Antoine Émaz, né le à Paris et mort à AngersÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970. le , est un poète français.

Biographie Né Antoine PetitAvis de décès d'Antoine Petit dit Emaz sur avis-de-deces.ouest-france.fr. en 1955, il reçoit une éducation catholique, dans une famille nombreuse — sa mère élève neuf enfants.. Son grand-père maternel est menuisier dans l’Anjou, et ce travail de menuiserie est une des inspirations de sa poésieAntoine Émaz, « Entretien avec Antoine Émaz. Pierre Grouix et Yannick Mercoyrol », Scherzo, n° 12-13, 2001, p. 8.. Son grand-père paternel gère des terres agricoles.

Au collège, il souhaite devenir médecinThierry Guichard, « Antoine Émaz, la poésie pour respirer », , p. 20.Émaz l’évoque dans son recueil Planche, Paris, Rehauts, 2016, p. 26.. Après une rencontre avec un professeur de français qui lui fait découvrir la littérature, il commence à écrire des poèmes.

Il suit des études en classe préparatoire au lycée Henri-IV, puis à la Sorbonne, avant d'effectuer son service militaire et de se marier — il aura trois enfants. Il passe le CAPES et l’agrégation de lettres modernes et devient enseignantVoir sur ccfr.bnf.fr.. Il vit à Angers où il enseigne en collège puis en lycée. Son dernier poste est au lycée Henri Bergson, où il est professeur de lettres modernes et y mène une activité syndicale soutenueAntoine Émaz, Le Matricule des anges, n° 48, novembre 2003..

En 1983, il publie son premier texte, « Carnet du mur, paroi », dans la revue Orion. Puis, c’est « Le Chant des pauvres » qui paraît dans Sud en 1986. C’est à cette époque qu’il choisit le pseudonyme d’Emptaz, qui deviendra Émaz. Paraissent ensuite plusieurs plaquettes, qui sont suivies de recueils, dont le premier, En deçà, est publié chez Fourbis en 1990.. Il écrit des poèmes ainsi que des études littéraires sur André du Bouchet., Eugène Guillevic et Pierre Reverdy..

En 1995, il soutient une thèse de doctorat sur les notes de Pierre Reverdy, intitulée « Pierre Reverdy : étude des recueils de notes »..

Il meurt le à Angers à l'âge de 63 ans, des suites d’un cancer...

Influences et situation dans le paysage et la vie poétiques

Influences Pierre Reverdy exerce une influence importante sur la poétique d’ÉmazAntonio Rodriguez, « L'intimité ordinaire », Europe, n°1031, 03/2015, p. 6. Ce dernier a consacré une thèse aux notes du poète – au début de laquelle il reconnaît sa « dette Antoine Émaz, Pierre Reverdy. Étude des recueils de notes, thèse sous la direction de Georges Cesbron, soutenue à l'Université d'Angers le 23 juin 1995, p. 3 » envers le poète et noteur, et qui fait suite à une maîtrise qu’il avait effectuée sur le même auteur. Comme l’a montré Michel Collot, cela se traduit par des convergences théoriques, mais aussi des rapprochements dans les pratiques d’écritureMichel Collot, « Émaz et Reverdy : Le lyrisme de la réalité », Actes du colloque Antoine Émaz, Supplément Triages (dir. Jacques Le Gall), Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 2008, p. 10.. Antoine Émaz remarque notamment chez Reverdy une certaine modestie dans l’écritureAntoine Émaz, « Répondre à l'écrasement », entretien avec Emmanuel Laugier, Europe, n° 926-927, , p. 248. – c’est pour cette raison qu’il retient surtout sa première période – ainsi que son utilisation discrète de l’image considérant qu’il y a aussi chez lui « ces images invisiblesAntoine Émaz, « Rencontre avec Antoine Émaz et Christian Oster, Dominique Rabaté, Dominique Viart, Maison des écrivains, 7 mars 2002 », Écritures blanches, Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2009, p. 295. » qu'André du Bouchet admiraitAntoine Émaz, « Le lieu commun du poème », Rencontres de la MEL au Petit Palais, 2 octobre 2010.. Il donne l’exemple de son poème « Mur paroi » : l’obstacle est ici la métaphore de diverses choses qui empêchent de passer, d’avancer. Mais à la lecture du poème, celle-ci n’est pas mise en exergue et paraît naturelle. Émaz affirme également, à propos des notes de Reverdy :

