Sur la Question juive est un article de Karl Marx écrit en 1843 et publié en 1844 à Paris sous le titre allemand dans la revue . Il s'agit d'une des premières tentatives de Marx pour examiner ce qui sera décrit plus tard comme le matérialisme historique dans la théorie marxiste.

L'ouvrage Il s'agit d'une critique du livre La Question juiveBruno Bauer: Die Judenfrage (La Question juive) Braunschweig 1843 et de l'article L'aptitude des juifs et chrétiens d'aujourd'hui à être libresBruno Bauer: « Die Fähigkeit der heutigen Juden und Christen, frei zu werden » (“L'aptitude des juifs et chrétiens d'aujourd'hui à être libres″), in: Einundzwanzig Bogen aus der Schweiz, Georg Herwegh, Zürich et Winterthur, 1843, pp. 56-71; première traduction en français in Karl Marx, Sur la question juive, Ed. La fabrique, pp.138-160. du jeune hégélien Bruno Bauer traitant des velléités d'émancipation politique des juifs de Prusse, dans le sillage de la Haskala et la modernité politique européenne. Bauer soutient que les Juifs ne sauront s'émanciper que s'ils abandonnent leur identité religieuse. L'émancipation politique étant fruit d'un sécularisme, il ne doit y avoir aucun « espace » pour l'expression d'identités sociales telles que la religion. D'après Bauer, de telles contraintes religieuses sont incompatibles avec les droits de l'homme. L'émancipation politique, selon Bauer, requiert l'abolition pure et simple de la religion.

Marx se sert de Bauer pour avancer sa propre analyse des droits libéraux. Il pointe les États-Unis, où la religion est omniprésente en dépit de l'absence de confession d'État, contrairement à la Prusse. Bauer fait donc selon Marx une erreur en croyant que le fait religieux disparaîtra totalement de la vie sociale d'un État séculier. Marx conclut que si les individus peuvent être « spirituellement » et « politiquement » libres dans le cadre d'un État séculier, ils peuvent rester prisonniers de contraintes matérielles découlant des inégalités économiques, ce qui formera d'ailleurs plus tard la base de son analyse du capitalisme.

Interprétations Le texte de Marx a été largement interprété et parfois utilisé à charge contre Marx. Certains passages du livre s’avèrent particulièrement polémiques:

La thèse de l'antisémitisme Pour le philosophe libéral Jean-François RevelJean-François Revel La grande parade : Essai sur la survie de l'utopie socialiste, Plon, 2000, p.122, Marx a écrit un pamphlet antijudaïque qui devait peser lourdement sur les théories des mouvements révolutionnaires face aux Juifs. Dans une approche anti-totalitaire semblable à celle de J.F Revel, l'ex-communiste et professeur agrégé de philosophie André Senik dans Marx, les Juifs et les droits de l'homme. À l'origine de la catastrophe communisteDenoël, 2011, postface de Pierre-André Taguieff considère que c'est dans son coup d’essai sur la question juive que Marx a construit sa conception totalitaire de « l’émancipation humaine », à partir de sa répulsion pour l’image du Juif et du marchandage, et du déni de sa propre judéité. Selon l'écrivain juif britannique Hyam Maccoby (université de Leeds) et l'historien Bernard Lewis (université de Princeton), les propos de Marx ne seraient pas simplement antireligieux mais antisémites. Selon eux, l'antisémitisme de Marx aurait même inspiré les membres du Parti national-socialiste ainsi que les Soviétiques:"Hitler simply copied Marx's own anti-Semitism.".

Dans l'introduction à sa traduction de la Critique de l'État hégélien de Karl Marx, le philosophe Kostas Papaioannou écrit :

« Lorsque Marx écrivait ces lignes, il n'était pas encore "marxiste". L'idée qu'il se faisait de l'économie capitaliste était un curieux mélange de fantasmes antisémites et de cris d'indignation contre "l’égoïsme" – signe suprême de la déchéance de l'homme "générique" postulé par Feuerbach »Kostas Papaioannou, Hegel et Marx : L'Interminable débat; p.61 ou dans sa préface de Karl Marx, Critique de l'État hégélien, p.46. .

La thèse de l'absence d'antisémitisme Cette thèse de l'antisémitisme ne fait cependant pas l'unanimité. L'écrivain et professeur de littérature comparée. Lionel Richard (université de Picardie), cite dans le journal Le Monde Diplomatique quelques auteurs qui se sont livrés à cette interprétation : Lionel Richard, « Karl Marx, juif antisémite ? », Le Monde Diplomatique, septembre 2005.

Richard note également : .

Pour sa part, l'historien italien Enzo Traverso (université de Picardie) pense qu'il s'agit plutôt d’un plaidoyer pour une « émancipation humaine universelle » dépassant inévitablement les frontières du judaïsme. Marx perçoit le judaïsme comme une forme d’obscurantisme religieux et comme une métaphore du capitalisme moderne. Il est aussi important de signaler la contribution de Maximilien Rubel (par ex. dans Karl Marx, Œuvres 3, Philosophie, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », introduction et notes, réédité en poche sous une forme modifiée dans Karl Marx, Philosophie, coll. « Folio essais ») ; ce dernier s’essaye à montrer que le texte de Marx est fondamentalement prosémite.

La thèse du complot juif Dans Max Stirner, Diederik Dettmeijer s'interroge sur la conception qu'a Marx du judaïsme et pose la question : . Pour Dettmeijer, Marx prévoit cette question et

Voir aussi Références

Bibliographie Karl Marx, Sur la question juive, éd. La Fabrique, Paris, nouvelle traduction par Jean-François Poirier, présentée et commentée par Daniel Bensaïd, 2006. Karl Marx, Sur la question juive et Bruno Bauer La question juive, introduction par Robert Mandrou, ed 10-18, 1968 sur Classiques des Sciences sociales. Bruno Bauer : La Question juive. Brunswick, 1843 ; , PDF sur le site de La Fabrique. Enzo Traverso, Les marxistes et la question juive, édition Kime, 1997. Robert Misrahi, Marx et la question juive, Paris, Gallimard, 1972. Jacques Aron, Karl Marx, antisémite et criminel ?, Bruxelles, Devillez, 2005 Francis Kaplan, Marx antisémite ?, Imago, Berg international, 1990 Kostas Papaioannou, Hegel et Marx : L'Interminable débat, éditions Allia, Paris, 1999 ; c'est une édition séparée de l'introduction à la traduction faite par Papaioannou de la Critique de l'État hégélien de Karl Marx. Karl Marx, Critique de l'État hégélien (intitulé Critique de la philosophie politique de Hegel dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade), U.G.E.-10/18, Paris, 1976 ; traduction et préface de Kostas Papaioannou.

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