Le laitier-nourrisseur, ou simplement nourrisseurDans son ouvrage Paris anecdote, Alexandre Privat d'Anglemont relate l'histoire de "M. Simon qui mène paître ses troupeaux à Paris, dans les vertes prairies qu'il possède au cinquième étage d'une maison du faubourg Saint-Hilaire. M. Simon a réclamé contre la qualification de berger en chambre que nous lui avons donné : c'est nourrisseur qu'il eût fallu dire. Soit! " (p.135, réédition de 1984) ou nourrissierOn notera l'étymologie commune de nourrisseur et nourrice., était en France la personne chargée de fournir du lait frais dans les grandes villes à partir de vacheries urbaines ou périurbaines. L'accroissement de la population dans les grandes agglomérations au cours du a vu le développement de ce nouveau métier chargé à la fois de nourrir et de s'occuper des vaches et de livrer le lait. La demande de lait frais et la difficulté de sa conservation obligeaient alors à la présence de vacheries dans les villes, le lieu de production devant être au plus proche du lieu de consommationDamien Baldin, historien à l'EHESS, directeur et fondateur de la revue Geste, intervention du 20 septembre 2016 dans Cacher le sang des bêtes : de la tuerie à l'abattoir, La Fabrique de l'histoire, France Culture.. La généralisation de la pasteurisation et le progrès du transport laitier frigorifique dans la première moitié du feront disparaitre des villes vacheries et laitiers nourrisseurs.
À Paris
Dans la capitale, 6800 vaches étaient recensées en 1887François Desnoyers citant Michel Peythieu, Revue de Haute-Auvergne, janvier-mars 2006. Les étables à vaches urbaines, appelées vacheries, se sont développés au cours du siècle. Les laitiers-nourrisseurs qui s'en occupaient étaient 2000 à la fin du siècle, fournissant de lait chaque jour soit 40% de la consommation parisienneFrançois Desnoyer citant Françoise Raison-Joude dans La Colonie auvergnate de Paris au XIXe siècle, Commission des travaux historiques de la ville de Paris. Ce lait était vendu en boutique mais le plus souvent livré en carriole chez le client, privilégié par une population aisée qui dès le milieu du le préférait au lait en gros vendu dans les laiteries, souvent accusé d'être (coupé avec de l'eau), moins riche en vitamines et moins sain car venant de départements voisins donc ayant subi un long temps de transport.
Le métier de nourrisseur était éprouvant, entre traire les vaches, livrer le lait aux aurores, faire paitre les animaux et/ou aller chercher du fourrage dans des fermes en grande banlieue parisienne. . Beaucoup de ces laitiers-nourrisseurs étaient issus du Cantal ou de l'Aveyron. S'ils choisissaient ce métier, c'est principalement par liens de parenté ou par des connaissances. Ainsi pour le Cantal, ils venaient principalement du sud de l'arrondissement de Saint-Flour - communes de Chaudes-Aigues, Neuvéglise ou Pierrefort - et de la région de Mauriac. Ce métier présentait aussi l'avantage pour ces personnes arrivant à Paris de pouvoir travailler tout de suite, le travail étant très similaire à celui qu'ils pratiquaient depuis leur enfance dans les fermes familiales. Les laitiers-nourrissiers possédaient en général de quelques vaches à une vingtaine. Elles étaient achetées dans des fermes ou aux halles de la Villette après deux ou trois vêlages, période où elles donnaient le maximum de lait . et revendues quelques années plus tard pour la boucherie.
Les vaches étaient nourries par fourrage mais pâturaient également sur les zones herbées à ou proches de Paris comme les fossés des fortifications. Au , il était assez régulier d'en voir paître sur les Champs-Élysées.
Mais les vacheries commencèrent à disparaitre au fil du siècle, avec la hausse des prix de l'immobilier, une pression des habitants à cause des odeurs et une réglementation sanitaire devenant aussi de plus en plus contraignante principalement sur la salubrité des installations. Mais surtout, des transports routiers et ferroviaires plus rapides et la généralisation de la chaine du froid permirent d'acheminer le lait plus facilement, la qualité des laits pasteurisés s'amélioraient également et de grandes sociétés laitières s'imposèrent dans le commerce et la distribution. La profession de nourrisseur aurait persisté à Paris jusque dans les années 50Le Génie des lieux par Camille Juza, 19 aout 2017, in Le parc de la Villette, le parc des années 80, France Culture, le contrôle strict du commerce de lait ayant été fixé en 1960. En 1975 on ne comptait plus qu'une quarantaine de vacheries en région parisienne et plus aucune à Paris intramuros.
Aujourd'hui on en retrouve encore des traces de cette activité par exemple des têtes de vache sculptées en décoration au dessus de porte menant à des cours intérieures parisiennes. . Dans les années 1930, plusieurs vacheries seront transformées en parking pour voitures ou en cinéma. .
Laitiers-nourrissiers célèbres Antonin Magne, coureur cycliste, double vainqueur du tour de France avant guerre, il fut ensuite laitier-nourrisseur après la fin de sa carrière sportive et président du syndicat des laitiers-nourrisseurs de la région de Paris de la Libération jusqu'en 1970 Martin Cayla (1889-1951), musicien et éditeur de musiques auvergnates qui débuta à Paris comme laitier-nourrissier.
Articles connexes Ferme de Montsouris
Notes
Références
Catégorie:Éleveur Catégorie:Lait Catégorie:Paris au XIXe siècle Catégorie:Paris au XXe siècle Catégorie:Histoire du commerce à Paris Catégorie:Histoire du Cantal