thumb|right|250px|Espace géographique communément revendiqué comme constituant le Grand Marocd'après Rachid Lazrak, Le contentieux territorial entre le Maroc et l'Espagne, Casablanca, Dar El Kitab, 1974 Le Grand Maroc (en arabe المغرب الكبير) est un concept irrédentiste développé par le gouvernement marocain dans les années 1950 et 1960. Ce dernier a publié un document pour revendiquer des territoires qui, selon lui, en auraient fait partie historiquement : le Sahara occidental, la Mauritanie, une partie du Sahara algérien (ouest), et une partie du Mali (nord-ouest)Mamadou Aliou Barry, Guerres et trafics d'armes en Afrique : approche géostratégique, 62.
La Mauritanie, avant son indépendance, fut divisée entre les partisans du rattachement au Maroc et les partisans d'un État mauritanien indépendant. En 1963, la guerre des Sables éclate entre le Maroc et l'Algérie autour des territoires frontaliers, revendiqués par le Maroc et sous contrôle algérien depuis l'indépendance de l'Algérie.
Le Maroc revendique le Sahara espagnol (devenu le Sahara occidental) jusqu'en 1975, date à laquelle il prend le contrôle de la majorité du territoire.
La thèse voit le jour en 1955 durant le mandat d'Allal El Fassi, président du parti de l'IstiqlalHafida Ameyar, Sahara occidental : que veut l'ONU ?, 43. Horma Ould Babana, cadre du parti de l'Istiqlal et ancien député de la Mauritanie, déclara que la limite méridionale du Maroc se trouvait à Saint-Louis au Sénégal et que le Maroc actuel ne représentait qu'un cinquième de ce que serait le grand MarocCharles Rousseau, « Chronique des faits internationaux », Revue générale de droit international public, 64, 1960, 102 ..
La thèse en question correspond à une politique irrédentiste défendue depuis l'indépendance par certaines personnalités et certains milieux nationalistes. Elle repose sur l'idée que le Maroc doit légitimement recouvrir l'ensemble des territoires dont il a été amputé à la veille du protectorat et durant celui-ci. Les limites territoriales de ce Grand Maroc sont variables. Elles incluent généralement l'intégralité de la Mauritanie, le quart occidental du Sahara algérien ainsi qu'une partie du Mali.
Aujourd'hui la grande majorité des défenseurs de cette thèse sont regroupés au sein de l'Istiqlal. Pour autant, la majorité des Istiqlalis a depuis quelques décennies déjà abandonné le rêve de reconstituer le Grand Maroc, et ce afin de mieux se focaliser sur le développement économique du Maroc et surtout de régler le conflit latent au Sahara occidental que le Maroc considère comme faisant partie intégrante de ses Provinces du Sud.
Contexte historique
La revendication du Grand Maroc repose principalement sur le recoupement des territoires des différentes dynasties ayant régné sur le Maroc depuis les AlmoravidesSahara occidental: la controverse devant les Nations Unies, par Laurent Pointier, Ed. Karthala 2004, (lire en ligne).
Le Maroc a été, et ce au moins jusqu'au traité de Fès, une nation essentiellement tribale. Le Makhzen devait asseoir son autorité en multipliant les allégeances avec les tribus berbères, mais aussi bédouines. Le mode de conquête territoriale classique tel qu'on a pu le connaître dans l'Europe moderne n'a pu exister que dans les plaines fertiles (Haouz, Saïss, Gharb, Chaouia-Ouardigha, Doukkala-Abda,Souss, Tadla), dans les Villes impériales et les cités caravanières. Aujourd'hui encore on retrouve des vestiges de cette constante juxtaposition et imbrication entre pouvoir royal et ordre tribal lors de la Fête du Trône durant laquelle certains représentants des principales tribus peuvent parfois faire mine de prêter serment à la personne du Roi (Bey'a). Ce fonctionnement engendre ipso facto une précarité de la construction nationale en ce sens que les frontières se font et se défont au gré des allégeances et des trahisons des tribus, des zaouïas et des cités.
