Pierre Paul Joseph Girieud est un peintre français, né le dans le de ParisArchives de Paris , acte de naissance , année 1876 (avec mention marginale de décès). ville où il est mort le dans le . Il est une figure importante et méconnue de la scène artistique de la première moitié du et de Montmartre.

Biographie Jeunesse et formation Pierre Girieud est né au rue de Marseille à Paris, de Jeanne Rosalie Bernard et Joseph Gustave Girieud, ingénieur civilArchives nationales de France, base Léonore, cote 19800035/1338/55104..

Il effectue son service militaire du au , affecté au régiment d'infanterie.

La vocation de Pierre Girieud apparaît tôt et, refusant la formation scientifique que son père l'oblige à suivre, il se consacre à la peinture. Sa formation est autodidacte et résulte essentiellement de visites de musées parisiens, visites durant lesquelles il étudie les techniques de ceux qui l'ont précédé. La lecture du journal d'Eugène Delacroix a une grande influence sur sa vision de la peintureVoir sur pgirieud.asso.fr..

Admirant Paul Guigou et Monticelli, et grâce à Jules Monge et Edmond Lempereur, il est introduit dans le milieu des peintres montmartrois. Il découvre Paul Gauguin grâce à Durrio, puis les primitifs italiens lors de séjours artistiques à Venise et en ToscaneAndré Salmon, L'Art vivant, éditions Crès, Paris, 1920, ..

Carrière de peintre À l'automne 1900, Pierre Girieud fait partie du collectif de créateurs réunis autour de La Revue naturiste, qui préfigure le Collège d’esthétique moderne, et qui comprend Émile Dezaunay, Durio, Henri Delepouve (1869-1956), Charles Huard, Manolo Hugué, Frantz Jourdain, Fabien Launay, Alphée E. Iker, Mailhol, Raoul de Mathan, Charles Milcendeau, Tony Minartz, Ricardo FlorèsJournal des débats politiques et littéraires du 4 juin 1901, page 2 — sur Gallica.. En 1901, sous le nom de « Bilange » et avec la complicité de Fabien LaunaySalon des refusés, La Petite République socialiste du 2 avril 1901., il écrit les statuts d'un Salon des refusés, qui devient bientôt le Salon d'automneHennecart, « Le Salon des Refusés », in La Presse, 31 mars 1901.. En 1903, il adhère au Groupe tendances nouvelles, et y rencontre Vassili Kandinsky en 1904Hans Christoph Von Tavel, catalogue d'exposition, Le Cavalier Bleu, Berne, 1986..

En 1909, il participe à la création de la « villa Médicis libre » au château d'Orgeville, en compagnie de Georges Bonjean, Jean Metzinger, Albert Gleizes, et Georges Duhamel « Entre monde judiciaire et philanthropie : la figure du juge-philanthrope au tournant des » par Pascale Quincy-Lefebvre, in Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », Hors-série, 2001, — en ligne.. La même année, il est le premier artiste français à adhérer aux principes de la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM) lors de sa création à Munich et il fait le lien entre les artistes parisiens et allemands en étant présent aux trois expositions de la NKVM en 1909Exposition de 16 artistes de l'association Neue Kunstler Vereinigung (N.K.V.) 1 au 15 décembre 1909 Galerie Hans Golz Munich.Annette et Luc Vezin, Kandinsky et le cavalier bleu, Pierre Terrail, Paris 1991 p. 87., 1910Exposition de 29 artistes de l'association N.K.V. au 14 septembre 1910 Munich. et 1911Troisième exposition de la Neue Künstler Vereinigung (N.K.V.), du 18 décembre 1911 à janvier 1912.. Lorsque Kandinsky quitte la NKVM, Pierre Girieud parvient à maintenir le contact avec le Blaue Reiter, rédigeant un article pour l'Almanach sur les primitifs siennois et les images d’ÉpinalKlaus Lankheit, Der Blaue Reiter, Herausgegeben von Wassily Kandinsky und Franz Marc, Dokumentarische Neuausgabe, München/Zürich 1984, S. 199.Annette et Luc Vezin, Kandinsky et le cavalier bleu, Pierre Terrail, Paris 1991 pp. 151, 155.. Pierre Girieud réussit à rester fidèle aux deux clans antagonistes : il apporte sa contribution à l’Almanach mais n’expose pas avec le Blaue Reiter, continuant à accrocher ses toiles dans les salles voisines réservées à la NKVMRosel Gollek, , in: Der Blaue Reiter im Lenbachhaus München, Munich 1982, p. 401..

En 1910, pour se démarquer du cubisme, Pierre Girieud participe au canular de Boronali par lequel un tableau peint par la queue d'un âne devant huissier et intitulé Et le soleil s'endormit sur l’Adriatique, signé Joachim Raphaël Boronali, est exposé benoîtement au Salon des indépendants..

