Michel Serre, né à Tarragone (Espagne) le et mort à Marseille le , est un peintre baroque français.

Il est connu pour ses tableaux religieux et surtout pour ses représentations de la peste à Marseille en 1720.

Biographie

Sa jeunesse

Michel Serre, quatrième enfant de Jacques Serres, marchand ambulant, et de Marie Barbos est né à Tarragone le . Orphelin très tôt, il est accueilli à la chartreuse de Scala Dei, située à une quarantaine de kilomètres de Tarragone. En 1670, il se rend en Italie où il apprend la peinture dans différents ateliers à Rome, Naples et Gênes.

En 1675, il quitte l’Italie pour s’installer définitivement à Marseille.

Ses débuts

Peu de temps après son arrivée à Marseille, il obtient une importante commande pour l’église des Dominicains, Le martyre de Saint Pierre Vérone (musée des Beaux-Arts de Marseille)Julie Pellizzone, Souvenirs (1787-1815), Transcription d’Hélène Échinard, présentés et annotés par Pierre et Hélène Échinard et Georges Reynaud, Publications de l’Université de Provence, Paris, 1995, , .

En 1684, il peint pour les Chartreux l'immense toile de Madeleine enlevée par des anges conservée dans le chœur de l'église des Chartreux de Marseille.

Le , à l'église Notre-Dame-des-Accoules, il épouse Florie Régimonde, fille de Jean Régimonde et de Jeanne MontaignonComte Godefroy de Montgrand, Armorial de la ville de Marseille, Alexandre Gueidon, Marseille, 1864, .. En , il achète un terrain à Suzanne de Marle et André Venture, puis y fait construire une grande maison dans la future rue Venture. L'emplacement exact de cette habitation n'a pu être trouvé.

Le , il obtient des échevins une lettre de citadinage et accepte de peindre pour l'hôtel de ville une toile, actuellement disparue, représentant le Christ mourant sur la croix.

Pour le récompenser de ses succès, Louis XIV le nomme peintre des galères et maître à dessiner des officiers et pilotesPaul Masson (dir.), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome IV, , . Il travaille aux ouvrages de peinture des galères et enseigne aux jeunes officiers. Il exécute plusieurs portraits de chefs d’escadre, dont celui de Louis de Montolieu (musée des Beaux-Arts de Marseille).

Les années de maturité

Le , il donne procuration à sa femme pour régir ses biens et se rend à Paris. C'est là qu'il rencontre Jean-Baptiste Oudry qui devient son élève pendant quelque temps. Il se fait connaître par l'exécution de diverses toiles dont celle du Christ chassant les vendeurs du temple (Versailles, église Saint-Symphorien). Il envoie un tableau représentant Bacchus et Ariane à l’Académie de Paris qui l’admet au nombre de ses adhérents le Julie Pellizzone, Souvenirs (1787-1815), Transcription d’Hélène Échinard, présentés et annotés par Pierre et Hélène Échinard et Georges Reynaud, Publications de l'Université de Provence, Paris, 1995, (musée des Beaux-Arts de Caen, œuvre détruite en 1944).

Ayant acquis une certaine fortune, il achète les charges de lieutenant du roi de la ville de Salon-de-Provence et de major de la ville de Gardanne. Louis XIV signe les lettres patentes correspondantes respectivement le et le . Ses armes sont d’azur à trois serres d’aigles d'or posées l'une sur l’autre.

Il achète de nombreuses maisons de rapport et des terrains à bâtir dans les quartiers de Mazargues et de Saint-Giniez.

La peste et les années de vieillesse

Pendant la grande peste qui sévit à Marseille en 1720, Michel Serre se distingue par sa conduite. Il se révèle un homme de cœur et d’action. Il accepte la responsabilité de commissaire général de son quartier Saint-Ferréol et préside aux opérations de déblaiement du quartier. Il s’attira l’attention de l’intendant Lebret qui écrit aux échevins le : .

