désigne la pratique du jeûne, le quatrième pilier de l'islam. Cela consiste, pour les musulmans, à s'abstenir de manger, de boire, de toute relation sexuelle, de fumer, de commettre des péchés, depuis l'aube jusqu'au coucher du soleil. Généralement le jeûne est pratiqué durant le mois de ramadan, mais il peut l'être à l'occasion d'autres fêtes musulmanes, de dates particulières du calendrier musulman, ou encore de manière individuelle et volontaire.

L'observance du jeûne selon les périodes calendaires dépend de certains cas du courant de l'islam concerné. C'est par exemple une pratique très courante dans le soufisme comme pratique personnelle; d'autre part, le jeûne d'Achoura est pratiqué par certains sunnites mais pas par les courants chiites (pour lesquels ce jour est un jour de deuil).

Le ramadan, qui désigne un mois du calendrier musulman, est une période cultuelle importante en islam, durant laquelle le recueillement, la charité et la célébration de la religion sont particulièrement mis en avant, le jeûne étant une part importante des traditions qui marquent ce mois. Le jeûne et sa rupture en tant que pratique dans les sociétés à dominante musulmane peuvent être réglementés par la loi civile. La police ou la police des mœurs (muttawa) lorsqu'elle existe, peut arrêter des personnes rompant le jeûne dans certains pays dont l'islam est la religion d'État. Comme phénomène social, le jeûne est vu, par certains islamologues, comme de plus en plus décorrélé de la pratique rituelle: il s'agit selon eux d'un phénomène de cohésion sociale entre musulmans pratiquants et non pratiquants, à la manière de certaines fêtes chrétiennes comme Noël.

Terminologie Le mot français « saoum »Jeûne – Islam . est emprunté à l'arabe (ṣawm), mot dérivé de la racine ṣ-w-m. D'après l'orientaliste allemand Theodor Nöldeke, son sens primitif serait . Il ne compte qu'une occurrence dans le Coran (19:26) pour treize mentions de dérivés. Le jeûne est parfois appelé siyam. Son sens de « jeûne » pourrait provenir de l'usage judéo-araméen et syriaque.

Le jeûne dans le monde malais (Brunei, Indonésie, Malaisie, Singapour) est nommé puasa en malais, du sanskrit upavasa (उपवास), « jeûne ».

En français, comme en anglais, on emploie indifféremment le mot « ramadan » pour désigner le mois saint pour les musulmans et, par métonymie, le jeûne..

Origines et développement Les dispositions coraniques liées au jeûne musulman se trouvent dans la sourate II du Coran, aux versets 179-181 et 183. Ces différents versets font l'objet de débats quant à leur ancienneté. Th. W. Juynboll pense le verset 181 comme postérieur. Pour al-Bayḍāwī, cet ensemble est « composite ». Si ces versets servent de base aux prescriptions du jeûne, .

D'après la tradition musulmane, Mahomet aurait, au mois de châban en de l'Hégire, remplacé le jeûne de ʿās̲h̲ūrāʾ par celui du mois de ramadan. Lorsque ramadan a éclipsé la fête d', en termes d'importance, il a pris certaines caractéristiques de cette dernière. Selon un hadith, la personne qui observe ramadan correctement verra tous ses péchés pardonnés. Selon un autre, « lorsque ramadan arrive, les portes du ciel sont ouvertes, les portes de l'enfer sont fermées et les démons sont enchaînés », et quiconque passe entrera au paradis Neal Robinson, , , Londres, 1996.. Le jeûne de ramadan est aujourd'hui un pilier de l'islam et est considéré comme une obligation pour les musulmans (excepté les druzes).

