Le temple d'Auguste et de Livie est un temple romain périptère hexastyle corinthien édifié au début du , qui se situait dans le centre-ville de la cité antique de Vienna, correspondant également au centre de la ville contemporaine de Vienne, dans le département français de l'Isère et la région Rhône-Alpes.

Lors de sa construction, le temple est dédié au culte impérial, pour honorer l'empereur Auguste et son épouse Livie. Visité par Julien en 355, il est alors considéré comme un lieu de présages et de signes de bonne fortune.

Avec la chute de l'Empire romain d'Occident et la forte christianisation en Gaule, le temple est devenu l'église paroissiale de Sainte-Marie-la-Vieille puis Notre-Dame-de-la-Vie jusqu'à la Révolution française. À partir de 1792, l'église devient le temple de la Raison puis le tribunal de commerce de Vienne, ensuite le musée ainsi que la bibliothèque de Vienne (jusqu'en 1852), et enfin, après 28 ans de travaux, l'édifice retrouve son aspect primitif de temple romain. C'est aujourd'hui, avec la Maison carrée de Nîmes, le seul édifice de ce type qui se soit aussi bien conservé sur le sol de l'ancienne Gaule. Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.

Histoire antique et description du temple Culte impérial vignette|gauche|alt=« Auguste Bevilacqua », buste de l'empereur portant la couronne civique|Buste de l'Empereur Auguste, à la Glyptothèque de Munich.

Le temple d'Auguste et de Livie est un important marqueur de la mutation du monde romain qui voit à la fin du l'apparition du régime impérial, avec la concentration du pouvoir autour d'un seul homme, le princeps.

L'Empire succède à la République et l'emprise d'Auguste et de sa famille se fait particulièrement présente en Gaule Narbonnaise où l'on dénombre pas moins de 75 effigies des membres de la domus Augusta. Très vite, la présence de l'empereur se remarque dans l'organisation du territoire et dans le développement de la Cité de Vienne, qui n'ont pu se faire qu'en liaison étroite avec l'aristocratie allobroge. La création du vicus d'Augustum (Aoste) est l'illustration de l'intervention directe de l'empereur. Des notables de la cité de droit latin reçoivent très vite la citoyenneté romaine, et il est plus que probable que le rempart de Vienne ait été construit avec l'aval d'Auguste, et peut-être même grâce à une aide pécuniaire de sa part. Les manifestations en l'honneur d'Auguste et de sa famille, savamment orchestrées par le pouvoir central et les édiles locaux, se multiplient en Narbonnaise et prennent parfois un caractère monumental et majestueux. La Maison carrée à Nîmes est ainsi dédiée à Caius et à Lucius Caesar qu'Auguste adopta après la mort de leur père Agrippa. La dédicace du temple de Vienne associe Rome et Auguste, puis Livie divinisée.. Le sanctuaire de Pipet est lui aussi dédié au culte impérial. Le temple du sanctuaire de Vernègues, très proche du temple d'Auguste et de Livie, est dédié au culte dynastique..

En décembre 355, le César Julien se rend au temple d'Auguste et de Livie pour une célébration en son honneur. Une guirlande de feuillages tombe alors du sommet du temple sur le cortège impérial. Cela est aussitôt interprété comme un présage heureux, et le signe que Rome va désormais considérer la Gaule à sa juste valeur.