Genèse et premières dynasties
Le Maroc, en tant qu'entité politique définie, date de 789 et de la fondation de la dynastie idrisside par Idris Ch.-A. Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, de la conquête arabe à 1830 - Tome II, (éd. Payot, 1961) : "Idriss Il n'était pas seulement un fondateur de villes, il fut le fondateur du premier État marocain""tradition (...) reaches back to the origins of the modern Moroccan state in the ninth century Idrisid dynasty which founded the venerable city of. Fes", G Joffe, Morocco: Monarchy, legitimacy and succession, in : Third World Quarterly, 1988"The Idrisids, the founder dynasty of Fas and, ideally at least, of the modern Moroccan state (...)", Moroccan dynastic shurfa’‐hood in two historical contexts: idrisid cult and ‘Alawid power in : The Journal of North African Studies Volume 6, Issue 2, 2001 Ruth Cyr, Twentieth Century Africa, iUniverse, 2001 , : "In 788 Idris, the first Arab ruler of the whole of Morocco, united the Berbers and Arabs under his rule, creating the first Moroccan state. He founded the Idrisid dynasty that reigned for almost two hundred years.". Dans les années 820, le territoire idrisside débordait déjà de ses frontières actuelles puisqu'il avait pour limite orientale l'Oued Mina, affluent du Chelif, à l'est de la ville moderne d'Oran. Puis le Maroc sombre dans l'anarchie et se disloque. Cette configuration politique avec une affirmation exacerbée de l'ordre tribal sera récurrente dans l'histoire marocaine. La dynastie almoravide quant à elle a la particularité d'être née en dehors des frontières actuelles du Maroc puisque son berceau historique se trouve sur l'île de Tidra au large de la Mauritanie. Ayant pour capitale Marrakech, la dynastie englobera toute la Mauritanie actuelle, le nord du Mali (Taoudeni et Taghaza), le Maroc, l'ouest algérien jusqu'aux environs de l' ainsi que l'Andalousie. . S'ensuivent ensuite de suprématie almohade, privilégiant une extension le long de la façade méditerranéenne du Maghreb jusqu'à Tripoli que vers le Sahel. Les Mérinides connaîtront des hauts et des bas mais s'efforceront dans leur obsession tlemcennienne d'étendre leur influence dans l'arrière-pays steppique algérien. Ainsi s'assureront-ils . Ils ne perceront en revanche que brièvement vers l'est, et il seront repoussés par les Zianides qui récupèrent tout leur ancien territoire, atteignant brièvement Kairouan.
« Moyen Âge », construction du Maroc moderne et période préprotectorale
Après la domination mérinide, le Maroc sombre dans un profond chaos pendant l’ère des Wattassides ; ces derniers ne contrôlent qu'une partie du nord du pays, le reste étant constitué de principautés échappant à leur autorité (Hintatas, Amezouars, Saadiens) ou ne leur reconnaissant qu'une suzeraineté sans réelle emprise sur le terrain (vice-royauté de Debdou, Beni Almander de Tétouan, Beni Rachid de Chefchaouen). L'anarchie profitera aux Castillans puis aux Espagnols et surtout aux Portugais. L'influence des chrétiens se limite en général à des comptoirs. Le voit l'émergence durable d'une nouvelle dynastie, celle des Saadiens. Après avoir écrasé les Portugais lors de la bataille des Trois Rois et contenu l'expansionnisme ottoman au-delà de la Moulouya, les Saadiens iront détruire l'Empire songhaï en 1591. L'Empire chérifien comprend alors le Maroc actuel, la Mauritanie, une partie du Mali (Taoudeni, Taghaza, Tombouctou et Gao) ainsi que l'ouest du Sahara algérien (région de Tindouf), Touat, Gourara). Les querelles dynastiques feront varier les frontières mais toujours est-il que l'influence des sultans marocains sera durable sur Tombouctou. La fin de la dynastie saadienne et les débuts de la dynastie alaouite occasionnent un reflux de l'influence des sultans marocains mais
Au , les Français s'introduisent progressivement au cœur du territoire mauritanien, d'abord dans la perspective de pacifier la vallée du Sénégal puis dans le cadre d'une extension coloniale assumée. Le , le traité de Lalla Maghnia est signé entre la France maîtresse de l'Algérie, et l'Empire chérifien. À noter que ce traité intervient moins d'un an après la déconvenue subie par le Maroc à Isly. Ce traité fixe les frontières entre les deux entités politiques. Celles-ci reprennent volontairement les frontières existaient l'Empire ottoman, désigné au sein du traité sous le nom de « Turquie », et ce afin de minimiser le risque de litige. Les frontières ne sont fixées qu'au nord des ksours de Figuig. L'absence de frontière au sud de Figuig est exprimée comme suit :Quant au pays qui est au sud des kessours des deux gouvernements, comme il n'y a pas d'eau, qu'il est inhabitable et que c'est le désert proprement dit, la délimitation en serait superflue.(Art. 6). Le sort des oasis du Touat, de Gourara et de Tidikelt est laissé en suspens. . En 1884, l'Espagne officialise le protectorat de Río de Oro. En 1900, le traité de Paris fixe les frontières entre la Mauritanie française et le Río de Oro. En 1912, le traité de Fès établit le protectorat français sur le Maroc. La même année les frontières sont fixées entre les possessions espagnoles au Maroc et celles de la France.