Pierre Girieud est considéré comme fauviste par les critiques de l’époque, marqués par la violence de ses couleurs. En 1905, il expose cinq tableaux dans la salle n° VII du Salon d'automne, qualifiée de « cage aux fauves » au milieu de sept autres peintres. Un article de Louis Vauxcelles dans le Gil Blas du considère que les jeunes artistes cernent l’œuvre classique du sculpteur Albert MarqueRémi Labrusse et Jacqueline Munck, Matisse-Derain. La vérité du Fauvisme, Paris, Hazan, 2005 , .. Au Salon des indépendants de 1905, les couleurs de La Tentation de Saint Antoine font scandaleArticle du Monde illustré du .Toile conservée au musée Cantini de Marseille..

vignette|Pierre Girieud, Paysage d'Italie (1907, musée de Grenoble). À l'occasion de la rétrospective Gauguin en 1906, Pierre Girieud peint Hommage à Gauguin, tableau de style fauviste inspiré de la Cène ; Gauguin figure en position centrale dans le tableau représentant un banquet, entouré par ses disciples parmi lesquels Roderic O'Conor, George-Daniel de Monfreid, Paul Sérusier, Maurice Denis, etc. ; la collection Atchull possède une esquisse mais le tableau se trouve dans les collections du musée de Pont-AvenMusée de Pont-Aven et Laurent Silliau, , journal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest -du 29 juillet 2020.Pierre Paul Plan, in Le Feu, , pp. 123 à 125..

thumb|left|L'Adoration des rois et des bergers (1912), fresque de Pierre Girieud, porche de la chapelle de l'ermitage de saint Pancrace à Grambois. À partir de 1912, fortement uni à des intellectuels provençaux dont le chef de file est Joachim Gasquet, Girieud a la révélation, à leur contact, de la beauté des compositions classiques. Il en fait une source d’inspiration supplémentaire. Plénitude des formes et couleurs deviennent ses nouvelles règles de composition, synthétisant les concepts classiques et sa perception du monde dans la lumière du monde méditerranéen. À cette époque, il occupe avec Alfred Lombard un atelier au quai de Rive-Neuve sur le Vieux-Port de Marseille, atelier qui deviendra quelques années après celui de Jacques Thévenet, puis après guerre celui du peintre marseillais François Diana.

Il tente avec le peintre Alfred Lombard de créer à Marseille un salon, le Salon de Mai. En 1912Salon de Mai, du au 15 mai 1912, Ateliers du 12 quai de Rive Neuve, Marseille. et 1913Salon de Mai, du 15 au 31 mai 1913, Ateliers du 12 quai de Rive Neuve, Marseille., l'initiative fait venir les peintres montmartrois à Marseille. L'exposition, sur le modèle du Blaue Reiter tente d'associer tous les arts.

Pierre Girieud s'intéresse à plusieurs formes d'art : peinture, dessin, gravure, illustration, céramique, bijou. Il s'occupe beaucoup de décoration à travers de grands formats. À la suite de séjours en Italie, la fresque devient une de ses spécialitésCharles Malpel, Notes sur l'art d'aujourd'hui et peut-être de demain, Grasset, Paris, 1910, T1 pp. 75 à 89. qu'il enseigne à l'école des beaux-arts du CaireFabienne Pariente, dans .

En , Pierre Girieud décore la salle du conseil de l'université de Poitiers. Les douze panneaux sont exposés au musée de l'Orangerie avant leur mise en place sur le siteDécorations pour l'université de Poitiers par Pierre Girieud, 20 au 24 mai 1931, musée de l'Orangerie, Paris..

Vie privée Pierre Girieud se marie à Rouen le avec Augusta Marie Émilie Girieud (1878–1947). Il se remarie à Marseille le à Marthe Gentille Cohen.

Mobilisé durant toute la durée de la Première Guerre mondiale, d'abord à la de l'infirmerie militaire, puis comme ambulancier au front, il est nommé caporal en .

Entre 1900 et 1911, il vit autour de Montmartre et change presque chaque année d'adresse. Son premier atelier est au nº 32 de la rue Gabrielle. Il réside notamment rue Tourlaque, rue Caulaincourt, rue des Saules, rue Saint-Vincent. En 1912, il déménage à MarseilleFabienne Pariente, dans . pour revenir à Paris dès l'année suivante. Après la guerre, il habite rue de Saussure.

Durant les années 1920, après son remariage, il réside au de la rue Lauriston (Paris ) où Lombard travaille depuis 1910, et à la villa du château à Guillestre. Il demeure rue Lauriston jusqu'à son déménagement à la Maison des artistes de Nogent-sur-Marne, résidence privée pour artistes retraités, gérée par la Fondation des artistes.

Décoration En 1929, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur grâce au parrainage de Georges Dufrénoy.

Style et réception critique vignette|280x280px|Moïse, Pierre Girieud, 1907, musée de Grenoble Admirateur de Paul Gauguin, Pierre Girieud peint selon les préceptes nabis. Il peint par larges aplats, cerne de noir les formes stylisées pour les souligner. Il se démarque de l’existant et tente de traduire ses sensations face au modèle grâce au jeu de la composition et des couleurs. Il utilise des tons entiers et emploie des couleurs contre nature pour augmenter l’effet décoratif et créer une harmonique. Il étudie l’impact des couleurs en créant des variations sur un même sujet traité dans des tons différents ou en créant des séries destinées à être juxtaposéesLouis Vauxcelles in Le Gil Blas du 11 novembre 1908..

Pierre Girieud, adepte des primitifs et du fauvisme, s’investit également dans la peinture expressionniste aux contrastes excessifs, aux rapports de couleurs insolites dominés par l’abondance du noir, aux simplifications de formes toujours plus aiguës. De plus, il approuve totalement la philosophie qui préside à la création du Blaue Reiter pour qui l’art n’a pas de frontières, ni entre les États, ni entre les disciplines. Il s’est déjà battu en 1901 pour cette nouvelle perspective de l’art à laquelle peintres, écrivains et musiciens doivent contribuer.

Il est tour à tour symboliste, fauve, expressionniste avant de revenir à un certain classicisme. Il demeure un artiste inclassable et s’intègre mal dans un mouvement collectif. Son parcours solitaire est difficile, parfois incompris.

Louis Vauxcelles rapporte dans le journal Excelsior du :

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