Paul Lacombe, né le à Cahors et mort le à Lauzerte, est un historien et archiviste français.

À une période d'intense débat disciplinaire entre historiens et sociologues au tournant du , Lacombe se place au cœur du combat pour l'histoire-science à travers son œuvre majeure, De l'histoire considérée comme science, et par ses contributions à la Revue de synthèse historique d'Henri Berr. Refusant une approche de l'histoire fondée sur la simple narration des grandes dates et des grands hommes, il invente – pour mieux le réfuter – le concept d'histoire événementielle : il est à ce titre un précurseur du postulat de Fernand Braudel et de l'École des Annales sur la nécessité d’étudier l’histoire dans le temps long.

Biographie

Né d'un père pharmacien, Lacombe court, selon son ami Henri Berr, les clubs républicains dès sa jeunesse. Au lycée, il lie une amitié durable avec Léon Gambetta. Après des études de droit (1851-1854), il entre à l'École impériale des chartes. Il sort premier de la promotion 1859 avec une thèse sur l'Histoire du consulat de Cahors de 1200 à 1351.

En 1866, il est le premier lecteur et critique du livre de Julie-Victoire Daubié :La femme pauvre au XIXes. Julie-Victoire Daubié l'en remercie dans la préface de l'ouvrage!;Julie-Victoire Daubié, La Femme pauvre au XIXe, avant propos, p.VII éd. Guillaumin, Paris, 1866

Jusqu'en 1870, selon Berr, il mène la vie difficile et militante des intellectuels réfractaires à l'Empire et collabore avec divers auteurs et revues. Il signe avec André Léo - dont il partage le féminisme et dont il sera l'exécuteur testamentaire - un appel à la propagation des valeurs démocratiques dans les campagnes françaises. Il dévoile ses premières publications, comme Mes droits, Le Mariage libre, Petite histoire du peuple français et Les armes et les armures. Ces deux derniers seront traduits en anglais et réédités à plusieurs reprises en Angleterre et aux États-Unis.

Il poursuit également une carrière de haut fonctionnaire. Selon sa biographie de l'École des chartes, il est d'abord archiviste de la Corrèze, puis sous-préfet de Figeac, secrétaire général de la préfecture du Loiret et enfin, en 1882, inspecteur général des bibliothèques et des archives. C'est en cette qualité qu'il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le .

Sa participation aux débuts de la ne l'empêche cependant pas de passer un temps certain dans sa propriété du Sud-Ouest de la France, à Lauzerte, où il réfléchit, écrit, et s'occupe même à . Il décrit ainsi son lieu-dit de Saint-Fort : .

Le , il est à Brighton, en Angleterre, afin de recevoir un prix mondial de droit international pour un mémoire sur la paix, Mémoire sur l'établissement d'un tribunal international et la réalisation d'un code international. Il y déclare ce jour-là sa pour l'Angleterre, qui le conduira à publier deux ans plus tard une Petite histoire d'Angleterre sur le modèle de celle publiée quelques années plus tôt sur le peuple français.

Lacombe va ensuite se distinguer de plus en plus pour ses travaux éclectiques et novateurs à la croisée des chemins entre histoire et sociologie, teintés de philosophie et de psychologie. En 1894, il publie son œuvre majeure, De l’Histoire considérée comme science, contribution remarquée à la professionnalisation de la discipline. L'ouvrage appelle à un véritable programme de travail qui ne trouvera finalement qu'une seule réalisation, dans le domaine de l'histoire littéraire. Un projet de réédition au début du ne verra pas non plus le jour.

En 1900, il systématise dans La Guerre et l'Homme une réflexion déjà entamée dans de précédentes publications et dresse un réquisitoire contre la guerre et l'instinct guerrier de l'homme, "rétrogradation absolue". L'ouvrage contient des considérations rétrospectivement très lucides sur les horreurs des guerres à venir et sur la nécessité d'un arbitrage international.

À partir de 1900 et jusqu'à la Première Guerre mondiale, il fréquente les réunions organisées par son ami Henri Berr, au n° 12 de la rue Sainte-Anne à Paris – siège de la Revue de synthèse historique dont il sera l'un des contributeurs les plus réguliers. L'historien Lucien Febvre le décrit ainsi : .

