Khiva (Xiva en ouzbek ; en persan) est une ville d'Ouzbékistan, située dans la province du Khorezm, non loin de la frontière turkmène. Fondée entre le , dans une oasis à 469 kilomètres de BoukharaRené Cagnat, , Paris, guide Mondeos, édition 2012, p. 92, elle est mentionnée, au , dans les écrits des géographes Al-Muqaddasi et Istakhri.

Son existence étant moins liée que d'autres villes du Khwarezm à l'Amou-Daria, son histoire fut moins affectée par les changements de lit de ce fleuve.

Prospère par son positionnement sur la route des caravaniers vers la Caspienne, elle devient la capitale d'un influent khanat de Khiva, du début du jusqu'à la disparition de cet État, en 1920.

Sa vieille ville, Itchan Kala (littéralement forteresse intérieure) est classée au patrimoine mondial par l'UNESCO depuis 1990.

Géographie

Khiva est située à du fleuve Amou-Daria, au bord du canal Palvan-Yap.

Au nord-ouest, elle confine à la région de Kouchkoupir, au nord à la région d’Ourguentch, au nord-est à la région de Yanguiarik, au sud-est au Turkménistan.

La partie sud de la ville est limitrophe du désert du Karakoum.

Les canaux Ak-Yap et Sertchali traversent la ville.

La ville de Khiva compte 95 246 habitants soit un peu plus de la moitié de la population du district dont elle est le chef-lieu. Sa superficie est de .

Le climat est continental, marqué par la chaleur d'un long été, la rigueur de l’hiver court et la rareté des précipitations. La température moyenne est au mois de janvier et en juin, mais elle peut atteindre . La quantité de précipitations annuelles s'élève à 90–100 mm.

Histoire

Selon la légende, Khiva fut fondée à l'endroit où Sem (le fils de Noé) creusa le puits de Keivah, guide Le Petit Futé, édition 2012, p. 243.

Antiquité et Moyen-Âge La région, particulièrement aride, a développé un système d'irrigation complexe à partir du millénaire av. J.-C. et a été visitée par différents conquérants : Perses, Grecs, Arabes, Mongols, Ouzbeks.

À partir de 994, Khiva appartient à la principauté indépendante du Khwarezm et, vers 1001, le médecin et philosophe Ibn Sina décide de s'y installer après avoir quitté Boukhara.

La situation politique et militaire de la région (de l'Asie centrale au Moyen-Orient) est instable. À cette époque, les dynasties d'origine turque et celles d'origine perse sont en conflit permanent, faisant chuter les capitales. Avicenne doit fuir à nouveau, car il ne souhaite pas servir sous les Turcs, ennemis des Persans.

À partir du , l'âge d'or du Khanat En 1511, des tribus ouzbekes fondent un khanat avec l'oasis de Khiva pour capitale Nikolaï Vesselovski, Aperçu historico-géographique du khanat de Khiva, Saint-Pétersbourg, 1877, p. 244.

La consolidation de ce nouvel état khorezmien se fera tout au long du XVIe siècle profitant, notamment, de l'affaiblissement de la ville voisine d'Ourgentch avec le changement de cours de l'Amou Daria. Le khanat de Khiva (1512-1920) devient ainsi, avec ceux de Boukhara et de Kokand l'un des trois khanats ouzbeks héritiers du khanat de Djaghataï.

Itchan Kala (, en turc), qui couvre , est la ville intérieure de Khiva, retranchée derrière des murailles de brique hautes d'une dizaine de mètres, faisant partie de l'ancienne oasis, qui était l'ultime étape des caravaniers avant la traversée du désert en direction de la mer Caspienne et de la Perse, Le Petit Futé, édition 2012, p. 243.

En 1717, les quatre mille soldats russes du prince Bekovitch-Tcherkasski, qui entendent libérer les esclaves russes de Khiva, sont massacrés aux portes de la ville.