La thèse du Grand Maroc La thèse du Grand Maroc prend peu à peu forme au sein des milieux indépendantistes marocains durant la seconde moitié du protectorat. Les réactions épidermiques au dahir berbère fédèrent les aspirations à l'unité nationale en ce sens que la quasi-totalité des dignitaires arabes et berbères s'indignent des tentatives de discrimination ethnique menées par l'occupant. L'ancrage africain de l'identité marocaine est quant à lui affirmé en 1948 par Allal El Fassi, emblème sinon initiateur de la théorie du Grand Maroc (il évoque alors la marocanité de Chinguetti). En cela il a sans doute été marqué par son exil au Gabon. Entre-temps le Manifeste du 11 janvier a été signé par 66 figures de la Résistance, augurant des purges au sein du parti de l'Istiqlal et des pressions de plus en plus nombreuses sur le Sultan.
Tensions avec les pays concernés Le Parti de l'Istiqlal (PI), pionnier de l'indépendance marocaine, a appelé, à plusieurs occasions, à travers son secretaire général Hamid Chabat, à la récupération des villes algériennes de Tindouf, Béchar, Hassi Beïda et de Kenadsa. Tout en reniant tout lien fraternel du Maroc avec l'Algérie, il a appelé le à la guerre contre cette dernière pour la récupération de ces villes.
Avis d'historiens et autres commentateurs
Maurice Barbier Selon le politologue Maurice Barbier, depuis le , la domination des sultans marocains sur le Sahara occidental restait épisodique, l'article 22 du traité de Marrakech, en 1767, stipulant que le Sultan marocain n'exerçait aucun contrôle sur les tribus au sud de l'Oued NounLe conflit du Sahara occidental Par Maurice Barbier, P 43 .
Laurent Pointier Dans son analyse sur le cas du Sahara occidentalSahara occidental: la controverse devant les Nations Unies, par Laurent Pointier, Ed. KARTHALA, 2004 , l'analyste Laurent Pointier reprend Maurice Barbier dans sa critique de la prise en compte de ce conflit selon les considérations européennes et leur conception de la souveraineté. est, selon Pointier, à prendre en compte pour appréhender la nature de la souveraineté invoquée et revendiquée par le Maroc sur des régions qu'il considère comme siennes, ou l'ayant été par le passé.
Rachid Bellil Selon l'écrivain algérien Rachid Bellil, qui s'appuie sur les récits de chroniqueurs de l'époque, au , le Gourara est beaucoup plus indépendant que le Touat de l'émir du Tafilalet (vassal de Fès). Cependant du au , de nombreux caïd sharifiens s'emparent des ksour de la région pour contrôler les axes commerciaux.
Il décrit une période de « sept sultans successifs » de Timimoun, dans le Gourara, ayant la prépondérance sur la région jusqu'en 1584 et « indépendant des sultans de Fez ». Le pacha d'Alger aurait envoyé dans la région, en 1580, à la demande des ksouriens, une troupe pour les protéger contre les rezzous opérés à partir du Tafilalet et du Drâa.