Dès 1929, l'hypothèse d'une origine juive de Ramadan a été avancée par Shelomo Dov Goitein. Il remarque un parallèle entre la figure de Mahomet et celle de Moïse recevant la Loi le jour du Grand Pardon (Yom kippour). Selon lui, la première prescription de jeûne naquit du jeûne précédant le jour du Pardon et durait dix joursS. F. Goitein, Zur Entstehung des Ramaḍān, dans Isl., XVIII (1929), 189 sqq. Cité par M. Plessner, "Ramadan", Encyclopédie de l'Islam, Brill.. Le jeûne d'Achoura pourrait dériver de la tradition juive du jeûne lors de Yom KippourAl-Tirmidhî, , 145. Šelomo D. Goyṭayn, , E. J. Brill, Leyde, 1966, .. En tout état de cause, le jeûne, quelle que soit la période où il est appliqué, est une pratique partagée entre les trois religions abrahamiques : on relève la similitude du ramadan avec le jeûne du carême et de la nuit de la Destinée (Laylat al-Qadr) avec Yom Kippour.

Des recherches récentes, comme celles de Berg, considèrent davantage la naissance des habitudes rituelles (comme le jeûne du mois de ramadan) comme issues de l'usage chrétien syriaqueC. C. Berg-[Réd.]. "Ṣawm." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online, 2016.. Selon l'historien Philip Jenkins, le ramadan provient .. Le carême est une période de quarante jours de jeûne apparu au et commence par le « Mercredi des cendres »"Lent", The Oxford Dictionary of the Christian Church, F. L. Cross, E. A. Livingstone (ed.), Oxford University Press, 2005., contenant le mot Ramād, « cendre ».. Pour Berg, la description du saoum de Marie dans la sourate XIX atteste de la connaissance qu'avait Mahomet de la dimension silencieuse du jeûne chrétien.

Périodes de jeûne Il existe différentes périodes de jeûne, soit obligatoires, soit facultatives (on parle alors de « jeûne surérogatoire » c'est-à-dire non obligatoire, et simplement recommandé à titre de dévotion supplémentaire).

Jeûne obligatoire Le jeûne durant le mois de ramadan est en général considéré comme une part entière de la célébration de ce mois. La rigueur avec laquelle le jeûne est appliqué ou imposé dépend essentiellement du courant de l'islam concerné et de l'interprétation de la foi personnelle des pratiquants. Les États à majorité soufie, comme le Sénégal, n'imposent pas de régulations rigoristes sur la rupture du jeûne, permettant aux laïcs, non pratiquants ou autres musulmans ne souhaitant pas jeûner (la pratique du jeûne peut par exemple être interchangée avec celle de la charité) de manger librement durant le mois de ramadan. Les alévis ne pratiquent le jeûne du ramadan que pour une période restreinte de quelques jours seulement, voire pas du tout, selon le chercheur Ali YamanAli YAMAN & Aykan ERDEMÏR, Alevism - Bektashism. A brief introduction, London, England Alevi Cultural Centre and Cemevi, 2006, p. 75-78.

Jeûne surérogatoire Selon Al-Ghazali, on peut pratiquer les jeûnes surérogatoires à certains jours qui se répartissent tout au long de l'année, ou chaque mois, ou encore chaque semaine. Parmi ces périodes de jeûne facultatif, on mentionnera les « jours blancs », correspondant à une période de trois jours, les 13, 14 et 15 de chaque mois du calendrier hégirien; le lundi et le jeudi (Al-Ghazali mentionne, lui, le jeudi et le vendredi); le jour de la station sur le mont Arafat, au neuvième jour de dhu al-hijja. On a également le jeûne d'Achoura, suivi par les musulmans sunnites mais pas par les chiites pour qui ce jour est considéré comme un jour de deuil et non de fête. Ce jour peut aussi marquer le terme d'une période de jeûne qui s'étend sur les dix premiers jours du mois de muharramMois dont ashoura est précisément le dixième jour..

Le jeûne d'Achoura Le jeûne lors du jour d'Achoura est une tradition ancienne de l'islam, pratiquée par Mahomet, . Le schisme ayant mené à la formation des mouvements sunnite et chiite a pour origine la mort d'Al-Hussein ibn Ali. Si cette mort est considérée dans la communauté sunnite comme la légitimation de leur courant religieux, requérant une journée d'observance du jeûne et des célébrations, le courant chiite y voit le symbole de la lutte de l'Humanité contre l'oppression et l’injustice : ce jeûne n'est donc pas observé par les chiites, dont les célébrations tournent alors autour de manifestations publiques de deuil, voire d'autoflagellations, bien que cette pratique soit de plus en plus décriée par des membres du clergé chiite. En revanche, les Alevis pratiquent le jeune d'Ashoura, ainsi que celui des dix premiers jours de muharram, tout en prolongeant ce jeune de deux jours: le total de douze correspond aux douze imams du chiisme duodécimain.

