L'histoire de l'Europe, et surtout de l'Europe méridionale, est une des parties les mieux documentées, étudiées et connues de l’histoire mondiale, pour quatre raisons : la géologie fait affleurer des roches en de nombreux endroits, ce qui a permis très tôt les constructions en pierre ; les climats permettent la bonne conservation de nombreux sites archéologiques ; l’écriture s’y est tôt imposée et de nombreux documents écrits se sont conservés ; les Européens ont eu tôt le souci de transcrire leurs histoires (Hérodote, Thucydide, Strabon, Tacite,...).
C’est en Europe que les historiens européens ont défini les grandes périodes historiques (Antiquité, Moyen Âge,...) qui valent principalement pour ce continent, celles de l’histoire africaine sub-saharienne, amérindienne précolombienne, chinoise ou indienne étant différentes.
Toutefois, l’histoire européenne connait les mêmes grandes « révolutions techniques » que le reste de l’histoire mondiale, chacune d’elles bouleversant profondément les modes de vie antérieurs : la « révolution néolithique », intervenue selon les aires géographiques il y a à , marquée par l'adoption de l’agriculture ; la « révolution industrielle », intervenue au , et qui a donné au genre humain accès à l’énergie électrique et aux énergies fossiles et fissiles.
300px|vignette|Le papyrus d'Oxyrhynque, d'Hérodote. 300px|vignette|L'Europe selon Strabon, d'après l'Histoire d'Hérodote.
L’histoire européenne, ses biais et ses nouvelles sources Tant l’archéologie que les sources documentaires et artistiques représentent des biais, pour trois raisons : la conservation de ces sources est différentielle : ce qui est périssable (matières organiques) a statistiquement toutes les chances de disparaître, et par conséquent seule une infime minorité des artéfacts et des supports documentaires ou objets d'art, généralement réalisés en matériaux « nobles » (métal, pierre) se conserve ; l'utilisation de ces matériaux « nobles », le choix des offrandes dans les sépultures, l'écriture lorsqu'elle apparaît et les monuments témoignent surtout de la vie, des préoccupations, des croyances, de la culture ou des langues des classes dominantes (aristocrates, guerriers, religieux, riches marchands), et il est bien plus difficile de retrouver des témoignages fiables sur la majorité des populations ; la transmission, elle aussi, est différentielle : au fil des changements culturels, religieux et linguistiques, certains témoignages du passé ont été conservés, beaucoup ont été recyclés, remaniés, réécrits, réinterprétés, mais la majorité a tout simplement été oubliée, négligée ou détruite, ces témoignages ne représentant plus rien pour les nouvelles populations ou générations.
Toutefois, avec la généralisation de la méthode scientifique, tant en archéologie qu'en paléographie et en histoire de l'art, de plus en plus de découvertes, d'études complémentaires et d'analyses apportent des informations nouvelles sur l'histoire européenne, dont la vision ne cesse de se préciser, tandis que d'anciennes légendes ou points de vue cèdent du terrain, ou bien quittent le terrain scientifique pour subsister uniquement sur le terrain mythologique, politique ou idéologique (voir aussi l'article Protochronisme).
De plus, des sciences naturelles comme l'épidémiologie, la génétique, la géologie, la volcanologie, la paléo-climatologie ou la palynologie, désormais croisées avec les sciences historiques et sociales, apportent elles aussi des éclaircissements et des informations complémentaires, par rapport aux sources archéologiques et écrites. Ainsi, des études géologiques, volcanologiques et climatologiquesJérôme Gaillardet, Monica Rotaru, Michel Steinberg et Jean Trichet : Les climats passés de la terre, Vuibert 2006, ; Elisa Brune et Monica Rotaru : Séismes et volcans : mais qu'est-ce qui fait palpiter la Terre ?, Le Pommier 2007, ont dévoilé les causes souvent naturelles de déplacements de populations, changements de civilisation ou politiques, dépeuplements, guerres, ou repeuplements.
Préhistoire C'est l'apparition de l'écriture qui marque traditionnellement la limite entre Préhistoire et Histoire. L'écriture apparait tardivement en Europe, d'abord en Grèce puis à Rome, et ne se répand vers le reste du continent qu'avec les conquêtes romaines puis la christianisation. Les traces antérieures d'écriture demeurent rares et limitées. Tout ce qui s'est déroulé avant les premiers écrits peut être inclus dans la Préhistoire.
vignette|redresse=1.2|Une tente paléolithique reconstituée au parc archéologique Asnapio de Villeneuve-d'Ascq d'après les fouilles de Pincevent. vignette|redresse=1.2|Famille du peuple sami (« lapon »), début du .
Paléolithique
Les humains modernes ont peuplé l'Europe depuis plus de 45 000 ans Cosimo Posth, He Yu, Ayshin Ghalichi et al., Palaeogenomics of Upper Palaeolithic to Neolithic European hunter-gatherers, Nature, 615, 117–126, mars 2023, doi.org/10.1038/s41586-023-05726-0. Dans le climat froid de la dernière période glaciaire, les habitants de l'Europe sont des chasseurs-cueilleurs qui utilisent des outils de pierre taillée, vivant à la manière dont les peuples de l'Arctique vécurent jusqu'au début du . Ils nous ont laissé sur les parois des cavernes des figurations artistiques, liées à des préoccupations cynégétiques, saisonnières (la plupart des animaux sont représentés tels qu'ils sont à l'époque du rutJean Clottes (dir.), La France préhistorique, un essai d’histoire, Gallimard 2010, et il est possible que leur disposition et répétition soit liée à celle des constellationsChantal Jègues-Wolkiewiez, archéo-astronome, sur .) et peut-être religieuses. La culture aurignacienne, véhiculée par Homo sapiens, ouvre le Paléolithique supérieur en Europe, suivie vers avant le présent par le Gravettien. Par la suite, dominent le Solutréen et le Magdalénien en France et en Espagne, et l'Épigravettien de l'Italie jusqu'à l'Ukraine.