Il distribue sa fortune pour soulager la misère des survivantsAcadémie de Marseille, Dictionnaire des marseillais, Edisud, Marseille, 2001, .. Son nom figure sur la stèle élevée en 1802 et placée actuellement au square du palais des Arts. Ayant été un très proche témoin de cette terrible épidémie, il peindra trois toiles qui sont ses œuvres majeures.

En 1726 il acquiert une chapelle qu’il dédie à Saint Jean de la Croix dans l’église des Carmes déchaussés..

Deux tableaux représentent la peste dans l'église paroissiale de La Ciotat, dont l'un est son œuvre : il représente Le grand Saint Antoine, le bateau qui apporta la peste en Provence, en 1720, quittant sans secours la baie de La Ciotat..

Il meurt à Marseille le , veuf et ruiné, mais entouré du respect de tous. Il est enseveli à la paroisse Saint-FerréolPaul Masson (dir.), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome 16, ..

Une rue du de Marseille porte son nomAdrien Blés, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Ed. Jeanne Laffitte, Marseille, 1989, , ..

Son œuvre

La virtuosité de Michel Serre lui a permis de réaliser un très grand nombre de peintures dont plusieurs ont disparu. Il a surtout peint des scènes bibliques ou de la vie de la Vierge et du Christ. Il a également exécuté des tableaux relatifs à la mythologie et des représentations historiques, ainsi que des portraits. Ses tableaux sont conservés au musée des Beaux-Arts de Marseille] et dans des églises de Marseille et de sa région.

Peinture religieuse

Marseille Musée des Beaux-Arts : La Madeleine pénitente. Éducation de la Vierge. Présentation de la Vierge au temple. La Visitation Présentation de Jésus au temple Jésus parmi les docteurs. Saint-Benoît ressuscite un jeune moine mort Cycle de La Vie de Saint-François (quatorze toiles, dont deux ont disparu) Le martyre de Saint-Pierre de Vérone, provenant de l’église des prêcheurs. Une copie a été faite par Joseph Coste qui remporte avec elle le prix d’encouragement Le Miracle de Saint Hyacinthe La Vierge à l’enfant, Saint-François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal

Église des Augustins : Sainte Marguerite La Vierge à l'enfant apparaissant à Saint Pierre et Saint Paul. Ce tableau se trouve à l'intérieur d'un retable placé au-dessus de l'autel dit des portefaix dans l'église des Augustins à Marseille. Ce retable est couronné par un fronton animé de putti situés de part et d'autre d'une gloire qui rayonne autour d'une tiare et des clefs qui sont le symbole de l'apôtre Pierre, premier Pape de l'Église. L'attribution de cette œuvre peinte en 1692 pour la confrérie des portefaix à Michel Serre a été remise en question par l'historienne de l'art Marie Claude Homet.. Le Repos pendant la fuite en Égypte

Église des Chartreux : Madeleine enlevée par les anges

Église Saint-Matthieu de Château-Gombert : Le Christ roi, la Vierge et Saint-Joseph, ou Le Purgatoire. L'Agonie de la Madeleine (attribution).. Franciscains devant la Vierge ou Apothéose de saint François (attribution).

Abbaye Saint-Victor : La Vierge en prière dans l’atelier de Nazareth

Église Saint-Cannat : La Vierge à l’enfant et le purgatoire La Purification de la Vierge

Église des Grands-Carmes : cycle de La Vie de la Vierge, six toiles classées en 1911