André du Bouchet constitue, à la suite de Reverdy, un modèle fondamental pour Antoine ÉmazBernard Mazo, « Comme un fugace moment d’éternité », actes du colloque Antoine Émaz, supplément Triages (dir. Jacques Le Gall), Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste,  2008, p. 146., au point que sa découverte par le jeune poète a été paralysante, parce qu'il l’envisageait comme un modèle indépassable. D’André du Bouchet, Émaz souligne notamment « l’immensité du peuMatthieu Gosztola, Antoine Émaz, Présence de la poésie, Montreuil-sur-Brêche, éditions des Vanneaux, 2014, p. 82 , présentation en ligne. », et « tout une morale de l’attentionAntoine Émaz, « Traverses », Nu(e), n° 25 (2003), p. 24.» qu’il partage d’ailleurs avec Jean Follain et Reverdy. La prise de conscience de la difficulté qui résulte du décalage entre puissance de la sensation et impuissance de la langue se fait aussi par l’intermédiaire d'André du BouchetJacqueline Michel, « Antoine Émaz : une poésie du refus ? », La Réticence dans des écritures poétiques et romanesques contemporaines (dir. Jacqueline Michel et Marlena Braester), Bucarest, EST, 2007, p. 49. Ainsi, le rapport de tension entre réalité et langue, au cœur de la poétique de du Bouchet retient particulièrement ÉmazAntoine Émaz, « Répondre à l'écrasement », , p. 250-251.. La mise à distance du sujet est également importante : Émaz cite régulièrement l’expression de du Bouchet, qu’il reprend à son compte « J’écris aussi loin que possible de moiAntoine Émaz, Lichen, encore, Paris, Rehauts, 2009, p. 91 ». On peut aussi les rapprocher sur la base de la présence insistante du blanc dans leurs deux œuvresDominique Viart, « Antoine Émaz, la parole commune », dossier remue.net, non paginé., même si son sens est différent.

Il a également à plusieurs reprises mis l’accent sur sa fascination profonde pour l’œuvre d’Eugène GuillevicNotamment le recueil Paroi : Antoine Émaz, « Le lieu commun du poème », Rencontres de la MEL au Petit Palais, 2 octobre 2010..

Situation dans le paysage de la poésie contemporaine Antoine Émaz se tient à l’écart de la dichotomie littéralistes/néo-lyriques qui structure le paysage poétique français de la fin du Yves Charnet « "Poème à hauteur d'homme" : notes sur le "parler ras" d'Antoine Emaz », Contemporary French poetics, Rodopi, 2002, p. 83.Matthieu Gosztola, , p. 80.Michel Bernier, « JE NE : je, on, je », actes du colloque Antoine Émaz, supplément Triages (dir. Jacques Le Gall), Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 2008, p. 84.. Lors d’un entretien avec Jean-Michel Maulpoix, il se dit en « accord » avec la notion de « lyrisme critique », qui l’intéresse durablementAntoine Émaz, Cuisine, Publie Papier, Montpellier, 2012, p. 113.. Il écrit, dans Flaques :

Il a publié la majorité de son œuvre chez des éditeurs indépendants, notamment les éditions Unes, Tarabuste, les Petits Classiques du Grand Pirate, PAP ou Grames. Il a collaboré à plusieurs livres d'artistes.

Rôle dans la vie poétique de l'époque

Antoine Émaz s'est investi dans la vie poétique de son temps, en collaborant à des revues, en publiant des notes de lectures et participant à des rencontres et lectures publiques, dans lesquelles il lit lui-même ses poèmesAntoine Émaz, Lichen, encore, Paris, Rehauts, 2009, p. 32Antoine Émaz, Cambouis, Paris, Seuil, 2009, p. 68. Il considère ces dernières comme l’occasion d’une approche que la lecture silencieuse et solitaire pourra ensuite transformer en rencontre plus profondeAntoine Émaz, « Enquête. Poésie à dire Poésie à lire (2) », Clermont-Ferrand, Arpa, n° 78, octobre 2002, p. 96. Conscient que la poésie rencontre une médiatisation limitée, il ne s’en désespère pas et met plutôt en avant la qualité de l’écoute qu’elle reçoit, et considère que cette situation peut continuer ainsi durablementAntoine Émaz, « Enquête. Poésie à dire Poésie à lire (2) », Clermont-Ferrand, Arpa, n° 78, octobre 2002, p. 98.