Une étude génétique publiée en 2016 montre deux changements majeurs dans les populations européennes à la fin du Paléolithique supérieur. Lorsque s'amorce la remontée des températures vers avant le présent (au Solutréen final), l’Europe de l'Ouest commence à être en partie repeuplée par des chasseurs-cueilleurs venus du sud-ouest de l’Europe, notamment d'Espagne The genetic history of Ice Age Europe, Howard Hughes, sciencedaily.com, 2 mai 2016. Vers avant le présent, à l'issue du Dryas ancien, une nouvelle migration a lieu « qui semble venir de l'est, et non de l'ouest », et qui aurait notamment entrainé la disparition parmi les populations de chasseurs-cueilleurs de l'haplogroupe M Pre-Neolithic DNA Suggests Major Late Glacial Population Turnover in Europe, sci-news.com, 5 février 2016.
Au nord du continent, la culture de Hambourg prédomine vers AP. Elle sera suivie par la culture Federmesser du complexe azilien, qui se manifestera un peu plus tard au centre et à l'ouest. Il en sera de même pour le complexe Lyngby (Ahrensbourgien et Brommien) qui succédera au Hambourgien dans la partie septentrionale et, conséquemment au réchauffement, jusque dans le sud de la Scandinavie. La culture swidérienne fait son apparition au nord-est à peu près durant la même période ( AP).
Mésolithique
Le Mésolithique est la période durant laquelle débute une sédentarisation partielle des populations, après la fin de la dernière période glaciaire. Les industries microlithiques se développent lors du Mésolithique, à travers des cultures telles que le Sauveterrien en France et d'autres cultures similaires dans le sud de l'Europe, alors qu'en Allemagne et les pays adjacents, le Beuronien occupe la majeure partie du territoire. Au nord, on retrouve le Maglemosien qui s'étend d'une partie des pays baltes jusqu'aux Îles Britanniques alors encore reliées au continent par le Doggerland.
Néolithique
Les premiers villages néolithiques datent du milieu du en Serbie, Bulgarie, Grèce et Roumanie : apparue au Proche-Orient, l'agriculture (culture des céréales, élevage) se répand lentement du au millénaires avant notre ère dans toute l'Europe. L'agriculture s'accompagne de l'usage d'outils de pierre polie, de la poterie, du tissage, mais aussi de la guerre, notamment en période d'aléas climatiques (voir culture rubanée, culture de la céramique cardiale, culture de Starčevo, culture de Boug-Dniestr). Une expansion de la population vers l'est (en Ukraine) est toutefois à signaler pour la culture de Cucuteni-Trypillia.
Du au millénaire avant notre ère, la civilisation mégalithique se développe essentiellement de l'ouest vers l'est, d'après la datation des sites. Selon les hypothèses de Marija Gimbutas, au demeurant discutées, cela aurait pu être une civilisation agricole, sédentaire, peu guerrière (les sites ne sont pas fortifiés, il y a peu d'armes et beaucoup d'outils agricoles dans les sépultures), matristique et dont les cultes étaient en relation avec les rythmes de la nature ; les calendriers prédictifs, à la fois lieux de culte et observatoires, les labyrinthes et les parcours initiatiques en étaient les axesMarija Gimbutas, Le langage de la déesse, éd. Des femmes, Paris, , et Selma Sevenhuijsen (Univ. Leyden, Pays-Bas)[labyrintwerk.nl/]. Par la suite, durant le Néolithique final, le continent est marqué par la culture de la céramique cordée et la culture campaniforme.
Âge du bronze
À l'Âge du bronze s'épanouit en Crète la civilisation minoenne, et plus tard, en Grèce, la civilisation mycénienne (milieu du millénaire avant notre ère), avec usage de l'écriture.
D'après les travaux de R. PeroniIntroduzione alla protostoria (1994) et - 1k, ces civilisations agricoles, dont les sites se multiplient, témoignant d'un accroissement de la population, subissent dans la première moitié du avant notre ère, une crise environnementale qui conduit à l'abandon de la plupart des sites, mais l'on ignore s'il s'agit d'une crise climatique, d'une épidémie ou d'une épizootie, des suites d'éruptions volcaniques, ou de plusieurs de ces causes. La civilisation minoenne pourrait avoir été affaiblie par l'éruption du volcan de Santorin.
Âge du fer
À partir du millénaire avant notre ère, l'Europe entre dans l'Âge du fer. Une civilisation patriarcale et guerrière remplace progressivement la précédente. Dans les sépultures, chars, armes et boucliers dominent désormais. C'est pendant cette période protohistorique, et grâce aux écrits des auteurs grecs puis romains, que l'on commence à identifier des peuples : les Ibères en Espagne, les Ligures du Rhône au Pô, les Étrusques et les Italiques en Italie, les Illyriens en Italie et de l'Adriatique au Danube, les Celtes en Europe centrale, qui de là, se répandent aux s avant notre ère dans toute l'Europe, les Thraces et les Grecs en Europe du Sud-Est, les Scythes en Europe orientale.
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