De la Russie tsariste à la République d'Ouzbekistan L'ukase de juillet 1867, créant un nouvel oblast du Turkestan, marque une nouvelle avancée de l'empire russe en Asie Centrale. Au début de l'année 1873, c'est le premier gouverneur général de cet oblast, le général Von Kaufmann, qui réussit à obtenir la capitulation du Khan et à prendre la ville. Au mois d'août de la même année, le traité de paix de Guendeman Histoire diplomatique en cinq tomes, tome II, éditions d'État de littérature politique, Moscou, 1961 établit un protectorat sur le khanat.

Aujourd'hui

Bien qu'ayant conservé peu de monuments très anciens, Itchan Kala constitue un exemple cohérent et bien préservé d'architecture musulmane d'Asie centrale avec des constructions remarquables, comme la mosquée Djouma, les mausolées et les médersas, ainsi que les deux magnifiques palais édifiés au début du par le khan Alla-Kouli.

Depuis 1990, le quartier d'Itchan Kala de Khiva fait partie du Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Économie et administration

La plupart des organisations et des administrations publiques, y compris le khokimiat (mairie), les tchaïkhana (maisons de thé), les hôtels, les banques ou encore les bureaux de poste, se trouvent dans les rues Najmiddin Koubro, Amir Temour ou Ferouz. Les établissements médicaux comme l’hôpital central, la maternité, la polyclinique pédiatrique, le collège de médecine sont situés à l’ouest de la ville.

La fabrique de tapis, l’usine des produits de céramique, la fabrique de confection, la fabrique des articles de souvenir y fonctionnent. Douze écoles secondaires, cinq centres d’art d’enfants, théâtre de marionnettes, stades, parcs sont ouverts pour accueillir les enfants.

de territoire de appartiennent à la région de Khiva dont la population atteint . La surface agricole cultivée occupe de ce territoire. Dans le domaine agricole du Khorezm, c'est surtout la culture du coton et du blé qui y est développée. Le canal Palvan, qui provient de l'Amou-Daria, a une grande importance quant à l’irrigation des terres de cette région.

Khiva est aussi une ville d'artisanat. L’association des artisans du Khorezm maintient et développe l’artisanat de la sculpture sur bois et de la céramique. La particularité de l’artisanat de la sculpture sur bois de Khiva est la garniture des portes, colonnes, meubles. Les maîtres sculpteurs utilisent le bois d’orme et d’autres arbres locaux. Pour la conservation de la surface, on emploie l’huile de coton et de lin. La peinture d’art de Khiva est aussi développée. Les maîtres de ce type d’art prennent part aux travaux de restauration des et à la décoration des immeubles modernes.

Ses monuments permettent évidemment une activité touristique importante, faisant de Khiva l'une des destinations les plus visitées du pays.

Quelques monuments

La plupart des monuments notables de Khiva sont inclus dans le périmètre du quartier d'Itchan Kala.

Kunya Ark Kunya Ark (vieille forteresse) a été utilisée comme l’une des résidences des khans de Khiva jusqu’en 1919. La construction de Kunya Ark a débuté en 1686-1688 sous Arang Khan, fils d'Anoucha Khan. Le palais actuel a pris sa structure actuelle à partir du règne d’Altuzar Khan (1804-1806). On distingue tout particulièrement : La mosquée d’été La mosquée d’été (1838) se caractérise par un iwan imposant, avec six colonnes, dont le plafond est très coloré et les parois recouvertes de céramiques bleues et blanches représentant des motifs géométriques ou végétaux réalisées en particulier par Abdoullah Djin. L’iwan étant orienté vers le nord pour favoriser la fraîcheur, le mihrab est orienté vers le sud et non en direction de La Mecque, comme le veut pourtant la règle habituelle. La mosquée est dédiée à Abou Bakr, deuxième calife et compagnon de Mahomet.

La prison (Zindan) La prison (Zindan) se situe à l’extérieur de l’entrée à principale, sur la gauche. Elle comprend aujourd’hui deux salles. Les conditions de détention sont restituées par des mannequins et la première salle présente des outils de torture et d’exécution. La salle du trône (Kourinich Khana) La salle du trône (1804-1806) proprement dite est constituée d’une grande salle donnant sur un iwan. Elle servait au khan pour ses audiences publiques. Le trône était disposé dans une niche située à droite en entrant dans la salleSeule une copie est aujourd’hui visible : l’original est au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Il n’a pas, à ce jour, été transféré aux nouvelles autorités ouzbèkes, malgré les démarches entreprises.. Le plafond est décoré de motifs géométriques colorés.