Âgé, affaibli, il continue à écrire dans le cadre de correspondances privées ou dans son journal personnel, dont certains extraits seront publiés à titre posthume par Henri Berr dans la Revue de synthèse historique, avant de mourir, âgé de 85 ans.

Postérité

Lucien Febvre, qui attribuait à Lacombe la paternité du concept d'histoire-science, écrivait en 1922 : . Si son œuvre est aujourd'hui tombée dans l'oubli, Paul Lacombe était de son vivant, selon Henri Berr, , ainsi que semble l'indiquer le prix mondial qu'il reçut en 1875 ainsi que le succès apparent de ses traductions en Angleterre et aux États-Unis.

Fernand Braudel ravive sa mémoire en 1958 dans l'article « La longue durée » en mettant en scène un face-à-face (critiqué par Gérard Noiriel) entre l'histoire incarnée par Lacombe et la sociologie incarnée par François Simiand. Braudel tient Lacombe pour un précurseur en tant qu'inventeur (et premier critique) du concept d'histoire événementielle auquel l'historien de l'École des Annales opposera classiquement le temps long de l'histoire.

Braudel considérait Lacombe comme un . Le socio-historien Gérard Noiriel critiquera durement ce jugement de Braudel : ".

De fait, Lacombe fut considéré comme un historien de référence par nombre de ses successeurs au cours du . Pour Louis Halphen, . Antoine Prost, dans son ouvrage de référence de 1996, Douze leçons sur l'histoire, cite une forte déclaration de Paul Lacombe que reprendra également Paul Ricœur : .

Symbole de l'éclectisme et de l'interdisciplinarité de Lacombe, ce sont aujourd'hui des anthropologues, des ethnologues et des sociologues qui redécouvrent son œuvre et se demandent si son apport n'a pas été sous-estimé, allant jusqu'à le situer . En 2009, un colloque international est organisé par Nicolas Adell, Agnès Fine et François Sigaut de l'EHESS à Lauzerte, la commune où Paul Lacombe a passé une grande partie de sa vie. Son ouvrage sur la famille de 1889 est réédité et commenté par Françoise Héritier du Collège de France, Martine Segalen de Paris X - Nanterre et Jean-Luc Jamard du CNRS. Selon Héritier, . Un ouvrage intitulé Histoire et anthropologie de la parenté. Autour de Paul Lacombe (1834-1919) est paru en .

Publications

Le Mariage libre, 1867

, 60 vignettes, , 1877 (lire en ligne)

Petite histoire d'Angleterre, Hachette, 1877

Fragments d'une histoire des mœurs : Le diner chez les Romains, 1880

La Première Commune révolutionnaire de Paris et les assemblées nationales, 1911

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie sur Paul Lacombe Nicolas Adell et Agnès Fine (dir.), Histoire et anthropologie de la parenté. Autour de Paul Lacombe (1834-1919), Paris, Editions du CTHS, 2012.

Henri Berr, « Un théoricien de l'Histoire. Paul Lacombe, l'homme et l'œuvre », Revue de synthèse historique, 30, 1920, . Consultable sur Gallica

Fernand Braudel, « La longue durée », in Annales, 1958, p. 725-753. repris dans Écrits sur l’histoire, Paris, Flammarion, collection Science, 1969, 315 Consultable sur Persee Lucien Febvre, Combats pour l'histoire, Paris, Armand Colin, 1952, 456 Lucien Febvre, in Bulletin de la Société des Professeurs d'Histoire et de Géographie de l'Enseignement Public, , . Consultable sur Gallica Laurent Mucchielli, « Aux origines de la nouvelle histoire en France : L'évolution intellectuelle et la formation du champ des sciences sociales (1880-1930) », in Revue de synthèse, janvier-, . Consultable sur Gallica Robert Leroux, « La sociologie historique de Paul Lacombe », in Histoire et sociologie en France, Presses Universitaires de France, 1998. Gérard Noiriel, « Comment on récrit l’histoire. Les usages du temps dans les Écrits sur l'histoire de Fernand Braudel », Revue d'histoire du , 25 | 2002, mis en ligne le . Consultable sur rh19.revues.org Françoise Héritier, Martine Segalen et Jean-Luc Jamard, Mariage, Famille et Parenté selon Paul Lacombe - L'évolution du mariage, Paris, Ibispress, 2009, 160

Liens externes

Aux origines de l'anthropologie française : Paul Lacombe (1834-1919), Colloque, Calenda, publié le lundi

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