De à 2013, il a présidé la commission « poésie » du Centre national du livre. Il a été proche de poètes et poétesses : Jean-Michel Maulpoix - dont il a préfacé le recueil Une histoire de bleu chez Gallimard - Jean-Louis Giovannoni, Ludovic Degroote, James Sacré - dont il a préfacé le recueil Figures qui bougent un peu chez Gallimard -, Albane Gellé, Antonio RodriguezAntonio Rodriguez, « L'intimité ordinaire », Europe, n°1031, 03/2015, p. 5 ou Ariane Dreyfus par exemple.

Style et conception de la poésie

Un lien privilégié entre vivre et écrire Les recueils poétiques d’Émaz témoignent d’une volonté de rendre compte du réel en restant proche de l’expérienceRégis Lefort, « La double lessiveuse d’Antoine Émaz », Actes du colloque Antoine Émaz, Supplément Triages (dir. Jacques Le Gall), Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 2008, p. 107. Il fait ainsi le vœu d’une interaction très étroite entre écrire et vivreYves Charnet « "Poème à hauteur d'homme" : notes sur le "parler ras" d'Antoine Emaz », Contemporary French poetics, Rodopi, 2002, p. 84, comme le témoigne son emploi récurrent de l’expression « écrire-vivreAntoine Émaz, Flaques, Saint-Jean-La Bussière, Centrifuges, 2013, p. 25Antoine Émaz, Planche, Paris, Rehauts, 2016, p. 43. » ou encore son affinité avec l’affirmation reverdienne, plusieurs fois citée « La poésie n’est pas un simple jeu de l’espritCité notamment dans « Rencontre avec Antoine Émaz et Christian Oster, Dominique Rabaté, Dominique Viart, Maison des écrivains, 7 mars 2002 », Écritures blanches, Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, p. 290, mais aussi dans « Traverses », Nu(e), n° 25 (2003), pp. 117 ou dans l'« Entretien avec Antoine Émaz. Pierre Grouix et Yannick Mercoyrol », Scherzo, n°12-13, 2001, p. 10.».

La poésie permet de « se tenir en face », de « résister », de « rester deboutRapporté par Matthieu Gosztola, , p. 11. ». Sans proposer de leçon, la place de la morale est donc importante : il ne s’agit pas, pour James Sacré, de jugements, mais de « constats » ou d’ « interrogationsJames Sacré, « Les Livres d’Antoine Émaz », Scherzo, n° 12-13, 2001, p. 24. ».

Antoine Émaz situe son travail « entre sensation, émotion, langue et mémoire« Entre sensation, émotion, langue et mémoire », entretien avec Marie-Lise Galon, Nantes, Gare maritime, n°1, septembre 1994, p. 23 ». Écrire un poème revient alors à « écrire une tension à l’intérieur d’un champ de forces, variables et mouvantes » dont les pôles sont ces quatre termesAntoine Émaz, « Quelle poésie écrivez-vous ? », Le Matricule des Anges, n°51, mars 2004, p. 27.. Celui-ci met alors à distance le caractère réflexif : le poème n’est pas le lieu de la penséeAntoine Émaz, « Les Mots menus d’Antoine Émaz », Entretien avec Emmanuel Laugier, Le Matricule des anges, n°11, 15 mars 1995, p. 18.

Une poésie du peu L'écriture d'Antoine Émaz, qui refuse l’expansion lyriqueIsabelle Levesque, « L'art poétique selon Antoine Émaz », Quinzaines, n°1212, 01/04/2019, p. 20, se présente, à première vue, comme très simple : dans cette poésie « du peuJoël Glaziou, « Lire Antoine Émaz… », Le Jardin d'essai, n°25, p. 6 », « du moinsAntoine Émaz, Cuisine, Publie Papier, Montpellier, 2012, p. 73» et du dénudementJacques Lèbre, « Le dit d’Émaz », Scherzo, n°12-13, 2001, p. 63, d’une « sobriété radicaleFranck Villain,  « Part commune, lieu commun. La force-forme du poème », Quel autre ?, Québac, VLB éditeur, 2007, p. 181 » le poète utilise un nombre restreint de mots, qu'il choisit courtsRapporté par Matthieu Gosztola, , p. 37..