Le temple au cœur du forum viennois Poumon de la cité où se concentrent les pouvoirs politique, judiciaire, économique, le forum de Vienne est organisé autour d'une place, avec à l'ouest, une aire sacrée où trône le temple d'Auguste et de Livie et, à l'est, une basilique. Deux portiques monumentaux bordent les longs côtés nord et sud. Cette composition est celle du forum tripartite à composition axiale, plan bien connu en Italie et dans les provinces occidentales de l'Empire romain. Sur la place publique exclusivement piétonne se dressent des monuments commémoratifs et des inscriptions honorifiques affichant la dignité de la cité et de ses hommes illustres. L'entrée sud-est du forum, encore en place du fait de son intégration dans une construction médiévale, se compose de deux arcs dont le plus grand permettait l'accès à la place et le plus petit, axé nord-sud, appartenait à la galerie de la basilique. Sa décoration d'époque julio-claudienne est particulièrement soignée : de part et d'autre d'une frise de feuilles d’acanthe, des têtes représenteraient selon les dernières interprétations Achéloos, dieu à cornes taurines, et non pas Jupiter Amon. C'est au sud de l'unique éperon rocheux de la plaine longeant le Rhône que les Allobroges avaient aménagé une plateforme, remaniée pour la création du forum romain. Le caractère névralgique de ce lieu a perduré à travers les siècles, puisqu'au Moyen Âge, le palais des , qui devint ensuite palais delphinal, a pris place juste au nord du temple d'Auguste et de Livie. Au , le bâtiment est reconstruit, et sa fonction de palais de justice subsiste encore aujourd'hui..

Architecture et dimensions vignette|redresse=2|Composition architecturale du Temple d'Auguste et de Livie.

Aujourd'hui, l'édifice possède une longueur totale de sur une largeur de et sur une hauteur de Le Guide Viennois par F.-F. Raymond, 1897, page 233., dont pour la colonnade.. C'est un temple du type pseudo-périptère sine posticoc'est-à-dire dépourvu de colonnes vers l'arrière. (la colonnade arrière est remplacée par un mur) dont la forme est celle d'un parallélogrammeDescription du musée de Vienne par Thomas-Claude Delorme, 1841, page 4.. Il s'élève sur un podium haut de présente six colonnes cannelées en façade et six sur les côtés latéraux (en comptant la colonne d'angle) qui se prolongent par le retour du mur postérieur flanqué de deux pilastres engagés. La cella reconstruite est précédée d'un vestibule auquel on accède par un large escalier frontal. L'ordre est corinthien, l'entablement classique est peu décoré (modillons de la corniche)..

Un temple construit en deux temps vignette|gauche|redresse=1.5|alt=Les deux états du temple|Schéma des deux états de construction du Temple..

Certainement construit dans une fourchette entre les années 27-10 av. J.-C., le temple est rebâti aux deux tiers quelques décennies plus tard. Mais la date de la reconstruction est encore débattue. Entouré de colonnes sur trois côtés, il s'agit d'un temple périptère sans posticum qui se dresse sur un podium de plus de . Son plan est unique en Gaule.

L'édifice s'élevait au cœur de la ville dans le forum viennois qui était une grande place dallée entourée de portiques. Positionné à l'ouest dans l'aire sacrée, il faisait face à la basilique. C'est le schéma classique du forum tripartite connu ailleurs en GauleVoir l'exemple de Bavay dans le Nord.. Ainsi, le temple est orienté sur un axe est-ouest presque parfait. Ce temple sine postico présente sur sa façade orientale six colonnes. Les longs côtés sud et nord présentent chacun six colonnes et deux pilastres alors que le mur fermant le temple à l'ouest est bordé par deux autres pilastres. L'ensemble s'élève sur un haut podium et on accède au temple et à la cella, entièrement reconstruite, par un escalier lui aussi restitué. Deux états de construction ont été mis en évidence à partir des différences ornementales au vu de l'utilisation de différents matériaux. De l'édifice primitif construit en pierre du Midi, il ne reste que la partie arrière, soit le mur en grand appareil à l'ouest, les deux pilastres d'angle, les deux retours avec les pilastres au nord et au sud ainsi que les deux premières colonnes de ces longs côtés. Les chapiteaux corinthiens allongés, formés de deux assises, présentent des acanthes charbonneuses et plaquées sur la corbeille, les hélices et les crosses sont grêles et débordent largement des feuilles du calice. Les modillons de la corniche sont, pour cet état, décorés. Ce premier état est daté par comparaison avec la Maison carrée de Nîmes, le temple romain de Château-Bas à Vernègues et d'autres édifices en Narbonnaise, du dernier quart du de notre ère. La plus grande partie de l'édifice est reconstruite dans un deuxième temps avec de nouveaux matériaux (pierre de Seyssel et choin). Les chapiteaux sont notamment différents avec des acanthes modelées de façon plus naturelle, des feuilles lisses et des nervures marquées au trépan..

