Les Samaritains sont une communauté religieuse très ancienne vivant encore en Palestine et en Israël. Les Samaritains sont l'une des plus petites communautés religieuses du monde, puisqu'ils sont recensés au nombre de 874 en 2022.
Leur religion, parfois appelée samaritanisme, est l'une des plus anciennes branches du judaïsme, séparée de ce qui deviendra le judaïsme orthodoxe entre le Elle est fondée sur le Pentateuque samaritain, les Samaritains refusant les livres des prophètes et les livres hagiographes, qui sont postérieurs au Pentateuque de la Bible hébraïque. Les Samaritains ne prennent pas non plus en compte la tradition orale formant le Talmud. Apparus avant le développement du judaïsme rabbinique, ils n'ont pas de rabbins.
Ils sont dotés d'une histoire écrite, attestée au en Samarie, région qu'ils ont dominée jusqu'au .
thumb|Samaritains sur le mont Garizim, en 2006.
Philologie L'autoethnonyme des Samaritains est Shamerim (שַמֶרִים, du verbe hébraïque lishmor, « garder » ou « ceux qui gardent »Le nom vient de chomère, « observer, garder ». Les Samaritains sont des « observants » de la seule Torah, qui ignorent le reste du Tanakh, et a fortiori le Talmud.), mot qui signifie « les observants ». Ils emploient parfois une formule récente « Israélites-Samaritains »Terminologie récente, utilisée par certains Samaritains pour se désigner et se différencier des Juifs. Elle est en effet le corollaire de la vision que les Samaritains ont des Juifs comme Israélites-Judéens (de la Judée)..
En hébreu moderne, ils sont appelés Shomronim (שומרונים), c'est-à-dire « ceux de Shomron » (la Samarie).
En grec ancien, langue des évangiles, ils sont appelés (Samarîtai), notamment dans la parabole du bon Samaritain (Évangile selon Luc, 10:25-37).
Origines Les origines des Samaritains sont débattues. Selon le récit biblique (notamment le livre des Rois), ils sont issus d’un mélange entre populations locales et colons étrangers installés en Samarie après la conquête assyrienne du royaume d’Israël en 722 av. J.-C. Cette vision les présente comme un peuple d’origine partiellement étrangère.
Au contraire, d’autres sources, notamment assyriennes, suggèrent la continuité de la population locale, indiquant que les Samaritains sont principalement des descendants des anciennes tribus israélites d’Éphraïm et de Manassé, restées sur place. Certains historiens, comme Flavius Josèphe, situent leur formation plus tard, au IV siècle av. J.-C., à la suite d’un schisme religieux avec les Juifs de Jérusalem.
Les deux royaumes israélites Le royaume de Samarie et le royaume de Juda se sont définis de façon ambiguë l'un par rapport à l'autre. Ils faisaient partie d'une même communauté religieuse israélite, tout en étant en concurrence territoriale, politique et finalement religieuse. (la Bible : 2 Rois chapitre 17 versets à 24).
thumb|left|Frontières estimées des États du Levant vers 800 av. J.-C.
Dans un contexte où religion et politique ne sont pas séparées, le contrôle de la religion est un aspect important du contrôle du pouvoir ; aussi, des lieux de culte respectifs ont été mis en place par les deux royaumes. Celui de Juda a été installé à Jérusalem, tandis que le royaume de Samarie en installait plusieurs, les deux principaux étant situés La Bible dévoilée, p. 180.. Dans les premiers siècles, cette diversité des temples n'a pas posé de difficulté, en tout cas n'a pas entraîné de schisme officiel. Jusqu'aux alentours de l'an mille avant Jésus-Christ, il n'y avait pas, d'après la Bible, de lieux de culte permanents et fixes. Le prophète Samuel est ainsi un prêtre du sanctuaire de Silo. C'était la traduction de l'absence historique de centralisation, remontant à l'existence de tribus séparées. Avec l'organisation en royaumes, la concurrence a commencé à se faire sentir et chaque lieu de culte a été progressivement mis en avant par le royaume qui le gérait.