Expiation ou initiative personnelle Cette pratique peut parfois être utilisée par expiation. En dehors des multiples péchés pour lesquels des consignes bien précises sont données pour les expier, dans la plupart des autres, c'est la kaffāraActe expiatoire et propitiatoire par lequel des fautes d’une certaine gravité sont remises. J. Chelhod, « Kaffāra », Encyclopédie de l’Islam 2010 qui s'applique : elle nécessite soit de relâcher un ou une esclave, soit de jeûner pendant deux mois ou de donner aux nécessiteux le montant de soixante repas .

Le jeûne de ramadan

Pour l'école s̲h̲āfiʿite,

Détermination du début du jeûne Le saoum commence au moment de la nouvelle lune du mois de ramadan et dure jusqu'à l'apparition du premier quartier de la lune suivante. La détermination du début et la fin du mois de ramadan par le calcul astronomique n'est pas reconnue par l'ensemble des musulmans. Au Caire par exemple, ce n'est qu'en 1956 que la détermination par calcul a été acceptée. Pendant longtemps, la détermination du début du jeûne de ramadan s'est faite grâce à des observateurs qui scrutaient le ciel nocturne. De manière générale, il subsiste souvent des incertitudes d'un jour sur la durée du jeûne (prolongement erroné d'un mois à 30 jours dont la durée astronomique est de 29 jours).

Pour les musulmans, le jeûne du mois de ramadan devient obligatoire dans l'un des deux cas suivants : lorsque le mois de châban a atteint trente jours ; ou lorsque le croissant de lune du mois de Ramadan (al-hilâl) est aperçu, la nuit précédant le trentième jour de châban, conformément à des hadiths. Dans le premier cas, il faut une connaissance certaine que le mois a bien commencé, chose qui , tandis que le début du mois qui suit ramadan (shawwal) doit l'être .

Celui qui a vu le croissant de lune de Ramadan doit jeûner, et jeûner devient un devoir pour celui qui ne l'a pas vu mais a été informé par un musulman juste, libre, et qui n'est pas connu comme étant menteur, et cela même si le qadi n'a pas lui-même annoncé le début du jeûne. Cependant, lorsqu'il y a un désaccord sur le premier jour de jeûne, la règle est de suivre la majorité des musulmans.

Le Ramadan au-delà du jeûne

Outre le jeûne : il est un exercice spirituel et une mise en condition dont le but est d'aboutir à la réflexion intérieure et la dévotion envers Dieu (Allah en arabe). Selon Al-Bayhaqi, musulman du , (Al-Bayhaqi, Anthologie du renoncement)..

Place du jeûne dans la foi musulmane Le jeûne est généralement un rite accompagnant la célébration d'une fête particulière, pour ramadan, le jeûne accompagne donc la célébration de la révélation du Coran. Le jeûne d'Achoura va, lui, marquer soit la célébration de la libération de Moïse de Pharaon pour les sunnites, soit une journée de deuil pour la mort de Hussein pour les chiites.

Spirituellement, le jeûne est censé éviter que le péché ne s'introduise dans le corps, et il peut donc s'assortir de multiples consignes destinées à prévenir ce péché de diverses manières. C'est ainsi qu'on trouve des consignes pour le « jeûne des yeux », le « jeûne de la langue », le « jeûne des oreilles », etc., qui visent toutes à ce que le croyant s'abstienne du mal et parvienne à la maîtrise de soi.

Les strictes conditions diurnes étant remplies, les musulmans peuvent s'adonner à des réjouissances durant la nuit. Toutefois, les guides spirituels enseignent de ne pas dormir durant toute la journée, de rester sobre dans sa conduite et d'éviter tout excès après le coucher du soleil, afin de garder le vrai sens du jeûne : combattre les passions et rapprocher l'âme de Dieu.

Législation et sociologie Le jeûne du mois de Ramadan est à « l'interface » de l'acte religieux privé et de l'acte collectif.