Cet édifice a donc nécessité une reconstruction partielle qui n'a pu intervenir avant le règne de Claude où l'on situe les premières utilisations de choin à Vienne. Bien que quelques traces d'incendie aient été récemment observées sur les chapiteaux du premier état, on pense qu'un accident de ce genre n'a pas suffi à déstabiliser le monument et on suppose plutôt qu'un léger séisme a provoqué l'effondrement de la partie orientale de l'édifice, la partie arrière ayant mieux résisté du fait de la présence de la cella et du mur ouest.

Cette reconstruction intervient sans doute avant que Livie soit divinisée en 42 car on a remis l'inscription initiale sur la frise du nouveau fronton et ajouté ensuite celle de Livie sur l'architrave. On peut penser que si la reconstruction du temple était intervenue après la divinisation de Livie, une inscription comportant l'ensemble de la dédicace aurait orné la frise, sans déborder sur l'architecture.

Inscriptions antiques vignette|droite|alt=Vue de la façade est du temple|Sur cette photo de la façade est du temple, on peut voir les inscriptions apposées sur la frise et l'architrave.

Les inscriptions que l'on peut lire sur la frise et l'architrave sont placées sur la façade orientale. À première vue, les inscriptions semblent indépendantes des transformations architecturales. Même si l'inscription primitive a disparu, elle a été replacée dans sa forme originelle après la reconstruction qui a eu lieu à la suite de l'effondrement de la partie avant de l’édifice..

Dédicaces Depuis le jusqu'à nos jours la restitution de la dédicace n'a cessé d'exciter la sagacité des épigraphistes ou des érudits. D'où de multiples propositions de lectures et souvent divergentes (Schneyder, Delorme, Pelletier...). En. façade, subsistent les trous de fixation des lettres de bronze des deux inscriptions successives, et même l’empreinte des lettres de la première, sur la frise. Mais ces restitutions laissent sans emploi certains trous de scellement. De plus, il faut ajouter l'éventualité de trous destinés à la fixation d'un relief en bronze (sur le fronton et l'entablement). La plupart des restitutions proposées depuis Pierre Schneyder sont résumées par André Pelletier, qui propose à son tour d'autres lectures pour trois dédicaces successives.. La première inscription, sur la frise, correspond à une dédicace des années 25-15 , car placée du vivant d'Auguste, dont on sait qu'il a toujours exigé que Rome lui soit associé :

{| class="wikitable" ! Texte ! Traduction |- |ROMAE ET AUGUSTO CAESARI DIVI F[ILIO] |À Rome et à César Auguste, fils du divin (Jules-César) |} Puis, elle est remplacée par une deuxième inscription qui se poursuit sur l'architrave :

{| class="wikitable" ! Texte ! Traduction |- |[APOLLINI (?) SAN]CTO ET DIVO AUGUSTO ET DIVAE AUGUSTAE |(À Apollon ?) vénérable et au divin Auguste et à la divine Augusta (Livie)

C'est après la divinisation de Livie, épouse d'Auguste, intervenue en 42, que l'on ajouta, cette fois sur l'architrave que, pour la circonstance, il fallut retailler une nouvelle inscription vers le milieu du . Ainsi, si la reconstruction est certainement postérieure à l'utilisation du choin, on ne peut exclure qu'elle soit intervenue plus tard dans le courant même du , où les hommages à Auguste et à Livie sont encore rendus.

En conclusion, le temple est consacré au culte impérial : avec la dédicace à Rome et Auguste, puis dans un deuxième temps, une nouvelle dédicace associe l'empereur Auguste défunt et un dieu romain Apollon (?), auxquels est ajouté le nom de Livie.

Trous de scellement