La Bible La Bible dévoilée, p. 178.. Les temples de Samarie sont accusés d'avoir été ouverts aux rites païens, et de n'être pas vraiment israélites : Les enfants d'Israël firent en secret, contre l'Éternel leur Dieu, des choses qui ne sont pas bien. Ils se bâtirent des hauts lieuxLes hauts lieux sont des lieux de culte installés sur des collines, critiqués dans l'Ancien Testament. […]. Ils se dressèrent des statues et des idoles sur toute colline élevée […]. Ils fabriquèrent des idoles d'Astarté, ils se prosternèrent devant toute l'armée des cieux, et ils servirent Baal. Ils firent passer par le feuIl y avait au Moyen-Orient des sacrifices humains d'enfants à Baal, généralement par le feu. Le second Livre des rois accuse les Israélites de Samarie de s'être livrés à cette pratique. leurs fils et leurs fillesRois, 17-9 à 17-17..
Les livres historiques de la Bible concernant les périodes avant la destruction du premier Temple en 586 , appelée généralement « histoire deutéronomiste », sont datés du règne de Josias (639 à 609 ), ou de la période suivant son règne, après la destruction de Samarie, mais intègrent des sources plus anciennes, pour certaines nordistes (comme les prophètes Amos ou Osée). L'historien deutéronomiste transmet à ses lecteurs un double message, plutôt contradictoire. D'un côté, il dépeint Juda et Israël [Samarie] comme deux États jumeaux. De l'autre, il les décrit comme férocement antagonistes. Josias ambitionne de s'étendre au Nord. […] La Bible, à l'appui de son ambition, répète donc à satiété […] que sa population est composée d'israélites qui auraient dû accomplir leurs dévotions à Jérusalem […]. La Bible se devait d'ôter toute légitimité aux cultes nordistes et de montrer que les traditions religieuses du royaume du Nord étaient impiesLa Bible dévoilée, ». « Violence, idolâtrie, cupidité caractérisent le portrait peu édifiant du royaume nordiste d'Israël que nous brossent les deux Livres des RoisLa Bible dévoilée,
Il est impossible de savoir si toutes ces accusations sont fondées. Elles montrent la forte hostilité envers le royaume et les pratiques religieuses du nord, bien avant l'apparition « officielle » des Samaritains.
thumb|300 px|Carte de la région après l'expansion assyrienne. La Samarie et Juda font partie de l'empire, Juda avec un statut de vassal et non de simple province.
Le royaume de Samarie a été envahi et détruit par l'Assyrie en 722 avant notre ère, qui en a fait l'une de ses provinces. Le royaume de Juda accepta la suzeraineté assyrienne et survécut donc. Juda reprit une pleine indépendance sous le règne de Josias (de 639 à 609 )La Bible dévoilée, et suivantes., jusqu'à sa destruction par les Babyloniens et la déportation de sa population en 586-587 avant notre ère.
L'origine des Samaritains selon la tradition juive orthodoxe D'après la Bible (Deuxième livre des Rois), que les historiens estiment rédigée vers le milieu du (soit au moins 150 ans après les événementsIl est possible qu'il ait existé une première version du Livre des Rois dès la fin du , qui aurait été complétée au avant notre ère.), la population du royaume de Samarie aurait été déportée vers d'autres régions de l'Empire assyrien en punition de ses péchés. Elle aurait ensuite mystérieusement disparu. Ce seraient les « dix tribus perdues d'Israël ».
La Bible affirme que des populations étrangères auraient été déplacées pour les remplacer sur leur territoire. Ces étrangers auraient créé une religion mélangeant influences israélite et païenne, donnant ainsi naissance aux Samaritains.