L'aïvan est soutenu par deux colonnes dont les bases sont en marbre gravé. Le plafond est revêtu de panneaux de bois peint, où les teintes jaunes et rouge dominent. Les parois sont décorées de majoliques où les couleurs bleue et blanche sont prédominantes, à l’époque de Alla Kouli Khan. Les portes donnant accès à la salle du trône sont finement travaillées. L’iwan est orienté vers le nord pour préserver la salle du trône d’une chaleur excessive durant l’été.

Les audiences avaient également lieu, durant l’hiver, dans une yourte installée sur la plateforme circulaire au milieu de la cour intérieure.

La cour est entourée de bâtiments dont certains présentent une loggia.

Le bastion Ak Cheikh Bobo Le bastion Ak Cheikh Bobo (le Cheikh blanc) est l’édifice le plus ancien de Khiva. Construit au , il tire son nom d'un personnage vénéré, Moukhtar Vali, le , qui y vécut au . Le bastion fut utilisé comme tour de garde et arsenal de munitions. Au sommet, il offre une vue panoramique sur la ville et sur les environs.

Tach Khaouli

Le Tach Khavli, ou palais de pierre (1830-1838), est situé dans la partie Est d'Itchan Kala. Il a été construit par Alla Kouli Khan. Il est resté un lieu de résidence des Khans jusqu'en 1880, quand Mohammed Rahim Khan II revint à Kunya Ark. Il comprend plus de 260 pièces. La décoration a reçu le concours du céramiste Abdoullah Djinn.

Les différentes parties de l’édifice sont construites selon leur fonction et constituent un ensemble compact regroupé autour de trois cours correspondant aux trois fonctions principales : le harem (1830-1832) recouvrant la moitié nord du palais, la salle de réception ou Ichrat Khaouli (1832-1834), située dans le quart sud-est, et la Cour de Justice ou Arz Khaouli (1837-1838) recouvrant approximativement le quart sud-ouest. Ces trois unités sont caractérisées par les principes de la cour à iwan et de l’iwan à une colonne, utilisé isolément ou de manière groupée comme dans la cour du harem.

Le harem

Dans la partie sud de la cour du harem sont construits cinq iwans : quatre étaient destinés à chacune des épouses légitimes du khan, le cinquième, à gauche, légèrement plus haut et plus large, plus richement décoré, était celui du khan. Chaque iwan est séparé de celui qui lui est adjacent soit par une paroi pleine, soit par une construction comportant une entrée surmontée d’une fenêtre. Chaque iwan comporte une colonne en bois finement sculpté posée sur un socle en marbre. Un disque de feutre a été placé entre le socle en marbre et la colonne de bois pour préserver des effets des tremblements de terre. La partie nord du harem est réservée aux servantes et aux concubines et présente, en étage, une alternance de loggias et de parties pleines. La décoration de l’ensemble se caractérise essentiellement par des carreaux de faïence à motifs géométriques et floraux de tonalités bleue et blanche. Les parois sont incrustées de petits éléments de couleur vert jade qui rappellent un symbole zoroastrien.

La salle de réception (Ichrat Khaouli)

La salle de réception, ou Ichrat Khaouli, autour d’une cour carrée, présente un iwan sur le côté sud, décoré de majoliques. La partie Est de la cour comporte deux plateformes circulaires destinées à installer des tentes pour recevoir les invités qui y séjournent.

La Cour de Justice (Arz Khaouli)

La Cour de Justice, ou Arz Khaouli, était le lieu où le khan tranchait les litiges et rendait justice. Les murs sont eux aussi décorés de revêtements de faïence. Deux escaliers latéraux permettent l’accès à la plateforme surélevée de l’iwan au fond duquel se trouvent trois portes. Une plateforme destinée à installer une yourte est disposée dans la cour, dans le prolongement de la colonne de l’iwan, en parfaite symétrie.

La médersa Mohammed Rahim Khan