Église de Mazargues : Apothéose de saint Roch. L'église actuelle de Mazargues construite de 1849 à 1851Abbé Marius Ganay, La poétique histoire de Mazargues, Marseille, Société nationale des entreprises de presse, 1947, . est dédiée à saint Roch, patron des pestiférés. Sur l'emplacement de cette église était érigée une chapelle dédiée au même saint. En effet lors de la peste de 1387 qui fit mourir le tiers de la population marseillaise, Mazargues reçut un afflux considérable de Marseillais qui fuyaient le fléau. Saint Roch fut tellement invoqué dans la vieille église que son nom y primât tous les autresAbbé Marius Ganay, La poétique histoire de Mazargues, Marseille, Société nationale des entreprises de presse, 1947, .. la présence dans cette église du tableau de Michel Serre représentant ce saint peut s'expliquer par le fait que l'artiste possédait une maison de campagne dans ce quartier, mais aucun document n'a fait explicitement mention de cette œuvre, pas même au début du . Ainsi l'abbé Marius Ganay précise seulement dans son livre La poétique histoire de Mazargues Abbé Marius Ganay, La poétique histoire de Mazargues, Marseille, Société nationale des entreprises de presse, 1947, .. Ce tableau d'un format remarquable (320 x220 cm) cintré à deux a été daté de la fin du . Sa forme particulière semble indiquer que cette œuvre devait venir s'encastrer dans le plafond d'un monument : église conventuelle ou chapelle d'hôpital. Au cours du eut lieu sa transformation en toile encadrée pour orner un espace réduit par exemple un autel de chapelle ou d'église. Cette apothéose de saint Roch a fait l'objet de 2004 à 2008 d'une minutieuse restauration par le Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine à Marseille. Cette restauration a permis de constater que le châssis en bois résineux présentait la particularité d'être pliant suivant son axe vertical : des marques de pliage ont été constatées sur la couche picturale. L'étude des singularités du châssis indique que le tableau n'est probablement pas dans son format d'origine. Saint Roch contracta la peste au cours d'un pèlerinage qu'il fit en Italie et fut sauvé grâce à un chien qui venait le nourrir. Il est donc traditionnellement représenté revêtu du costume de pèlerin avec un bâton et une coquille cousue sur le manteau, un bubon pesteux sur la cuisse et accompagné d'un chien. Une statue placée dans la même église de Mazargues représente bien ainsi saint Roch. Or dans le tableau le saint montant au ciel ne présente pas le symptôme de la peste et n'est pas accompagné d'un chien : on peut donc supposer que le tableau représenterait en fait saint Jacques lui-même qui est le patron de l'Espagne, patrie originelle du peintreNote du CICRP Fiche-dossier de restauration de l'apothéose de saint Roch.. Ce tableau fait partie des décors baroques plafonnants réalisés en Provence à la fin du pour des églises conventuelles ou des hôtels particuliers et dont Michel Serre a réalisé un certain nombre, aujourd'hui tous disparus.

Église de la Pomme : Annonciation, saint Jean-Baptiste et saint Étienne. Ce tableau orne le chevet plat du chœur de l'église. Cette toile a été peinte au début du pour orner le maître-autel de la chapelle des Comtes située traverse des Comtes à Marseille, placée alors sous le vocable de l'Annonciation. Très usé, le tableau a fait l'objet d'une restauration en 1978 pour l'exposition l'âge d'or de la peinture provençale et a été ensuite placé dans l'église de la Pomme. Michel Serre réalise ici une mise en abyme peignant un tableau dans un autre tableau : l'Annonciation est réalisée dans un cadre semblant flotter dans les airs devant saint Jean-Baptiste à gauche portant un agneau et saint Étienne à droite en habit de diacre. Les rideaux qui bordent la composition créent un élément d'illusion propre au théâtre.

Musée Grobet-Labadié : Notre-Dame du bon voyage

Villa Gaby Deslys : La Résurrection de Lazare

Aix-en-Provence alt=L'Apothéose de saint Augustin, église Saint-Jean-de-Malte, Aix-en-Provence.|vignette|L'Apothéose de saint Augustin, église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence. Église Saint-Jean-de-Malte : L'Apothéose de Saint-Augustin, . ; Église de la Madeleine : Le Christ et sainte Madeleine chez Simon le lépreux, . ; Ex-voto offert pour la peste de 1720, .. Musée des Tapisseries, ancien palais de l'archevêché : un abbé Bénédictin implorant la Vierge, peinture sur toile, . ;

Allauch Église Saint-Sébastien d’Allauch : Mort de Saint-Joseph. Ce tableau a appartenu à Julie PellizzoneJulie Pellizzone, Souvenirs (1787-1815), Transcription d’Hélène Échinard, présentés et annotés par Pierre et Hélène Échinard et Georges Reynaud, Publications de l’Université de Provence, Paris, 1995, et note 61 de la page 142. ;