Et Israël a été emmené captif loin de son pays en Assyrie, où il est resté jusqu'à ce jour. Le roi d'Assyrie fit venir des gens […] et les établit dans les villes de Samarie à la place des enfants d'Israël. […] Lorsqu'ils commencèrent à y habiter, ils ne craignaient pas l'Éternel, et l'Éternel envoya contre eux des lions qui les tuaient. On dit au roi d'Assyrie : Les nations que tu as transportées et établies dans les villes de Samarie ne connaissent pas la manière de servir le dieu du pays, et il a envoyé contre elles des lions qui les font mourir […]. Le roi d'Assyrie donna cet ordre : Faites-y aller l'un des prêtres que vous avez emmenés de là en captivité […], et qu'il leur enseigne la manière de servir le dieu du pays. Un des prêtres qui avaient été emmenés captifs de Samarie vint s'établir à Béthel, et leur enseigna comment ils devaient craindre l'Éternel. Mais les nations firent chacune leurs dieux dans les villes qu'elles habitaient, et les placèrent dans les maisons des hauts lieux bâties par les SamaritainsSamaritain désigne ici les anciens habitants du royaume de Samarie, pas les Samaritains postérieurs.. […] Ils craignaient aussi l'Éternel […] et ils servaient en même temps leurs dieux d'après la coutume des nations d'où on les avait transportés. […] Ils suivent encore aujourd'hui leurs premiers usages. […] L'Éternel avait fait alliance avec eux, et leur avait donné cet ordre : Vous ne craindrez point d'autres dieux. […] Et ils n'ont point obéi, et ils ont suivi leurs premiers usages. Ces nations craignaient l'Éternel et servaient leurs images ; et leurs enfants et les enfants de leurs enfants font jusqu'à ce jour ce que leurs pères ont fait2 rois 17-23 à 2 rois 17-41.Il y a une contradiction dans le second Livre des Rois : les nouveaux habitants de l’ancien royaume de Samarie (devenu province assyrienne) sont décrits comme des étrangers et il est aussi indiqué que , comme s'ils étaient les descendants des anciens Israélites. D'un côté ils , de l'autre (pour plus d'informations sur cette "ambiguïté" : lire dans la Bible le livre 2 Rois chapitre 17 versets 24 à 34). La population maintenant identifiée comme « samaritaine » devient ainsi une population ambiguë, mélange d'étrangers païens et d'influence israélite, globalement rejetée de la communauté.
Selon la bible Crampon, il est clair que l'alliance établie dans les versets 34-36 du Livre des rois a été établie avec les "enfants de Jacob" et donc les Israélites de souche. " (Bible Crampon. tome, 1898)
La littérature rabbinique postérieure est également partagée. Le Talmud mentionne ponctuellement des Samaritains, en des termes divergents, qui écartent parfois leur rejet total. Le traité Houlin accepte la viande des animaux qu'ils ont tués comme casher, si un Juif a été témoin de l'abattageT.B. 'Houllin 3b., et le traité Orlah du Talmud de Jérusalem admet leur painYer. Orlah 2:7. sous certaines réserves. Dans un autre traité de ce Talmud qui daterait du , leur nourriture est considérée comme légaleYer. Avoda Zara 5:4.. Un traité mineur (Massekhet Kouthim) confirme leur acceptation partielle : « Massecheth Kuthim », Kirchheim, Septem Libri parvi Talmudici, p. 31-36.. Le même traité reconnaît que, dans la plupart de leurs usages, ils ressemblent à des Israélites.
Ainsi, au début de l'ère chrétienne, l'accusation de paganisme est-elle abandonnée par certains religieux Juifs. L'accusation de ne pas être d'ascendance israélite subsiste, même si l'approche du traité Kouttim montre quelques évolutions : les Samaritains pourraient être acceptés « dans la communauté juive » (malgré leurs origines) s’ils réformaient leurs pratiques. Une telle approche « ouverte » de la seconde grande accusation historique juive (ne pas être d'origine israélite) reste marginale dans le Talmud.
L'origine des Samaritains selon la tradition samaritaine Vue d'ensemble D'après leur livre des Chroniques (Sefer ha-Yamim), les Samaritains se considèrent comme les descendants des tribus d'Ephraïm et de Manassé (deux tribus issues de la Tribu de Joseph) vivant dans le royaume de Samarie avant sa destruction en 722 . La famille sacerdotale affirme descendre de la tribu de Lévi. La vision les faisant descendre des anciens Israélites du Nord est assez proche de celle de la majorité des historiens.