces chutes est Vettisfossen, avec une hauteur de chute totale de dont en chute libre, ce qui en fait la plus haute chute de Norvège dont le débit ne soit pas régulé.